PROLOGUE
rieux ! Merci de m'avoir renseignée, mon bon monsieur Bonavy !... (Elle lui saute au cou,)
M. BONAVY, la repoussant. — Je ne vous ai pas... renseignée... et je ne vous laisserai pas faire cette folie ! . . .
M. d'hautretan. — Quand vous aurez fini de dire des bêtises, tous les deux, nous pourrons peut-être aller nous coucher!... (Ils se lèvent.)
PAUL ET TE, les veconduisaut. — Des bêtises!... Mais je suis absolument décidée à divorcer!... puisque je ne suis pas capable de faire autre chose!... Enfin, on ne peut pourtant pas exiger que je tourne mal... si ça m'est désagréable !
La chambre de Paulette.
Tentures de quinze-seize citron pas mûr et argent; tapis d'ours blanc. Pour lit, un cygne formant gondole; les rideaux drapés par des cordages d'argent ; sièges moelleux et profonds. Air parfumé. Roses et violettes dans des vases de cristal irisé.
PAULETTE achève de s'habiller. Costume
de drap de soî^ mastic; chapeau Récamier à couronne de roses.
M. d' AL AL Y, tenue du matin.
M. d'alaly, regardant Paulette qui met son chapeau. — Tiens!... tu sors déjà!..,
PAULETTE, sèchement. — Oui...
M. d'alaly. — Est-ce que tu as commandé la voiture?...
PAULETTE. — Naturellement... Je ne prends pas de fiacre aujourd'hui!... (Riant.) Ça n'est pas tous les jours fête !...
M. d'alaly. — Je ne comprends pas comment tu peux plaisanter en rappelant cet afl'reux souvenir d'hier... Quelle soirée j'ai passé grand Dieu !...
PAULETTE. — Eh bien, et moi donc!...
M. d'alaly. — Enfin, tout ça est fini, n'est-ce pas?,.. Bien fini... Tu n'y penses plus?...
36 AUTOUR DU DIVORCK
PAULETTE. — Ohl quesil...
M. d'alaly, s' approchant d'elle. — Non...
je veux croire que toutes tes vilaines idées sont parties... pour ne plus revenir... {Il veut r embrasser.)
EAULETTE, V évitant. — Vous auriez tort de croire ça !.. .
M. d'alaly. — Voyons, ne sois pas méchante... Tu sors? Veux-tu m'emmener?
PAULETTE. — Ah! noni Par exemple!
M. d'alaly soupçonneux. — Je te gênerais !
PAULETTE. — Allons, bon! voilà que ça recommence!
M. d'alaly,. à ;>arf. — Cependant, puis-^ qu'elle sort dans la .voiture, elle n'a rien à cacher... D'ailleurs, elle ne mettrait pas une pareille toilette, si...
PAULETTE, à part. — Il ne s'en ira pas!..
m.d'alaly. — Tu as une bien jolie toilette... Mais un peu voyante...
PAULETTE, àpart. — Vlan!... J'attendais çal... {Très énervée.) Pardon, mais je suis pressée et...
M. d'alaly. — Tu veux que je te laisse?.. •
PAULETTE, gracieuse. — Je ne demande pas autre chose...
M. d'alaly, voulant V embrasser. — Eh bien, à tantôt...
PAULETTE, r évitant encore. — A tantôt...
(Entre ses dents.) Hélas !...
M. d'alaly. — Tu disl... (Apart.) Elle est toujours fâchée!... elle n'a pas voulu m'embrasser... Enfin, je ne peux pourtant pas lui demander pardon parce qu'elle est restée dehors jusqu'à une heure du malin!... (Il sort.)
PAULETTE. — Ouf!... Voyous... M. Bonavy
a dit : c Excès, sévices, ou injures graves devant témoins. > Qu'est-ce que c'est au jusle que V injure grave? J'ai demandé si ça suffisait, mais je n'ai pas pensé à demander en quoi ça consiste?,.. Et les « excès et sévices »?... quels mots!... quel accouplement!... Je ne vois pas trop la différence qu'il peut y avoir entre les deux?.. Il faut que je m'informe exactement, ma résolution est bien prise... Moi qui m'étais mariée pour avoir ma liberté!... pour n'être plus toujours surveillée, car je ne me suis pas mariée pour autre chose!... La voilà, la guigne... la guigne noire!... Voyons... Gomment vais-je me renseigner sur les excès, sévices, etc.. Faut-il que je retourne, comme autrefois, consulter des avocats... qui se moqueront de moi?.. C'est pas amusant!...
si je pouvais... Dans des livres, je trouverais peut-être ce que je cherche?... Ça doit être
écrit!... Des livres... c'est fait pour tout le monde... tout doit y être prévu... même les maris comme le mien!... et je serais sûre de mon affaire... on ne me tromperait pas...
(Elle sort de sa chambre, descend V escalier et monte en voiture.)
PAULETTE, au valct de pied qui tient la portière. — A la Librairie Nouvelle... (A elle-même.) Gomment vais-je demander ça?
On va deviner pourquoi... Bah! il faudra toujours bien qu'on le sache, ainsi!... Je vais expliquer ce qu'il me faut à Achille... il me trouvera ça tout de suite!... Gomment!...
Nous arrivons déjà?...G'est bête!... ça m'intimide!...
(Le valet de pied ouvre la portière; elle entre à la Librairie Nouvelle et cherche des yeux AchillCj qu'elle n'aperçoit pas d'abord.)
PAULETTE, au jeune homme qui s'avance
pour la servir. — Esl-ce que M. Achille n'est pas là?...
LE JEUNE HOMME. — Si, Madame.. . (/i démasque Achilley qui est au fond du magasfn, absorbé par la confection d'un énorme paquet de livres.)
PAULETTE, s'approchant, — Je viens chercher... plusieurs livres... (Voulant gagner du temps.) Vous faites un paquet?...
(Achille fait un mouvement pour abandonner son paquet.) Non... non... continuez donc... je ne suis pas pressée... En attendant, je vais regarder les nouveautés, fureter... (Elle examine attentivement Achille^ qui découpe des morceaux de carton pour entourer les volumes, puis colle, ficelle, etc..) Ah!..-, vous faites joliment bien les paquets, vous!...
ACHILLE, enchanté. — Mais oui... pas mal... (Il regarde aimablement son paquet,
qui est superbe, prend une étiquette^ la colle et se retourne vers Paulette, pour lui indiquer qu'il est à sa disposition,)
PAULETTE, gênée pour expliquer ce qu'elle veut. — Continuez donc!... {A part.) Je crois que, dans un magasin où on ne me connaîtrait pas, ça me gênerait moins...
ACHILLE. — Mais, Madame, j'ai fini... et TOUS n'êtes probablement pas venue chez nous pour me voir faire des paquets?..
PAULETTE, résolument. — Avez- vous des livres sur le divorce?...
ACHILLE, étonné. — Sur le divorce?...
UN MONSIEUR, entrant. — Monsieur, pourriez-vous me dire où est la parfumerie Rimmel?...
ACHILLE. — Plus haut... (Se retournant vers Paulette.) — Voici d'abord : Ohé! les divorcés!
PAULETTE. — Par qui?
ACHILLE. — Par Viensivoir.
PAULET TE. — C'est UD pscudonyme?
ACHILLE. — Je le pense.
PAULETTE, à part. — Je crois qu'au fond il se moque de moi î. . . (Elle feuillette le livre.) (Haut.) Je ne crois pas que ce livre... Avezvous autre chose?
ACftiLLE, présentant un autre volume.
— Voilà...
