‹ Autour du catholicisme socialChapitre 33 sur 38 · LE CONGRÈS LYONNAIS · texte numérisé non relu

LE CONGRÈS LYONNAIS

quence « libérale » une intelligence très lucide des besoins nouveaux, gravit la tribune à son tour : « Cette nation, demanda-t-ii, cette nation souveraine, est-ce seulement une collection d'individus? est-ce seuleiiient la réunion accidentelle d'électeurs qui vont, à un jour donné, mettre leur bulletin dans Turne? Non, c'est un corps organisé... Peut-être y a-t-il un instinct juste, une vue d'avenir, dans cette conception qui consiste à donner une part, dans la représentation nationale, non seulement aux individus, aux personnes éphémères, mais aussi aux personnes morales, à ces corps organisés, à ces groupes sociaux intermédiaires entre l'individu et l'Etat, qui sont la meilleure garantie de la liberté politique. Cette conception n'appartient pas exclusivement à tel ou tel parti; et si elle était défendue hier par notre honorable collègue M. Tabbé Lemire, et aussi par M. Deîalbsse, M. Jaurès la soutenait en 1886, dans \di Dépêche de Toulouse^ et mon ami M. Dejean s'y associait naguère dans un remarquable article de la Petite Gironde. » M. Table Lemire, de son côté, s'était appuyé sur l'autorité de M. Henry Maret. Veuillez bien observer que M. Jaurès et M. Dejean, M. Deschanel et M. Lemire, M. Delafosse et M. Maret, sont tous députés, appartenant tous à divers groupes, professant tous, au sujet de cette question essentielle, des avis à peu près analogues, et qu'il semblerait dès lors vraisemblable que la Chambre parvînt bientôt à un résultat... Lasciate ogni speranza^ et que ce désespoir'vous soit un motif de plus pour

souhaiter au pays, conformément au contre-projet de M. l'abbé Lemire, un mode de représentation moins stérile. L'opinion est saisie, et c'est là l'important. Dans ses articles de la Revue des Deux- Mondes, sur « l'organisation du suffrage universel > (i), travail nouveau par excellence, M. Charles Benoist a développé un système de représentation fondée sur la profession ; et toute la presse s'en est préoccupée. « La profession, c'est l'homme; si l'on cherche la vie, on en trouve dans la profession un signe, une marque, un caractère tout ensemble très apparent et très profond ; et une représentation fondée sur la profession, en tant qu'indication du genre de vie, sera sûrement la représentation réelle et vivante du pays réel et vivant »; ces maximes fondamentales sont le point de départ du travail de M. Charles Benoist; et pour en épuiser, comme il Ta fait, toutes les conclusions, il fallait une double originalité, celle de la pensée et celle du courage ; mais voilà longtemps que l'auteur des Sophismes politiques (2), critique sacrilège des « immortels principes », nous avait accoutumés à l'une et à l'autre. Et le parallélisme entre les revendications do la libre philosophie politique et les desiderata, déjà fort anciens, de l'action sociale-catholique, est l'un des événements les plus significatifs de l'année

(1) Ces articles viennent d'être publies en volume, avec note» et pièces justificatives à la librairie Didot.

(2) Paris, Perrin.

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