‹ Autour du dix-septieme siecleChapitre 4 sur 18 · LE DRAMATURGE · texte numérisé non relu

LE DRAMATURGE

Ce brave homme a laissé de nombreuses pièces de théâtre, qui le mirent au premier rang entre ceux qui ont aproché de plus près les grands maistres. Je ne perdrai point de temps à discuter ici cette opinion élogieuse d'un contemporain, pas plus que je ne referai à Boursault, à propos de deux de ses comédies, les Fables d'Esope ou Esope en ville et Esope à la Cour, le spirituel procès que lui a intenté J. Lemaître. Il est trop aisé de se railler de cet Esope

sentencieux, à la morale facile, qui clôt la bouche aux gens par ses moralités banales, qui leur jette à la tête ses fables fastidieuses et ingénues; il est trop aisé de forcer le lecteur au rire en choisissant entre mille l'apologue de l'Ane du Jardinier, adressé à la belle Rhodope, comme modèle de la galanterie ridicule de Boursault ou de son héros, — c'est tout un; — il est trop aisé de traiter de rhapsodies, de facéties de professeur de grammaire, — la pire de toutes, — la scène connue entre Merlin et la Rissole. Je suis tellement de l'avis de Lemaître sur ce terrain que j'ai eu le ferme propos de ne tenir nul compte, dans l'étude que je fais, de l'abondance ou de la puérilité des Fables qu'Esope débite à jet continu avec une maladresse lassante. D'ailleurs, le public du xvne siècle les avait, lui aussi, accueillies assez mal, en dépit du talent de Raisin qui tenait le rôle, si bien que mademoiselle Beauval, à la première représentation, crut devoir le haranguer pour lui dire qu'en voyant paraistre Esope sur la scène, on devoit s'attendre à des fables. N'en parlons donc plus, ni des intrigues falotes de ses pièces, suites de scènes sans action, se rattachant à peine les unes aux autres, et sur la qualité des-

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quelles je passe immédiatement condamnation. Le jeu m'est facile, du reste, puisque les éditeurs des Œuvres de Théâtre plaident déjà, en 1721, les circonstances atténuantes : On n'a pas donné cet ouvrage au public comme une pièce fort exacte dans toutes les règles du Théâtre... La mort a empêché M. Boursault d'y mettre la dernière main Et l'y aurait-il

mise qu'il en serait absolument de même ; car le théâtre de Boursault n'a que le tort de n'être pas du théâtre. Ses tragédies sont des décalques de celles de son ami Corneille et de son ennemi Racine ; et quant à la couleur locale, Germanicus ne fut guère autre chose que la Princesse de Clêves à peine remaniée. Pour ses comédies, elles ne valent que lorsqu'elles sont des satires ; mais la satire n'est pas de la comédie, et par suite pas du théâtre. Ce que je cherche donc, en examinant certaines des œuvres dramatiques de Boursault, c'est non pas à remettre au jour cet honnête écrivain ignoré, c'est non pas à rendre hommage à ce dramaturge que je n'aime pas plus que quiconque; c'est simplement à étendre la connaissance que nous ont donnée du xvne siècles les comédies et les satires de l'époque, et à montrer les divers

types du temps étudiés par un écrivain de second ordre. lia eu la très louable intention de corriger les mœurs en clouant au poteau de la satire altière huissiers, procureurs, notaires et autres gens de robe, libraires, auteurs, journalistes, précieux et précieuses, grands seigneurs écrasant le peuple, libertins luttant contre l'intolérance de la religion ; il a émis la prétention de réformer le désordre, — c'est une douce et pardonnable folie qui leur est à tous commune ; — il s'est vanté de sa morale satirique et instructive. Esope, dit Saint René Taillandier, est un Parisien du xvne siècle. C'est donc uniquement son siècle qu'a visé Boursault, et certaines pages d'inégale valeur sur lesquelles j'appelle l'attention des lecteurs forment non point le pendant, mais peut-être le complément de quelques-unes des comédies de Molière, et aussi des deux chapitres que, dans ses Caractères, La Bruyère a consacrés à la Ville et à la Cour. Ces deux mondes différents n'ont jamais pu arriver à se fondre; la noblesse et la bourgeoisie sont restées distinctes de toute sorte, sauf en ce que la dernière a voulu émuler l'autre, et M. Jourdain en est resté immortel. Elles n'ont pas eu plus de traits communs qu'a-

