‹ Autour du dilettantismeChapitre 10 sur 46 · Jules Lemaitre, les Contemporains, Ve série, p · texte numérisé non relu

Jules Lemaitre, les Contemporains, Ve série, p

communiquer leurs fièvres à l'imprudent qui ose s'en couvrir. Mais l'auteur des Contemporains a encore bien à faire pour atteindre au sang-froid de ses confrères en dilettantisme. Si, dans certaines de ses dernières œuvres, il laisse voir de moins bonnes tendances qu'autrefois, on s'aperçoit toujours qu'il était fait pour une mission supérieure, et qu'en somme il avait reçu de la nature une âme très élevée. Voilà bien des raisons, n'est-ce pas? de ne point confondre M. Jules Lemaître avec M. Anatole France.

M. Anatole France, qui ne croit à rien, croit que la critique est chose subjective; il l'a fortement soutenu contre M. Brunetière, et contre la vérité. « Le bon critique, dit-il, est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d'œuvre. » Je n'ose vraiment pas appliquer cette règle à ses propres écrits. Mon « âme » a subi, dans ce que j'en ai lu, des « aventures » si pénibles et des impressions si amères, qu'en me bornant

à les « raconter » je me ferais sûrement taxer d'injustice et de parti pris. Sans doute je reconnaîtrais l'élégance continue du style et, sauf pour quelques ouvrages, les habiletés raffinées de la composition; mais, cet hommage rendu au talent de l'écrivain, je ne sais ce que j'oserais dire du philosophe et de son caractère.

Tenons-nous-en aux derniers livres qu'il ait publié s, à Thaïs, à la Rôtisserie de la reine Pédàuque, aux Opinions de M. Jérôme Coignard, au Lys rouge, au Jardin d'Épicure : j'affirme que, s'il existe contre la raison, la foi et la morale, des écrits plus violents, il n'en est pas de plus dangereux, disons le mot, de plus perfides.

Sans doute la place de M. France reste marquée de droit au rang des dilettantes, mais c'est uniquement parce qu'il en affecte toujours les allures et le langage; il ne possède, à vrai dire, ni leur légèreté ni leur bonhomie. Des antipathies trop ardentes s'agitent au fond de lui-même pour lui permettre

la vraie indifférence et le sourire naturel ; on n'est pas tranquille, quand on haiL M. Anatole France a deux grands ennemis, qu'il sait ligués ensemble contre son repos de sceptique et d'auteur immoral, et il ne néglige aucune occasion, je ne dirai pas de les attaquer en face, mais de leur tendre des embûches ou de leur jouer de vilains tours. Si, comme je le souhaite, votre conscience vous défend de lire ses ouvrages, voyez seulement ce qui en est dit dans l'article, du reste élogieux, que M . Edouard Rod lui a consacré dans la Revue de Paris (1). Quels sont les deux ennemis de M. Anatole France, vous l'apprendrez dans cette forte étude. Appelons-les enfin par leurs noms : c'est le christianisme et la chasteté. Il ne se repose de cultiver le Jardin dÉpicure que pour se délecter, seul peut-être des contemporains, dans les œuvres de Voltaire.

Gomme expression assez nette de cette

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