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REVUE DES TROUPES PONTIFICALES A LA VILLA BORGHÉSE

i5 Décembre, Le pape a convoqué les Pères du concile à assister à une revue des troupes pontificales qui doit être passée par le général Kanzler.

La revue a lieu dans la villa Borghèse, à la porte même de Rome. Après tant de jours d'une pluie incessante, le soleil s'est levé splendide, et la foule s'est portée en masse vers la place du peuple, franchissant l'ancienne porte Flaminienne ouverte par Narsès au pied du Monte Pincio. A quelques pas de la place, on abandonne la route de Viterbe pour tourner à droite, les propylées de la villa se dressent en perspective. Jusqu'à présent nous n'avions vu la résidence des princes Borghèse que des hauteurs du Monte Pincio et de la villa Médicis qui la surplombent ; un grand portail d'ordre ionique, sorte de propylées, fait à la villa une préface monumentale; puis s'ouvre une superbe allée, ponctuée à son extrémité par une fontaine de noble allure. A l'extrême horizon, un arc dressé sur un piédestal de rochers, encadre un Esculape antique dont la silhouette se détache sur le ciel.

C'est le cardinal Scipione Borghèse, neveu de Paul V,

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qui a construit la résidence primitive, aggrandie à la fin du siècle dernier par le prince Marc Antoine, et embellie depuis par chacun de ses successeurs. C'est un exemple superbe de cette combinaison de l'art et de la nature qui fait des villas de Rome de véritables compositions dignes des plus grands artistes. Un certain abandon voulu, en quelques endroits de ces jardins immenses, donne au promeneur l'illusion de la solitude la plus profonde, aux portes mêmes de Rome. Le pin parasol, avec sa masse sombre nettement découpée, le chêne vert aux troncs rugueux, aux jets de branches d'un beau dessin, s'allie bien aux ruines, aux exèdres, aux temples, aux casinos dont la ville est semée. Jetés là comme par un heureux hasard, à chaque pas, une statue antique, un cippe, un chapiteau, une inscription, quelque noble vestige sur lequel grimpe le lierre, arrêtent le regard, et partout sous l'œuvre de la nature, on sent la main de l'homme qui en a prévu les effets et l'a conviée à collaborer avec lui.

Dans le palais fermé d'une grille et clos d'une de ces belles barrières de marbre à lourds balustres, amples de moulures, qui s'allient bien à la végétation des cyprès et des vieux Herres qui les rongent, tout un peuple de statues antiques forme un admirable musée. Là, le prince Marc-Antoine, réparant les pertes du prince Camille, qui avait vendu à Napoléon L^ les

marbres de son musée (ils ont formé le fonds de notre musée des antiques du Louvre), a rassemblé une nouvelle collection sortie presque entière du sein même du sol de la villa, qu'il avait fait labourer à quelques mètres de profondeur sur une vaste superficie. Et cependant qui sait combien de blanches divinités dorment encore, sous ces tapis de mousse !

La foule est grande aujourd'hui; les voitures sillonnent la large avenue et s'arrêtent à l'Hippodrome dit " la place de Sienne „, fermé d'une haie basse et pourvu d'une route circulaire autour de laquelle régnent des rangées de gradins de pierre qui forment un cirque. C'est au centre de l'arène, évidemment faite aux temps des premiers Borghèse pour les grandes représentations hippiques, que se sont massées les troupes. L'enceinte étant trop étroite pour les contenir toutes, elles font la haie sur les collines, ceignant ainsi l'amphithéâtre d'un double cordon qui se déploie jusque sous les pins parasols où on voit briller les uniformes.

Nous sommes en face de cette petite armée pontificale qui, depuis neuf a ans, soutenu la lutte contre les efforts successifs de ceux qui revendiquent Rome pour capitale ; il y a deux ans à peine, les forces ici réunies ont soutenu le choc à Mentana.

L'ensemble des troupes qui défile sous nos yeux

Un Zouave pontifical. — Dessin par E. Détaille.

doit s'élever à dix ou douze mille hommes, qui représentent l'armée pontificale tout entière, sauf quelques garnisons laissées dans les provinces. C'est une armée complète en miniature ; car elle comprend l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie, le génie, l'intendance, l'administration, les infirmiers, les troupes de maintien et de discipline, et les bataillons sédentaires. Le commandement en chef est dévolu depuis longtemps déjà au général Hermann Kanzler, de nationalité suisse, qui appartient depuis 1860 à l'armée pontificale comme officier supérieur. Au siège d'Ancône, le lieutenantcolonel Kanzler commandait les forts extérieurs, il a soutenu les dernières attaques en 1867, il commandait en chef à Mentana.