PAULETTE, lisant le titre. — Le divorce pour les gens du monde, paf un vulgarisateur! ( A Achille.) Est-ce que c'est un livre sérieux?
ACHILLE. — Dame... sérieux...
UN MONSIEUR, entrant. — Monsieur, pourriez vous me donner la monnaie d'un billet de mille francs?
ACHILLE. — Un peu plus loin, Monsieur, il y a un changeur... (Le monsieur sort.)
PAULETTE. — C'est que je voudrais un livre précis, un livre qui...
DES AÇORES, entrant. — Bonjour, monsieur Achille... Voulez-vous me... {Saluant Paulette.) Oh! pardon, Madame, je n'avais pas l'honneur de...
PAULETTE. — ... De me voir... Mais vous aviez vu ma voiture à la porte... et c'est pour ça que vous entrez... Si vous saviez comme je coupe peu dans ces effets-là, moi !
DES AÇORES, ahuH. — Mais...
ACHILLE, à Paulette. — Si vous voulez m'expliquer quel genre de livre vous cherchez, Madame?...
PAULETTE. — Un livre sur le divorce. •• un livre sérieux...
DES AÇORES, plaisantant. — Vous allez divorcer?
PAULETTE, ajfacé^. — Peut-être bien...
(A Achille.) Je veux un livre qui explique
pour quels motifs on a le droit de divorcer; c'est pour un... candidat au divorce 1
DES AÇOREs, <ïun air découragé. — Ah!
bien!... Si vous n'en êtes que là!...
ACHILLE. — Mais alors c'est un livre de procédure que vous voulez?
PAULETTE. — De procédure ou d'autre chose... Ça m'est égal!..
ACHILLE. — Nous n'en n'avons pas... mais on peut vous le procurer pour demain...
PAULETTE. — Demain?... Ce serait bien tard...
DES AÇORES. — G'ost sî pressé que ça!...
(Il rit.)
UN MONSIEUR, entrant. — Monsicur, avezvous Télémaque ?
ACHILLE. — Oui, Monsieur... nous l'avons... (On donne Télémaque au monsieur ^ qui le prend, le regarde^ V ouvre, lit une ou deux pages, et, après avoir vu ce quHl avait à
voir, pose le volume sur une pile de livres et sort sans soulever son chapeau.)
ACHILLE, à Paulette. — Si vous êtes pressée, ce que vous avez de mieux à faire, c'est d'aller vous-même chez Cosse et Marchaly les libraires de la Cour de cassation, place Dauphine... Là, vous trouverez tous les ouvrages juridiques...-
DES AÇORES, emprcssé. — Si je puis vous être utile?... vous accompagner?... {Il diévore Paulette des yeux.)
PAULETTE, à Achille, sans répondre à des Açores. — Je vais y aller tout de suite...
UNE DKUE, entrant. — Monsieur, je voudrais Ugènef...
ACHILLE. — « Ugène >?... Qu'est-ce que c'est qu'Ugène, Madame?...
LA DAME. — C'est une romance chantée par mademoiselle Mily Meyer dans...
ACHILLE. — Nous 116 vendons pas de musique, Madame...
LA DAME. — Ah!... AhI...Vousnevendez pas de... Eh bien, dans ce cas, voulez- vous me dire où je rencontrerais...
ACHILLE. — Ugène?... Mais chez tous les marchands de musique...
LA DAME. — Pourriez-vous m'en indiquer un?...
ACHILLE. — 8, Chaussée d'Antin... {La dame sort.)
PAULETTE, riant. — On vous dérange souvent pour pas grand'chosel... Au revoir. Ah!... au fait!... je voudrais , bien des livres amusants!... Choisissez-moi ce que bon vous semblera... {Achille fait un paquet de livres. Paulelte cause avec des Açores.)
UNE DAME, entrant avec une jeune fille. — Monsieur, nous voudrions un monologue. .•
Il est tout nouveau... C'est de... je ne sais plus trop qui...
ACHILLE, tovjoun à son paquet. — Si vous voulez me dire le titre, Madame, ça suffira.
-> LA DAME. — Ah! voilà!... C'est que nous ne savons pas non plus le titre... C'est un jeune homme... un jeune homme qui imite un acteur des Français... dont je ne sais plus le nom... qui a dit ça hier, à une soirée où nous étions... Un jeune homme du monde, bien entendu... {Achille fait un bond vers la porte et va chasser un petit chien gros comme un rat, qui s'arrêtait sur le paillas^ wn de Ventrée,)
LA DAME, étonnée, à la jeune fille. — Où va-t-il?
ACHILLE, revenant. — Madame, il faudrait vous renseigner, parce que, avec une indication aussi vague...
LA JEUNE FILLE. — Il parle de sa tante.. i
(Elle s*approche et explique le monologue.)
DES AÇORES, à Pauleite. — Alors, vous n'avez pas peur de vous en aller comme ça, toute seule, place Dauphine, en pays perdu?. . • vous savez que c'est une île?... {Il rit bêtement,)
PAULETTE. — Je n'ai 'jamais [peur toute seule...
DES AÇORES. — Taudls qu'avec moi...
(D'un air fin,) vous craindriez...
PAULETTE, avec conviction. — Oh! rien du tout!...
DES AÇORES, veooé. — Ah!... {Entrée]de deux jeunes femmes très jolies, Vair très comme il faut,)
PREMIÈRE JEUNE FEMME, très embarrassée. — Monsieur, je voudrais... (A ia seconde jeune femme,) Dis-le, toi?... je n'oserai jamais!...
DEUXIÈME JEUNE FEMME. — Ah! mais
non!.. C'est pour toi... parles?..
kCEiLLEyremettant le paquet de Paulelle au valet de pied, et s' avançant vers les deux dames. — ^Vous désirez, Mesdames?
PREMIÈRE JEUNE FEMME. — C'OSt ma
sœur qui...
ACHILLE, se tournant vers la deuxième jeune femme. — ???
DEUXIÈME JEUNE FEMME. — MoUSieUT,
je... veux... je n'oserai jamais vous dire quoi... C'est si... extraordinaire...
ACHILLE, Vaidant. — La Clef des songes peut-être?...
LADAME. — Non... C'est un livre sur...
C'est que... c'est si drôle... {Elle devient rouge comme un coquelicot.) Sur... {Tout bas).
la grossesse...
ACHILLE. — Mais, Madame, ça n'est pas * drôle... et il n'y a pas de quoi rougir... {Il
lui remet Je Manuel des jeunes mères. La dame semble radieuse^ elle regarde Achille d'un œil reconnaissant y et va pour sortir.)
ACHILLE. — Vous ne voulez pas qu'on vous Tenveloppe, Madame?...
LA DAME. — Ohl non, merci 1 nous avons la voiture ! {Elle sort en coupant les pages avec son doigt,)
UN MONSIEUR, entrant. — Achille!... En quelle année la première des Pattes de mouches?... C'est pour un pari...
ACHILLE, sam hésiter. — 4860...
LE MONSIEUR. — Bonl... merci {Il s'en va.)
* PAULBTTB, à des Açores. — Je suis sûre que vous ne saviez pas ça... vous! {Elle le toise avec mépris.)
DES AÇORES, ùhun. — Dame, il est certain que.«. 1860... étant donné mon âge..*
PAULETTE. — Je ne VOUS le demande pas, votre âge!...
LES AçonES, apercevant Namur y qui passe sur le boulevard. — Vous permettez?... Un mot à dire à Namur...^/i sort en courant.)