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vec ce monde lointain et ignoré qu'on appelle la Province, et où gémissait Maynard. Cette opposition est tellement exacte que les écrivains de la Ville ont lutté contre la Cour et que ce sont eux qui ont porté les germes de la liberté de la pensée et des tendances vers la révolution sociale. Tous ces symptômes sont, pour ainsi parler, en puissance au temps de Molière et de La Bruyère; nous les voyons apparaître avec plus de netteté, en quelques rencontres, chez Boursault, qui a eu la bonne fortune de ne mourir qu'après le commencement du x\Tiiie siècle.

Les différents types de la satire dans Boursault.

Esope est inspecteur dans les Etats du roi Crésus, et rien ne lui échappe, pas plus lorsqu'il est en tournée de province en province que quand il réside auprès de Sa Majesté Lydienne. Il jouit d'un absolu pouvoir pour faire toutes réformes :

Il dépose à son gré les mauvais magistrats, Change les gouverneurs qui, par coups et menaces, Eloignez de la Cour, tyrannisent les places ; Casse les officiers qui, pour faire les uns, Au lieu de cent soldats n'en ont que quatre-vingts...,

Exclud les conseillers de donner leur advis Quand pendant l'audianee ils se sont endormis; Bannit les avocats, dont l'elegante prose A l'art de rendre bonne une méchante cause ; Abolit les brelans, ces honteux rendez-vous Où l'on tient une école à dresser des flloux; Deffend aux médecins, que nos maux enrichissent, De prendre de l'argent que de ceux qu'ils guérissent. . .

On le voit, le but de l'auteur est de faire défiler devant nous une galerie de portraits dont par deux fois il indique la variée nomenclature, et c'est à ce titre qu'il est intéressant pour nous.

Hortense est une fille entêtée de son esprit. Elle parle le jargon des Cathos et des Madelon, donne à son interlocuteur tout l'intellect d'une catégorie, préfère vivre seule que mésallier sa conversation, et manifeste pour le mariage et ses suites naturelles la même dédaigneuse horreur que PArmande des Femmes Savantes. Nanette et Babet rappellent davantage encore les Précieuses Ridicules, en ce qu'elles sont, elles aussi, les personnages principaux d'une pièce, les Mots à la Mode, au lieu d'être silhouettées, comme Hortense, en une scène épisodique d'Esope en Ville. Elles ont mêmes façons maniérées de langage et corrompent la pureté de leur langue naturelle

par des expressions non seulement forcées, mais ridicules. Entichées de grand monde., elles copient, avec le style des hautes dames, leurs poses et leurs attitudes, essayant de passer, à l'aide de faux titres, d'une caste à l'autre, de la bourgeoisie à la noblesse, de la Ville à la Cour. Molière avait vu tout cela : mais, d'après la parole de La Rochefoucauld, quelque découverte que Ton ait faite dans le pays de l'amour-propre, il y reste bien des terres inconnues ; et c'est à la découverte de ces terres que nous convie la satire de Boursault. Vainement d'ailleurs s'élèvent les protestations contre cet odieux travers. Peut-être existet-il encore; peut-être M. Doucet trouveraitil encore des clients.

Doucet crée des nobles et débite des savonnettes à vilains.

..., Par les soins qu'il a pris.

Le fils d'un mareschal est devenu marquis... Il peut substituer, tant son art est divin, Trois raareschaux de camp pour trois marchands de

[vin.