Le général passe devant nous à la tête d'un très nombreux et très brillant état-major auquel se sont joints les princes présents à Rome et quelques officiers de toutes armes et de diverses nations qui ont pris place dans l'escorte. Les gendarmes pontificaux ouvrent la marche.

L'armée pontificale, au moment où elle évolue devant nos yeux, est formée d'éléments empruntés à toutes les nationalités de l'Europe. La tradition s'est perpétuée depuis le moyen âge jusqu'à nos jours, mais l'élan de la foi et le dévouement individuel qu'elle inspire, ont eu la plus grande part dans cette agréga-

tien de forces empruntées à toutes les nationalités de TEurope. La noblesse romaine, en dehors de la garde noble, qui lui appartient presque tout entière, a fourni aussi des éléments à tous les corps. Dans les rangs des dragons, on compte des Lepri, des Borghèse, des Carpegna et un prince de Bourbon; dans Tartillerie, sont enrôlés les Rospigliosi, les Macchi, les Theodoli; dans les volontaires de la réserve, on constate aussi la présence de quelques noms illustres, un Salviati, un Patrizzi, un Lancilotti, un Sarsina, des Anticci, des Theodoli, des Bernardini. Les généraux s'appellent de Courten et marquis Zappi. Le colonel Lopez commande la place de Rome, le colonel Caïmi commande l'artillerie, le lieutenant-colonel Lana dirige le génie.

Les zouaves pontificaux et surtout le bataillon des squadriglieri, venu pour la première fois à Rome depuis sa formation, attirent le plus l'attention. Les zouaves pontificaux ne comptent peut-être plus aujourd'hui sous les armes tous les officiers et soldats qui ont pris part aux journées de Castelfidardo et aux luttes plus récentes qui ont signalé le mouvement de 1867 ; car, une fois le danger passé, beaucoup de volontaires ont regagné leur pays. Depuis le 18 mai 1860, où le général Lamoricière fit appel au monde catholique et où le pro-ministre des armées Mgr de Mérode a créé le corps franco-belge, qui fut l'embryon du

corps des zouaves , la compagnie est devenue bataillon et le bataillon s'est fait régiment. Les noms de Becdelièvre^ de de Chyllas, de Cordas, d'Yvonne, d'O'Reilly (qui avait groupé autour de lui les Irlandais), se retrouvent à la fondation du corps. Ceux qui le composaient alors ont fait leur devoir aux Crocette, à l'affaire des Cascine, à Castelfidardo, et les troupes qu'ils ont rencontrées ont souvent rendu justice à leur courage. En temps de paix on les a vus, dans la province de Velletri, purger la campagne des brigands qui la désolaient; et le i^^ janvier 1867, le bataillon, bien instruit, aguerri, prêt à la lutte, s'est dédoublé pour faire le régiment définitif aux ordres du colonel Allet, du lieutenant-colonel de Charrette, des commandants de Lambilly et Troussures.

La composition de l'armée, à l'heure qu'il est^ offre encore quelques particularités. Jamais troupe étrangère n'a réuni d'éléments plus divers soudés par une sévère discipline. Les Français et les Belges sont venus les premiers, à l'appel de Lamoricière et de Charrette. Les Irlandais, dont on sait l'exaltation religieuse, se sont groupés au nombre de 350 autour du major O'Reilly, formant le bataillon de Saint-Patrick, licencié aussitôt après 1860, mais dont les éléments sont allés se fondre dans les autres corps. Les Anglais et les Ecossais, les Suisses, les Allemands du Nord et

du Midi (les Autrichiens groupés autour du major Tuchman), les Italiens, avec une batterie tout entière fournie par la ville de ParmC; des Espagnols, des Américains du Sud, et enfin jusqu'à des volontaires de rOcéanie, de l'Asie et de l'Afrique : ont contribué à la formation. La fusion de tant d'éléments divers s'est faite par la création de cercles nationaux sous la direction d'un aumônier de la région, avec Mgr Daniel pour aumônier en chef du régiment, à Rome même.

