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LA SATIRE RELIGIEUSE

Non moins intéressants, si plus délicats a manier, les manuscrits de Tallemant à propos des questions religieuses. On sait l'anarchie qui régnait à cette époque dans l'Eglise et les différents partis qui la divisaient ; on connaît les divers reproches faits aux hauts dignitaires du clergé. Rien d'étonnant donc à ce que les attaques soient acerbes, et comme Tallemant des Réaux, touten restant malicieux.s'est montré éclectique dans le choix des pièces qu'il a collectionnées, il est utile de les parcourir du regard.

Clément IX occupait le trône pontifical. Né à Pistoie en 1600, Jules Rospigliosi était un politique de haute valeur qui imposait sa médiation avec autorité. C'est à lui que fut due la signature du traité d'Aix-la-Chapelle. Il n'en fallait guère davantage pour le faire accuser de tendances espagnoles (673, fo 249 verso):

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Combien de succez glorieux !

Grand Roy, tout est facile, Lorsqu'on est favory des dieux Et que l'on est habile.

Le Seigneur, tout plein d'équité Est Français véritable ; Mais son vicaire révolté Est Espagnol en dyable.

On l'accuse de vouloir pousser plus loin ses aventures et de viser la Crète où il triomphera du turban. Déjà son armée est prête, et il est censé dénombrer cette armée, à la mode homérique, dans une Satire, sous forme de Bulle, (675, f» 122) :

Les Cardinaux,

Gens fondés en expérience, Gens qui ne font rien qu'a propos

marcheront en tête avec

Les Evesques, ces braves gens Qui n'aiment point la résidence,

et qui ne demanderont pas mieux que de délaisser leurs infortunés diocèses. Ils serviront de lieutenants au Saint-Père et auront pour aides de camp

Les Evesques in partibus Gens de modestes revenus Et qui sont faits à la fatigue.

Quant aux troupes de terre et de mer, elles seront constituées par le clergé de tous ordres,

Les Cordeliers, moines dodus, Qui frappent d'estoc et de taille,

les Chartreux, les Prémontrés, les Feuillants, les Moines blancs, les Carmes, les Capucins. Un couplet particulier est tout naturellement réservé aux Jésuites que l'on attaque à part, comme de nobles adversaires :

Les Jésuites, soldats fougueux Seront les dragons de l'armée.

Mais parce que souvent leur feu tourne en fumée,

Il sera bon pour eux

De servir sous la discipline

Du grand archevesque de Sens,

Homme de cœur, homme de sens,

Et de quy la conduite, aussi forte que fine,

Tiendra toujours dans le devoir

Ce corps si bizarre et si noir.

Mgr Gondrin a ainsi, — je suppose que la rime seule n'a pas amené cet éloge, — plus de chance auprès du pamphlétaire que Mgr de Harlay, son collègue de Paris, dont

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les mœurs sont critiquées dans une Chanson ordurière que je me borne à indiquer, (673, f» 154) :

Dedans Paris, la grande ville, On parle d'un grand malheur

Ici,les manuscrits de Tallemant sont contrôlés par le Recueil de Maurepas, qui contient d'innombrables satires contre la vertu de l'archevêque.

L'abbé de la Rivière, de son nom Louis Barbier, fils d'un pauvre paysan, tailleur d'habits, homme assez peu recommanclable, aumônier de Gaston d'Orléans, dont il livrait les secrets à Mazarin, ce qui lui valut l'évèché de Langres, dévoré de l'ambition de la barrette cardinalice, et que La Monnoye a drapé dans son Epitaphe connue:

Ci gist un très grand personnage...,

n'est pas mieux traité que Mgr de Harlay. On lui consacre un Rondeau, (673, f° 22 verso) :

A la Rivière avint cas fort nouveau ,

Et très fascheux quand on luy dit: tout beau!

Vous n'estes pas encor du Consistoire;

Car pour sa teste un chappelain doyt croire

Qu'un chapeau rouge est un trop lourd fardeau.

Un prince veut en affubler sa peau.

D'y résister vous passeriez pour veau Et, comme tel, on vous meineroit boire

A la Rivière.

Quoy! Vous ranger dans ce sacré troupeau, Vous dont le père, en habit de bureau, Dedans Montfort gauloit et pomme et poire ! Rentrez chez vous, pédant a robe noire, Ou l'on envoyé et l'homme et le chapeau

A la Rivière.