PAULETTE, à Achille. — Je me sauve avant qu'il revienne... au revoir et merci... Vous avez dit... le libraire de la Cour de cas-
sation, place Dauphine, n'est-ce pas? {Au moment où elle va monter en voiture^ Montespan s'approche d'elle d'un air navré,)
PAULETTE. — Tiens!... Bonjour! Ça va bien?
MONTESPAN, faisant un profond salut, — Très bien, Madame... (A demi-ma?.) Qu'estce qui est arrivé ?
PAULETTE. — A qui?...
MONTESPAN. — Mais... àvous...
PAULETTE, étonnée. — A moi?... mais rien...
MONTESPAN, im fcu rassévéné. — Ah!...
tant mieux!... Je craignais...
PAULETTE. — Quoi donc?... Pourquoi me serait-il arrivé quelque chose ?...
MONTESPAN. — Mais... comme vous
ji'êtes pas... {Il s'arrête cherchant ses mots.) Enfin, comme hier soir...
PAULETTE. — Hier?... (A party se soiivenant.) Saprisli !... Ma lettre ! ... je n'y pensais plus!...
MONTESPAN. — Ah !... Quelle soirée j'ai passée!...
PAULETTE partagée entre la pitié et P envie de rire; à part. — Lui aussi!... {Haut,} Ah! oui, je saisi... C'est un... malentendu... Je vous expliquerai ça... un autre jour... parce que... aujourd'hui... voyez-vous, je suis horriblement pressée. . .
MONTESPAN, chaçriu. — Ah !...
PAULETTE. — Oui... il faut que j'aille place Dauphine...
MONTES PAN, Stupéfait. — Place Dauphine?
PAULETTE, suivant son idée, — C'est comme si j'allais chez vous...
MON TES PAN, ahuH. — Comment ça?
PAULETTE. — Oui... c'estpouF remplacer la... la combinaison d'hier soir... qui ne me va décidément pas...
MONTESPAN, intéressé. — Et, vous avez trouvé une autre... combinaison?
PAULETTE. — Oui...
MO^TESVkfi, joyeux. — Ah!...tantmieux!
J'étais si malheureux!... (Anxieux,) Alors,... où?... place Dauphine?...
PAULETTE. — Oh! mais cette fois-ci, ça ne vous regarde en rien... Au revoir !. .. (Elle referme brusquement la portière du coupé. — Au valet de pied. )?ldice Dauphine... Je vous
dirai où il faudra arrêter... (La voiture s'éloigne. Montespan atterré, reste piqué au f)ord du trottoir.)
PAU LE T TE, à elle-même. — Ce pauvre garçonI...il al'aîr tout ahuril... Bahl...je ne peux pourtant pas lui expliquer en détail... Pourvu que je trouve ce que je cherche...
(Elle s'absorbe dans ses ré flexions. )\jdi place Dauphine?... Où ça peut-il bien être, la place Dauphine? C'est loin, toujours!... {Le coupé tourne sur le Pont-Neuf et se met au pas à cause des travaux.) Pourquoi ne marchet-on pas?... Nous n'arriverons jamais...
{Elle passe sa tête par la portière. Un monsieur encore jeune et assez élégant y portant une serviette sous le bras, se colle contre les planches couvertes d'affiches, pour ne pas être serré par la voiture et regarde Paulette avec admiration.
PAULETTE, au cochcr. — Jean!... Est-ce
que c'est encore loin, la place Dauphine?...
LE COCHER. — Madame la marquise, nous y sommes... C'est là, au milieu du pont...
PAULETTE. — Ah! boni... Ehbîenîvous arrêterez chez le libraire de la Cour de cassation... j'ai oublié son nom...
LE MONSIEUR, à lui-même. — Mâtin !..
lajoliepetitefemmel... Quelle taille ! quelles dents I... Quelle fraîcheuret quelle toilette !... Qu'est-ce qu'une femme pareille peut aller faire chez le libraire de... Ma foi, tant pis?... je veux voir ça!... (R retourne sur ses pas et marche contre la portière du coupé^ mais sans affectation,)
PAULETTE, apercevant la statue de Henri IV. — Tiens!... Henri IV!... Bon!
c'est encourageant. Je suis sûre qu'il m'approuve,- lui!... Il a une bonne figure! {Elle sourit à la statue.)
AUTODR DC DIVORCE
E MONSIEUR, suivant toujours. — isl.. on dirait qu'elle fait de l'œtlà quclinl... Le cocher a dit a madame la marie I > Huml... Ça pourrait bien n'être une marquise très... (stupéfait). Mais, l à la statue qu'elle rit! 4IILETTE, sortant de nouveau sa lête. — rqiioi ne marchons-nous pas ?
E COCHER. — U est défendu de trotter, jme la marquise, le Pont-Neuf est en réilion...
iULETTE. — Comment?.. C'est ça, le l-Neuf !.., Ah I moi qui avais si envie de )irl Retournez...
B COCHER. — 11 faut que j'aille jusqu'au L... On ne peut pas tourner au milieu de le...
iULETTE. — Ahl hien, alors conliï !... Je regarderai en revenant...
E MONSIEUR. — En voilà une drôle de
petite bonne femme !.•. qui n'a jamais vu le Pont-Neufl
{La voiture prend le trot, tourne sur la place Dauphine et s'arrête chez le libraire.
Paillette descend^ s'engouffre comme un tourbillon dans le magasin, qui ressemble à un long corridor; des deux côtés sont assis y à des bureaux, les commis. — A droite de la porte, une sorte de grande cage vitrée; — à gauche, une autre cage non vitrée,)
PAULETTE. — Monsieur, je voudrais des livres sur le divorce?... (A part) C'est très imposant, icil... et pas gai!... C'est égal, ça ne me déconcerte pas comme à la Librairie Nouvelle...
UN COMMIS,» Paulette. — Quels livres, Madame?
PAULETTE. — Ceux quc VOUS voudrez, les meilleurs!...
{Le monsieur du Pont-Neuf entre dans la boutique. Les commis lui disent bonjour^ on voit que c'est un habitué.)
LE MONSIEUR. — Voulez-vous me prêter un instant un Rogron... j'ai quelque chose à voir... (// cherche le volume^ l'ouvre, et regarde Pauletle du coin de Vœily en ayant Vair de lire.)
LE COMMIS, revenant vers Paulette. — Voici, Madame...
{Le monsieur du Pont-Neuf cherche à voir quel ouvrage on apporte à Paulette .)
UNE DAME VOILÉE, entrant furlivcment.
— Monsieur... est-ce que monsieur le directeur du magasin est là?...
LE COMMIS. — Oui, Madame... Vous avez quelque chose à lui dire?. ..
LA DAME voilée; mystérieusement. — Oui, Monsieur...
{On conduit la dame à la cage de droit e^
on est assis un monsieur auquel elle parle tout bas.)
LE LIBRAIRE, à demi-voix. — Parfaitement, Madame, on va vous le donner!...
( riant très feau<.) Donnez à madame le Formulaire du divorce^ de Goulon, Faivre et Jacob!... {La dame fait un bond et cherche à ramener son voile encore davantage.)
PAULETTE, au commisçuHascrt. — Vous n'avez rien autre chose?...
LE COMMIS. — Si, Madame...
PAULETTE. — Eh bien, donnez-moi tout ce que vous ayez sur le divorce...
LE MONSIEUR DU PONT-NEUF, la regardant avec un intérêt croissant. — Elle est adorable et elle divorce!... il y a peut-être quelque chose à faire...