Dans la totalité du régiment, les Canadiens sont entrés pour une proportion de 250 individus, amenés par un aumônier, et abrités sous un drapeau blanc à la devise „ Aime Dieu et va ton chemin " avec le castor pour emblème national. M. de Charrette a raconté qu'à leur passage à Rouen, où le cardinal de Bonnechose les avait généreusement hébergés, ces Canadiens avaient 'pris congé de lui en entonnant comme hymne national, la douce chanson de Frédéric Bérat, devenue populaire, „Je vais revoir ma Normandie". On dit même que ce mélancolique refrain est adopté chez eux comme une sorte d'hymne national; et, en effet, un grand nombre de ces Canadiens portaient des noms normands et tiraient leur origine de cette plantureuse province française.

L'état-major général, composé d'officiers généraux et d'officiers supérieurs auxquels se sont joints les

attachés militaires et un grand nombre à'amateurs de toutes les nations, défile devant nous avec le général Kanzler à sa tête, ayant pour avant-garde un détachement de gendarmes pontificaux. Pour cette grande revue on n'a point assigné de place officielle aux Pères du concile; ils se sont placés à leur guise sur les terpsses. Dans une sorte de tribune qui ressemble à celle réservée aux prêteurs dans les amphithéâtres antiques, ont pris place l'impératrice d'Autriche, la reine de Wurtemberg, la famille royale de Naples (moins la reine retenue par son état de grossesse avancée), avec le duc de Parme et les autres princes présents à Rome. Si vaste que soit l'espace, il n'est pas propice au développement des masses, qui ont dû s'étendre sur les plans inclinés des collines dominant l'arène. Le véritable épisode de la journée se place au retour, quand l'armée quitte la villa pour rentrer dans ses cantonnements ^ La plupart des prélats désertant les hauteurs

1 On peut demander aux volumes publiés par M. le général baron de Charrette, par M. de Beaufort et par M. Jacquemont, officiers de zouaves pontificaux, des renseignements spéciaux sur la composition de l'armée pontificale. On sait la part brillante que chacun d'eux a prise aux campagnes où a figuré le drapeau. Plus tard, dans la campagne de France, en 1870, ces vigoureux officiers devaient encore se grouper sous le même étendard, à la voix de M. de Charrette; et cette fois encore, un ennemi, plus rude et plus implacable, devait rendre justice à la bravoure et au patriotisme du régiment.

autour de Xdi place de Sienne, sont venus se grouper sur une terrasse qui borde la route par laquelle les troupes doivent passer. Cest la première fois, en effet; qu'on donne à la foule romaine le spectacle de la réunion des squadriglieri, troupes spéciales qui forment un ensemble d'un millier d'hommes revêtus d'un uniforme assez semblable à celui des montagnards de Frosinone. Tous appartiennent à cette province ; où la plupart exerçaient la profession de bergers ou de bûcherons, et vivaient sur les hauts plateaux, entre Velletri et Frosinone. Un certain major Lauri s'est chargé de la formation du corps, lorsque le gouvernement pontifical

Voici, d'après un tableau extrait du volume Les Volontaires de l'Ouest, un état de l'ensemble des forces du Saint-Siège sous le commandement du général Kanzler.

Légion de gendarmerie, 12 compagnies

(3o5 chevaux, un escadron) .... 2,o83

Bataillon de sédentaires 622

Régiment d'artillerie 878

Génie 202

Bataillon de chasseurs gSô

Régiment de ligne 1,595

Zouaves (régiment des) 2,287

Bataillon des carabiniers . . . . . i,233

Légion romaine 1,096

Squadriglieri 1,000

Dragons (2 escadrons) ...... 442

Infirmiers * iio

Soldats d'administration * 60

entreprit en 1866 la répression du brigandage. Ils ne constituent pas un corps séparé; rattachés à la gendarmerie^ dont ils sont les auxiliaires, ils l'accompagnent dans toutes ses expéditions et restent aux ordres de ses officiers. Leur arme est la carabine; tous robustes, agiles, durs à la marche et d'une résistance incroyable aux intempéries de toute nature, en sept mois de campagne ils ont mis fin aux terribles exactions des brigands qui désolaient la province de Velletri et celle de Frosinone. Parfois ils ont dû se joindre aux troupes italiennes en face d'une nécessité de circonstance pour l'exécution de leur rude tâche, et leur vigueur a été très appréciée. Au lendemain de la revue, ces squadriglieri reprendront leurs quartiers dans la montagne, et lorsque le jour de la lutte sonnera, ils reviendront se grouper autour du Saint- Siège.

