Séailles, p
mander ce grave et impartial jugement d'un esprit vraiment libre et d'un philosophe qui sait, au-dessus des vains jeux de l'imagination et des faciles combinaisons d'idées qui se contredisent, mettre, comme il convient, la force du raisonnement et la justesse de la pensée :
« On connaît la célèbre prière , écrite sur l'Acropole. Avec un art merveilleux, qui n'a de défauts que l'excès même de ses perfections, Renan, bercé sur le flot mobile de ses idées, se donne pour se reprendre, célèbre ce qu'il désavoue, se convertit à la raison, change insensiblement sa conversion tardive en apostasie, maintenant l'équilibre instable de sa pensée au milieu des oscillations qui l'inclinent tour à tour en des directions contraires, allant de la raison à la fantaisie, du Parthénon aux cathédrales, de Pallas à Jésus, pour fondre enfin tous ces termes savamment balancés dans l'expression fuyante d'un dilettantisme qui, parce qu'il confond tout, se flatte de tout comprendre et de tout aimer.
Devant ce temple de la beauté pure, qui un instant lui donne la tentation de la certitude, ce barbare inspiré ne sait encore que chanter le cantique de ses incohérences. »
Entre l'austère gravité de Taine etle dilettantisme de Renan, entre l'immorale fantaisie de celui-ci et la généreuse conscience de celui-là, entre le chercheur de vérités et le jongleur d'illusions, la postérité devait faire son choix, et déjà il n'est plus douteux.