‹ Autour du catholicisme socialChapitre 25 sur 38 · L ECOLE SAINT-SIMONIENNE I · texte numérisé non relu

L ECOLE SAINT-SIMONIENNE I

normale supérieure par sa naissance israélite, paraissent ourdir une vengeance de leurs griefs, et préparer une revanche de leurs amertumes, en projetant, par le saint-simonisme, la réforme d'une société qui leur fut âpre et revéche. Par surcroît, ils bravent le ridicule ; et le ridicule relevant le défi, est souvent plus fort qu'eux. L'accès de papisme auquel se laisse entraîner Enfantin ; le rôle de demi-dieu qu'il s'arroo-e et que Bazard partage avec lui dans les réunions de la rue Monsigny ; le congé pris par Bazard, puis par Rodrigues, lorsque Enfantin, prêchant la réhabilitation de la chair, soupire après la femmeprêtre, après la « mère », qui doit, à côté de lui, régir le saint-simonisme ; son solennel exode vers Ménilmontant avec une troupe de fidèles leur vie commune, leur culte commun, leur alFu-

blement inouï^ et la catastrophe judiciaire

procès pour question de morale publique — qui dérange à jamais ces mystiques farandoles ; Barrault et quelques disciples s'en allant jusqu'à Gonstantinople à la recherche de la « mère m, v saluant toutes les femmes qu'ils rencontrent, expulsés bientôt par la poUce, et ne ramenant au « Père » Enfantin, au lieu d'une compagne en sacerdoce, qu'une déception mortifiante : voilà, certes, autant d'épisodes qu'on croirait être plutôt le condiment d'une farce que l'indissoluble cortège d'un mouvement philosophique.

Malgré ces drolatiques incidents, — où d'ailleurs il est difficile d'évaluer dans quelle mesure certains protagonistes de l'école furent dupes

d'eux-mêmes, et dans quelle mesure ils laissèrent les autres être dupes, — le saint-simonisme, si Ton veut bien y regarder par un autre côté, sollicite une attention déférente et presque émue. Merveilleux en furent les apôtres ; et les sacrifices personnels qu'ils firent à leur doctrine devaient paraître plus persuasifs que les longs discours. Pour se donner tout entiers à la secte, polytechniciens et militaires brisaient leur avenir. Fournel était directeur du Creusot, Michel Chevalier, ingénieur dans le Nord, Jean Raynaud, ingénieur dans le Midi, lorsque l'ascendant du « Père » les attira : ils quittèrent tout, ils se déclassèrent, comme l'on dit, pour être saint-simoniens. Tourneux, Bruneau, Hoart, échangèrent l'uniforme mihtaire contre la livrée de Ménilmontant, fixée pur le Père : pantalon blanc, gilet rouge, tunique d'un bleu violet ; c'était, en apparence, échanger le respect contre les rires ; mais l'exemple, en fait, était si prestigieux, qu'un instant le jeune Lamoricière en fut séduit. Eugène Rodrigues, l'un des premiers membres de Técole, avait un grand amour ; sur le désir d'Enfantin, il renonça au mariage, immolant, sur l'autel de l'humanité, son coeur et le cœur de celle qu'il aimait. Edouard Gharton,quimourutilya quelques années, sénateur de la République, directeur du Tour du Monde et du Magasin Pittoresque^ passait son temps à prêcher le saint-simonisme dans l'Ouest de la France ; l'ingénieur Jules Lechevalier portait la bonne nouvelle dans l'Est ; et le frère de Lacordaire, témoin de ces campagnes

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