Tous les Pères orientaux, primats, patriarches, archevêques du Pérou, avec leurs grands chapeaux à la Basile doublés de soie verte, sont accoudés aux balcons des terrasses à balustres, butés à l'angle par un beau lion antique et couronnés par de grands ombrages; le soleil, qui perce ces fonds de sombre verdure fait jouer les mille couleurs des étoffes bariolées. Les troupes défilent en acclamant les prélats étrangers, et quand passent le drapeau blanc et jaune des

zouaves et le bataillon des squadriglieri, l'enthousiasme est à son comble.

18 Décembre.

On annonce la mort du cardinal Pentini, Romain, âgé de soixante-douze ans, créé par Pie IX, en 1863, sous le titre de Santa Maria in Portico. Cette mort, à l'heure qu'il est, porte au chiffre de seize les membres qui manquent au Sacré-Collège.

20 Décembre.

La troisième congrégation générale a eu lieu aujourd'hui; on a nommé la députation ou la commission de la Foi y qui se compose de vingt-quatre Pères*.

28 Décembre. Quatrième congrégation. Election de la députation de la discipline, composée du même nombre de membres que celle de la Foi -.

1 On ne parvient à nommer dans cette séance que la moitié des membres: L'évêque de Poitiers, l'archevêque de Cambrai, le primat de Hongrie, l'archevêque d'Utrecht^ le patriarche arménien, l'archevêque de Posen, l'archevêque de Malines, l'évêque de Baltimore, l'évêque de Jaen, l'évêque de Sion , l'archevêque de Westminster, l'évêque de Paderborn.

2 La commission de discipline se compose des Pères dont les noms suivent : archevêques de New- York — de Birmingham — Iwram — Mexico — Barcelone — Burgos — Lucques —

29 Décembre.

Aujourd'hui a eu lieu au palais Farnèse le baptême de la princesse Christine , fille de la reine de Naples. Le cardinal Patrizi, vicaire de Sa Sainteté; l'a tenue sur les fonts baptismaux pour le Pontife. Le cardinal Antonelli représentait Pie IX , qui a envoyé à la mère, comme présent de baptême, une pelisse brodée d'or aux armes de la reine, et un camée antique entouré de rubis. La marraine, l'impératrice douairière d'Autriche, était représentée par l'impératrice actuelle d'Autriche, sœur de la reine de Naples.

On annonce à Naples la réunion d'un anti-concile qui s'intitule concile des athées-mate'rialistes. Ce concile a son organe, „Giornale dei Atei", qui a sa succursale à Venise.

3i Décembre.

Cinquième congrégation générale, l'ordre du jour porte : „Discussion sur les erreurs philosophiques". On annonce au Concile la mort du cardinal de Rei-

Québec. — Patriarche latin d'Alexandrie. — Évêques de Nîmes

— de Liège — de Genève — de Lemberg — Wurzbourg — Prino (Pérou) — du Mans — de Ségovie — Quimper — Santa- Crux (Bolivie) — Reggio — Ascalon — Caltanisetta — Orviéto

— Sinigaslia.

sach, un des six de Tordre des évêques (évêque de Sabine), créé par Pie IX en 1855.

On remarque que jusqu'ici Mgr Dupanloup; évêque d'Orléans, ne fait partie d'aucune commission; congrégation ou députation, qu'elle soit composée directement par le pape ou soit votée au scrutin ; ses adversaires bien connus, au contraire, ont déjà trouvé place dans plusieurs députations.

On se rend compte de la façon dont procèdent les discussions. Les commissions reçoivent des théologiens du Vatican les matières et les documents, elles les examinent, les amendent, et les portent aux congrégations générales, où on les discute pour la forme; enfin on passe au vote. Les congrégations générales, ouvertes à neuf heures, ne durent guère que jusqu'à onze heures ; elles commencent toutes par une messe, puis on communique à l'assemblée le résultat des Votes de la dernière séance; on lit le procès-verbal, et on écoute ceux qui se sont fait inscrire pour prendre la parole. Les discours sont très concis; on a pris des mesures contre la longueur des discussions. Les votes ne sont jamais dépouillés immédiatement, les urnes sont scellées et emportées, ce sont les scrutateurs maréchaux du concile qui les dépouillent entre deux séances.

