CONCLUSIONS
des plus douces jouissauces qu'on puisse connaître. Elle est douce, précisément, parce qu'elle a quelque chose de fortifiant et d'excitant, parce qu'elle n'immobilise pas, mais, au contraire, pousse en avant, et, parce qu'à vrai dire, même, ce n'est qu'en marchant qu'on la savoure pleinement. Si nous avons eu l'inestimaijle fortune d'éveiller en quelques âmes l'impression de cette jouissance, notre temps n'aura point été perdu.
Il est, nous le savons, une objection commune, dont on peut ici nous arrêter : « Vous vous réjouissez, nous dira-t-on, el vous prenez des allures de triomphe, en constatant les courtoisies inattendues, les demi-adhésions, les échos, que vos idées rencontrent ; êtes-vous sûr de n'être point dupe; et les hommes qui, campant ailleurs que vous sur le champ de bataille de la pensée, vous encouragent de leurs sourires, n'ont-ils pas intérêt à vous laisser vous fourvoyer ? Lorsque les socialistes, par exemple, rendent hommage ou s'associent à telle de vos initiatives, n'est-ce point une raison de réiléchir et de reculer? » Nous ré- Dondrons à cela qu'autant il faut être prudent pour accepter les éloges que des adversaires décernent à notre tactique, à notre conduite pratique, autant nous devons nous féliciter, sans craints ni réserves, lorsque nous rencontrons, dans urs écrits ou dans leurs programmes, des points communs avec nos doctrines. Sommes-nous sûrs, oui ou non, de notre synthèse d'idées ? Avonsnous foi en ce que nous pensons, ou, pour mieux dire, en ce qu'ont déposé dans notre pensée les
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enseignements de la tradition catholique et des papes contemporains? Voilà toute la question. Si cette sécurité nous soutient, allons de l'avant ; si elle nous fait défaut, rentrons provisoirement sous notre tente.
Et cette objection écartée, nous répétons qu'il n'est pas de besogne plus utile que de chercher à saisir, soit des lignes parallèles, soit des points Je contact, entre notre système catholique et des systèmes étayés sur d'autres fondements. La constatation de ces concours, de quelque côté qu'ils nous viennent, ne doit atténuer en aucune façon la certitude où nous sommes de la vérité de nos doctrines, et d'autre part elle n'y doit rien ajouter; car il convient que cette certitude soit, en elle-même, plénière. Mais, si une telle constatation ne doit modifier en aucune manière notre degré de conviction intrinsèque et personnelle, nous la devons cependant enregistrer avec une exactitude empressée, parce qu'elle nous procure,tout ensemble, un encouragement pour nousmême, et un moyen de persuasion pour autrui.
Chaque coïncidence, perçue par nous, entre les échos que nous voulons répercuter hors de chez nous, et les échos du dehors qui viennent se répercuter chez nous, doit être interprétée comme une chance de succès pour nos idées. Et non point pour devenir des croyants plus fermes mais des apôtres plus ardents, pour fortifier, non pas notre adhésion à des doctrines qui sont la substance même de nos âmes chrétiennes, mais notre virile énergie à les répandre, il ne fautja-
mafs néglJger /a notation d'une chance de succès.
En second heu, puisque nous avons ù porter
i.os idées chez autrui, et puisque nous vivons à
une époque où l'opinion publique, en fait, accor-
.e a. outes les fnçons de penser le mé,ne 'respect et la mç.,ne hberté, nous avons le droit el même
fiante,! approbation, tacite ou formelle, qu'apportent à certaines parties de nos doctdni iL penseurs ou les tribuns du dehors. C'est pécher contre la lumière que de la vouloir tamise' parce que des hommes qu, ne sont pas nô,res entent entrevu quelques rayons; et c'est, de gaieté de cœur, perdre de bons arguments que de ne poin fatre ressortir, à tout propos, L appuis'que nous trouvons ailleurs pour des idées qui sont nôtres et qui restent nôtres
Nous devons tout faire pour ne point apparaît e comme des ,solés dans le monde intellectuel alors surtout que la pensée loyale des indzfférents celle même de nos ennemis, v.ent pour ams. dire nous trouver et nous tire de notre isolement, '-est la lespntqui nous a constamment guidé
kvoit'trîT""""- " "'" •"" '' ^ou.nZ,on le yo.t tout de suite, avec -.ette étroùesse sv tén^atique d'autant plus âpre à excommunier^ les hommes du dehors qu'ils sont plus proches de nous, m avec ces façons an.xieuses de séquestre
plutôt des hommes de peu de foi
Mais rien de commun non plus' avee les coquetteries aventureuses qu'ont parfois commises cer-
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tains esprits, noblement jaloux de faire accepter le christianisme, ou simplement désireux de lui composer une sorte de toilette mondaine. Ils eussent volontiers négocié, pactisé avec les hommes de l'extérieur ; ils faisaient des avances qui ressemblaient aux préludes d'un marché ; et la gaucherie même de la situation les exposait à se tromper eux-mêmes ou àtromper leurs interlocuteurs; sous l'attouchement indiscret de leurs bonnes volontés, le bloc catholique risquait de se désagréger.
Depuis qu'il est passé de mode de vouloir, au coin du feu, réconcilier l'Eglise et le monde moderne par des marchandages d'un aloi douteux, il semble que l'Eghse recommence de s'entendre beaucoup mieux avec ce monde moderne (1). En ne redoutant point de se dire ultramontain et de s'étaler comme social, le catholicisme, déjouant avec fierté les prophéties qu'on multipliait vers 1870, se trouve comme de plain-pied avec un certain nombre de penseurs qui font autorité; ces penseurs sont attirés par ce qu'il y a d'abrupt en lui; nous en avons donné des exemples. L'heure n'est plus à je ne sais quel mélange de timi-
(i) Comment les boas esprits, aujourd'hui, « concilient» l'Ej lise et le moade moderne, on s'en peut rendre compte en lisant ua livre qui vient bien à son heure et qui sera, pour beaucoup, une excellente initiation : L'Eglise et la France moderne^ du R, P, Maumus (Paris, Lecoffre, i896). Ce n'est point par une abdication partielle de l'Eglise que le distingué Frère Prêcheur ménage ia conciliation : c'est en exposant la doctrine de la vieille théologie sur rorigine du pouvoir. C'est en se ressaisissant complètement lui-même que l'enseignement catholique ressaisit le monde contemporain.