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CHAPITRE IV

LE PAPE TIENT CHAPELLE

Sommaire. — L'aspect de la place Saint-Pierre. — Arrivée des Pères du Concile. — La Scala Regia. — Monseigneur Ledochowski, archevêque de Posen. — Les chanteurs de la Chapelle Sixtine. — Aspect de la nef pendant l'office divin. — La tribune réservée aux princes romains. — La sortie de la messe pontificale.

Le jour du dimanche de l'Aventlepape tient chapelle à Saint-Pierre ; cette fois la funzione, toujours imposante et toujours attendue par les Romains, empruntera aux circonstances un éclat particulier; car tous les prélats du monde entier, réunis pour le Concile, y assisteront. Aussi, dès le matin, les étrangers envahissent-ils l'immense place. A partir du môle, aux abords du pont

Place Colonne.

Saint- Ange, la foule est compacte; les dragons gardent l'unique avenue où vont passer trois mille voitures, au milieu desquelles on distingue les carrosses bariolés, à trains rouges, amenant les cardinaux, et derrière lesquels les domestiques de leurs Eminences,

Le Pont et le Château Saint-Ange.

si pittoresques dans leur livrée, se tiennent suspendus en grappe, le mollet au vent, le parapluie dans sa gaîne rouge sous le bras, accrochés trois ensemble, les bras passés dans les portières, et bien en équilibre sur Tétroit strapontin.

La rue Borgho-Vecchio, cette longue rue qui part du môle d'Adrien et débouche sur la place Saint-

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Pierre; est comble; de distance en distance stationnent les dragons, refoulant sur les trottoirs la foule compacte, foule noire, où les abbés sont nombreux. Çà et là, on remarque comme contraste, quelques paysannes, à jupons rouges, et des nourrices, vraies têtes de fresques, ornées de bonnets à fraises de toutes couleurs, curieusement ouvragés avec de grands épis d'or, plantés dans les nattes noires.

Cette place est si grande qu'une aussi énorme aiïluence ne parvient point à la remplir; tout au plus est-elle^ çà et là, tachée de points sombres. Les voitures particulières viennent se ranger en ligne en face de l'entrée, en deçà de l'obélisque; les voitures des cardinaux tournent à gauche derrière la colonnade et s'engouffrent dans le Vatican: seuls les évêques vien« nent descendre au pied du grand escaHer qui conduit à la scala regia et au vestibule de Saint-Pierre; c'est sur ce point que la foule s'est massée pour voir passer les évêques exotiques.

A la première marche de l'escalier royal, sous les armes, dans leur tenue de fête, se tiennent les lansquenets d'un autre âge, à crevés mi-partis jaune et rouge, coiffés du casque d'acier ombragé d'une crinière blanche, avec la fraise à la Velasquez. Ce moyen âge et cette renaissance hurlent de se trouver accouplés ; les souliers trop modernes, à la Molière, pro-

testent contre le reste du costume, et la tête des soldats, trop contemporaine, dénonce leur origine suisse et sonne le ranz des vaches d'Appenzel en plein Vatican.

Cependant, en perspective , dans ces immenses escaliers à dix paliers, et encadrée dans l'arc du vestibule supérieur; la silhouette de ces hallebardiers a son prix comme décor.

Il y a aussi quelques charmants épisodes qui à chaque pas ofriraient des tableaux à un artiste. Des huissiers exquis (tous ministres plénipotentiaires au moins pour l'allure), avec la jambe fine, le teint pâle, rasés de près, mi-abbés, mi-

Gaidc Suisse. — Lansquenet

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diplomates; reçoivent leurs Grandeurs au seuil , et de temps à autre accueillent aussi des jolies femmes en taille simple, la tête à peine couverte d'un léger voile de tulle simulant la résille, obligatoire et d'étiquette pour les dames qui veulent assister à la messe papale. Ces belles curieuses sont pour la plupart des dames de la noblesse, des princesses romaines ou des dames du corps diplomatique.

Cet escalier royal est si grand d'échelle que les personnages qui le gravissent ressemblent à ces petites figures que Piranesi, d'une pointe vive, jette dans ses magnifiques eaux-fortes du Vatican. Tout à l'heure, en plein air, la foule était d'un noir tacheté ; ici tout est bariolé; on voit des personnages tout blancs, d'autres tout rouges de la tête aux pieds; celui-ci est gris perle, celui-là violet clair ou jaune soufre. Evêques, abbés, prieurs, patriarches, archimandrites, jolies hérétiques anglaises portant leur pliant, prélats espagnols verts et moines tout blancs, se croisent, se confondent et se saluent. De temps en temps la foule s'agenouille, un passant sort des rangs pour se précipiter vers un prince de l'Église qui passe; il s'agenouille pour lui baiser la main, et le prélat la laisse prendre avec indifférence comme un homme distrait et pressé.

