centimes
(1) L'unification monétaire de l'Allemagne a été exécutée en vertu de la loi du 24 novembre 1871.
Quelques-unes sont moins usitées que les autres dans l'usage habituel de la vie. Celles d'argent sont très-communes, et, pour les transactions de peu d'importance, elles offrent de grandes commodités. Parmi les pièces d'or, celles de 20, 10 et 5 francs sont répandues ; mais les deux premiers types de 100 et 50 francs sont beaucoup plus rares dans la circulation. Ce sont des pièces de luxe, que la curiosité ou l'amour de la collection peut faire rechercher, mais qui se voient rarement dans les payements de particulier à particulier.
Tous les peuples civilisés se servent des métaux précieux pour leurs échanges, et les types de leurs monnaies, bien que n'étant pas les mêmes partout, présentent cependant avec les nôtres certaines analogies qui facilitent les transactions.
On nous a souvent demandé quelle pouvait être la quantité d'or et d'argent monnayés qui circule sur la surface du globe.
C'est là une curiosUé bien naturelle et que nous sommes heureux de satisfaire, dans la mesure du possible, car il est difficile d'obtenir un calcul rigoureusement exact.
En effet, que de richesses enfouies dans la terre ou englouties daus la profondeur des mers que l'homme ne pourra jamais recouvrer ! Depuis la perte des galions d'Espagne, dans la baie de Vigo, en 1702, que de désastres n'enregistrons-nous pas tous les jours, au milieu desquels disparaissent
; des quantités plus ou moins considérables d'or et ! d'argent !
Et puis il faut y joindre le frai ou usure des pièces qui circulent et la démonétisation qui transforme la monnaie en objets d'art ou d'utilité.
Il résulte néanmoins des recherches opérées récemment par les ingénieurs et les économistes que le stock métallique du monde était en 1848 d'environ 25 à 30 milliards de francs. A cette époque, la découverte des mines de la Californie et de FAustralie jeta sur les marchés occidentaux des quantités importantes de métaux précieux qui, produisant de 5 à 600 millions par an, portent le chiffre total des métaux précieux employés dans le monde actuellement à 55 milliards.
Toute cette somme énorme n'est pas convertie en monnaie ; le tiers à peine est employé à cet usage, et l'Europe à elle seule en absorbe pour 12 milliards sur 15 qui existent chez les peuples civilisés.
Sur ce chiffre, la France compte pour 6 milliards, dont 4 en or et 1,800 millions ou 2 milliards à peu près en argent. C'est, en effet, le pays le plus riche du globe en monnaie métallique, et la Grande-Bretagne, qui fait près de moitié plus d'affaires que la France, n'en possède que 2 milliards et demi. La pièce de 20 francs est devenue chez nous la monnaie vraiment nationale : elle s'est démocratisée, et sa fabrication parfaite, sa propreté et cet air de coquetterie qu'elle porte en elle-même la font rechercher. Unie à la pièce
d'argent et à la monnaie de cuivre qui facilitent les échanges journaliers, elle permet à la France de suffire à un mouvement d'affaires qui n'est pas moindre de 7 milliards et demi à l'extérieur et de 100 milliards à l'intérieur.
La puissance et les attraits du billet de banque. — Son rôle. — Il repose sur la confiance. — Ses avantages. — Papier-monnaie. — On n'augmente pas la richesse du pays en émettant arbitrairement des billets de banque. — Le premier billet de banque. — L'Écossais Law et son système. — Les ruines du système. — La Caisse d'escompte. — Une galanterie de M. de Galonné. — Les assignats. — Ce que coûtait une paire de souliers en 1795.
Qui ne connaît le billet de banque, cette magique et coquette gravure que la Banque de France retire de ses presses pour la livrer à la circulation? Bien certainement, depuis l'aristocratique billet de mille francs jusqu'à celui plus modeste de cinq francs, qui a, pour ainsi dire cessé de vivre aujourd'hui, tous ont passé, sinon dans vos mains, du moins sous vos yeux, caressant mollement vos regards, évoquant de doux rêves et éveillant en vos âmes de chatoyantes illusions?
