L HISTOIRE SOCIALE DUNE PAROISSE NORMANDE I^I
sans aucune espèce de point d'appui, pour nous dire, un genou en terre : vous avez Dieu, qu'avezvous besoin du reste? Nous n'acceptons pas cette situation. Nous tenons à tout, parce que nous venons de Dieu qui est en tout : rien ne nous est étranger, parce que Dieu n'est étranger nulle part. » Retenons ces dernières paroles : (i) elles énoncent avec une rare perfection le principe même dont il faut partir pour légitimer la véritable conception du prêtre.
On parle beaucoup, aujourd'hui, del'^ action sociale » du sacerdoce, et l'on a raison : si le cardinal Langénieux, dans le mandement pressant et persuasif qu'il vient d'écrire sur les inconséquences de certains catholiques dans la vie chrétienne^ a cru pouvoir affirmer que « le mouvement catholique est en meilleure voie qu'il ne l'était il y acinquante ans seulement », c'estassurément dans les progrès de l'action sociale du prêtre et dans l'éviction des cathohques qui s'y montrent hostiles, qu'il faut chercher les raisons de ce phénomène consolant.
On peut admettre, même, avec certaines voix très autorisées, que cette « action sociale » est spécialement requise par les besoins de notre époque. « Le clergé, écrit Mgr Dabert, doyen de
(i) Nous empruntons ces citations au précieux volume que vient de publier >[. l'abbé Fesch sur Lacordaire journaliste (Paris, Delhomme et Briguet). Ce livre nous révèle une face peu connue du talent de Lacordaire, en même temps qu'y sont agitées, sous la plume du Dominicain, les questions les plus « actuelles » de la politique religieuse.
notre épiscopat, tout en travaillant principalement à la conversion et à la sanctification des âmes, ne doit pas demeurer étranger à l'œuvre de réforme sociale. On a représenté l'Eglise et le prêtre comme des étrangers sur le terrain social. Le prêtre s'est laissé intimider ; et le peuple, ne rencontrant plus le prêtre sur le terrain social, s'est éloigné de l'Église. Cependant l'Église possède la seule vraie doctrine sociale. Et le Saint-Père pousse vivement le clergé à s'avancer sur le terrain social » (1). — « Le centre de la crise, déclarait en 1896, dans la cathédrale de Nantes, Mgr Touchet, évêque d'Orléans, consiste en ceci, que les multitudes ont la défiance de tout ce qui est religieux, quand elles n'en ont pas la désaffection. Le quatrième Etat, qui marche au pas de course à la conquête de la chose publique, est convaincu que le sacerdoce lui demeure hostile. Entre lui et nous, il se dresse une montagne de préjugés. Voilà la crise. Et il n'est pas un évêque français qui ne le comprenne ainsi. De là vient qu'il en est parmi nous qui estiment ne devoir, ni en justice ni en prudence, écarter, par la question préalable , les multiples revendications de la foule » (2). — K 11 faut absolument que le prêtre
(1) Compte-rendu du Congrès ecclésiastique de Reims, p. 249 (Paris, librairie du Peuple Français).
(2) Nous empruntons cette éloquente citation au BuZZe^m parofs«î a Z qu'à fait paraître en 1896 M. Tabbé Gibier, curé de Saint-Paterne à Orléans. La publication annuelle de ce Bulletin^ cfui tient tous les paroissiens, fidèles et infidèles, au courant des nombreuses ressources qu'offrent les diverses œuvres de l'église, fait pénétrer la parole du curé dans maintes maisons où