‹ Autour du dilettantismeChapitre 21 sur 46 · PAL'L BOL'RGET · texte numérisé non relu

PAL'L BOL'RGET

et que lai seul pourrait dire, mais certainement aussi de sa bonne foi et du sérieux de ses recherches.

Parmi ceux qui ne croient plus à la vérité ni au bien, il en est qui ont acquis cette triste impuissance par l'abus même du travail d'esprit, lancés sans aucun lest dans l'air vertigineux des spéculations; mais la plupart, il faut bien le dire, quoi qu'ils en pensent eux-mêmes, la plupart n'en sont amenés là que par La faiblesse de leurs études, la légèreté de leur examen et l'ignorante outrecuidance de leurs prétentions. Quand M. Taine affirme qu'on ne peut connaître ni substances ni causes, si je le plains de son erreur, je m'incline devant sa bonne foi et devant le caractère consciencieux de ses recherches mal orientées; mais quand M. Zola vient gravement nous apprendre que ï homme métaphysique est mort

M. Paul Bourget est un homme instruit.

Le cas n'est plus si fréquent parmi les littérateurs, qu'on n'ait pas le droit d'y insister.

Tant d'autres romanciers se croient savants et philosophes pour avoir lu certaines préfaces

de Glande Bernard, de Stuart Mill, de Taine ou de M. Ribot! Ils en extraient quelque formule brutale, dont le contexte atténuait la portée, mais qu'ils se font un devoir de prendre dans le sens littéral, et ils vous tirent de là Dieu sait quelles conséquences! L'hérédité fonctionne, pour eux. avec une précision d'horloge, et leur déterminisme fait manœuvrer les actions humaines comme un lieutenant sa compagnie.

M. Paul Bourget parle des questions philosophiques en homme qui lésa comprises, et note.: qu'il en parle souvent, que dans tel de ses livres elles tiennent une assez grande place pour faire corps avec l'intrigue même. Lorsque, dans ses Études et Portraits, il se trouve en présence des Pensées de Pascal, il n'en admire pas seulement la beauté douloureuse, il en comprend la profondeur et le vrai sens ; il n'hésite pas à répudier la conception superficielle qui faisait un sceptique

de ce grand croyant, et il soutient, comme c'est l'évidence, mais comme il reste des gens pour le nier, que l'apologie de Pascal consiste précisément à montrer quelle est l'insuffisance de la raison raisonnante si on la réduit à ses propres forces, et à la fois quel en est le pouvoir, invincible à tout le pyrrhonisme, lorsqu'elle s'appuie sur la foi divine, ou seulement sur notre propre cœur, c'est-à dire sur l'ensemble de nos facultés intuitives et de nos puissances morales.

C'est avec non moins de compétence et d'exactitude que M. Paul Bourget traite les questions religieuses. On ne le voit point, par ignorance ou parti pris, comme certains adversaires — à qui plusieurs des nôtres le rendent bien, — travestir nos doctrines pour se dispenser d'y croire. Il est de ceux à qui déplaît toute intolérance : « Ah ! puisse une époque venir, s'écrie-t-il, visitant un couvent d'Italie d'où le fanatisme a chassé les moines, puisse une époque venir, où le mélancolique scepticisme dont nous souffrons ait du moins

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ce bienfait de la tolérance, le seul qui compense un peu sa misère morale 1). »

Qui donc a mieux spécifié que lui les causes de l'incrédulité moderne, et qui en a donné une plus juste idée? Les uns s'éloignent de l'Eglise par la crainte de la morale, expliquet-il fort judicieusement dans ses Essais de psychologie, les autres par répugnance à l'égard du dogme. Quelques-uns de ces derniers ont. pour ne pas croire, des difficultés d'ordre purement philosophique, et le nombre s'en fait rare; beaucoup cèdent à des raisons d'ordre positif, tirées des sciences naturelles ou de l'histoire, qu'ils se figurent incompatibles avec la Révélation. Mais combien ne se sont séparés de Dieu que pour des motifs intéressés! « Il avait cessé de pratiquer depuis qu'il avait cessé d'être pur, » dit de son héros l'auteur de Mensonges, et voici avec quelle sûreté de vue il développe ailleurs cette simple et profonde vérité :

« Quelquefois la rupture se fait sous l'in-

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