Vous êtes-vous rendu compte d'où leur venait ce prestige, par quel insigne privilège une mince feuille de papier, enrichie de quelques dessins allégoriques, pouvait inspirer tant d'ambitions, et exercer sur les esprits tant de charmes et de séductions?
Peut-être non ; et cependant l'usage qui, lui aussi, possède une grande puissance, vous fait accepter comme de l'argent comptant un objet
n'ayant, en lui-même, aucune valeur! D'où vous vient cette confiance?
C'est que le billet de banque est une promesse de payer à vue la sommé stipulée sur le billet, et que cette promesse est garantie par l'existence de cette somme en espèces dans les caisses de. la banque qui a émis le billet. C'est là la véritable raison de la valeur du billet de banque, et cette valeur est d'autant mieux établie, d'autant plus constante, que la Banque est solidement instituée et possède une organisation régulière et sérieusement contrôlée.
Ainsi le billet de banque est la représentation d'une quantité déterminée d'or et d'argent, et son rôle est de suppléer aux espèces monnayées dans les transactions commerciales ou autres.
A ce point de vue, il rend de réels services et les avantages qu'il procure sont très-importants.
D'abord, il est d'une très-grande commodité pour le public. Moins lourds et moins encombrants que l'or et l'argent, les billets peuvent, sous un petit volume, présenter des sommes considérables et permettre d'effectuer les payements avec une très-grande rapidité.
Ensuite ils économisent le numéraire, et ce fait mérite d'être apprécié. Il résulte, en effet, des observations des savants, que les métaux précieux subissent, par la circulation, par le frottement, une dépréciation qui, sans être très-considérable, finit par devenir sensible au bout d'un certain temps. Or l'emploi des billets permet de
laisser reposer le numéraire dans les caisses et d'ajouter à l'économie du frai, ou usure de la monnaie, celle du transport, qui, sans lui, coûterait certainement plus cher.
Enfin les billets augmentent de fait le capital d'une nation. Supposez, par exemple, que la Banque de France ait pour deux milliards de billets en circulation, alors qu'elle ne possède qu'un milliard de numéraire en caisse ; c'est comme si le capital de la France était augmenté d'un milliard. Par le fait du crédit, la richesse publique se trouve ainsi accrue de sommes qui, se répandant dans l'industrie et le commerce, les alimentent et leur donnent un puissant développement.
Est-ce à dire que le billet de banque représentant ainsi des valeurs considérables, il suffirait d'en émettre une certaine quantité pour augmenter à volonté la richesse du pays?
Assurément non. C'est là une très-grave erreur, qui s'est accréditée cependant auprès de beaucoup de personnes, et dont l'application conduirait directement au papier-monnaie, cette utopie du dix-huitième siècle si pleine de déceptions et de désastres.
Parcourez les pages de notre histoire, faites un retour vers le passé, et vous saurez combien elle a été funeste à la France : vous verrez que deux fois en un siècle l'oubli des véritables principes économiques a fait crouler notre crédit et compromis la fortune et l'avenir même du pays.
L'histoire du billet de banque, dans notre beau
pays de France, est, en effet, déjà vieille d'un siècle et demi.
En 1716, au lendemain delà mort de Louis XIV, un homme d'une haute intelligence, doué d'une imagination ardente, quitta l'Ecosse, sa patrie, pour venir offrir au duc d'Orléans, régent de France, un système de crédit qu'il prétendait appelé à rendre de grands services à l'Etat et à rétablir l'équilibre dans le trésor public.
Ce svstème consistait dans la création d'une grande institution de crédit, autrement dit d'une banque, destinée à recevoir des dépôts, à escompter les effets de commerce et à émettre des billets remboursables à vue et au porteur en écus de banque. L'idée était excellente : les habitudes du commerce s'étaient modifiées depuis longtemps, et le billet de banque offrait des commodités qui furent promptement appréciées et le firent accueillir avec empressement par le public. '
Malheureusement, l'auteur du système dépassa les limites de la prudence et de la sagesse. Le chiffre des billets circulants qui ne devait être, d'après les ordonnances royales, que de 1,200 millions, somme à peu près égale à la valeur moyenne du numéraire existant alors dans le royaume, se multiplia sous l'impulsion de la spéculation, et atteignit, en 1720, 2,700 millions et même 3 milliards délivres.