Et l'emploi n'est pas œuvre d'imagination; il était tenu, au dire des auteurs du Dictionnaire de Trévoux, par les nobles ruinés ou fainéants. Segoing, dont parle Boileau en sa ve Satire, publiait Je ^lercurt

Armoriai; d'Hozier père et fils trouvaient cent aïeux, clans l'histoire, même à ceux qu'on avait vu porter la mandille de laquais. La race était nombreuse de ces Sannions, brisant d'un lambel ou d'une bordure dentelée, qui n'attendaient même pas que fussent dûment enterrés ceux qui avaient connu leur grand'père, le bon marchand drapier du Marché des Innocents, pour lutter avec les gentilshommes historiques de faste et aussi de ridicule insolence. Les femmes ne manquent point, on s'en doute, de donner dans ce travers de la noblesse à la détrempe, — le mot est de Boursault. — En vain M. Josse, bourgeois rassis, — c'est le Bourgeois Gentilhomme retourné, et cette fois le bons sens est du côté de la barbe, — fait-il la leçon à sa femme qui le veut noble :

Le nombre eroist si fort qu'on diroit qu'il en pleuve; Il n'est point de raanan, pourvu qu'il ait de quoy, Oui, pour le mesme prix, ne le soit comme moy. '

C'est une épidémie avec des dupes volontaires et des complices que l'on paie. De Callières que, dans les Mots à la Mode, Boursault imite de très près, en lui prenant jusqu'à son titre, parle longuement des nobles faits par eux-mêmes, et les du Rus et

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de l'Orme de la comédie font penser encore aux de l'Isle et de la Souche de Molière. Cette pléthore de vanité est une caractéristique du temps : on a pour modèle cette Cour, pays des rêves de la Ville, dont toutes les grenouilles veulent être aussi grosses que le bœuf. Après le nom. c'est le train de vie qu'il faut atteindre.

Albione a épousé un tabellion ; elle appartient à peine à la petite robe, mais a au moins les prétentions de la grande, et ne cultive guère sur le vil petit gris les préjugés hautains de Saint-Simon, autre vaniteux. Tant qu'a vécu son mari, il a travaillé uniquement pour satisfaire les goûts dispendieux de sa femme,

Qui vouloit avoir chaise et puis après carosse,

Et qui, les chevaux noirs n'aïant pas de grands airs,

En eut de pommelés comme les ducs et pairs.

Le pauvre homme en mourut, et Albione, veuve d'un conseiller garde-notes, — ainsi élève-t-elle l'obscur et bonace tabellion, — mère de quatre enfants, dont deux filles à marier, vit des bribes qui subsistent de son opulence passée et essaie encore d'écraser les procureuses et les marchandes sous son train tapageur et ses toilettes excentriques. Cette ruine orgueilleuse, ce ta-

pis de Perse, vainement jeté sur un grabat, cette rage de paroistre est une des plus heureuses inspirations de Boursault et un des types de Molière qu'il a le mieux développé.

Il suit ce même guide dans sa peinture de la Cour. Tous les écrivains du siècle sont d'accord pour nous représenter les courtisans comme une race très peu recommandable. Sans parler de Saint-Simon qui a décrit la Cour sous des couleurs qui n'ont rien de séduisant, sans rappeler les anathèmes qu'on relève dans tous les orateurs religieux, Bourdaloue, Fénelon, Massillon, que leur robe pourrait rendre suspects en la matière, on sait bien que madame de Sévigné appelait la Cour iniqua corte. Madame, mère du Régent, écrivait entre autres choses : Si jamais je me trouvais en un lieu où la fausseté ne régnast pas, où le mensonge ne fût pas favorisé et approuvé comme dans cette Cour, je croirois avoir trouvé un paradis ; et madame de Maintenon s'écriait : Ce pays-ci est effroyable. Après cela , comment nous étonnerions-nous de trouver peints à la Cour les faux amis, les fourbes, les hypocrites? Tel Pléxipe : il vient dénoncer à Esope, premier ministre, tous ceux, — et

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jugez s'il doit y en avoir nombre, j'en appelle à tous les hommes politiques, — qui ont dit du mal de lui. Voilà bien de mes mouchards ! Tel Cléon : il veut obtenir le commandement confié à son frère d'armes Ariston, et poursuit son but sans s'occuper de la route à suivre. C'est que l'on se couche, à la Cour, et l'on se lève sur Fintérêt, ainsi que dit La Bruyère, qui estime que, pour jouer le rôle de courtisan, il faut contraindre son humeur, déguiser ses passions, démentir son cœur, parler et agir contre ses sentiments. Rampants et vils avec le roi, les seigneurs relèvent d'autant plus orgueilleusement la tête quand ils ont affaire à leurs paysans qu'ils tyrannisent.