L'heure avance, il faut entrer dans Saint-Pierre. Tout d'abord c'est le mouvement de la rue ou celui

d'un passage colossal, héroïque; splendide, écrasant de grandeur. On entre, on sort, on parle, on s'appelle; des processions de pénitents noirs passent en psalmodiant, et des pénitents gris leur succèdent. Les lansquenets défilent, le tambour en tête ; ils vont occuper les abords du maître-autel et garder l'enceinte de la chapelle papale. La foule se rue vers un même point , et la nef ressemble à une place pubHque; mais le Romain ne s'émeut point de ce désordre, et chacun court à l'objet de sa dévotion particulière; si on n'y prend garde, on peut fouler aux pieds des paysannes couchées à plat ventre à l'entrée d'un sanctuaire où est exposé le Très Saint-Sacrement. Cependant déjà les évêques et les cardinaux, revêtus de leurs insignes, commencent à fendre la foule, et tout le monde veut se grouper autour du maître-autel où les gardes du pape forment un cordon destiné à protéger l'entrée des prélats.

La cérémonie a lieu dans le chœur, somptueusement orné d'immenses draperies grenat et or, sous lesquelles se dresse le trône. Le milieu reste vide ; tout autour, sur les bancs supérieurs, se tiennent les cardinaux, et derrière eux les évêques. Pour le moment l'espace au milieu est désert ; les prélats font leur entrée un à un, entre deux haies de curieux, contenus à grand'peine par les gardes qui les exhortent en allemand.

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Un jeune maître des cérémonies s'avance, camérier élégant, connaissant à fond sa cour de Rome; il est accueilli d'un signe de confiance par les prélats romains, qui vont droit à leur banc, et il s'adresse, en latin, aux évêques étrangers, auxquels il indique leur place. Le défilé commence pour la masse des curieux, c'est le vrai moment du spectacle, et quelques-uns tirent même, sans vergogne, les lorgnettes de leur étui. A côté de nous, les abbés de tout grade, qui forment le fond de la foule, nomment leurs supérieurs ecclésiastiques qu'ils reconnaissent au passage. Les ciceroni, en face de ces innombrables nuances de costumes, fourrures blanches, fourrures grises, fourrures noires, simarres rouges ou violettes ou simples robes de bure, en face de tous ces personnages de l'aspect le plus humble, auxquels on rend les honneurs les plus marqués, essayent à grand'peine de reconnaître le grade et les fonctions de chacun, et inventent des évéchés singulièrement „in partibus". Et de fait, c'est à s'y perdre, car c'est un spectacle extraordinaire que celui qu'offre ce défilé. Quelques Africains en turban, vêtus de grandes gondourah de soie lamée d'or, soulèvent un murmure d'étonnement dans la foule. On pense à l'adoration des mages et aux Chaldéens de fantaisie de Rembrandt. Mgr Valerga, le patriarche de Jérusalem, un Abraham à grande barbe blanche, a le plus grand

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Cardinal Italien.

succès. Les Maronites, Tévêque des lieux saints, le

gardien des sanctuaires, l'archevêque de Chine , l'évêque de Hong-Kong , et ceux du rit arménien, arrêtent aussi l'attention, et on va laisser passer, sans les regarder, le cardinal Bonaparte et Mgr de la Tour d'Auvergne, malgré la noblesse ascétique qui distingue la démarche du premier, et le grand air assuré avec lequel le second s'avance.

Le défilé dure longtemps avant que chacun ait occupé sa place ; chaque cardinal, en entrant, va s'agenouiller un instant devant le maître-autel du baldaquin de Saint- Pierre, où un assistant, de chaque côté, relève la longue traîne de l'Eminence

Mgr Spaccapietra, Évèque du Chili.

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Mgr Valcrga, Patriarche de Jérusalc

qui tout à l'heure balayait noblement le tapis. Au milieu de tout cela se détachent quelques uniformes diplomatiques , celui du ministre d'Autriche et de l'attaché militaire ; celui du Grand- Maître de l'ordre de MaltC; suivi d'un chevalier de Saint- Jean de Jérusalem, tout rouge et or, avec le grand manteau blanc, qui réclame une place pour cinq ou

six dames au teint basané, coiffées de mantilles.

Le dernier de tous, un évêque du Liban, vraie tête d'Holopherne, la tête couverte d'un voile rouge, moitié turban, moitié voile, et lamé comme celui des Touaregs, s'avance en traînant ses sandales et faisant de grands gestes avec des mains noires; le jeune maître des cérémonies déploie sa finesse toute diploma-

Mgr Yglesias, Patriarche des Indes.