Que d'abus existaient^ effet, qui ont été souvent relevés ailleurs ! Train fastueux des uns, mœurs licencieuses des autres, intronisations accordées à la faveur. Saint- Simon est très net et très affirmatif sur tous les points, et ses portraits ont un accent de sincérité qui ne peut être mis en doute. Les noms affluent sous la plume, et l'on n'a que l'embarras du choix: Simiane, évèque de Langres, joueur effréné ; Cosnac, évèque de Valence à vingt-quatre ans, devenant en un jour sous-diacre, diacre, prêtre et prélat ; la Trémoille, petit bossu fort débauché; et Verteuil, et Vaubrun, et l'abbé d'Auvergne, et l'abbé de la Châtre, et l'abbé de La Bourlie, et surtout, pour finir, cet inénarrable abbé de Choizy, toujours vêtu en femme, avec diamants, boucles d'oreilles, mouches, et autres afféteries qui lui permettent de « faire la belle. »

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Les manuscrits de Tallemant appuient sur un des abus les plus graves et les plus monstrueux. Ici, c'est en reproduisant une Chanson, dont je ne puis citer que le premier couplet, (673, f° 150) :

Sur la distribution des Eveschez

Le soir de la veille des roys, Louys par un très sage choix Les eveschez distribua.

Alléluia!...

Là, une lettre d'Huet, évoque d'Avranches, adressée à l'abbé Tallemant, et cyniquement intitulée par des Réaux:

Marché fait de deux Eveschez

À Aunay, le 5 octobre 1689.

— Pourles nouvelles, Monsieur, que vous avez la bonté de m'ecrire. je veux vous en apprendre une qui me touche de plus près et qui sans doute vous surprendra. Vous sçaurez donc que je ne suis plus evesque de Soissons. Monseigneur l'evesque d'Avranches, après m'avoir fait faire diverses propositions de permutation, vint enfin céans me les faire luy-mesme. Monsieur de Segrais, quy s'y rendit aussi en mesme temps, et quy est fort de ses amis, et le

pere de la Riie qu'il y trouva, et qui y est depuis deux mois, entrèrent dans la négociation. Tant fut procédé qu'enfin nous convînmes que le Prélat, outre l'Evesché, me donneroit quatre mille francs de pension sur ses autres bénéfices. Avranches vaut 18.500 1. de rentes, sur quoy il y a 3.000 1. de pension. Otant ces 3,000 1. et y ajoutant 4.000 1., ce sont 19.500 1. quy me demeurent, et je me trouve establi a une journée d'icy, a une journée et demie de Caen, et dans un pays ou l'on vit pour rien. La ville estvillaine, a ce qu'on dit, car je n'y ai jamais esté ; la demeure de l'Evesqueest passable, et sa maison de campagne fort jolie, a deux lieues d' Avranches. Comme il faut aller au mont Saint-Michel en sa vie, ou en l'autre, j'espère que nous n'attendrons point après nostre mort a nous acquitter de ce pèlerinage, et quejepourroisvous recevoir a Avranches. Le Roy a donné son agrément a la permutation ; il ne reste plus qu'a establir devant S. M. la pension sur les bénéfices. Quand cela sera fait, et apparemment cela le sera au premier jour, je changerai de titre, et j'irai a Avranches donner les ordres nécessaires; après quoy, je penserai a retourner à Paris vers le teins ordinaire, c'est-a-dire vers la Toussaint. On

m'écrit de Hollande qu'on a déjà reimprimé, a Amsterdam, mon petit livre contre Descartes, et cependant nous ne voions point parêtre tant d'ouvrages dont on me menaçoit,etla permutation que je viens de faire est une juste réfutation de la Chanson que cette caballe avoit faite contre moi, qui dit que j'avois fait ce livre pour parvenir à l'Evesché d'Avranches. —

