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que nous eûmes consommé notre chien jusqu'aux ergots
J'avais tué une gelinotte, la seule que j’eusse rencontrée au Rapide, où l'on ne rencontrait rien. J'avisai dans la neige le cadavre glacé depuis deux mois d’un vieux corbeau qui nous avait gravement insultés, que j'avais abattu à cause de ses injustices, et dont le chat avait joué tout un jour en prolongeantson iniquité avec son agonie. Je le ramassai avec considération, le déplumai pieusement, lui coupai tête et pattes, et, ainsi transformé, le baptisai coq de bruyère, afin de le donner pour compagnon à la perdrix blanche.
L'un et l’autre prirent le chemin de l'officine de M. Boisramé, passé maitre-queu de céans.
De plus, j'avais remarqué, dans le hangar aux poissons, certaine hermine et certain foutreau (viso lutreola) qui s'y étaient introduits subrepticement, qui n’en pouvaient plus sortir à cause de l'obésité qu'ils y avaient contractée à nos dépens, et qui y vivaient sans doute en concubinage immoral, ou tout au moins dans un cousinage tren suspect pour être toléré plus longtemps. Je fis cesser ce scandale à coups de fusil ; je les fis ensuite écorcher par la main de Baptiste, un des jeunes garçons, et les envoyai également à notre maitre cook à titre de lapereaux.
Toutes ces pièces de saveur différente, découpées, fricotées, sautées avec un peu de vin dérobé en cachette, accommodées avec un petit morceau de suif d'élan, une pincée de farine, quelques pommes de terre entregelées, et une poignée d’attocats aigres, nous valurent un civet à sauce appétissante et à fumet aromatique, dont on ne trouvera cependant pas la recette dans le Cuisinier français.
M. Boisramé et moi, en avons, depuis lors, obtenu un brevet s. g. d. g.
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M. l'administrateur, qui n'avait pu dompter sa répugnance pour le boudin et les grillades de chien, ne se fit aucun scrupule de goûter au ragoût de corbeau, bien qu'il trouvât que certains morceaux avaient un goût par trop sauvage.
J'ai assez souvent nommé, dans ces pages, l'élan ou orignal, pour qu'il soit temps de faire connaitre à mon lecteur ce vilain animal.
Orignal et original sont synonymes. On ne donne point ce nom à un quadrupède du genre C'ervus, tels que le cerf, le renne, l'axis, le daim. Il forme un genre distinct sous le nom d'Alces. Son bois n'est point grêle ni branchu;il se compose de deux vastes palettes semblables à des omoplates, sur la marge desquelles de petits andouillers en forme de doigts sont disposés en rayons.
L'orignal ou élan américain est haut sur jambes. Son corps est court, ramassé, mal fait et bizarre. Son pelage grisâtre semble mouillé et recoquillé. De là son nom dènè, inttse. Sa tête est énorme avec un muffle de chameau à lèvre pendante, flanquée de longues oreilles de mulet.
L'orignal marche toujours le nez dans le vent. Il fuit rarement. Son allure est un amble qui est aussi allongé que le galop d’un poney. Inutile de suivre l'animal à la piste lorsqu'il est levé, il défie le meilleur coureur indien. Ce n’est donc qu’au repos que les Indiens chassent et tuent l'orignal.
Blessé, il se jette sur le chasseur, le renverse et le piétine de ses sabots de vache, tranchants comme des couteaux.
Quand il veut se reposer ou giter, l'élan s'enfonce dans un fourré, il décrit une spirale dans sa marche, et se couche à l’extrémité intérieure de la randonnée, le mu-
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