‹ Autour du catholicisme socialChapitre 9 sur 38 · LE PHÉNOMÈNE DE LA COMMUNION DES SAINTS 7I · texte numérisé non relu

LE PHÉNOMÈNE DE LA COMMUNION DES SAINTS 7I

ses yeux doivent, en leur orbite, ramasser le prochain avant de se fixer vers le ciel ; à la barre du Dieu dont il pressent la justice et dont il attend la bonté, il traduit, en même temps que lui-même, cette invisible escorte, les hommes ses frères ; par une de ces fictions que l'amour est ingénieux à créer, il se les associe tous, connus et inconnus, et ceux qui ne prient pas aussi bien que ceux qui prient ; son oraison privée prend la forme d'une oraison 'collective; c'est en tant que membre de l'humanité qu'il s'adresse à Dieu; et dans cet appel à la paternité divine, sa fraternité envers les autres hommes est impliquée. Arrière donc le dévot individualiste pour qui toute la religion consiste à négocier avec Dieu les affaires personnelles de son salut : il sait, à coup sûr, le Pater Noster, mais il n'en a point, à proprement parler, la science, fille de l'amour.

Pourvoir de plus près quelle place intime, inexpugnable, occupe l'idée de fraternité dans la contexture du dogme catholique, comment l'Eglise y soumet, non pas seulement les sociétés humaines, mais la société surnaturelle, comment elle en fait la charte du royaume de Dieu en même temps que des royaumes de ce monde, et comment enfin elle la prépose aux rapports des hommes entre eux dans l'au-delà, non moins qu'ici-bas, il faut porter notre attention sur le dogme de la communion des saints. Dans tout Tédifice catholique, il n'est peut-être aucun fragment qui soit mieux compris et plus admiré par quelques-uns de nos contemporains ; cette sorte de mysticisme socia-

lise, si roii peut ainsi dire, qui est au fond de ce dogme, les tourmente et les attire.

«Dans le catholicisme, écrivait naguère M. Brunetière, à quelque monstrueux abus que la doctrine des indulgences et des œuvres ait pu donner lieu quelquefois, il suffit de la ramener à son premier principe pour en apercevoir clairement la fécondité sociale. Les mérites des uns « s'appliquent » au salut des autres. La carmélite aux pieds nus qui pleure dans son cloître sur les péchés du mondain les efface. Le moine qui s'en va mendiant sur les routes rachète la femme adultère au prix des humiliations qu'il essuie. Il s'établit ainsi, dans la société catholique idéale, une circulation de perpétuelle charité. Les vivants y prient pour les morts, les morts y intercèdent pour les vivants. Une justice plus clémente, un Dieu plus tendre à la faiblesse humaine, y accorde aux élus la grâce des réprouvés. Et du centre à la circonférence de ce cercle infini, où rhumanité se trouve enveloppée tout entière, il n'est personne en qui ne retentissent, pour le désoler, les péchés, mais aussitôt, et pour le consoler, les mérites aussi des autres (1). »

Et l'on ne pouvait définir avec plus de précision, réchauffée par une plus communicative éloquence, les harmonies de la communion des saints. Encore qu'il soit parfois dangereux de détailler, en des coups d'œil rétrospectifs sur

(1) Brunetière. La science et la religion, p. 81-82 (Paris Didotj.

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