‹ Autour du dilettantismeChapitre 36 sur 46 · Paris, Armand Colin, 1895, un vol. in · texte numérisé non relu

Paris, Armand Colin, 1895, un vol. in

Mais comment se constituera ce gouvernement des meilleurs? De l'aristocratie idéale M. Bérenger exclut d'abord les aristocraties militaires et financières, l'ancienne féodalité et la moderne ploutocratie : l'une et l'autre contredisent trop durement les aspirations et les principes du monde moderne. L'Université, certains représentants de l'Eglise, les savants, les artistes, les hommes de génie, voilà ceux qu'il admet à conduire le genre humain vers l'accomplissement de ses hautes destinées. Leur mission sera de rendre les conditions de vie plus faciles et plus équitables dans la multitude. Pour cela, ils favoriseront le plus libre développement de l'esprit scientifique et maintiendront dans le peuple le respect de la haute culture désintéressée dont ils sont les dépositaires. Ils s'efforceront d'entretenir dans les âmes le sentiment religieux, c'est-à-dire « la conscience du mystère de la vie et de la misère de l'homme... quelque chose de plus sacré que tous les cultes, de plus durable que tous

lit AUTOUR DU DILETTANTISME

les dogmes, de plus divin que tous les dieux », — quelque chose, on le voit, d'assez vague et dont le christianisme, au gré du jeune auteur, donnerait en somme la plus hante formule, si on le débarrassait de ses dogmes et de ses institutions, de son autorité infaillible, de ses sacrements, de sa croyance en un Dieu personnel et en l'immortalité de chaque âme...

Tous les hommes de bonne volonté, d où qu'ils viennent, sont invités à prendre place dans ce grand mouvement d'idéalisme social qui, depuis quelques années, fait perpétuellement de nouvelles conquêtes sur le positivisme philosophique, sur le naturalisme en littérature, sur l'intellectualisme et le dilettantisme dans le domaine de l'action et de la morale.

Et que, pour se soustraire à ce généreux appel, on n'allègue pas ce qu'il conserve d'imprécis et de flottant. S'il ne donne pas toutes les règles de conduite, il indique, du moins, l'inspiration générale qui doit sou-

tenir nos actions; il explique, autant qu'on le peut connaître, le vrai sens de la vie : « Subordonner dans l'action comme dans l'art les faits aux idées et les idées aux sentiments, substituer l'émotion au sens critique, se pénétrer des grands mouvements de notre société pour les concilier dans l'action d'abord et les magnifier ensuite par la beauté, imprimer enfin à toutes les formes de la vie un caractère esthétique, ne sont-ce pas là les tendances directrices de cet idéalisme (1)? » Ces tendances, seules capables de conduire l'humanité vers le mieux, sont celles justement qu'il appartient à l'aristocratie intellectuelle de favoriser et de promouvoir.

Telle est la thèse de M. Henry Bérenger, et nous ne pensons pas qu'il nous reproche de l'avoir affaiblie ou dénaturée. Elle mériterait un long examen, et il ne nous déplairait point de la discuter si elle ne devait, contrairement à l'objet de ce livre, nousen-

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