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tique et sa politesse exquise à l'égard de ce pasteur

des fidèleS; venu d'un pays extravagant; enfant de la tente habitué à la vie du désert. Un véritable Beni-Zoug- Zoug, chien fidèle, domestique de confiance venu des régions lointaines à la suite de l'Eminence , couvert de haillons pittoresques , les jambes nues, la tête coiffée d'une grosse corde roulée en turban, et vêtu d'un burnous sale, essaie de suivre un beau Mésopotamien qui, arrivé en retard, le congédie d'un geste à la fois noble, affectueux et doux. Le pauvre montagnard, ahuri au milieu de ces pompes, s'en va, ses sandales à la main, se perd dans la foule, et se tapit dans un coin d'autel, comme un chien

Prélat du Rit arménien.

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fatigué, indifférent à toute autre chose qu'à son maître

Évéque du Rit arménien.

qu'il suit longtemps des yeux dans le flot des princes de l'Eglise.

La messe commence et Sa Sainteté ne paraît point; la déception est grande dans la foule en voyant s'approcher de l'autel un simple archevêque; de ceux qui ont le privilège et peuvent dire la messe à la chapelle papale. Il ne monte pourtant pas au grand-autel (celui du baldaquin , est réservé au seul Pontife) ; il officiera

devant un petit autel mobile, spécialement dressé en avant du premier pour cette circonstance.

L'officiant est Mgr Ledochowski; archevêque de Posen , par conséquent Polonais et né à Gosken en 1822. C'est un prélat de belle allure, il a souffert l'exil, les amendes et la prison dans sa lutte avec le gouvernement allemand.

Pour le moment interdit par son gouvernement, il s'est retiré à Rome, loin de ses ouailles, il est allié aux Odelcaschi, et presque Romain, puisqu'il a fait ses études à l'Académie des nobles ecclésiastiques. Attaché plus tard à la secrétairerie d'État, il est devenu nonce à Bruxelles, puis archevêque de Gnesen et Posen, et il est promis au cardinalat. Mgr Ledochowski officie

ïr Ledochowski,

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avec dignité; la messe suit son cours, le flot des étrangers augmente, et par trois fois elle rompt les barrières ; nous sommes refoulés peu à peu jusque sous la petite cage à grilles dorées où se tient la maîtrise de la chapelle papale.

Chanteur de la Chapelle Sixtinc.

De cette petite tribune, ainsi close d'un grillage d'or, qui dérobe les chanteurs à la foule, partent tout d'un coup des sons étranges: c'est le chant du rit grégorien, le plain-chant de Saint-Pierre, sans accompagnement d'instrument. Des accents androgynes, d'une acuité particulière, s'élèvent au-dessus des voix graves des basses, comme des fusées brillantes dans

un feu d'artifice : c'est à la fois touchant , inquiétant et douloureux, on dirait des sanglots de femme, mêlés à des lamentations viriles. A travers les losanges dorés on a peine à distinguer les chanteurs , pressés sur un petit espace ; un maestro les guide et bat la mesure d'un air affairé. Cette même tribune grillée, nous la retrouverons dans la même forme, à la Chapelle Sixtine, et nous y entendrons encore ces mêmes accents indéfinissables, et qui, par leur caractère très particulier, justifient encore aujourd'hui toutes les hypothèses de la tradition vaticane relatives aux chanteurs de la Sixtine.

A peine les chants ont-ils cessé, on voit surgir un petit moine maigre, hâve, tout noir, à face émaciée, qui se dresse debout dans une chaire presque au niveau de la foule , en avant des bancs des cardinaux. C'est un provincial de l'ordre des Augustins; il prêche en latin, nous nous retirons en arrière dans la grande nef pour mieux nous mêler au mouvement de la foule, et juger de l'aspect de l'église pendant l'office solennel; plus que jamais c'est la place publique. Il y a là un mélange inouï du plus haut ragoût; les domestiques des cardinaux causent, assis sur les saillies des piédestaux des immenses pilastres, portant les accessoires de la toilette des Eminences, le chapeau rouge à gros glands d'or et le manteau écarlate ou le coussin, sans

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oublier le parapluie rouge. Le peintre Heilbuth, auquel nous empruntons quelques unes de ses nombreuses compositions, a bien observé et rendu tout ces types de serviteurs des princes de l'Eglise.

