Philosophie de VArt, t. II, p. 329 à
pourrait guère, par ses conséquences, que faire descendre l'humanité vers ce que luimême appelle les bas-fonds, du moins, et c'est une joie de le reconnaître, grâce à une volonté plus droite que sa raison, à un cœur plus noble que ses théories, à une conscience malgré tout chrétienne, il a su, en fait d'esthétique et d'histoire, briser le cadre étroit de sa philosophie ; il a su, par l'exemple de sa vie, augmenter dans son siècle l'amour du travail et de la loyauté scientifique; il a su, dans ses derniers jours, apporter à l'influence, morale du christianisme l'hommage inattaquable de sa haute expérience et déclarer solennellement, lui, le grand historien positiviste, que « le vieil Evangile est encore aujourd'hui le meilleur auxiliaire de l'instinct social » (1).
1. Les Origines de la France contemporaine, t. VI, p. H9. Combien ne s'accroît pas la valeur d'un tel témoignage rendu au christianisme après une longue carrière d'études impartiales, lorsqu'on se reporte aux préjugés qui, dans l'origine, faussaient si complètement l'esprit de M. Taine et lui laisaient dire, par exemple, que la « sym-
Tandis que M. Taine prêchait, d'exemple et en théorie, le sérieux de la vie humaine en même temps que la responsabilité des artistes et de tous les penseurs (t), tandis que, pénétré de cette grave conviction, il montait avec une lenteur qui a pu l'empêcher d'atteindre au sommet, mais sans faire un pas en arrière, les degrés qui conduisent à la possession du vrai et de Dieu lui-même : que devenait M. Renan, et quelle leçon a-t-il laissée aux contemporains? « De cette vie commencée avec de si hautes ambitions, finie dans l'humilité d'un scepticisme qui n'exprime plus que des incertitudes (2) » quel enseignement se dégage? demanderons-nous
pathie de l'Évangile pour les pauvres a été inventée par Rousseau » ! Voir les Essais de antique et d'histoire (1857), pp. 10-12.
1. M Albert Sorel, qui mérita l'intimité de M. Taine, a pu dire de lui : « Le plus délicat des hommes sur l'article de l'honneur, le plus scrupuleux sur l'article de la conscience, Taine a vécu en homme responsable et libre, il a écrit pour des hommes responsables et libres, capables de le comprendre et de profiler de ses enseignements. » Discours de réception à l'Académie française. 2. Séailles, ouvrage cité, p. 334.
avec le sagace historien de son évolution morale et psychologique.
Et avec lui nous répondrons que, s'il a mieux que personne montré ce que renferme de mobile et de complexe la vie intérieure de l'homme, il n'a. en définitive et comme apport original aux idées ou aux mœurs de son temps, inventé ou du moins propagé que le seul dilettantisme, une ingénieuse théorie du divertissement, le culte des jouissances intéressées, l'apologie d'un « égoïsme naïf qui, pour s'être raffiné dans la forme, pour être devenue la vanité maladive de l'homme de lettres.... n'en ramène pas moins au plus bas degré de l'existence (1 ».
Aux esprits par trop indulgents, mais, grâce à Dieu, de moins en moins nombreux, qui se complaisent encore dans les œuvres dissolvantes de M. Renan, à tous ceux, d'où qu'ils viennent, qui aiment encore à suivre ce sophiste de génie, nous osons recom-