Ces paysans n'ont, au reste, dans Boursault, rien de bien intéressant ni de bien neuf. Son Pierrot est l'emploi de toutes les comédies de l'époque, madré et finaud, détestant son maître qui est l'ennemi, épris des plaisirs grossiers et des plaisanteries faciles, spirituel parce qu'il est français, lourdaud parce qu'il est paysan.

Tous ces gens-là, nous les connaissons : nous les avons rencontrés dans les romans, dans les satires, dans les comédies; et tous les moralistes nous ont édifiés sur leur compte. Oronte qui, dans le Mercure Galant,

compose des romances paroles et musique, nous l'avons vu dans le Misanthrope sous le même nom. Saluons aussi comme une vieille connaissance la coquette surannée, Aminte, que Molière appelait Bélise, qui se refuse à vieillir, qui croit à l'amour qu'elle inspire, qui cache son vrai visage sous un autre, et, à force d'onguents et de fards, répare des ans le réparable outrage. Jalouse de sa fille qui, en grandissant, la vieillit, Quinault Ta nommée la Mère Coquette. Traitons en ancienne relation M. Furet, l'huissier, « le pressis, l'élixir de toute la malice; » car les robins ne sont pas plus du goût de Boursault que de celui de ses prédécesseurs et de ses contemporains. Depuis l'avocat Patelin, Rabelais a peint le pays des Chicanoux; Sorel, dans Francion, Molière, dans les Fourberies de Scapin, nous ont indiqué le sort réservé aux malheureux qui tombent en les griffes des hommes de loi ; Furetière a satirisé les procureurs dans le Vollichon du Roman Bourgeois; Racine, les juges dans le Dandin des Plaideurs; Boileau, les lieutenants-criminels dans le couple Tardieu de sa xe Satire. La vénalité des charges contre laquelle s'élevaient d'unanimes protestations, et les exactions dont elles étaient l'occasion, causaient un véri-

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table scandale. Les épices avaient pris d'inquiétantes proportions, et pour cette cause M. Josse peut dire à M. Griffet, — ce nom significatif est employé par Boursault dans deux de ses comédies, —

Je scay combien d'argent vous couste votre office Et comment aujourd'huy s'exerce la justice; On ne la connoit point que par son attirail Et qui Tachette en gros la revend en détail.

Ailleurs, le procureur du Chàtelet, M. Brigandeau, et le procureur de la cour, M. Sangsue, — deux noms suggestifs, — ont une dispute de laquelle il ressort nettement que tous procureurs se valent et que, s'ils se disent, ce que nous avons tout lieu de croire, leurs vérités respectives, leur moralité est plutôt douteuse. Mais ce sont là encore choses déjà vues, caractères précédemment tracés, auxquels Boursault a pu ajouter quelques traits malicieux, mais qui ne sortent guère du cadre classique. Il est plus audacieux, parfois même plus novateur, dans les types qui me restent à examiner. Il hait les financiers de cette haine vigoureuse qui animait tous ses contemporains et qui inspirera à Lesage son Turcaret, une des figures les plus détestées de l'ancien régime, partisan enrichi de la ruine

des pauvres gens, volant à la fois le roi et le peuple et à son tour exploité par les coquins qui lui font cortège. M. Griffe t, ancêtre de Turcaret, sollicite une place de fermier général. N'en a-t-il pas toutes les qualités ? Il est très riche et

Les vertus d'un fermier sont dans son coffre-fort.