PAULETTE, examinant attentivement les gens qui choisissent des livres^ ou font des recherches. — C'est singulier! Tous les gens
qui sont dans cette boutique se ressemblent!... Tiens!... Voilà un monsieur qui fait semblant délire dans ce gros bouquin et qui me regarde de côté... et il croit que je ne m'en aperçois pas!... Dieu! que les hommes sont maladroits!...
LE GO ^i^ii s y revenant chargé de livres. — Voici, Madame, tout ce qui a paru sur le divorce... {Paulette se dirige vers la caisse^ le commis appelle à haute voix les volumes,) Goirand, Code du divorce. . 4 francs, Button et Lebon, Code annoté
du Divorce 5 —
Carpentier, Traité du divorce^
2 volumes 10 —
Frémont, Le divorce et la sépa-
ration de corps 8 —
{Uénumération continue; tout le monde se retourne^ pour voir la tête de la dame qui achète tous ces livres.)
PAULETTE. — Monsieur, est-ce que je trouverai là-dedans les jugements récents, les plaidoiries... les témoignages?...
LE COMMIS. — Non, Madame...
PAULETTE, désappointée. — Ah!... c'est ce que j'aurais voulu..,
LE COMMIS. — C'est dans un journal, que vous trouveriez les comptes rendus...
PAULETTE. — Des pelîtcs bribes!... mais pas l'ensemble...
' LE COMMIS. — Mais si, Madame, dans un journal judiciaire...
PAULETTE, vivement. — Judiciaire!...
je vais m'abonnerl... Où est-il, ce journal?...
LE COMMIS. — Il y en a plusieurs...
PAULETTE. — Où sont- ils?... Voulcz-vous avoir la bonté de me donner les noms et les adresses?...
LE COMMIS. — Il y d'abord la Gazette des
Tribunaux; puis la Loi, le Droite la Gazette du Palais... •
PAULETTE, ahurie. — Écrivez- moi donc ça sur un petit papier, voulez-vous, Monsieur?...
{Le commis écrit les noms et les adresses des journaux y le valet de pied prend le paquet et Paulette sort^ regardant sa liste.)
PAULETTE, arrêtéesur le trottoir. — Nous
^^ • allons. . .Voyons. . . (Elleparcourt les adresses.)
Ah ! bien, la Gazette des Tribunaux est là...
sur la place... ce n'est pas la peine que je
remonte... (Alt cocher.) Vous me suivrez...
{Elle part à pied^ le nez en Vair^ cherchant
les numéros.)
LE MONSIEUR DU PONT-NEUF, SOVtant
de la boutique et s^ élançant à sa suite. — Elle va au Palais!... elle s*y perd vraisemblablement... je me rends utile... et damel...
PAULETTE, remontant la place le nez en
rair. — 16... ii... 12. .• (Elle bute dans un petit bancy qu'un enfant traîne sur le trottoir et manque de tomber y le monsieur s' élancepour la retenir et arrive avant le valet de pied,)
LE MONSIEUR, avec intérêt. — Vous ne VOUS êtes pas fait mal, Madame?,.
PAULETTE, agacée^ reconnaissant le monsieur, mais polie néanmoins. — Non du tout... j'ai buté, voilà tout...
LE MONSIEUR, très aimable. — On voit bien, Madame, que vous venez pour la première fois dans notre affreux quartier... Si vous vouliez me permettre?... (A par^) Il n'y a pas à dire, c'est très chic, une femme qui ne connaît pas le Pont-Neuf!...
PAULETTE, le toisant. Vous permettre quoi, Monsieur?
LE MONSIEUR. — Mais... de vous guider...
(Mouvement de Paulette.) Ou du moins de suivre...
PAULETTE, trèsraide. — Je vous remercie, j'ai mon valet de pied!... {Elle lui tourne le dos et presse le pas.)
LE MONSIEUR, la suivaut des yeux. — Patatras!... C'est une femme du monde!...
tant pis pour elle!... Que diable!... une femme qui vient place Dauphineavec une robe de cette allure... un petit chaperon de roses comme celui-là,..., et qui fait des risettes à Henri IV par-dessus le marché,... on peut s'y tromper!...
PAULETTE, continuant à chercher la Gazette des Tribunaux. — Imbécile!... avec son grand machin en cuir sous le bras!...
{Elle tourne le coin de la place.) Ah!
voilà! {Elle entre au bureau de la Gazette. Les employés la regardent d'un air stupéfait.)
PAULETTE, — Je voudrais un abonnement...
L'E}ivhoié y rapidement. — Trois mois, six, OU un an?...
PAULETTE. — Qu'est-ce que vous dites?...
■ • l'employé. — Je vous demande de quelle durée est l'abonnement, Madame?...
PAULETTE. — Ah! pardon!... je ne comprenais pas!... Pas long, Monsieur, l'abonnement... parce que... (A elle-même.) J'espère bien que ça va marcher rondement...
(L'employé écrit, tout en examinant curieusement Paillette. Un monsieur frais, souriant, solide, Vtiir spirituel, entre dans le bureau; ^l porte une serviette sous le bras, tout le monde s'empresse au-devant de lui.)
PAULETTE. — Tiens!... Ce monsieur sans moustaches et avec un portefeuille !.. . Comme l'autre !... celui qui m'offrait de me^uider!... Pauvre homme!... Quel drôle de quartier!...
Personne n'a de moustaches et tout le monde a un portefeuille!... Malgré ça, il a une tête
ee AUTOUR DU DIVORCE
qui me plaît, ce monsieur I... il aTair vivant!...
LE MONSIEUR, à UH employé j qui cherche dans des paquets de journaux. — Non?.,.
Comment, vous ne l'avez plus?...
l'employé. — Ce numéro nous manque...
voici bien le 27 et le 28 février, qui contiennent les deux premières audiences, mais le 29 est épuisé, et c'est précisément celui où est votre plaidoirie...
PAULETTE, à part y regardant le monsieur avec infiniment d'intérêt. — Ahl c'est un avocat!... et un avocat qui plaide des affaires importantes!... des affaires qui remplissent trois numéros ! ... Il m'inspirerait plus de co nfiance que ceux que j'ai consultés autrefois... C'est vrai».. Il n'a pas l'air en bronze comme Bartholo, ni en picrate comme l'autre petit... Enfin!... je n'en suis pas encore là! Malheureusement!... {V avocat sort.)
PAULETTE, négligemment, tout enpayant son abonnement. — C'est un avocat, ce monsieur?...
l'employé. — Oui, Madame, c'est maître Ducharme.
PAULETTE. — Ah!... C'est maître Ducharme?... El ce n'est pas un avocat... Comment dirais-je.., prud'homme?
l'employé, souriant. — Non, Madame.., non certainement...
PAULETTE. — Mais c'cst pourtant un avocat sérieux?
L*EMPL OYÉ. — Mais je crois bien !... Tout ce qu'il y a de plus sérieux... et éloquent !...
PAULETTE. — Ahl... (Ré fléchissant. )Po\xrriez-vous me donner son adresse?...
l'employé. — Oui, Madame. Maître Ducharme, rue de Verneuil, iS bis...
PAULETTE. — Je vous remercie.., (Elle sort y remonte en voiture et regarde le Palais.)
Tiens!... Qu'est-ce que c'est que ce grand escalrer blanc qui a l'air en sucre!... Je ne l'avais pas vu tout à l'heure... (Se peuchant vivement pour regarder un coupé qui stationne à V angle du Palais et du quai.) La voilure de ma belle-mère!... Elle me file!... C'est complet!... Attends un peu!... {Elle baisse la glace de devant et parle au cocher.) Jean,... marchez bon train... suivez les quais, évitez les encombrements ou, au contraire, prenez des rues impossibles, mais arrangez-vous pour perdre madame la marquise qui nous suit. . . Allez où vous voudrez I . . . Je n'ai rien à faire!... {Le cocher effleure du fouet ses chevaux^ qui partent à un train d'enfer.)
