‹ Autour du catholicisme socialChapitre 21 sur 38 · L HISTOIRE SOCIALE D TTNR PAROISSE NORMANDE I · texte numérisé non relu

L HISTOIRE SOCIALE D TTNR PAROISSE NORMANDE I

et les moteurs de la vie catholique dans leur paroisse, c'est un privilège auquel ils tiennent avec une jalousie acharnée, tout prêts à déprécier le prêtre, et parfois à le diffamer, s'il seconde sans leur aveu d'autres initiatives que les leurs ; entre eux et la masse de la population, une impopularité que cultive leur maladresse maintient une infranchissable barrière, qui toujours s'exhausse ; ils exigent que le prêtre, prisonnier de leur orthodoxie politique et des paragraphes qu'ils ajoutent à l'orthodoxie religieuse, se cantonne avec eux derrière cette barrière ; avec une insistance d'autant plus impérieuse qu'elle se sent elle-même sans mandat, et couvrant parfo's leurs conseils du faux prétexte de « prudence », ils lui imposent, comme une consigne, l'action subalterne et asservie.

Combien ces deux conceptions, dont l'une se pourrait intituler la conception révolutionnaire et l'autre la conception conservatrice, offrent entre elles de traits communs, on l'entrevoit déjà d'après la façon même dont nous les avons définies. L'une et l'autre interdisent au prêtre de se mêler à la vie générale du corps social; elles remettent entre des mains diff'érentes les clefs de la sacristie; mais dans cette sacristie diversement gardée, elles s'accordent pour emprisonner le prêtre. Par surcroît, entre lui d'une part, le pape et les évêques d'autre part, elles interposent des autorités abusives dont l'ingérence trouble et paralyse la vie générale de l'Eglise : tantôt celle de l'Etat et tantôt ceile d'une coterie.

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Par là, elles infligent au prêtre un double isolement, dans la société d'abord, dans TEglise ensuite ; et bien qu'elles exploitent le clergé pour le service d'intérêts fort distincts et souvent inverses, ce sont, en dernière analj^se, deux conceptions sœurs et pareillement surannées.

Longtemps elles ont pesé sur la vie de l'Eglise de France. « Les prêtres, écrivait Lacordaire en 1826, maintiennent la connaissance et la pratique des vérités chrétiennes dans les femmes, dans quelques hommes, dans quelques jeunes gens ; ils retirent de temps en temps du milieu de Terreur quelques âmes en qui la foi se réveille, et voilà tout. La masse de l'impiété échappe à leur action ; renfermés dans l'intérieur du sanctuaire, où ils veillent sur les pierres qui en sont restées, ils ne peuvent le défendre des attaques qu'on lui porte au dehors ; ils regardent quelquefois du haut des murs de Sion, et ils trouvent que le nombre des assiégeants s'augmente toujours ; et, redescendus dans l'intérieur du temple, ils racontent ce qu'ils ont vu avec de tristes et éloquentes paroles qui ne touchent guère que ceux qui n'ont pas besoin de l'être w. Et, prêchant à Notre-Dame, en 1843, Lacordaire rappelait ce propos cynique de Frédéric Il : « Savez-vous ce qu'il faut faire de l'Église catholique ? 11 faut en faire un hibou » ; et il ajoutait : « Vous savez, messieurs, cet oiseau solitaire et triste qui se tient dans un coin avec un air rechigné. Voilà le secret : nous isoler de tout, de la politique, de la morale, du sentiment, de la science ; nous suspendre entre le ciel et la terre

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