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ment, sont beaucoup plus pénibles que les travaux que nous aurions pu exécuter, si nous fussions demeurés paisiblement à la Providence.
Ce retour nous coûta cinq ou six jours de prostration complète, et autant de far niente absolu. Ce fut le plus important résultat de ce voyage. Mais je fus dès lors aguerri.
Nous trouvâmes la mission réduite à trois personnes : le prélat qui l'administrait par intérim et deux enfants métis. Le personnel avait déguerpi en laissant des dettes, en dépit des efforts du directeur.
L'avant-veille, nous avions rencontré sur le lac des Esclaves les derniers des serviteurs dènè partis, Jean Beau- Chemin et sa femme, Marianne Wentzel, une métisse. Il était neuf heures du soir. Le premier trainait après lui une planche de bouleau qui contenait ses hardes. 1] agitait à la main une torche résineuse pour guider les pas de sa malheureuse moitié, qui le suivait d'assez loin, portant sur son dos son nouveau-né.
Par le froid rigoureux et un vent glacial de l’est, ils se dirigeaient en plein lac.
— « Qu'est-ce à dire, Beau-Chemin? lui dis-je. Es-tu fou, mon garcon, de t'en aller de nuit dans ce triste équipage ? »
Pour toute réponse, l’'Indien, sérieux et attristé, me tendit un sale petit papier contenu dans une plus sordide enveloppe ouverte. Elle était adressée à mon confrère de l'ile de l'Orignal. J'y lus ce qui suit :
— «Je renvoie Beau-Chemin parce que son ménage est un sujet de scandale. Il est endetté de cinq cents francs. Tâchez de les lui faire gagner en l'occupant à Saint-Joseph. » Suivait la signature.
Les autres serviteurs n'avaient pas mieux fait. En
l'absence de tout moyen coercitif ou repressif, ils s'étaient ri du prélat et de sa solitude. Ils avaient pris leur essor qui vers le nord, qui vers le sud, avec des sifflements de merle et des chants d’alovette.
Réduit à l'inaction, M. l'administrateur m’annoncça qu'avec le courrier du printemps il me renverrait à l'ile de l'Orignal pour en prendre la direction; tandis que M. Eynard, après avoir visité le fort Raë, irait remplacer à Athabasca deux missionnaires qui étaient mandés au Rapide, et dont l'un, M. Grouard, mon ami, était le cousin du prélat.
Les déplacements fréquents sont un système déplorable pour les populations indiennes qu'ils découragent, autant que pour les pasteurs qu'ils privent de la confiance d'ouailles toujours nouvelles. Ses véritables résultats sont l'indifférence des uns, le malaise et le dégoût des tres, des voyages continuels et d’inutiles dépenses.
il …n y avait plus que du poisson à manger, au Rapide, quand nous y arrivämes. C'était l’un des principaux motifs qui avaient déterminé le départ de nos serviteurs dènè. Depuis longtemps notre chasseur Le Noir ne venait plus à la mission que pour soupirer et se plaindre que les animaux se moquaient de lui, depuis qu'il était baptisé.
— « Il y a des élans, disait-il. Je les vois, je les suis; mais ils ne veulent pas se laisser tuer. Sésan nadaotlô. Is se rient de moi. »
Avec cette persuasion qu'ont ces Indiens que les bêtes ont plus d'esprit et de perspicacité que les gens; que ce sont d'anciens hommes retirés du service et métamorphosés en quadrupèdes; qu'ils condescendent aux besoins du chasseur en s’en laissant tuer, quand ils l’aiment; ou bien qu'ils s'en moquent et deviennent invulnérables,
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quand ils le méprisent, il est difficile de remonter le moral d'un Indien découragé,.
Il ne s’agit point ici d'attaquer de front et par le raisonnement des idées qui ne sont point raisonnables. Le seul moyen de réussite est de feindre se plier à ces persuasions étranges; de convaincre le chasseur découragé de la supériorité de notre pouvoir sur celui de ces géniesanimaux qui se rient de son adresse; de le nantir d’une puissance occulte qui le rende propre à tuer tout animal qu'il rencontrera. En un mot, de lui rendre cette confiance en lui-même qui devra fatalement influer sur la justesse de son coup d'œil et la fermeté de sa main.
Cette tactique nous réussit au delà de notre espérance et elle ne fut point condamnable, puisque le pouvoir dont nous lui inspirions le secret n’était autre que la prière et la confiance en Dieu : deux mobiles inconnus de l’infidèle et qui sont pourtant deux puissants leviers pour l'énergie humaine.
Mais, en attendant que nous vissions les effets de ce remède moral, nous faisions les dents longues, et notre cœur se soulevait à la vue et à l’odeur du poisson. Que faire? M. Boisramé mit le couteau à la gorge du pauvre vieux Cabri, le plus dodu de nos chiens de trait, etenfit un veau qu'il nous servit bouilli, rôti, en biftecks et en ragoüt. Notre bon administrateur n'y toucha point; mais je puis assurer mes délicates lectrices que oncques en ma vie ne recinai plus délectable chair et savoureuse.
Sur ce point, je suis tout à fait de l'avis des Chinois, des Sioux et des Tchippeways, relativement à la chair du chien; ce premier succès culinaire nous encouragea à la récidive, pour nous procurer de la viande que réclamait impérieusement notre estomac débilité.
Cette fois, ce fut moi qui fis les frais du gibier, après