Saint-Pierre est si énorme que ce concours immense ne le saurait remplir; les étrangers circulent, les guides font leur petit métier, les paysans de la campagne et les belles transtéverines aux jupons rouges et à la blanche fazzoletta, campent assis dans la porte des confessionnaux; tout un monde d'huissiers distingués, portant le long collet de soie noire qui flotte sur leur frac élégamment coupé, délicats serviteurs des membres du Concile, stationnent près de la barrière de marbre de la confessione, et s'entretiennent sans façon des choses du jour. Nous passons dans l'autre bras de la croix, et nous nous trouvons devant la tribune à niveau, enceinte réservée, où une centaine de femmes de la société romaine, des élégantes privilégiées, entendent la messe papale; toutes sont vêtues de noir, dans le deuil le plus strict, et toutes portent le voile. Quelques-unes ont adopté la mantille sévillane ; d'autres, jeunes, minces et longues, en simple taille, n'ont qu'un soupçon de tulle sur le sommet de la tête et semblent venues là en voisines.

Des vo3^ageuses prises au dépourvu se sont composé une sorte de petit voile symbolique, fixé au

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milieu des tresses pendantes, esquivant ainsi la loi de l'étiquette.

Il y a là des princesses romaines qui ressemblent à des vierges de missels allemands ou à des anges de Giovianni da Fiésole, des parisiennes éléganteS; des princesses russes, des hongroises, des autrichiennes qu'on a vues et qu'on verra encore à la sortie de rOpéra, l'hiver, à Paris ou à Vienne, à Florence ou à Saint-Pétersbourg; de ces cosmopolites enfin qu'on connaît si bien de vue pour les avoir rencontrées un peu partout, qu'on est tenté de les saluer et de leur demander si elles iront au Pincio dans l'après-midi.

Mais la clochette sonne, c'est l'élévation; nos yeux se tournent vers l'autel; un beau rayon de soleil doré tombe obliquement des baies de la vaste coupole, et enveloppe les officiants. L'encens brûle, les chants s'élèvent, l'or éclate, c'est rapide comme un éclair, il y a là un instant d'émotion, et quelque chose d'immatériel nous fait oublier tout ce mouvement mondain qui nous entoure, en nous enlevant pour un instant aux pensées mondaines.

Un grand mouvement de tout ce peuple prosterné, qui se relève avec un sourd murmure, indique la fin de la cérémonie; la confiasion devient grande et fait contraste avec le recueillement subHme de tout à l'heure. C'est la sortie, plus belle encore que l'entrée;

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moins pompeuse peut-être, mais certainement plus pittoresque et plus confuse. Les cardinaux sont confondus pêle-mêle avec la foule qui s'écarte pour les laisser sortir, les domestiques se précipitent. Tous les prélats, en passant devant l'un des autels où est exposé le Saint-Sacrement, s'agenouillent un instant; des vieillards qui se traînent à peine, sont soutenus par des serviteurs aussi vieux qu'eux et se courbent sur de gros coussins que ceux-ci posent à terre. Les valets béats les suivent, de jeunes abbés rattachent les traînes des Eminences et roulent consciencieusement les longs pans en bourrelets.

Voici les Orientaux qui défilent une seconde fois devant nous, et nous les observons de plus près que tout à l'heure; le monde entier est représenté là, et vraiment rien n'est plus étrange. Voici l'évêque de Cappadoce, ceux d'Alep, de Mélitène, de Karputh, de Diarbékir, de Césaréa, d'Amadia, d'Ancyre. Ils sont cuivrés, ils sont jaunes, ils sont noirs; un véritable mandarin, sorte de bouddah cathoHque, s'avance, comme détaché d'un paravent sacré; le mélancolique patriarche semble opprimé au miheu de la foule indiscrète qui le suit.

Dehors, sur la place, le soleil luit cette fois, et la lumière éclate; nous courons encore au bel escalier du Vatican pour voir le mouvement des voitures

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qui vont emmener toutes ces Grandeurs et ces Éminences.

Parmi mille épisodes colorés, notons les grands chasseurs des évêques hongrois, avec le costume national, la petite tunique bleue à brandebourgs d'or, le bonnet d'astrakan avec -l'aigrette, le beau dolman flottant et la botte sur le pantalon collant soutaché. Et, avant de nous retirer, jetons encore un coup d'œil à la perspective profonde de la scala regia, où se tiennent, anxieux, les jeunes abbés, clients un peu humbles, qui attendent qu'un regard éminent tombe sur eux. Quand ils ont obtenu au vol un mot ou un sourire d'un cardinal, ils retournent au groupe de leurs collègues avec la visible satisfaction d'un surnuméraire français qui a parlé à son ministre et va rêver à son avancement.

Il est midi, les cloches sonnent sur la place, les boutiques, tout à l'heure fermées, s'ouvrent comme par enchantement ; les voitures s'ébranlent et les chevaux s'élancent dans la direction du pont Saint- Ange, précédées par l'escadron de dragons pontificaux qui leur ouvre la marche.

— ItCy missa est.

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