3 Janvier.

Nouvelle congrégation générale. Le président d'âge annonce la mort de quatre Pères du concile. Une certaine agitation règne parmi les prélats; un groupe de membres les invite à signer une demande d'inscription à l'ordre du jour du principe de l'Infaillibilité. Des protestations s'élèvent ; le pape répond luimême, rappelant à eux „les prétendus sages qui veulent qu'on se taise sur certaines questions et qu'on ne marche pas dans un sens opposé aux idées du temps. Ceux-là, dit le saint-père, sont des capitaines d'aveugles „ duces ceccorum".

Mgr Dupanloup a pris l'initiative de la protestation. Il soupçonnait le fait de la proposition du dogme, mais il croyait encore qu'on reculerait devant les scrupules de certains prélats; suivant en cela l'exemple de Pie IV, qui avait donné pour instruction à ses légats de retirer les propositions qui soulèveraient des discussions irritantes. On apprend cependant aujourd'hui que cette question de l'Infaillibilité, „qui n'était point l'objet du concile, sera tout le concile". Une déclaration des évêques d'Allemagne réunis à Fulda, un mandement de l'archevêque de Munich, une lettre pastorale de l'archevêque de Paris, celle de l'évêque d'Orléans lui-même, les représentations du chanoine Dol-

Le Cardinal M» de la Vallette.

linger contre la présentation du dogme; enfin d'autres preuves de l'impression pénible ressentie par des prélats dévoués au Saint-Siège :

devraient détourner le saint-père de sa résolution.

La lutte est engagée; Mgr Deschamps^ l'archevêque de MalineS; se place directement en face de l'évêque d'Orléans et combat les doctrines gallicanes ; des lettres respectueuses, mais très fermes des deux parts, sont échangées entre les prélats. „L'opinion gallicane, dit Mgr Deschamps, a été supportée parce qu'elle se donnait uniquement comme une opinion, et qu'elle se réfutait heureusement elle-même dans la pratique; mais aujourd'hui que le gallicanisme, malgré la croyance géné-

Le Cardinal Pecci.

raie de l'épiscopat et des fidèles , s'affirme comme une doctrine certaine : comment voudriez-vous que le Concile se tût?"

L'évêque d'Orléans répond , mais le Père Mariano Spada, dont Yimprimatur est nécessaire pour la publication, refuse de lui accorder son visa.

Mgr Dupanloup veut que l'archevêque de Malines sache qu'il a tenté de rétorquer ses arguments, mais qu'il se voit dans l'impossibilité de les produire à la lumière. Il a pris, dit-on, la résolution de se jeter

aux pieds du saint-père pour le supplier de s'arrêter dans la voie où il s'est engagé.

6 Janvier,

La deuxième séance publique se tient dans Xaula conciliaris. Comme la première fois, les souverains, les princes et les ambassadeurs des puissances et les hauts fonctionnaires de la cour pontificale y assistent. Les Pères du concile se rendent dans la salle, un à un.

Le Cardinal Siméon.

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sans traverser la basilique. La foule ne s'est point portée au Vatican comme le jour de l'ouverture, on commence à se blaser sur ces manifestations.

L'acte important de la séance, c'est \2, profession de foi de chacun des Pères , profession conforme à celle en usage au Concile de Trente. Le pape l'a faite le premier d'abord, à voix basse, puis l'évêque de Fabriano a lu la formule au nom de tous les Pères ; chacun alors a quitté sa stalle et, gravissant les marches de l'autel dressé en avant de la porte de l'aula, du côté du baldaquin, a juré sur les Évangiles en répétant la formule dans sa propre langue. Les Pères, chacun selon leur nationalité, se sont exprimés, soit en latin, soit en grec, en syriaque, en arabe, en chaldéen ou en arménien. Les protonotaires apostoliques ont donné acte de cette seconde séance publique ; il résulte de cette nouvelle expérience que l'acoustique est véritablement défectueuse ; on parle d'approprier différents locaux dépendant du Vatican, soit l'atrium supérieur de Saint-Pierre, soit une des salles du Quirinal; l'église Saint-Martin sur l'Esquilin, ou celle enfin de la Strapontina.

lo Janvier.

