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L'ÉLECTION DE M. DE MUN A L'ACADÉMIE FRANÇAISE

La défaite est une marâtre, mais une marâtre qui sait bien élever ses enfants. M. le comte Albert de Mun en est un vivant témoignage. En 1870 et 1871, lorsque les coups du désastre s'acharnaient sur la France comme pour lui marteler une âme nouvelle, M. de Mun fut officier, tour à tour, dans les deux armées de Metz, et de Versailles, les deux plus douloureuses de l'époque : on aurait voulu, sous Metz dépenser plus de cartouches, et, contre Paris, n'en dépenser aucune ; et deux fois on fut déçu. Après avoir fait, personnellement, l'expérience de ces dramatiques ironies, on avait beaucoup de peine à n'être point mécontent de la France.

A cette impression de mécontentement, certains s'abandonnèrent, cultivant en eux les amertumes dupessimisme et les langueurs du désespoir, se complaisant dans cette sensation malsaine d'être des hommes de peu de foi : ils méritèrent ainsi, de devenir des héros de roman, de séduire,' par leurs crises, nos analystes contemporains, et même, grâce au talent de ces analystes, d'être jugés aussi intéressants par le public qu'ils se

trouvaient intéressants eux-mêmes. M. de Mun ne succomba point à de pareils malaises : ses douleurs patriotiques étaient trop sincères et trop ^âves pour qu'elles n'apportassent point avec elles le palliatif de Tespérance.

Lorsqu'en mai 1871, rentrant à Paris avec l'armée de Versailles, M. de Mun arriva sur les hauteurs de Bellevillc, où se confondaient, en un anonymat lugubre, le sang des émeutiers et le sang de leurs victimes, il y fut témoin d'un spectacle que jamais il n'oublia : des femmes, des petits enfants manquaient de respect à la mort ; des cadavres servaient de cible à des jeux barbares ; les tressaillements de la pitié, ces mouvements réflexes de l'âme humaine, étaient comme paralysés et enchaînéspar l'accoutumance du cynisme. Et le jeune officier sentit que la France, acharnée à se meurtrir elle-même, avait besoin d'un relèvement moral.

Peu de mois après, en décembre, dans un salon du Louvre où ses fonctions militaires le retenaient, il vit arriver un homme d'œuvres, un de ces modestes qui, sans le vouloir et sans le savoir, entament des pages d'histoire. M. Maignien (c'était le nom du visiteur) entretint M. de Mun et le comte de La-Tour-du-Pin Chambly, son ami, d'un cercle d'ouvriers catholiques qui existait dans le quartier Montparnasse. Et dans la conversation qui s'engagea, il y eut plus de silences que de paroles : le mal

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