‹ Autour du catholicisme socialChapitre 16 sur 38 · LA GENESE DUNE AME D APOTRE II · texte numérisé non relu

LA GENESE DUNE AME D APOTRE II

prenant en pitié les fillettes doloises, décidât une femme « idoine » à leur servir de maîtresse. Il ya de soi qu'aucune de ces personnes de qualité n'avait un seul instant songé à honorer elle-même ce rôle en s'y essayant durant quelque temps; apprendre à lire aux enfants, c'était déroger. La neuvaine, du moins, était l'indication d'un besoin, et M^-« de Xainctonge accueillit cette coïncidence comme un encouragement.

Dijonnaise et puis réformatrice, elle avait plus de titres qu'il n'en fallait pour être mal reçue ; et la quasi=impuissance où elle fut réduite dura près de dix ans. De 1596 à »6o6, ses biographes consacrent d'innombrables pages à ses souffrances, et beaucoup moins à ses œuvres. Ses œuvres, c'étaient : la visite des malades ; le catéchisme ou des rudiments d'instruction donnés à des fillettes qui bravaient les critiques pour la venir trouver; l'attouchement discret de quelques âmes de jeunes filles bien nées, que des influences hostiles lui disputaient, qui se présentaient, s'écartaient et puis revenaient, qui parfois s'effaçaient lorsqu'elles auraient dû se déclarer ses amies, et qui toujours se reculaient lorsqu'elles se sentaient conviées à devenir ses collaboratrices ; enfin, à partir d'une certaine date, un concours actif prêté à une méchante femme, qui dirigeait une mauvaise école. Et de tant de beaux songes conçus à Dijon, exportés à Dole, c'était là tout le résultat ; le total était mince, et les ennemis se pouvaient railler d'une aussi minuscule addition. Mais dans leur empressement indiscret à cons-

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tater les échecs, ils avaient une singulière façon de cataloguer les mérites de M^^® de Xainctonge ; à force d'épier ses œuvres à elle, ils oubliaient leurs œuvres à eux, intrigues, dédains, calomnies, méfaits de tout ordre, et les souffrances que par là même ils procuraient à la jeune fille et qui, durant cette longue période, assurèrent la fécondité de son existence. A peine était-elle installée à Dole, chez une hôtesse provisoirement complaisante, que, de Dijon, deux voix la venaient réclamer : Tune était celle d'un ancien prétendant, le pire avocat peut-être qu'on eût pu choisir pour regagner une telle fugitive ; et, l'autre voix, plus impérieuse, sonnant plus haut et plus fort, était celle du Parlement de Dijon, qui, sur la demande de M. de Xainctonge, priait les Dolois de traiter avec mépris et dureté cette émigrante dénaturée. « Ce n^est qu'une friponne et qu'une coquine, puisque le Parlement tout entier écrit contre elle » : ce bruit prit son vol à travers Dole, et ne lui permit plus de descendre la grande rue, où « on l'accablait d'injures qui faisaient trembler ». Française et Bourguignonne, c'était déjà une fort mauvaise recommandation, et d être désavouée, reniée, maudite par les Français, par les Bourguignons eux-mêmes, c'était le signe d'une infamie notoire. Ainsi se dessinait à Dole la renommée de cette étrangère, qui avait la prétention d'instruire les fillettes. La servante qui avait accompagné son évasion reprit la route de Dijon ; et l'hôtesse qui avait accepté M"® de Xainctonge finit par la mettre dehors. Ne disait-

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on pas, dans les milieux où Ton savait tout, que la présence de cette créature pouvait attirer à la ville de Dole, de la part des garnisons bourguignonnes, vengeresses du Parlement dijonnais, un surcroît de malveillance, et peut-être même quelques pilleries ?

Elle trouva asile dans un « pauvre taudis », « proche le tect, > galetas à peine meublé, où elle vivait de pain et de résiné, voyant « chacun se retirer d'elle » ; et sans cesse elle était ballottée entre le flux d'un mépris injurieux, qui la salissait, et des reflux d'oubli, qui l'isolaient. Trois ans passèrent ainsi : une amie, Claudine de Boisset, et puis la direction des Jésuites, étaient ses seuls soutiens humains. G 'était bien peu, sans doute; mais ce peu, elle le perdit encore.

Six cents élèves, à Dijon, redemandaient leurs maîtres Jésuites, expulsés quelques années auparavant; et la Compagnie comprit qu'elle n'aurait la permission de satisfaire à cet appel et de se réinstaller à Dijon, que si les Jésuites de Dole éconduisaient pour tout de bon une pénitente fort mal jugée par les parlementaires dijonnais, et pas beaucoup mieux par les Dolois. Il y eut ainsi , dans l'histoire de la Compagnie , une *(. question Xainctonge » ; et la question fut réglée par un acte de déférence envers le parlement de Bourgogne et par la réouverture du grand collège de Dijon. Les six cents jeunes gens eurent leurs précepteurs, et les précepteurs eurent six cents jeunes gens, c'était l'essentiel; pouvait-on sacrifier de tels avantages pour continuer quelques

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soins spirituels à une personne bien située naguère, mais qui n'était peut-«lre plus qu'une déclassée?

Ou était alors en 1599, et parmi toutes les luttes qu'eut à soutenir Mademoiselle de Xainctonge, ce tut l'instant le plus douloureux. D'être affamée, dénudée, maltraitée, c'était pour elle une opulente occasion de pardons : son corps et sa réputation souffraient, et voilà tout. Mais qu'on isolât sa conscience, et puis qu'on la prétendît bloquer, que les adversaires de sa vocation, irrespectueux de ce qu'il y avait de plus intime en elle, épiassent avec une curiosité malirfne les impressions réfrigérantes et décourageantes qu'une direction nouvelle, évidemment incompétente, pourrait susciter en son ame, et qu'enfin, après avoir vainement essayé de détruire, du dehors, l'œuvre de Dieu, ils se flattassent de la détruire du dedans (si l'on peut dire ainsi), à l'aide du tribunal de la pénitence et au nom même de Dieu, Mademoiselle de Xainctonge ne le voulait pas sonffrir. Il est des ingérences qui sont des viols... Jugeant que sa vocation « serait en danger si elle la confiait à d'autres », et qu'il lui faudrait, « ou bien aborder son directeur dans un esprit de querelle et disputer perpétuellement, ou bien renoncer à cette vocation, ce qu'elle ne pouvait faire sans mépris de la volonté divine, » l'infortunée déclina tout conseil humain, et c est Dieu même qu'elle consulta.

Elle relatait plus tard à Catherine de Saint-Maulis, sa secrétaire, qu'étant entrée dans l'égLse

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