‹ Autour du catholicisme socialChapitre 35 sur 38 · L ELKCTION DE M. DE MUN 2Q · texte numérisé non relu

L ELKCTION DE M. DE MUN 2Q

était si grand, si visible; les remèdes paraissaient si précaires, surtout si obscurs; on était tombé si bas, enfin, et Ton rêvait de remonter si haut ! Mais le vague, au début de certaines initiatives, est une garantie de fécondité. Il en est, dans le monde moral, de Fardeur imprécise des dévouements comme de la nébuleuse dans le monde physique : une vertu créatrice s'en dégage, à l'infini . Les deux officiers promirent leur dévouement : TŒuvre des cercles était née.

C'est le 10 décembre 1871, au cercle Montparnasse, que le lieutenant de Mun prononça son premier discours. Il est d'une simplicité virile, d'une chaleur d'émotion sur laquelle vingt-cinq ans ont impunément passé ; les réminiscences de la guerre et de la Commune s'y pressent et s'y heurtent, éclipsées à la fin, mais non point effacées par l'augure de la « régénération sociale qui nous rendra la victoire ». Sur cet appel à la victoire, le discours s'achève, et c'est un soldat qui parle, nullement un tribun.

Pendant près de dix ans, l'éloquence de M. de Mun aura ce caractère militaire ; les métaphores empruntées à la vie des camps se multiplieront sur ses lèvres ; il considérera l'Œuvre des cercles comme une « armée », dont les revues d'honneur seront des pèlerinages, dont les marches en avant seront scandées par des cantiques, et devant laquelle il redira, avec un enthousiasme pressant, l'épopée des zouaves pontificaux ; et il rêvera de voir cette armée grossir, évoluer à travers le pays, fasciner le reste des Français par l'éclat de ses

manifestations pieuses, et se faire violente, enfin, pour conquérir la terre, de cette violence à laquelle l'Evangile promet, par surcroît, la conquête du ciel.

On aimait, à cette époque, les mobilisations catholiques ; on s'éprenait des jeux d'optique qui feraient resplendir la croix d'une lumière éblouissante, importune aux yeux des mal pensants ; les députés de l'Assemblée faisaient un acte public à Paray-le-Monial, et sur la colline de Montmartre les pierres commençaient de s'entasser pour attester la pénitence des hommes. Voilà le cadre, singulièrement lointain, où doivent être replacées les premières campagnes oratoires de M. le comte Albert de Mun, qu'un cardinal, en i876, appelait, dans le style du temps, « le nouveau Judas Macchabée ». Mais tout de suite le cadre fut débordé par le tableau qu'il y mit.

Répandre un vernis religieux sur la France telle qu'elle était ne suffisait point à M. de Mun ; il voulait substituer à cette France fondée sur des «principes révolutionnaires » qu'il réprouvait, une autre France vraiment chrétienne, et son intransigeance de croyant, loin d'imposer au peuple français un baptême d'épiderme, aspirait à transformer ce vieil homme pour le rendre efifectivemeiit catholique. Ces prétentions firent peur. Lorsque, en 1 876, il fut élu contre un prêtre député monarchiste de Pontivy, son élection fut soumise à l'enquête, puis invalidée... Sur cette même terre de Bretagne, aujourd'hui, c'est aux prêtres élus contre les monarchistes aue semblent réserrés ces inconvénients.

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