Cette lettre édifiante nous indique bien l'objectif du clergé de l'époque : soulever la pierre toujours retombante de l'avancement et toucher les rentes des bénéfices. D'ordres peu, comme dit Saint-Simon de l'abbé de la Roche Foucauld, mais force abbayes, et grosses. On le vit bien dans toutes les affaires compliquées qu'amenèrent les luttes des Jansénistes et des Jésuites. Je voudrais élucider en ce lieu cette longue querelle. D'abord professeur de philosophie à Louvain, puis évêque d'Ypres, Jansénius avait examiné la doctrine de Saint- Augustin dans son livre intitulé Augustinus. L'ouvrage fit du bruit, et Saint-Cyran, confesseur à l'abbaye de Port-Royal-des- Champs, en accrédita les idées. Craignant que leur influence fut ébranlée par cette doctrine nouvelle, les Jésuites la dénoncèrent, comme mettant en discussion l'infail-

libilité papale, et Urbain VIII la condamna, — 1641. —Jusqu'en 1649, la guerre se poursuivit, et, à cette date, cinq propositions furent extraites du livre de Jansénius et déférées au pape Innocent X, qui les déclara hérétiques. On n'accepta point cet arrêt, et le grand Arnauld protesta au nom des Jansénistes, soutenant que les propositions incriminées étaient dans saint Augustin luimême. « La censure d'Arnauld, en Sorbonne, devant la faculté de théologie, ce tribunal permanent de la doctrine, fut une de ces grandes batailles où, des deux côtés, on déploya toutes les ressources de l'esprit, du raisonnement et de la science ecclésiastiques. » Mais ces nombreuses assemblées, qui se tinrent durant deux mois, —décembre 1655 et janvier 1656, — quoique donnant lieu à une série d'engagements bruyants et à l'exclusion d'Arnauld de la Sorbonne, n'aboutissaient pas. Alors on dressa le Formulaire, acte dans lequel étaient « condamnées, de bouche et de cœur, les cinq propositions hétérodoxes, » contenues dans VAugustinus. En 1661, l'Assemblée du clergé de France et la Faculté de théologie de Paris en ordonnèrent la signature ; mais le nombre de ceux qui résistaient fut si grand malgré tout

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qu'une déclaration royale de 1664 en fit une loi d'Etat. Les luttes ne cessèrent que cinq ans après, alors que l'habile Clément IX, pour rendre la paix à l'Eglise catholique française, eut pris le parti de déclarer que le Saint-Siège ne prétendait point que la signature du Formulaire obligeât les signataires à croire que les cinq propositions fussent contenues implicitement ou explicitement dans le livre de Jansénius, mais seulement à les condamner comme hérétiques, en quelque livre qu'elles se pussent rencontrer.

On pense bien que cette signature prêta un élément nouveau et abondant à la satire religieuse. Elle devint janséniste pour faire de l'opposition au roi, cet élève toujours détesté du toujours haï Mazarin.Ce surintendant de l'éducation royale est le pelé, le galeux d'où vient tout le mal. Quelque beau naturel que le roi ait eu, — lisonsnous dans la Vérité prononçant ses oracles, — il n'a pu recevoir que les impressions qu'on lui a données. Sa politique machiavélique vient de Mazarin, disent tous les pamphlets d'Allemagne et de Hollande ; c'est l'opinion de Fénelon, celle de Madame, mère du Régent, celle de Saint-Simon ; ce sera celle de Voltaire, et le P. Rapin, —

UN ANECDOTIElt 343

Mémoires, tome III, p. 108, — écrit que le cardinal a incliqué la destruction du Jansénisme parmi ce qu'il appelle les grandes leçons données au roi par Mazarin mourant.

Et voilà les sentiments que les poètes que nous fait connaître Tallemant prêtent aux ecclésiastiques mis en demeure de signer le Formulaire, (673, f° 108):

Sur la signature du Formulaire.

Je resve sur le Formulaire Au milieu du contre et du pour.

Je ne sçay pas encor ce qu'il me faudra faire, Et je vais l'apprendre à la Cour.

Autre.

Certes, c'est bien injustement Que l'on blasme la signature.

Sans elle, on n'entre point dans la clericature, Et l'on peut dire asseurement Qu'elle est la seconde tonsure Et le huitième sacrement.

Autre.

Je me trouve en un mauvais pas :

Sy je signe une fois je fais une injustice; Aussy. d'austre costé, sy je ne signe pas, Il ne faut espérer ni rang ni bénéfice.

Que faire en cette extrémité?

Il faut signer sans résistance.

Et perdre un peu de Charité,

Pour se conserver l'Espérance.

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Autre.

Quand tout le monde signeroit, Personne ne s'aecorderoit.