La réaction ne tarda pas à se faire et les porteurs de billets, effrayés, se portèrent en masse aux guichets de la banque, qui se vit contrainte de
refuser le remboursement faute d'espèces monnayées.
Ce fut un véritable désastre : la chute du système entraîna le bouleversement d'un grand nombre de fortunes privées et fit naître dans les esprits uae antipathie profonde pour le billet de banque.
En 1776, une nouvelle Banque, la Caisse d'escompte, patronée par l'Etat, ^mit également des billets qui, acceptés difficilement au début par le public, finirent cependant par être employés dans les transactions. Ces billets, composés d'un papier léger, sans consistance et transparent, contenaient des mots tracés en rose.
On les surnommait les billets de Calonne, à cause d'une aventure dont ce ministre avait été le héros. On raconte, en effet, qu'une illustre artiste de la fin du siècle dernier, M" e Vigée- Lebrun, dont quelques œuvres décorent le musée du Louvre, ayant peint le portrait de M. de Calonne, en reçut, comme honoraires, une corbeille de bonbons enveloppés dans des billets de la Caisse. Cette fantaisie fit grand bruit, et l'esprit . malin du temps en profita pour faire courir des sonnets légers et pour baptiser les éléganfê billets du nom du fastueux gentilhomme.
Les billets de la Caisse d'escompte disparurent aunwltcudela tourmente révolutionnaire et furent remplacés par les assignats, de funeste mémoire.
Qui ne connaît l'épouvantable banqueroute engendrée par les fautes de la Révolution et ne sait l'histoire de ces assignats aux mille formes qui, se
renouvelant sans cesse, repoussés partout, présentaient en 1796, époque où furent brisées les planches à assignats, le chiffre énorme de 45 milliards? %
Leur origine et leur, valeur étaient des plus variées; il y en avait de 100 à 10,000 livres, et depuis 5 livres jusqu'à 5 sous, et leur dépréciation atteignait, en 1795, de telles proportions que, d'après les mémoires du temps, une paire de souliers coûtait en assignats 1,800 livres, et qu'on ne se procurait un louis d'or de 24 fr. qu'au prix de 7,200 fr. de billets.
Aussi, que de ruines accumulées, que de désastres dont le souvenir est resté longtemps gravé dans le cœur de nos pères et les rendait naguère encore défiants et rebelles à toute circulation des billets de banque!
Tel avait été le résultat de l'erreur du papiermonnaie. Les hommes de la Révolution avaient oublié que l'or et l'argent sont des valeurs réelles, et que le billet n'a de prix qu'autant qu'il est la représentation de ces valeurs et peut s'échanger à volonté contre des espèces.
Le billet de banque actuel. — Le premier consul et la Banque de France. — Les crises. — Cours forcé et cours légal, — Différence entre le cours forcé et la monnaie de papier. — Gros billets et petites coupures. — Solidité du billet de la Banque de France. — De nos jours, le billet de banque est démocratisé. — Le soleil luit pour tout le monde. — Fabrication du billet de banque. — Son état civil. — Sa naissance et sa mort. — Les aventures d'un billet de banque. — Les billets avariés. — Leur remboursement exige certaines conditions.
Après la Révolution, lorsque les esprits se furent calmés et que, sous l'influence d'un pouvoir fortement établi, les institutions eurent commencé à se fonder et les affaires commerciales et industrielles à reprendre un nouvel essor, le besoin d'instruments de crédit se fit promptement sentir.
Plusieurs banques émirent alors des billets qui, timidement reçus dans la circulation, ne tardèrent pas cependant à être admis en payement et à faire reparaître les espèces monnayées momentanément disparues.
Mais la diversité des billets circulants présentait des inconvénients souvent graves dans le cours des transactions, et le contrôle des banques qui les omettaient était peu facile ; c'est alors que le premier consul Bonaparte forma le projet d'unifier la circulation des effets de crédit, et créa, à cet
108 AUTOUR DU FOYEU.
effet, le 28 nivôse an VIII (18 janvier 1800), la Banque de Fraiice, à laquelle il accorda le privilège d'émettre seule des billets, et dans laquelle vinrent se fondre toutes les banques d'émission primitivement autorisées.