Dans la congrégation générale qui se tient aujourd'hui on distribue aux Pères le programme des matières relatives à la discipline ecclésiastique.

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12 Janvier.

Vingt-neuf évêques français, alarmés du bruit qui se répand avec persistance, de la présentation du dogme de rinfaillibilité, adressent au saint-père une respectueuse représentation ^. A eux se joignent quelques évêques étrangers, l'archevêque de Babylone, celui de Lamego (Portugal), celui de Faro (Portugal), les deux Hurmuz, archevêques des Méchitaristes, et Placide Kasangian, archevêque d'Antioçhe.

Quarante-cinq prélats austro-allemands, ayant à leur

1 MM9" Darboy, archevêque de Paris. — Jean Dubreuil, arch. d'Avignon. — J. O. Lyon net, arch. d'Alby. — Jean Landriot, arch. de Reims. — Marguerye, év. d'Autun. — François- Victor Rivet, év, de Dijon. — J. Marc- Achille Ginouilhiac, év. de Grenoble. — Jean Devoucoux, év. d'Evreux. — F. Joseph Le Courtier, év. de Montpellier. — Louis Delcasy, év. de Viviers.

— Paul Dupont des Loges, év. de Metz. — Jean Belaval, év. de Pamiers. — Jean Dours, év. de Saint-Brieuc. — Pierre Sola, év. de Nice. — Etienne Ramadie, év. de Perpignan. — Joseph Toulon, év. de Nancy. — Henri Maret, év. de Sura. — Pierre- Joseph de Preux, év. de Sion. — François GueuUette, év. de Verdun. — Benoît Thouras, év. de la Rochelle. — Flavien Hugonin, év. de Bayeux. — Guill. René Meignan. év. de Châlon.

— Jean Bravard, év. de Coutances. — Charles-Philippe Place, év. de Marseille. — Jean Cullot , év. d'Oran. — Félix de Las Cases, év. de Constantine. — Aimé Guilbert, év. de Gap. — Charles Colet, év. de Luçon. — Félix Dupanloup , év. d'Orléans.

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tête le prince de Schwarzenberg , archevêque de Posen, et Mgr Strossmayer, présentent aussi une humble remontrance.

i5 Janvier.

Les Américains, qui ont réuni vingt-sept des leurs, dont cinq archevêques et vingt-deux évêques, ont présenté à leur tour leur protestation.

i8 Janvier.

Les Orientaux, de leur côté, ont pris la résolution de protester, et présentent une adresse signée de trois patriarches, de quatre archevêques et dix évêques.

Le même jour, les rares Italiens qui suivent le mouvement dont les Français et les Allemands ont pris l'initiative, présentent leurs remontrances; mais elle n'a réuni chez eux que six signatures , celles des évêques de Turin, de Milan, de Biella, de Pignerol, d'Albenga, d'Iglesia et d'Ivrée.

On dit que les Allemands ont été les plus énergiques dans leurs représentations, et on constate qu'ils ont déployé de profondes connaissances dans l'exposition de leurs griefs et la revendication de leurs droits. Les Français, plus respectueux dans la forme, ont été fermes et nets dans les termes ; les Américains, qui tiennent de moins près au Vatican , ont mis de la

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raideur et plus de décision; les Orientaux se sont montrés pleins de tendresse et mystiques dans les termes employés, mais ils ont déployé plus de fermeté qu'on n'en attendait d'eux. Les quelques Italiens que nous avons cités, clairsemés au milieu du grand nombre d'évêques de leur pays, ont été onctueux et diplomatiques. On espère encore écarter la décision contre laquelle sont dirigées toutes les protestations.

19 Janvier.

Nous voici dans la période la plus ardente du Concile; quelques échos de ce qui se passe dans les congrégations et les députations ayant transpiré au dehors, dans la séance de ce jour, la commission de discipline a publié deux monita sécréta relatifs à la divulgation du secret et à la dissolution des groupes nationaux qui se sont formés et ont pu amener les protestations collectives. A l'avenir il sera défendu de se réunir en dehors des séances officielles; on parle de rigueurs à exercer contre les écrits des évêques.