PAULETTE, regardant par la petite lucarne du fotid, le cocher de sa belle-mère qui fait des efforts inouïs pour garder sa distancé. — Tape, mon bonhomme... tape...
(Un omnibus coupe la voiture de madame d' Alaly qui perd beaucoup de terrain.) Là!... ça y est!... C'est qu'aussi nous détalons ferme... Je suis sûre que Jean et Baptiste sont radieux!... Les domestiques exècrent la patronne, comme ils l'appellent!... {La voiture tourne rapidement dans trois ou quatre rues, reprend les quais et file toujours.) Où diable sommes-nous?... Nous avons passé Notre- Dame... Ça m'est d'ailleurs égal!... J'ai dit à Jean d'aller où il voudrait... Je suis enchantée d'avoir rencontré cet avocat ! .. . j'irai chez lui!... Oui... mais il faut d'abord que j'aie de quoi y aller... Voyons?... {Elle défait son paquet de livres et se met à lire attentivement)
Neuf heures et demie du matin; dans Tavenue de Tlmpératrice. paulette et M. d'alaly à cheval.
PAULETTE, à pari. — J'ai sommeil!...
J'ai passé la nuit à chercher dans tous ces bouquins... Je n'y ai rien compris!... Ça m'a Tair très compliqué, tout ça!... et ça ne
m'explique pas exactement les sévices, excès et injures graves... Sans compter qu'avec un monsieur correct comme Antoine,... j'aurai beaucoup de peine à obtenir ces choses-là !..• l'injure grave, elle-même, ne viendra pas toute seule. . . Enfin ! ... je vais tâcher de Texaspérer... de le faire sortir de son caractère... sans qu'il se méfie... Pour commencer, j*ai mis une amazone d'un seul morceau... ça doit être comme si je n'en avais pas ou à peu près... car je la sens qui plaque I... Elle n'a pas encore produit son effet... ça va être terrible I...
M. d'alaly. — Tu ne dis rien, ma Paulette... A quoi penses-tu?...
PAULETTE, grincheuse. — Ehl ne m'appelez donc pas toujours « ma Paulelte » ! C'est ridicule!... On le sait bien que je suis « votre Paulette »... pour le moment...
7â AUTOUR DU DIVORCE
M. d'alaly, inquiet. — Comment, comment pour le moment?,.. Mais...
PAULETTE, d'un air indifférent. — Le prince d'Assyrie est à Paris?...
M. d'alaly. — Oui... depuis deux jours.
PAULETTE. — Vous le conuaissez beaucoup, n'est-ce pas?...
M. d'alaly. — Beauppup... sans doute...
Autant qu'on peut connaître le prince héréditaire d'un grand royaume... J'ai chassé avec lui à Pau pendant une saison...
PAULETTE. — On est très occupé de lui...
Gomment est-il?...
M. d'alaly. — Tout à fait charmant!...
{Regardant Paulette.) Dépassez-moi donc d'une longueur, je vous prie?...
PAULETTE, poussant son cheval. — Voilà!... Pourquoi?.,,
m..d'alaly.-:- Je ne me trompais pas, cette amazone est d'un collant!...
PAULETTE, àpar^ — Le voilà, l'effet!...
{Haut y d'un air naïf.) N'est-ce pas qu'elle est réussie?...
M. d'alaly. — Certainement... mais elle vous... modèle avec une Qdélité...
PAULETTE. — Eh bien?... Est-ce que le modelé est défectueux?...
M. d'alaly. — Non, mais c*est absolument nu... J'aimerais autant vous voir monter en costume de bain...
PAULETTE, riant. — Et moi j'aimerais mieux!... car j'étouffe déjà... avec cette amazone épaisse...
M. d'alaly, mécontent. — Epaisse?...
On ne le dirait pas!... que serait-ce donc si elle était mince ?..•
PAULETTE. — Ce serait beaucoup plus joli!...
M. d'alaly. — Il me déplaît infiniment devons voir porter ces modes exagérées...
laissez cela aux cocottes, ma chère enfant...
PAULETTE, railleuse. — C'est ça!... pour qu'on me croie moins bien tournée qu'elles I . . .
M. d'alaly. — Qu'est-ce que cela vous fait?...
PAULETTE, avec âme. — Ça me fait beaucoup!...
M. d'alaly. — Mais enfin, ma chérie, ni madame de Lyane, ni madame de Dourgar, ni la duchesse, ni aucune de ces dames, ne portent ce genre de robe...
PAULETTE. — Non!... Ellcs ne peuvent pas ! .
M. d' AL AL Y, agacé. — Ou elles ne i^tefen^ pas... parce que d'honnêtes femmes... Pourquoi riez-vous?...
PAULETTE. — Parce que vous êtes d'une naïveté... ou d'une mauvaise foi!... Convenez que c'est drôle, d'entendre citer la duchesse parmi les irréprochables?... D'ailleurs, dès
qu'il s'agit de mode, de plastique, ou de beauté, il n'y a pas d'honnêtes femmes, il n'y a que des femmes, qui luttent pour arriver à un but unique...
M. d'alaly.^ — Qui est?...
PAULETTE. — Se faire admirer de tous les hommes, quitte à prendre ou à laisser ensuite; et vous-même, qui blaguez mon amazone collante, vous êtes, au fond, ravi qu'elle m'aille aussi bien. . .
M. D*ALALY, regardant malgré lui Paulette d'un air satisfait. — Sans doute... mais comme je sais à quoi m'en tenir là-dessus, je préférerais que les autres fussent moins instruits de...
PAULETTE . — Erreur I . . . Vous êtes charmé qu'on puisse constater que vous n'êtes pas à plaindre... Prenez cent maris, offrez-leur une femme insignifiante en public, mais qui, dès que commence le tête-
à-têlc, se transforme et devienne radieusement belle pour eux seuls...
M. d'alaly. — Ils seront enchantés...
PAULETTE. — Pas du toutl... Ils préféreront un laideron en tête-à-tête et une étoile «n public... Le plus plus grand mérite d'une femme aux yeux d*un mari ou d'un amant, c'est le désir qu'elle inspire, non à eux, mais aux autres...
M. d'alaly, vexé. — Vous raisonnez complètement faux...
PAULETTE, — Oh! que non pas! et vous
le savez très bien!... {Un jeune homme
passe à cheval en regardant beaucoup
Paulette, M. (TAlaly le salue profondément,)
PAULETTE. — Quel cst Ic mousicur que vous « honorez ?> d'un aussi beau salut?...
M. d'alaly. — C'est précisément le prince d' Assyrie.. •
PAULETTE. — Ah!... {Impétueusement,) Présentez-le moi?...
M. d'alaly. — Comment?... Mais cela ne se fait pas I... Ce n'est pas un prince qu'on présenle... C'est le prince héréditaire...
PAULETTE. — ... D'Assyrie!... C'est si loin !... Alors, si on ne le présente pas, présentez-moi à lui...
M. d'alaly. — ■' Quand je lui en aurai demandé la permission... (A part.) Si je la lui demande... {Réfléchissant.) Au fait, pourquoi pas?... devant lui, elle sera obligée de surveiller sa tenue et son langage... {Haut.) Je pense qu'il m'accordera cette permission...
PAULETTE, souriant, — Je le pense aussi!... Allez-y tout de suite...