A partir de cette époque, tous les billets des caisses privées disparurent peu à peu, et le billet de la Banque resta seul, avec celui des Banquesdépartementales privilégiées, investi de la confiance publique et circulant selon des règles déterminées par la loi et sous le contrôle de l'État.
Il ne faut pas croire que, malgré ce contrôle très-efficace et la prudence méticuleuse de la Banque, les billets n'aient pas traversé depuis soixante-quinze ans des périodes difficiles. Des crises terribles, au contraire, ont surgi, qui ont créé de grands embarras tant au gouvernement qu'à notre grand établissement financier, et au milieu desquelles on a pu craindre un instant de voir s'écrouler tout le système de la monnaie fiduciaire. Chaque révolution qui s'est abattue sur la France a porté un coup sensible au crédit, et tout naturellement le billet de banque, qui puise sa puissance dans les nécessités de la circulation, mais à la condition que la confiance ne soit pas ébranlée, se ressentait vivement de la diminution de cette confiance.
Pourcviter uae catastrophe à la Banque et au public qui ea aurait souffert encore davantage , le gouvernement a dû deux fois avoir recours à une me-
sure énergique dont la première application date de 1848 : il a décrété le cours forcé des billets. Dès que ce régime est adopté, la banque n'est plus tenue de payer les billets en espèces et l'Etat leur donne cours légal en obligeant le public à les recevoir comme de l'argent cemptant et les agents du Trésor à les encaisser en payement des contributions. Dès que les circonstances l'ont permis, le cours forcé établi en 1848 a été supprimé et la Banque a repris ses payements en espèces ; il en sera de même prochainement en ce qui concerne le cours forcé établi en 1870 (1). Mais, dans cette dernière circonstance, c'est la nécessité d'emprunter des sommes énormes à la Banque qui a obligé le Gouvernement à établir le cours forcé. Le rétablissement des payements en espèces ne pourra donc avoir lieu que lorsque la dette de l'Etat sera amortie ou considérablement diminuée.
L'établissement du cours forcé a pour effet de transformer le billet de banque en papier-monnaie. C'est une mesure qui a les plus, graves inconvénients. Pour y parer dans la mesure du possible, on a fixé dans la loi un maximum au delà duquel il est interdit de faire des émissions de billets. Le maximum actuel de la circulation est de 3 milliards 200 millions.
La facilité surprenante avec laquelle le pays a
(1) En vertu de la loi du 3 août 1875, le cours forcé doit être supprimé dès que les avances faites au Trésor auront été abaissées à 300 millions.
supporté le cours forcé en 1848 et en 1870 est certainement la plus mauvaise leçon d'économie politique pratique que la France ait reçue dans ces derniers temps. Si on n'a pas ressenti les mauvais effets d'une mesure funeste prise à contrecœur, et parce qu'on ne pouvait pas faire autrement, il n'en est pas moins vrai qu'on a pour ainsi dire tenté la fortune, et qu'il serait d'une imprudence extrême de transformer en un principe de conduite ce qui n'a été qu'un expédient dangereux, mais nécessaire.
A l'origine, les billets de la Banque émis à Paris étaient de mille et cinq cents francs, et ceux des départements de deux cent cinquante francs.
Mais, avec le progrès des affaires et la «facilité des relations accrue de jour en jour par la construction de nouvelles routes, et plus tard par la création des chemins de fer, on sentit la nécessité de créer des moyens de crédit plus appropriés aux nouveaux besoins du commerce et de l'industrie.
La loi autorisa alors la création de coupures des billets de banque, qui, d'abord fixées au minimum de 200 francs, furent successivement et après de nombreux débats et des études consciencieuses, abaissées à 100 francs, 50, 25,20 et même 5 francs, à la suite de la guerre contre l'Allemagne.
C'est à cette division de la coupure que le billet de banque a dû de devenir populaire et de vaincre la répugnance d'un grand nombre de personnes à s'en servir. Qui ne sait la difficulté qu'ont eue les billets à se répandre dans les cam-
AUTOUR DU FOYER. il!
pagnes? Les paysans, fins observateurs, et doués, .en ce qui concerne leurs intérêts, d'une mémoire très-fidèle, ne croyaient pas à la solidité d'un papier dont la forme et l'usage ne leur rappelaient que trop les assignats de leurs pères, et nous en avons vu souvent préférer se charger d'écus d'argent pour un parcours très-long plutôt que d'accepter des billets.
