‹ Autour du dilettantismeChapitre 12 sur 46 · M. MAURICE BARRES · texte numérisé non relu

M. MAURICE BARRES

Au-dessous de ce groupe très distingué des grands dilettantes, où la figure d'Ernest Renan s'épanouit encore entre le mélancolique sourire de M. Jules Lemaîtreet l'ironie amère de M. Anatole France, un disciple plus jeune s'efforce, non sans quelque succès, d'attirer l'attention sur lui par l'étrangeté, l'outrance même de son attitude.

M. Maurice Barrés a trouvé le moyen de débiter, en trois ou quatre écrits, plus de paradoxes et de calembredaines que ses prédécesseurs en cinquante volumes.

Pour être juste envers lui, il faut d'abord reconnaître qu'il a imaginé parfois de belles couleurs pour rendre ses sensations d'artiste

ou sos aventures politiques, et que son style, raffiné à l'excès, ne manque pourtant ni d'élégance ni d'originalité. Il faut ensuite, dans ce qui touche aux idées, lui tenir compte de la difficulté où il se trouvait, après les trois grands maîtres, de répéter d'une façon nouvelle qu'il n'y a rien de certain, que le mal et le bien se valent, que la supériorité d'esprit consiste à se moquer de tout, que l'homme intelligent n'avance jamais rien sans être prêt d'avance à soutenir le contraire aussitôt qu'on le voudra.

M. Maurice Barrés, ayant renouvelé de son mieux ces thèmes élégants en plusieurs traités funambulesques qui ont pour titre : Sons l'œil des Barbares, Un Homme libre et le Jardin de Bérénice, personne probablement ne lui en aurait su mauvais gré, s'il ne s'était avisé un beau jour d'inventer à ce propos, sous forme de commentaire, une plaisanterie plus originale, à elle seule, ]que toutes ses précédentes imaginations. Dans un Examen, comme il appelle cela, à la façon

de Corneille, dont il imite, an reste, le très légitime orgueil, il nous explique que « ces trois livres présentent un triple intérêt ». — « Ils donnent, dit-il, des formules aux esprits de même race; ils seront des documents; ils fournissent un enseignement. » Tous tendent à développer le culte du Moi : le premier définit le Moi et les Barbares qui sont le non-moi; le second enseigne à créer son Moi chaque jour; le troisième à trouver à son Moi une direction en harmonie avec l'univers.

Sur la foi de ces mystérieuses promesses, vous ouvrez les livres sacrés, et vous y trouvez un jeune homme blasé qui a des aventures avec des... jeunes filles peu convenables. La pire de ces héroïnes, Bérénice, celle qui a un jardin, rappelle aux yeux de l'auteur la chaste et idéale Béatrice de Dante ; au lecteur ahuri elle donne à peu près l'idée de ce qui doit s'entendre à huis clos dans les cours d'assises. M. Barrés, en présentant je ne sais plus laquelle de ces aimables créa-

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tures, dit que chez elle « le goût tient lieu de moralité ». Il en est de même chez lui; le goût lui tient lieu, habituellement, de moralité ; seulement, on ne sait pas toujours ce qui lui tient lieu de goût. Cela ne l'empêche pas de remplir fidèlement sa tache, qui est, je crois, de se faire plaisir à lui-même aux dépens de ses contemporains; tache et plaisir, deux mots, dit-il, qu'il confondra toujours (1).

On trouverait sans doute dans ses œuvres, à côté de beaucoup de... plaisanteries, plus d'une page vraiment littéraire et certaines déclarations pleines de gravité, comme celleci, qui n'est pas nouvelle : « Les dogmes et les codes nous ont mis dans le sang la pitié et la justice. Aujourd'hui que nous nous en sommes assimilé la meilleure part, ils ne font plus que nous embarrasser de leurs formules (2). » Mais, sérieux ou non, tout ce qu'il écrit mérite à peu près la même consi-

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