M. d'alaly. — Oùçà?...
PAULETTE. — Eh bien, mais... demander au prince?...
M. d'alaly» — Je ne puis vous laisser seule... (Moqueur.) Tout à l'heure... quand nous aurons rencontré le piquet d*escorte, je rejoindrai le prince... Et, à propos, il n'est pas à son poste habituel, le piquet d'escorte...
PAULETTE, aigre, — Dame 1... nous montons tellement tôt... tout le monde dort encore ! . . .
M. d'alaly. — Non... pas tout le monde...
(Regardant un cavalier qui vient à eux.) <5ar j'aperçois le doyen de vos adorateurs !...
PAULETTE, nan^ — Ce pauvre Gaillacl...
GAiLLAC, s'approchant. — Déjà levée?...
Vous êtes intrépide, Madame?... (// se place à la gauche de Paulette.)
PAULETTH. — Pas par là!... Abeilard ne supporte personne à gauche I... Ça le fait ruer... (Abeilard commence à donner des signes d^ impatience.) Tenez... voyez-vous?...
Il serre des oreilles et bosse du dos... Prenez garde à vos jambes!...
GAiLLAC, se retirant précipitamment. — Je vais me mettre par ici... {Il repousse doucement M. (TAlaly et sHnsinue entre Paillette et lui.) Là!... comme ça... ça va aller à merveille!...
M. d'alaly, entre ses dents. — Allons!
bon l... Voilà que ça commence !...
PAULETTE, agressive. — Vous dites?...
M. d'alaly. — Rien...
(On entend un bruit pareil à celui d'une charge de cavalerie. (Test du helder, mon- TESPAN, JOYEUSE et d'estourdy qui rejoignent ventre à terre. Bonjours^ saluts, etc.)
M. d'alaly, à Paulette. — A présent, je puis vous laisser un instant... je vais rattraper mon petit prince et je reviens...
montespan, inquiet. — Quel petit prince?...
M. d'alaly. — Le prince d'Assyrie... {Il part au trot.)
GAiLLAC, embêté. — Naturellement!... il n'est question que de ce monsieur... D'où diable d'Alalyle connaît-il?...
PAULETTE. — Ils out chassé ensemble à Pau...
GAILLAC. — Et il lui plaît?...
JOYEUSE, pointu. — Est-ce qu'il ne séduit pas tout le monde?...
d'estourdy. — ' C'est le prince charmant!...
GAILLAC, suivant son idée y à Paulette. — Mais... il va probablement demander à faire votre connaissance?...
PAULETTE, négligemment. — Probablement...
GAILLAC — Ça va être amusant!...
PAULETTE. — Et pourquoi donc pas?...
On dirait que ça vous gêne?... Je n'ai fait
que l'entrevoir, mais il m'a semblé gentil, ce petit bonhomme !...
DU HELDER. — Oui... comme ça... vu de dos...
PAULETTE. — Vous ne l'aimez pas?...
DU HELDER. — Je n'ai pas l'honneur de le connaître!...
PAULETTE, à Joyeuse. — Et vous?...
JOYEUSE. — Moi, je le connais à peine...
j'ai soupe deux ou trois fois avec lui...
MONTESPAN,wîé/awcoii5fue. — Moiaussi...
Le prince de Calabre nous le coJle tant qu'il peut...
PAULETTE. — Ah ! c'est le prince de Calabre qui lui sert de...
d'estourdy. — De cornac... oui... Du reste, il connaît peu de monde; Calabre, la duchesse de Corda-Potencia... 11 sera lundi à son bal costumé... il connaît aussi la douairière de Laubardemont...
82 AUTOUR Dt DIVORCE
PAULETTE, riant. — C'est une bien mau* vaise connaissance I...
JOYEUSE. — Oui.,. Mais c'est que... autrefois. . . il y a bien, bien longtemps. . . la mère Laubardemont a eu, dit-on, des bontés pour le roi, père du prince ici présent...
PAULETTE. — Ah! lime semble que, dans ce cas, c'était lui qui avait... les bontés... comme vous dites?...
MONTESPAN. — Pourquoî ça?...
PAULETTE. — Dame !... la mère Laubardemont... et un roi!...
GAiLLAC. — Ce n'était pas un roi difficile !
Yoilà tout!... Et d'ailleurs, la mère Laubardemont a été très belle, au temps où ce monarque exotique faisait ses farces à Paris... sous Louis-Philippe...
PAULETTE. — Gomment, on a fait des farces sous Louis-Philippe?...
MONTESPAN, bas. — Ne débinez pas ce
règne devant Gaillac... C'était son beau temps !...
PAULETTE, regardant Gaillac. — Oh!...
C'est impossible!...
JOYEUSE, riant. — Si fait!.- il battait son plein vers 1847 !...
(Paulette examine curieusement Gaillac qui ne se doute de rien.)
DU HELDER. — Ah ! j'aperçois d'Alaly et le prince!...
PAULETTE, partant au galop. — Rattrapons-les. {On dépasse M. d'Alaly et le princCy que Paulette détaille d'un coup d^œil rapide.) Eh bien, la seconde impression est la même que la première, je le trouve très bien...
GAILLAC. — Mon Dieu... pour un gommeux de Babylone, il n'est pas mal...
d'estourdy.— Et puis, un futur roi est toujours charmant... aux yeux des femmes...
PAULÉTTE. — Aux ycux dcs feiïimes, c'est possible, mais aux miens, son seul défaut est, jusqu'à présent, d'être un prince... sérieux...
MONTESPAN. — Tiens !...
PAULETTE. — Eh! oui... Je n'aime pas à me gêner, moi!... et un monsieur à qui il faut dire tout le temps t Monseigneur > et ne pas manquer de respect, ça m'agace!...
d'estourdy. — En le regardant, sans parti pris, on le trouve affreux, ce prince!... il a Tair d'un fort de la Halle...
PAULETTE, moqueuse, — Il est certain qu'il est moins... svelte que vous... mais il a une tournure élégante, malgré son appa* rence de force...
G AILLA c. — D'ailleurs, vouloir rencontrer le chic parisien chez un descendant de Cyrus, ce serait peut-être beaucoup deman* der...
MONTESPAN. — C'cst déjà bien assez chic d'être le descendant de Cyrus...
DU HELDER, blaguani. — Avoir pour grand-père... éloigné, l'homme qui disait, lorsqu'il n'avait pas fait une bonne action : Mes amis y j'ai perdu ma journée, . .
PAULETTE. — Ah! ce n'était pas Cyrus qui disait çâ!... c'était Titus...
DU HELDER. — Vous croycz?,.. G'cst bien possible...
GAILLAC. — Dans tous les cas, le prince d'Assyrie ne s'inquiète guère de faire de bonnes ou de mauvaises actions... il pense à s'amuser, voilà tout, et il s'amuse ferme...
PAULETTE, très intéressée. — Ah!... il s'amuse?..,
GAILLAC. — Je vous en réponds!... {D'un air indifférent.) Il est, dit-ou. fort entreprenant, et cherche tant qu'il peut à compromettre les femmes...
86 AUTOUK DU DIVORCE
PAULETTE, regardant Gaillac avec insistance. — Eh bien, il a tort... C'est bêle et maladroit... {Elle pousse Abeilard^ qui quitte le petit galop et prend le galop de chasse,)
GAILLAC, à Paulette. — Vous n'êtes pas fatiguée, Madame?...
PAULETTE, passant au pas.^ — Non, du tout, mais vous l'êtes, vous?...
