‹ Autour du dilettantismeChapitre 28 sur 46 · René Doumic, Écrivains d'aujourd'hui, p · texte numérisé non relu

René Doumic, Écrivains d'aujourd'hui, p

Adversaire décidé des théoriciens de l'art pour l'art, il accorde aux pensées et aux sentiment- exprimés en art le degré d'importance ou d'intérêt qu'ils ont dans la vie pratique, et c'est de lui qu'est cette belle profession de principe- :

S lidaires que nous sommes de tous ceux qui nons oni précédés comme de tous ceux qui nous suivront, une œuvre d'art n'est qu'un tour de force ou d'adresse, à moins qu'elle ne soit une pure opération financière, tout»-- les fuis qu'elle n'exprime pas iraelque chose de cette solidarité (1). »

« Il faut que tout le inonde vive, a-t-il dit iv ; maïs personne, que je sache, n'est obligé de parler ou d'écrire, et quiconque' s'y décide est éternellement comptable de sa parole ou de son écriture à l'humanité tout entière. »

Qu'on nous cite, en effet, un grand écri-

I. Éludes critiques sur l'histoire de la littérature fran- 4* série, p. 300.

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vain dont les œuvres n'aient jamais servi à élever l'esprit ou le cœur de ses semblables! Sera-ce Homère, Eschyle, Platon, Virgile, Dante, Shakespeare, Corneille, Bossuet, Schiller, Victor Hugo? Et n'est-ce point de ce dernier que nous viennent ces beaux vers *

Dieu le veut ! dans les temps contraires Chacun travaille, et chacun sert.

Malheur à qui dit à ses frères :

Je retourne dans le désert, Malheur à qui prend ses sandales Quand les haines et les scandales Tourmentent le peuple agité !

Honte au penseur qui se mutile, Et s'en va, chanteur inutile, Par la porte de la cité !

Arrière donc les chanteurs inutiles ! l'art doit servir à l'humanité ; il doit avoir un but, il faut qu'il éclaire, qu'il instruise, qu'il délasse, tout au moins, et qu'il habitue les âmes aux émotions désintéressées.

M. Brunetière est, avec M. de Vogué, celui qui a contribué davantage au retour de ces

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idées si justes et réconfortantes, et parmi les nombreux motifs qui l'ont attiré vers Bossuet, celui-ci peut-être n'est pas le moindre, que « pas une fois en plus d'un demi-siècle, la vanité littéraire n'a mis en mouvement sa parole ou sa plume, et que, de quarante volumes que nous avons de lui, vous n'en trouverez pas un. vous n'y trouverez pas une page qu'il ait écrite en songeant aux intérêts de son amour-propre. » — « N'est-ce pas une grande leçon? demande-t-il à ce propos. Et si quelques artistes, quelques stylistes, ont essayé de faire de l'art un divertissement de mandarins, n'est-il pas instructif de voir que de tous nos écrivains le plus grand soit celui qui s'est le moins occupé d'en acquérir la réputation (1)? »

Lui aussi, nous le disons à son grand honneur, il a toujours considéré sa fonction de critique comme un service social, et c'est pour cela sans doute qu'il l'a toujours exer-

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