LE FONDATEUR DU DILETTANTISME M. ERNEST RENAN
Le dilettantisme nous paraissant être un état d'esprit superficiel, indolent, dédaigneux, avide seulement de repos et de subtile jouissance, comment pouvons-nous en voir le premier représentant dans la personne d'un savant, d'un philosophe, qui a rempli la moitié de son siècle de la renommée de ses travaux et du bruit de ses systèmes?
Certes, si M. Renan n'avait écrit que Y Histoire du peuple d'Israël et les Origines du Christianisme, on n'aurait guère le droit, malgré tout ce qu'il a mêlé de fantaisie à l'érudition dans ces grands ouvrages, de le donner comme le premier maître du genre
que nous étudions. Si, surtout, il en était resté à ses rêves chimériques, mais quand même généreux, du temps où il écrivait F Avenir de la Science (1), on aurait pu lui reprocher, comme quelqu'un vient de le faire avec tant d'éclat à ceux qui ont voulu remplacer par des théories et des expériences la religion et la morale, on aurait pu lui reprocher cette parole téméraire : « Organiser scientifiquement l'humanité, tel est le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse mais légitime prétention (2) : » du moins il eût fallu reconnaître dans cet ambitieux programme tout le contraire de l'esprit de frivolité.
Mais chacun sait où sont venues s abattre tant de sublimes envolées, et quelle descente s'est opérée, de Y Histoire générale des langues sémitiques aux Conférences épicuriennes, d'Averroës à l 'Abbesse de Jo narre.
1. Ce livre, pub lié seulement en 1890, fut composé d'octobre 1848 à juin 1849.