L'Effort, p. vi
Et il définit l'intellectualisme : « cette perversion de l'esprit qui nous réduit à ne chercher 'lans la vie que le spectacle de la vie. et dans les sentiments que les idées des sentiments. » Bref, le mal, c'est l'abus de l'esprit critique, la tyrannie exercée par l'intelligence aux dépens de nos autres facultés, la persuasion que savoir et comprendre suffisent, que cela dispense de tout, de vouloir aussi bien que d'aimer; — persuasion contradictoire et destructive d'elle-même, puisque la pensée, conduite par Kant et les positivistes dans cette solitude orgueilleuse, a fini par douter d'elle-même, par se nier comme le reste et se précipiter, en quelque sorte, du haut de sa tour d'ivoire dans le vide et le néant.
Certes, ce n'est pas nous qui contredirons à des vues si élevées et si justes sur un mal qui fait tant de victimes, et moins encore à ce jugement sévère sur ceux de nos contemporains qui se complaisent dans cette infirmité : « Que dire de ces âmes faciles ou de
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ces plats esprits pour qui l'intellectualisme est devenu un jeu ou un dogme ? Depuis l'immortel M. Homais de Gustave Flaubert jusqu'au « vénérable M. X... » de Maurice Barres, ils m'ont toujours stupéfié. Dileltanti délicieusement séchés parmi les compromis ou fanatiques de la libre pensée imbécile, ils sont aujourd'hui légion, ils inondent l'Europe. Ils ne m'ont pourtant guère occupé dans le roman que je viens d'écrire. Ces types ont déjà vieilli : si intolérables qu'ils soient encore dans leur nombre, ils ont passé La quarantaine, et mes prédécesseurs en ont fait bonne justice (1). »
Mais où nous ne saurions suivre M. Bérenger, c'est lorsque, pour mieux combattre les ravages de cette variété du dilettantisme, appelée par lui intellectualisme, il s'en prend à l'intelligence même, déclarant qu'en définitive c'est elle qu'il faut atteindre, elle, cette « orgueilleuse maîtresse d'erreur », dont tous