22 Janvier.

Le prince de Schwarzenberg, archevêque de Posen, à la tête des évêques allemands, vient de protester

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contre le droit d'initiative enlevé aux évêques allemands et autrichiens.

26 Janvier.

Cent quarante évêques, appartenant aux diverses nations, qui ont signé les adresses au saint-père, font une tentative directe. Ayant obtenu une audience, ils sejettent aux pieds du saint-père en protestant de leur dévouement au Saint-Siège et demandent une dernière fois qu'on n'introduise point le dogme. Le pape répond avec fermeté ; il fait encore allusion dans son discours „aux prétendus sages, capitaines d'aveugles (duces ceccorum), qui veulent qu'on laisse de côté certaines questions et qu'on ne remonte point le cours des idées du temps. "

Le même jour, on annonce la mort du colonel d'Argy, officier français qui a formé la Légion d'Antibes. A deux reprises différentes le télégraphe a apporté aussi la nouvelle de la mort du cardinal de Donald, doyen des cardinaux français. La nouvelle est prématurée, mais elle ne se vérifiera que trop tôt. L'illustre prélat n'a pu répondre à l'appel du Pontife, son grand âge et l'état précaire de sa santé l'ont retenu dans son diocèse. Il est âgé de 83 ans; sa première mission au Vatican remonte à l'année 181 7

Le Cardinal de Bonald.

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OÙ; comme secrétaire de Mgr de Pressigny, archevêque de Besançon ; il fut chargé de régler certains articles du Concordat. Aumônier royal en 1819, il fut nommé évêque du Puy en 1829; dix ans après il occupait le siège archiépiscopal de Lyon et réclamait le titre de Primat des Gaules. Il a sous sa juridiction ecclésiastique les quatre provinces de Lyon, de Sens, de Rouen et de Tours. Sa présence au Concile, vu son âge avancé, n'aurait pas apporté une force nouvelle aux évêques français, cependant l'émotion est grande dans l'épiscopat à la nouvelle de sa mort.

29 Janvier.

Le Souverain Pontife rend un décret qu'on peut considérer comme la réponse officielle aux adresses; il ne laissera plus aux évêques que „la liberté du bien". Désormais, dans les congrégations générales, on pourra rappeler à l'ordre, retirer la parole, et clore la discussion sur une demande signée de dix voix.

Encouragés dans leur résolution par l'attitude énergique du saint-père, les partisans de l'Infaillibilité présentent au Concile une pétition qui a pour but de définir immédiatement le dogme. „Les soussignés demandent humblement et instamment au sacré concile œcuménique du Vatican qu'il daigne sanctionner, par

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des paroles claires et excluant tout doute, que l'autorité du Pontife romain est suprême, et, partant, exempte de toute erreur, lorsque, dans les choses relatives à la foi et à la moralité, il établit et commande ce qui doit être cru et retenu et ce qui doit être condamné et repoussé par tous les chrétiens."

L'archevêque de Malines est l'âme de ce mouvement, c'est lui qui dirige et c'est lui qui définit.

Nous apprenons, par les échos répercutés qui nous viennent du dehors, des détails sur les luttes suscitées par ces résolutions extrêmes ; une voix, presque une voix d'outre-tombe, s'élève pour encourager les évêques français au nom des libertés gallicanes. On se passe ici de main en main une lettre de M. de Montalembert, rendue publique par voie de la presse, où on lit le passage suivant : „ Je salue avec la plus reconnaissante admiration, d'abord le grand et généreux évêque d'Orléans, puis le prêtre éloquent et intrépide, qui ont eu le courage de se mettre en travers du torrent d'adulation, d'imposture et de servilité où nous risquons d'être engloutis. Grâce à eux, la France catholique ne sera pas restée trop au-dessous de l'Allemagne, de la Hongrie et de l'Amérique. Je m'honore publiquement, et plus que je ne puis le dire, de les avoir pour amis, pour confrères à l'Académie française."