Une conscience large et accommodante, nombre convenable d'écus, habileté merveilleuse à les faire prospérer, voilà ce qu'il offre comme titres au protecteur qui s'entremettrait pour lui.... avec une commission, bien entendu, par surcroît. Le pot de vin de nos pères, le chèque de nos contemporains s'appelaient alors le tour du baston, tellement il est exact que le fond reste le même si la forme est en devenir. Quel que puisse être le terme employé,

C'est par tout l'univers ce qu'on entend le mieux.

Que l'on aille d'un grand implorer une grâce

Sans le tour du baston je doute qu'il la fasse;

Pour avoir un employ de quelque financier,

C'est le tour du baston qui marche le premier....

Il n'est point de coupable un peu riche ou puissant

Dont le tour du baston ne fasse un innocent....

Ministres de Themis ou prestres d'Apollon

Ne font quoy que ce soit sans le tour du baston,

Et tel paroist du roi le serviteur fldelle

Dont le tour du baston fait les trois quarts du zèle...

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Et, en effet, nul ne se prive de ce moyen pour couler une vie de millionnaire. L'argent est dieu et les financiers ses prophètes. Malgré leurs crimes, ils possèdent amis, considération, joies de l'existence, car

Trois carosses roulants rajustent bien des choses.

Quant à leurs victimes, à ceux qu'ils pressurent et égorgent, ce sont les bonnes gens du peuple. Or, le peuple plaît à Boursault dans sa compatissante équité ; il le défend, il le recommande au roi, vante sa bonne foi et son honnêteté. Il serait fort capable de dire avec La Bruyère : Dans le peuple se montrent ingénuement la grossièreté et la franchise.... Le peuple n'a guères d'esprit et les grands n'ont point d'asme.... Faut-il opter? Je ne balance pas : je veux estre peuple. Et il le dirait plus véridiquement, ce semble ; car le mot de La Bruyère, couronnant une phrase aux antithèses si soigneusement balancées et d'une si cherchée ordonnance, en admettant qu'il ne soit pas un mot de rhéteur, est tout au plus la parole d'un homme pitoyable qui se déclare du parti des opprimés contre les oppresseurs, tandis que, dans Boursault, il me paraît déjà percevoir quelque chose de l'accent spon-

tané et convaincu, et de l'esprit d'égalité que va implanter chez nous la Révolution prochaine.

C'est dans la même note et avec une pareille hardiesse qu'il trace à nouveau le type du libertin, seulement ébauché dans don Juan. Je veux dire que la question posée par Molière est reprise par Boursault avec plus de franchise et de clarté. Tandis que Pun, en effet, n'est guère autre chose que le grand seigneur méchant homme dont parle Sganarelle., l'autre est bien différemment présenté, en personnage sympathique, à ce point que les comédiens reculèrent devant cette audace et retranchèrent tout le rôle à la représentation. Iphicrate d'Esope à la Cour

Est le cœur le mieux fait que le ciel ait veu naistre, L'ami le plus ardent que l'on puisse connoistre, Généreux, magnifique, affable, officieux.

C'est un doux épicurien, au vrai sens du terme, qui développe son système :

J'appelle volupté proprement ce qu'on nomme

Ne se reprocher rien et vivre en honneste homme,

Appuyer l'innocent contre l'iniquité....,

Du mérite opprimé reparer l'injustice,

Ne souhaiter du bien que pour rendre service,

Estre accessible à tous par son humanité....

11 ne croit pas aux dieux, estime que la foi est une faiblesse et une erreur du vulgaire, et m'a tout l'air de sortir d'une représentation de YAgrippine de Cyrano de Bergerac. Ce type du libertin, affichant sur la scène son impiété railleuse et raisonnée à la fois, fait honneur à Boursault, mais là encore il ne vient qu'à la suite de quelques autres. Où il est le premier,, a constaté avec raison Lanson, c'est lorsqu'il porte au théâtre le journalisme, puissance nouvelle et mœurs nouvelles.

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