GAILLAC, s'arrêlant court, et bousculant Paulette. — Ce n'est pas moi, c'est mon cheval, qui est fatigué!... Pardon, je vous ai effleuré la jambe, je crois ?
PAULETTE, se frottant la jambe. — Je le crois aussi I... Ahl... voici mon maril... {A M. d'Alaly, qui vient s' aligner à côté des autres.) Et le prince?...
M. d'alaly.J — Toujours gentil au possible!... J'oubliais!,.. Il sollicite l'honneur de vous être...
• PAULETTE, narquoise. — Bah!... Ce prince qu'on ne présente pas!... Eh bien?...
M. d'alaly. — Eh bien, j'ai pensé que le lieu n'était peut-être pas très convenable...
PAULETTE, impétueusement. — Pourquoi ça?...
M. d'alaly. — Dame!... Dans cette allée... au milieu de cette bousculade!...
Alors je lui ai dit que je vous présenterais chez la duchesse de Gorda-Potencia... {Avec un soupir.) puisque nous allons à son bal costumé...
PAULETTE, veœée. — Vous faites toujours des embarras!...
M. d'alaly. — Moi?...
PAULETTE. — Oui, vous!... Vous ne pouviez pas l'amener ici, tout bonnement?...
M. d'alaly. — Tout bonnement... tout bonnement... mais vous ne voulez donc pas vous mettre dans la tète que c'est le
prince héréditaire d'Assyrie... un futur roi...*
PAULETTE. — Eh! qu'est-ce que ça me fait I ... Il ne pense guère à sa royauté, allez ! . . . il a l'air extrêmement bon enfant...
MONTESPAN, irofiique. — Parbfeu! Il a toutes les qualités I... évidemment!...
M. d'alaly, agacéy à part. — Vexé, l'escadron des adorateurs!... (Haut.) Je ne sais pas si le prince a toutes ^les qualités, mais, dans tous les cas, il en a beaucoup qui manquent généralement aux jeunes gens de son âge... {Avec inlention, regardant Montespatiy (TEstourdy et Joyeuse.) Il n'est ni poseur, ni suffisant, ni infatué de sa personne; il ne se croît ni irrésistible, ni supérieur au reste de l'humanité, et il a beaucoup d'esprit, d'instruction, de jugement et de cœur...
GAiLLAG, moqueur. — Peste! tu le fais mousser!...
M. d'alaly. — C'est bien mon intention...
GAiLLAC, à part. — Imbécile!...
M. d'alaly. — Je regrette une chose, par exemple!... C'est qu'il soit aussi mal piloté dans Paris!... Calabre est un bon garçon, mais enfin, un point, c'est tout. Je ne parle pas de la duchesse de Corda-Potencia, parce que c'est une femme et qu'il faut autant que
. possible respecter la femme... Quant à la
douairière de Laubardemont, c'est une... ça ne peut pas se dire...
PAULETTE, paisiblement. — Une honnesle dame dont le salon... plus qu'éclectique, pourrait prendre comme enseigne :
A u bonheur pour tous !.,.
M. d'alaly, très ennuyé. — Paulette!...
Vous parlez à tort et à travers...
PAULETTE. — A iravers seulement...
GAILLAC, à M. (TAlaly. — Puisque tu le
trouves si mal piloté dans Paris, pourquoi ne te charges-tu pas de le diriger?...
M. d' XL KLi y sèchement. — J'y pense!
GAiLLAC, à part. — Tous les mêmes!...
(Une dame escortée de plusieurs cavaliers
dépasse le groupe.)
PAULETTE. — Elle est toujours belle, madame de Vyelgarde ! . . .
GAILLAC. — De très loin... avec beaucoup de poudre de riz... et un voile par-dessus...
PAULETTE. — Elle a une taille superbeJ...
MONTESPAN. — Avcc uu corsct... solidc, oui!... Mais autrement, je croirais assez...
JOYEUSE. — Oui, en effet.... On dirait...
PAULETTE. — Gomment : « on croirait...
on dirait »? {Riant,) Et on prétend que les hommes ne sont pas discrets I...
M. d'alaly, mécontent, — Mais... Paulette...
PAULETTE. — Vous aussi ; vous allez vou-
loir le faire à la discrétion!... Mais, mon ami, en admettant que les faits et gestes de ces messieurs doivent être ignorés de moi... j'ai bien le droit de connaître les vôtres 1. . . {Mouvement de M. d'Alaly.) Oh !.. . rassurez-vous I... Mes renseignements sont... rétrospectifs!... Je sais qu'il y a quatre ou cinq ans, vous avez — comment dire ça convenablement? — que vous avez obtenu les faveurs de madame de Vyelgarde... M. de Gaillac les avait sans doute obtenues avant vous et ces messieurs les ont obtenues après; en sorte que, quand je les entends parler en supposant^ de ce qu'ils pourraient affirmer ^ j'admire leur bonne éducation...
d'estourdy. — Vous êtes impitoyable.
Madame!...
MONTESPAN, regardant une damé qui passe. — Madame de Porphyr est jolie à cheval....
DU HELDER, examinant aussi. — Oui!...
Mais elle a une... croupe d'une ampleur...
PAULETTE. — C'est pas laid!... El puis, pour être bien dans sa selle, voyez-vous, il faut qu'il y ait de quoi... Ça caleL
JOYEUSE. — Tant que vous voudrez, mais vous ne seriez pas ravie d'avoir autant... de quoi...
M. d'alaly, àparty rognonnant. — Tout à l'heure, ils vont mesurer!... Ils ont vraiment un ton !... mais aussi, c'est sa faute, à elle!...
PAULETTE, taquinCy à M. d'Alaly. — Vous avez l'air grincliu?...
M. d'alaly, amer. — A quel propos serais-je grinchu?....N'ai-je pas tout lieu d'être enchanté?... {A demi-voix, passant devant^ avec elle,) Vous avez vraimeni un genre de conversation déplacé. . .
PAULETTE. — Je ne trouve pas!... C'est
à propos de Joyeuse, que vous dites ça?...
M. d'alaly. — De lui et des autres?... Ils ont des maaières impossibles ! . . .
PAULETTE. — C'est pas moi qui les ai élevés!...
M. d'alaly. — Certainement je ne suis pas sévère... j'aime la gaieté de bon ton... la plaisanterie...
PAULETTE. — Vous Tadorez!... Mais seulement quand c'est vous qui la faites...
M. d'alaly. — La conversation de ces messieurs vous plaît?... C'est un singulier goût!.. Enfin!.. Chacun prend le plaisir où il le trouve...
vkVLE'rTE, gouailleuse, — Où il « me »
trouve, vous voulez dire?...
M. d'alaly, énervé. — Je vous assure, ma chère enfant, que jous avez une tenue déplorable... Vous laissez prendre avec vous, à tous ces sots mal appris, des attitudes
libres ou penchées qui donnent une mauvaise opinion de votre esprit et de votre goût... Une femme de voire âge ne doit pas tolérer qu'on ait avec elle de telles façons... Je suis très peiné de voir que l'éducation
sérieuse austère, que vous avez reçue
n'ait porté aucun fruit.... n'ait rien produit qui....
VKVLETTEySe montant peu à peu. — Mais sil... C'est au contraire cette éducation austère et sérieuse qui m'a donné l'idée de me rattraper... et je me rattrape!... je me rattrape en plein! Mais les voilà, les fruits demandés!... Mais le produit, c'est moi! et si jamais vous avez des enfants à diriger, vous n'aurez qu'à faire pour eux ce qu'on a fait pour moi et vous obtiendrez le mêmb résultat !... Il est peut-être mauvais, mais je n'y peux rien!... {Criant presque,) Je n'y peux rien, vous m'entendez!... rien!...