Les uns signent par complaisance, Les autres par soumission, Beaucoup par émulation, La plupart par obédience, Une infinité par respect, Grande quantité par contrainte, Plusieurs par un asprit abject, Trop par une excessive crainte, Quelque peu par humilité, Plus qu'il ne faut par espérance, Personne pour la vérité.

Autre.

Contre Jansenius j'ay la plume a la main; Je suis prest a signer tout ce qu'on me demande. Qu'il soyt ce qu'on voudra, calviniste ou romain, Je veux conserver ma prébende.

Autre.

Et contre la justice et contre la raison Je vais condamner un grand homme :

Mais d'un crime qui plaist a Rome

Aisément on a le pardon.

Autre.

Quoy! Prieur, me dit-on, vous faisiez l'obstiné.

Pourquoy donc avez-vous signé?

C'est pour faire enrager tout le corps moliniste,

Qui sans doute a plus mal au cœur

De ma qualité de Prieur

Que de celle de Janséniste.

Autre.

Un vieux Père, tenant une vieille chronique, Me dit, s'approchant de moy :

Votre profession de foy?

Signez ! Jansenius est un franc hérétique,

— Mais, dis-je, je ne l'ai point lu.

— Il n'est pas question de lire, Dit le Père tout résolu ;

Il n'est question que d'escrire.

Autre.

Je ne suis point des esprits forts Qui pour ne point signer font les derniers efforts Jusqu'à sacrifier leur bien a des caprices. Je n'ay qu'une prébende et je signe une fois.

Volontiers je signerois trois,

Car j'aurois trois bénéfices.

Autre.

Je veux bien advouer ce point :

Si j'avois pu sans signature Conserver ma petite cure, J'aurois esté de ceux qui ne signèrent point; Car, a vous parler sans feintise, Leur sentiment est généreux, Et c'est tout l'esprit de l'Esglise.

Mais avec ce spirituel Il faut un peu de temporel.

C'est un thème facile d'attaques plaisantes, et les nombreuses citations que je viens de faire et que je n'excuse point, — puisque tous ces fragments sont la meil-

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leure part de mon travail et l'utilité de mon exhumation, — prouvent que Ton ne se fit pas faute de railler le Formulaire et les malheureux ecclésiastiques ballottés entre des convictions assez peu solides et un désir très certain de conserver leurs sinécures rétribuées.

Ailleurs, (673, f° 102), la chanson n'est plus la même, et ce sont les Jansénistes que l'on poursuit en la personne de leurs plus autorisés représentants. Le pamphlétaire anonyme suppose une Lettre du Roy à Arnauld: — Nous allons commencer un siège ou vous pouvez nous servir beaucoup de vostre crédit. J'ay cinq propositions a faire a Mgr d'Ypres... — Et dans tout le morceau il se gausse des dites propositions, et du droit prétendu au nom duquel les partisans de Jansénius essayaient d'esquiver la signature de la condamnation prononcée par la Cour de Rome contre des extraits de leur livre de bataille. En passant, il malmène aussi le saint évêque d'Aleth, Pavillon, l'oncle d'Etienne.

D'autres fois encore, la satire s'en prend à diverses reprises au chancelier Séguier, (673, fos 18 verso et 19). Par suite de son attachement au pouvoir royal et de son zèle à remplir ses importantes fonctions, Pierre

Séguier, que les Frondeurs nommaient le chien au grand collier, et Arnauld d'Andilly, un pierrot déguisé en Tartuffe, était un but tout indiqué. Les Rimes en ïte sont une théorie aussi longue que fastidieusement nauséeuse d'injures; un Madrigal signé D. R., et par conséquent de Tallemant lui-même, présenterait plus d'intérêt, mais ne peut pas décemment être cité ; enfin, comme le chancelier s'était rendu chez le duc de Luynes, qui passait pour être janséniste, on lui a décoché cette

Epi gramme

En ce dernier soulèvement, < :iiose bien digne de nostre âge.

Saint-Augustin a veii Pelage Dans un estrange abbaissement.

La pauvre Grâce suffisante, Toute pasle et toute tremblante, Eut chez l'efficace recours Et luy fit amende honorable Pour expier l'erreur dont elle estoit coupable De croire qu'on se pust sauver sans son secours.

Comme les satiristes ne se piquent pas d'être logiques, et que ceux des différents camps ont donné dans la lutte, Tallemant des Réaux a pu collectionner un certain nombre des attaques dirigées aussi contre les Jésuites.

