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CHAPITRE VTI

Sommaire. — L'aspect de Sainte-Marie-Majeure. — La nuit de Noël. — Prédication des enfants à Ara-Cœli. — L'Église. — Son caractère. — Les discours prononcés par les enfants. — Le Prœsepio. — Le divin Bambin. — Légende qui s'y rattache.

Il semblerait, quand vient l'anniversaire solennel, qu'un immense cri d'allégresse doit s'élever de Rome, et l'imagination du voyageur aime à se représenter les trois cents églises de la ville pontificale retentissant d'un immense hosannah! Cependant, on n'officie pendant les Ténèbres qu'à Sainte-Marie-Majeure et à Saint-Louis-des-Fran-

Basilique de Sainte-Marie Majeure.

çais. Mais il est vrai de dire qu'on célèbre encore la messe dans quelques petites églises ou chapelles de paroisse, où le vrai Romain se sent plus chez lui que dans les grandes basiliques; car il a là son coin de prédilection, sa chaise, son scaldino en hiver, son autel favori, et son directeur de conscience. Mais la nuit de Noël on n'entre dans ces paroisses qu'à huis clos, pour ainsi dire, sans qu'on soupçonne la cérémonie qui appelle aux pieds des autels les âmes ferventes, et en somme, c'est à Sainte-Marie-Majeure qu'a heu la manifestation solennelle; d'ordinaire le pape lui-même y officie dans cette circonstance particulière; c'est laque les évêques étrangers venus à Rome pour le Concile se rendront cette nuit.

Sainte-Marie-Majeure est la première des églises de Rome et du monde cathoHque après Saint- Jean-de- Latran; elle est une des sept basiliques principales, une des quatre qui ont la porte sainte. Dès le IV^ siècle un sanctuaire s'élevait sur le même emplacement, aussi jouit-elle de privilèges sans nombre, tous les Pontifes reconnaissent sa suprématie; elle a même la prétention de posséder le tombeau du Sauveur, renfermé dans la confession, à côté des corps de saint Mathias, de saint Epafre, de sainte Romula et de sainte Redenta. Après avoir erré dans la nuit noire dans ces quartiers déserts qui environnent la basihque, nous

voici au seuil; en soulevant la pesante portière de cuir qui ferme l'entrée, nous nous sentons comme aveuglé par les mille lueurs de l'immense foyer au centre duquel étincelle le Saint-Sacrement.

Les Italiens ont une façon de parer les autels qui reporte notre imagination aux fêtes mondaines; il y a., dans ces illuminations a giorno, comme un reflet des soirées de gala des théâtres, et il faut une âme et un cœur bien préparés aux choses de la religion pour ne point se laisser distraire par ces pompes et prêter trop d'attention à leur côté pittoresque.

On sait que l'intérieur de Sainte-Marie-Majeure est formé de deux colonnades partageant la basilique en trois nefs; chacun des intervalles compris entre les colonnes est orné d'un lustre double, et, du plafond, dans l'axe de chaque colonne, pendent encore un nombre égal de foyers de lumières.

Le cul-de-four de la voûte du fond est décoré d'une belle mosaïque du moyen âge; suspendus à la frise qui l'entoure, une rangée de lustres à vingt bras, forme un cadre flamboyant qui fait ruisseler la lumière sur les petits cubes d'or et de verre coloré; ils éclatent comme s'ils étaient frappés par les rayons du soleil le plus ardent, et les grandes figures archaïques des saints aux gestes compassés, aux draperies carrées, aux nimbes d'or niellés de brunes arabesques, se déta-

chent avec vigueur. Le maître-autel en avant; isolé tout autour et porté sur des colonnes d'albâtre oriental; châsse éblouissante de splendeur au milieu de ce grand reliquaire de marbre et d'or, fait un second foyer lumineux dont les yeux ont peine à soutenir l'éclat.

Dans les bas côtés de l'église, vivant dans une sorte d'intimité avec le culte ; des paysans de la campagne de Rome, venus pour la solennité; sont pour ainsi dire campéS; enveloppés dans leurs manteaux, entourés de paniers et de paquets ; assis sur les marches des autels les moins fréquentés; et il y a là un va-et-vient singulier qui vous choque et vous heurte. L'élément pittoresque, l'épisode qui se présente et se compose à chaque pas, détourne de tout recueillement; et il est difficile de s'abstraire d'un tel mouvement. Cependant; en pénétrant au plus épais de la foule jusqu'aux marches de la confession , si; un instant recueilli; on reste les yeux fixés sur le sanctuaire: on se sent peu à peu ramené au respect des choses saintes.

Ces chantS; les sons de l'orguC; la foule prosternéC; le mystérieux avènement de l'enfant né dans une crèche et qui sera un jour le divin rédempteur; le contraste de la nuit profonde et de la solitude du dehors à laquelle on vient d'échapper; la pensée du

Ara-Cœli. — Vue prise de la Place du Capitole.

Le Prœsepio. — La Nuit de Noël à Ara-Cœli.

contraste du dehors, où la pluie tombe, sinistre, constante, lente et froide ; tout se réunit pour frapper l'imagination la plus rebelle et impressionner le cœur le plus dur.

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