JULES LEMAIÏRE ET M. ANATOLE FRANCE
M . Renan a en des disciples, des disciples qui rivent encore, car tout cela est de l'histoire présente, et il en est, parmi eux, qui occupent des rangs très élevés dans les renommées contemporaines. MM. Jules Lemaitre et Anatole France ont, l'un et l'autre, assez souvent exprimé l'admiration que le maître leur inspire, pour ne s'offenser pas de voir leurs talents rattachés à un tel génie.
Sans posséder l'érudition de Renan, ils ne sont ni l'un ni l'autre des écrivains instinctifs, des philosophes improvisés, à la grosse façon de M. Zola. Assez rapidement, il est vrai, mais sans oublier trop de points essentiels, ils ont fait le tour de ce que peuvent
aujourd'hui savoir les esprits les plus cultivés. Pour mettre en œuvre l'acquis de leurs recherches, ils ont à leur service une intelligence souple, une extraordinaire faculté d'assimilation, toutes les grâces et toutes les finesses du style. Avec cela, point d'opinion fixe, aucune sorte de préférence sinon pour les charmes de l'art, et le don d'exceller presque indifféremment en poésie, en romans, en contes, en critique et même au théâtre. On reconnaîtra que l'héritage du dilettantisme ne pouvait tomber en de meilleures mains.
Gardons-nous cependant d'insister trop sur la ressemblance des deux écrivains. Il ea est un qui aurait les plus fortes raisons de s'ea plaindre. Celui-là ne laisse pas d'unir quelquefois (qu'il nous pardonne de lui attribuer cette faiblesse !) beaucoup de cœur à l'indifférence obligée du dilettante qui veut tenir son personnage. Ses ironies cèdent souvent la place à de l'attendrissement. N'est-ce pas
Al TOUR DU DILETTANTISME
lui-même qui a écrit : * Le dilettantisme est fait en même temps d'imagination sympathique et de défiance intellectuelle.., et ainsi il peut être la pire chose ou la meilleure ; tout dépend du dosage des deux éléments qui le composent, et ce dosage dépend luimême du tempérament de celui qui le pratique (1). »
Grâce donc à son « tempérament », M. Jules Lemaitre s'est fait un dilettantisme à lui, à moitié sérieux, d'une ironieplusdoure. et d'une toute séduisante amabilité. Quand il lui a fallu, j'allais dire par principe, battre en brèche quelque vérité ou affaiblir quelque loi morale, on sent qu'il lui en conte, et qu'il saisit avec plus d'empressement que d'ordinaire la première occasion de se contredire.
Il semblerait pourtant qu'il s'habitue un peu aux exigences du rôle et que, à la longue, je ne sais quoi de son attitude pénètre au fond de son âme. Il y a de ces vêtements contaminés qui ne manquent jamais de