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On chansonnait le concile tenu par eux à Pamprou, sous la présidence de leur général, le P. Oliva,et il nous a conservé la pièce revue, corrigée et augmentée en sa deuxième édition, (673, f° 176) :

Les Jésuites honoreras Et chériras uniquement ; Chez eux tu te confesseras Cinquante-deux fois chacun an ; Sans contrition leur diras Tes pèches cavalièrement...

Et cette théorie des Provinciales, à savoir que les Jésuites, confesseurs par excellence, savaient mettre sous les coudes des pécheurs les coussins de leur adroite indulgence, ce reproche d'habileté casuistique se retrouve encore dans des

Couplets en Dialogue, (673, fûs 260 sqq.) :

On peut souvent mal faire Sans estre criminel Et c'est un grand mistere Que le péché mortel...

Ce n'est qu'en vos escoles Qu'on apprend ce secret...

Dieu ne s'offense

Que lorsqu'on pense a luy...

Ce qui signifie que seules comptent sérieusement les fautes absolument volontaires et préméditées, les péchés par haine, qui sont fort rares, alors que tous les autres ne sont que menu fretin et méritent l'absolution.

Un madrigal bien curieux et qui sollicite l'attention est celui que le P. Bouhours, jésuite lui-même comme l'on sait, lança dans la mêlée. Je le livre sans commentaires qui l'affaibliraient :

Madrigal, (672, f° 98) :

Chacun en ce monde a son tour.

Au lieu d'Arnauld partout on lotie

L'incomparable Bourdaloue ;

Au grand jésuite on fait la cour.

Depuis quelque tems, ces bons Pères Sont du monde chrétien les plus vives lumières ; Ils montrent le chemin qui meine droit aux cieux. Leur morale n'est plus relaschée et commode. Ces Messieurs tant vantés ne sont rien au prix d'eux.

Les grands chapeaux sont à la mode.

Pour terminer ce que j'ai relevé dans les manuscrits de Tallemant relativement à la question religieuse, je copie encore ce Sonnet fort curieux, (673, f° 219) :

— Sur les rymes qu'on a données et sur lesquelles il s'est fait tant de sonnets à la

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louange du Roy, Monsieur de Carescauses, gentilhomme méridional huguenot, exhorte ceux de sa créance a ne se point faire catholiques, — 1682. —

Que lou moundé travaille a te leva lou Pan

Et que te prezé mens qu'une vieille Guenuche, Qu'animât contre tu de l'Esprit de Sathan,

Te laysse pas de que t'habilla de Peluche,

( Irangos pas de mouri ni de frech ni de Faon ! Diou d'au cap d'un lioun sachet fayreune Ruche. Ez el que t'a créât et que nourris tout 1' An

Lafourmigue, loubiou,loupasserat,l' Autruche. Espère en sa bountat ! Sas proumesses sount Hoc ! Et de ta religioun fasses pas jamay Troc ;

Endure counstamen menasse, injure, Niche. Lous maus coume lous biens te venou de sa Par. Quitte dounc toun houstau ; layssa ta terre en Friche Pu leu que d'escouta lous counsels de la Car.

Je laisse à Tallemant, — ou à M. de Carescauses, — la responsabilité, légère d'ailleurs, de l'orthographe et de la langue de ce Sonnet, mes connaissances en langue romane étant assez bornées, et n'allant guère plus haut que la traduction littérale que je donne ci-dessous de son œuvre :

— Que le monde travaille à t'enlever le pain, — Et qu'il te prise moins qu'une vieille guenon, — Qu'animé contre toi de l'esprit de Satan, — Il ne te laisse pas de quoi

t'habiller de peluche. — Ne crains point de mourir ni de froid, ni de faim! — Dieu d'une tête de lion sut faire une ruche. — C'est lui qui t'a créé et qui nourrit toute l'année — La fourmi, le bœuf, le moineau, l'autruche. — Espère en sa bonté ! Ses promesses sont sûres ! — Et de ta religion ne fais jamais l'échange. — Souffre avec constance la menace, l'injure, la tracasserie.— Les maux comme les biens te viennent de sa part. — Quitte donc ta maison ; laisse ta terre en friche, — Plutôt que d'écouter les conseils de la chair !

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