Cette antipathie a disparu presque entièrement. Les habitudes du crédit se sont modifiées ; les coupures de la Banque se sont répandues partout jusque dans la vie de chaque jour et elles sont même recherchées aujourd'hui de préférence à la monnaie d'argent, fort incommode et fort lourde.
Le billet s'est démocratisé; vous le retrouvez dans la bourse à treize sous de la plus modeste ménagère et dans le portefeuille en maroquin du puissant banquier, dans le tiroir de l'armoire la plus vulgaire et danâ le meuble de Boule de nos grandes dames.
Jadis, le caissier de la Banque, dont la signature figurait sur les billets, se nommait Soleil, et la malice populaire, qui rit de tout, s'était plu à jouer sur ce mot. « Le soleil ne luit pas pour tout le monde, » disait-on, « et il n'est donné qu'aux riches de jouir de ses bienfaits. » Aujourd'hui, si M. Soleil vivait encore, cette saillie n'aurait plus raison d'être. Le soleilluirait pour tout le monde ; car il n'est personne qui ne puisse posséder une des coupures que la Banque émet, et le billet de 5 francs, qui a rendu de si éminents services en
1872, a pénétré jusque dans les moindres villages de France.
Malgré le nombre de billets aujourd'hui circulant, ne croyez pas que leur émission se fasse sans ordre, sans mesure et sans certaines précautions extrêmement minutieuses.
Nous n'entrerons pas dans des détails absolument techniques, qui n'auraient aucun charme pour nos lecteurs ; mais il est bon de savoir que la fabrication et la mise en circulation d'un billet de 5 francs exige tout comme celui de 1,000 francs des études préalables très-sérieuses. L'emploi du papier, des caractères, des vignettes n'est pas livré au caprice ou au hasard ; il est déterminé par des règlements sévères qu'on ne transgresse jamais.
Puis le billet fabriqué reçoit un numéro d'ordre ; on lui applique des lettres de reconnaissance, en un mot, on lui dresse un véritable état civil qui doit le faire reconnaître partout, de sa naissance à sa mort.
En effet, après un séjour plus ou moins long dans la circulation, le billet revient le plus souvent au lieu de son origine, c'est-à-dire dans les caisses de la Banque de France qui l'a émis. Là il est soumis à un nouvel examen, et si sa constitution ne lui permet plus de voyager par le monde, un arrêt le condamne; ses signes de reconnaissance permettent de reconstituer sa personnalité, et une griffe spéciale qu'on lui applique le prépare à la mort, c'est-à-dire à l'annulation.
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Mais, avant d'en arriver là, que de péripéties, que d'aventures n'a-t-il pas traversées !
Si les billets de banque pouvaient parler, quel curieux roman ne nous serait-il pas donné parfois de parcourir!
Tristesses, joies, larmes et ris, toutes les phases de la passion humaine, beaucoup ont le privilège de les posséder et de les déterminer. De combien de drames et de crimes n'ont-ils pas été la cause ! que d'actes éclatants, que de traits d'héroïsme n'ont-ils pas encouragés! mais aussi de quelles actions dégradantes n'ont-ils pas souvent été le prix !
Leur histoire serait l'histoire de bien des guerres, le dénoûment d'un grand nombre de situations émouvantes et peut-être aussi l'explication de certains dévouements ; elle serait l'exposé de tout ce que la nature renferme non-seulement de plus élevé, de plus noble, mais aussi de plus vil.
Tous les billets ne reviennent pas entiers du voyage qu'ils ont entrepris. Comme les pigeons de la fable, certains d'entre eux rentrent brisés, se tenant à peine, les uns en partie dçvorés par des souris, les autres cicatrisés par l'incendie, d'autres enfin réduits en pâte par l'incurie d'une ménagère qui les a passés à la lessive avec le gilet qui les portait.
Ceux-là demandent un examen plus rigoureux à leur apparition aux guichets de la Banque, car de leur reconstitution intégrale dépend leur valeur et leur remboursement. C'est alors que les