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A partir d'aujourd'hui les événements se précipitent, et le fait capital du Concile , la décision qui prime toutes les autres, est considérée comme inévitable. La nuit se fait sur les délibérations, tout est contradictoire, tout est mystère. Nous ne pouvons que résumer les événements jusqu'à leur conclusion. On s'est compté des deux parts; sur sept cent cinquante présents (un certain nombre de Pères étant morts depuis le 8 décembre), on compte deux cent vingt d'entre eux qui ne voteront pas l'Infaillibilité.

Les gouvernements étrangers s'émeuvent de cette situation; en France, le comte Daru, qui a remplacé le prince de la Tour d'Auvergne aux affaires étrangères, revient sur la résolution prise d'abord, et demande l'admission d'un ambassadeur spécial au Concile.

Tout le mois de février se passe en travaux préparatoires, on négocie sans espoir, et l'objet des réclamations et des adresses présentées par les dissidents a pris un corps dans les congrégations générales.

Le 23 mars, Mgr Strossmayer, évêque de Sirmium, sur la proposition de dix membres, est contraint de descendre de la tribune pour avoir émis des doutes sur l'Infaillibilité. Le lendemain même, le pape, qui d'ordinaire n'assiste pas aux séances, se présente au Concile et prononce un discours éloquent, un ardent appel aux partisans du dogme; il essaye de grouper

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autour de lui le plus grand nombre de membres, et, se dressant sur le trône pontifical, lance un véhément appel aux défenseurs de l'Infaillibilité: „Ne m'abandonnez pas... Unissez-vous au nom du vicaire de Jésus- Christ." Ces paroles soulèvent un grand enthousiasme, la décision est irrévocable, mais toutefois, le 28 avril seulement on proclamera que, „laissant de côté tous les travaux à l'étude", on introduira le dogme de Tlnfaillibilité et, sans tenir compte des protestations, on passera à l'examen.

Le 8 mai les opposants, qui voient s'évanouir leur dernier espoir, se réunissent en masse et renouvellent leurs protestations.

Le 20 mai, dans une congrégation générale, la discussion publique est ouverte, et les opposants usent du droit de faire valoir leurs arguments. Les orateurs sont Mgr Darboy, le prince de Schwarzenberg, Rauscher, Ketteler^ Furstemberg, Hefeld et Melchers. Mgr Strossmayer revient aussi à la charge.

Le i3 juillet a lieu la dernière congrégation générale.

Le 16 juillet, cinquante-cinq nouveaux opposants rédigent encore une adresse et la remettent directement entre les mains du pape.

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Le i8; la proposition, votée, passe à l'état de dogme, elle est proclamée solennellement dans la quatrième séance publique; et Toeuvre capitale du Concile du Vatican est accomplie. Les opposants se sont retirés et n'assistent point à la séance. Définitivement deux cent vingt archevêques, évêques et prélats ont refusé de s'associer à la promulgation*.

Le 19 juillet, c'est-à-dire le lendemain même du jour où le dogme a été solennellement proclamé, le gouvernement impérial de Paris notifie à Berlin au gouvernement prussien la déclaration de guerre. Le même jour, le pape interrompt les séances du Concile, sans le proroger ni le suspendre; les Pères du concile prendront un congé facultatif jusqu'à la date du II novembre.

1 Voici le schéma relatif à l'Infaillibilité :

« Nous enseignons avec l'adhésion du saint concile et nous définissons comme un dogme de foi que^, grâce à l'assistance divine, il arrive que le Pontife romain, dont il a été dit en la personne de saint Pierre, par notre même Seigneur Jésus- Christ: «J'ai prié pour toi »... ne peut se tromper lorsque, en agissant en sa qualité de docteur suprême de tous les chrétiens, il définit ce que l'Église universelle doit tenir en matière de foi et de morale, et que cette prérogative de non-erreur ou d'infaillibilité s'étend aux mêmes matières que celles sur lesquelles porte l'Infaillibilité de l'Église. Mais si quelqu'un ose, ce qu'à Dieu ne plaise! contredire à notre présente définition, qu'il sache qu'il s'éloigne de la vérité de la foi. »

Le 20 novembre^ les événements se sont précipités; l'armée italienne entre dans Rome.

En fait le Concile est terminé, il ne restera plus qu'à proclamer officiellement sa clôture par une bulle spéciale. Un fait immense vient de s'accomplir dans l'histoire du Pontificat; le Quirinal se dresse en face du Vatican, et le Pontife, affirmant ses droits, se renferme dans la Cité Léonine.

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