M. d'at.aly. — Prenez donc garde... on va vous entendre...
MONTESPAN, bas à Gaillac montrant Pauletle et (TAlaly. — Qu'est-ce qu'il lui dit
donc?...
GAILLAC, aigre. — Je ne sais pas, mais je présume qu'il lui chante encore les louanges du prince...
MONTESPAN. — Yous êtcs jaloux ?...
-GAILLAC — Je trouve ce d'Alaly inepte, voilà tout!...
MONTESPAN. — Non, ne voilà pas tout!...
(Inquiet.) Est-ce que vous espériez?...
GAILLAC, sèchement. — Rien du tout !...
quoique avec une tête aussi mal équilibrée, il soit permis de compter sur Timprévu...
Non... en y réfléchissant, je serais même enchanté si l'héritier des jardins suspendus...
PAULETTE. — Qui cst-cc qui parle de jardins suspendus?
GAiLLAC. — Nous... à propos du prince..,
PAULETTE. — Vous pensez encore à lui?...
GAILLAC, ironique. — Oui!... j'ai envie de le connaître!...
PAULETTE, avec éclat. — Moi aussi!...
une envie rouge...
M. d'alaly. — Si j'avais su ça, j'aurais pu... à la rigueur, l'amener ici...
JOYEUSE, à du Helder. — Non!... On n'est pas bête à ce point-là !. ..
[M. d'alaly. — Paulette!... il est onze heures et demie...
PAULETTE. — Ça veut dire : «Rentrons! »
(A tous.) Au revoir!... {A Gaillac qui s'approche pour lui tendre la main.) Oh!... pas de poignées de main... j'ai peur des coups de pied... Abeilard ne veut pas qu'on approche, je vous l'ai déjà dit...
GAILLAC. — Abeilard... Quelle drôle
d'idée d'avoir donné ce nom à votre cheval!,..
PAULETTE. — Pourquoi?..'. C'est un nom auquel il adroitl.., (On rit.) . M. d'alaly, horripilé. — En vérité, Pauîelte. . . vous parlez comme une fille. . .
JOYEUSE, à demi-voix à Gaillac. — Allons, i)on!... le voilà qui lui dit des injures, à présent!...
PAULETTE, qui a entendu, à part, — Des injures ! . . . C'est vrai ! . . . Est-ce une inj ure igravé?. . . Je n'en sais rien ! . . . (Haut à M. SAlaly,)ie vous défends dem'injurier... devant <;es messieurs, au moins !... habituellement, 5f'ous réservez ça pour l'intimité...
M. d'alaly, effaré. — Moi!... je réserve...
PAULETTE. — Dame!... Ces messieurs TOUS ont, je pense, entendu m'injurier à l'instant... {Elle les interroge du regard, ils ^'' inclinent.) Yous voyez?... Allons! nous
pouvons rentrer..- Vous êtes comme Titus dont on parlait tout à l'heure.. ,
M. d'alaly, aMtrt. — Titus?...
PAULETTE. — Oui, VOUS n'avez pas perdu votre journée!... (A parL) Moi non plus!...
{Elleparl au galop suivie de M. d'Alaly.)
SEVICES
En coupé.
PAULETTE en Aurore.
M. d'alaly en habit rouge et culotte courte.
M. D'kLkLY y préoccupé. — J*aurais voulu voir votre costume avant de monter en voiture...
PAÛLETTE. Il est très réussi!.,, soyez tranquille!...
m.d'alaly. — Je ne le suis pas..,
PAULETTE, gouailleuse. — Et pourquoi donc ça ?. . . Il me semble pourtant que je m'habille pas trop mal !...
M. d'alaly. — Vous vous habillez trop bien, au coniraire... Vous avez des hardiesses qui choquent beaucoup de gens. . . et que, moi même, je trouve excessives... Dans notre monde, voyez-vous, il faut faire les concessions que..,
PAULETTE, énervée. — Vous serez rudement ennuyeux quand vous serez vieux, allez, vous!
M. d'alaly, un peu pointu,. — Je vais même l'être tout de suite, car je suis absolument obligé de vous dire quelques mots, au sujet de ce qui va se passer ce soir...
PAULETTE. — 11 va SB passer quelque chose?...
M. d' AL AL Y, étonné. — Mais, n'esUce pas au bal de la duchesse de Corda-Potencia que je dois vous présenter au prince d'Assyrie?...
PAULETTE, jouant V indifférence. — Ahl Oui !... C'est vrai I... je n'y pensais plus!...
M. d'alaly. — Quelle élourderiel Vous étiez si pressée avant-hier défaire la connaissance du prince, qu'il semblait que vous n'attendriez jamais jusqu'à ce soir.. .
PAULETTE. — Que voulcz-vous !.. .Je n'ai pas beaucoup de suite dans les idées !... Et c'est à propos de ça que vous avez à me parler?... {Vaguement tnçmé^c.) Est-ce qu*il y a quelque chose de changé?, ..
M. d'alaly. — Non, du tout !... Je voudrais seulement que vous vous montrassiez au prince sous votre meilleur jour et je...
PAULETTE, se boiichant les oreilles. —
Ohl,.. Montrassiez... Est-il possible de parler comme çal.i. Ça fait frémir!.,.
M. d'alaly. — Mais... je vous assure...
PAULETTE. — [Que c'cst français?... J'en suis convaincue, mais ça n'en est pas moins horrible...
M. d' AL AL Y. — Il faut Cependant tâcher de parler comme. . .
PAULETTE, crispée. — Eh!... parlez comme vous voudrez, mais parlez vite!...
Nous allons arriver ! . . .
M. d'alaly. — Oh! pas encore! La duchesse habite au diable... Je n*ai même jamais pu comprendre comment une femme aussi... aussi... {Il cherche le mot.)
PAULETTE. — Après?...
M. d'alaly, interloqué. — Après?... Mais je ne sais en vérité plus où j'en suis... Vous avez une façon de bousculer une conversation... Ah 1... voilà I... je voulais tout simple-
ment vous demander d'être ce soir plus...
plus. . . correcte que d'habitude., .je vous serais très reconnaissant de surveiller un peu vos manières, d'atténuer votre trop grande liberté d'allures et de réprimer vos écarts de langage...
PAULETTE. — Et pourquoi toutes ces précautions?...
M. d' AL AL Y. — Parce que la présence du prince d'Assyrie devant forcément imposer une certaine réserve, je désire que vous restiez au diapason voulu ; soyez gracieuse sans excès, calme, comme il faut... même un peu sérieuse. Lorsque je vous présenterai au prince, attendez qu*il vous parle, répondez respectueusement, et placez tout de suite la conversation sur le ton élevé qui convient...
PAULETTE. — Mais pas du tout!... je ne lui en veux pas, à ce prince J ... Je n'ai aucune raison de chercher à l'embêter...
M. b' khkLY, scandalisé. — Oh!... surtout ne laissez pas échapper de mots semblables à celui que vous venez d'employer..,
PAULETTE. — Ah! bah!... Il a dû en entendre bien d'autres I
M. d'alaly. — Parlez lui de son pays... de ses voyages, de...
PAULETTE. — Allons douc I... Il doit en avoir plein le dos de son pays !... Pourquoi voulez-vous le poursuivre de souvenirs importuns... probablement! Est-ce là tout ce que vous aviez à me dire?
M. d'alaly. — Mais... oui... je crois... (A part,) J'aurais mieux fait de me taire...
PAULETTE. — Tant mieux!... nous arrivons !...