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recensement partout où Je passai, et J'ai conservé ces documents jusqu'à ce jour.
Ces Indiens se cabanèrent partie au fort et partie sur l'ile. Ceux-ci seulement fréquentèrent la mission chaque jour matin et soir. Les autres n'y vinrent que les dimanches et les fêtes, mais avec exactitude.
Je me servis de quelques vieilles féséanhivir pour faire désosser et boucaner ma viande de venaison, dont j'avais un hangar plein, Amincie et bien séchée au soleil au-dessus de la fumée, cette viande se conserve indéfiniment,
Avant queda glace de la baie ne gagnàt le larce, j'en avais fait scier des blocs par Pépin, et nous ls entassûmes dans un puits pratiqué dans ce hangar. Sur cette glace, je fis disposer une certaine quantité de viande fraiche, peu susceptible d'être découpée. Nous la recou vrimes d'autres glacons, puis de neige tassée, et enfin de sciure et de copeaux, afin d'intercepter toute commnnication avec l'air extérieur.
Cette glacière me conserva de la viande fraiche jusqu'au mois d'août. Je constatai seulement que, quelque glacée qu'elle fût, elle était parfois aussi verte à la surface que si elle eût été putréfiée; ce que j'attribuai à la formation de carbures d'hydrogène, par suite de la fonte partielle de la glace, à l'intérieur du puits.
Dès le 17 mai, la glace avait évacué la baie, devant Saint-Joseph. J'y fis tendre un filet à corégones, de 3 brasses de long, que l'on retira le lendemain plein de deux cents carpes rouges. Les femmes de mes serviteurs travaillèrent toute la journée pour préparer et boucaner ce poisson, au-dessus d'un feu doux de branches vertes. J'engageai même pour tout l'été une virille sauvagesse, dont tout l'emploi était d'ouvrir, évider et boucaner le poisson que lui fournissait mon pêcheur. Quand il était
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bien sec et doré comme du hareng saur, elle en faisait des ballots de 25 kilos que j'emmagasinais pour l'hiver.
Le poisson sec est le meilleur préét pour les chiens, en voyage. Et, en cas de disette de viande, les humains bipèdes s’en contentent parfaitement.
Avecles têtes et les entrailles de ces voissons, la vieille Blanche me fabriquait de l'huile lampante, dont je faisais provision. Dans les jours courts, j'en alimentais mon kallen, lampe de forme antique, s'il en fût, renouvelée des Grecs ou des Étrusques, et, à cette époque, l'unique luminaire qui fût connu et répandu dans tout le Nord- Ouest, depuis et y compris le fort Garry.
Dans nos filets, nous ne prenions que de gros poissons, dédaignant le menu fretin. Nous avions des carpes de trois espèces, la blanche, la rouge et l'arèfiée ou piconou. Nous avions des dorés ou lucioperches, des brochets dont une espèce, le #askinongé, était énorme, des lottes, mal à propos appelées loches, dans le pays. Je faisais mon régal des œufs et des foies de cet espèce de lamproie.
Il y a aussi de véritables lamproies, dans le lac des Esclaves ; mais nul ne les recherche ni ne les mange. L'ottonibi ou toulibi y est commun; mais le poisson qui y abonde le plus est le poisson-blanc ou corégone (coregonus lucidus) dont j'ai parlé ailleurs. Les sauvages sont friands du frai de ce saumonide. Ils n'attendent pas qu'il ait vu le feu pour s'en repaitre. Rien de dégoûtant comme de voir les pêcheurs, élevant le poisson tout vivant à la hauteur de leur bouche, en comprimer les flancs pour en exprimer les œufs qu'ils avalent crus et gluants. D'autres fois ils têtent ces pauvres bêtes pour se procurer le même régal, J'en étais écœuré.
De tous les poissons du Nord-Ouest, la carpe est le plus dédaigné. Les sauvages n’en veulent ‘point, et les chiens,
eux-mêmes, crachent dessus. Le brochet et la lotte ne sont recherchés que par les Indiens. Cependant on fait d’excellentes fritures avec le premier.
Ce que je dis iei est la meilleure preuve de l'extraordinaire saveur des poissons du Nord-Ouest. I] sont tout simplement exquis. Cependant l'inconnu (salmo Mackenzii), qui est si bon dans le bas du fleuve, est ici trop huileux, et d'un goût âcre qui déplait même aux chiens. Il lui faudrait une sauce comme au maquereau, auquel je puis le comparer. Au court bouillon il n’est pas mangeable.
Autre chose, les truites saumonées de cette mer intérieure. Elles sont réputées les meilleures du Nord, à 1 °xception peut-être de celles du grand lac des Ours. Leur poids ordinaire est de 15 à 17 kilogrammes; mais on en voit qui en pèsent trente ; seulement on ne pêche ces poissons monstrueux qu’en automne et au large ües iles de l'Orignal, sous la glace forte, avec des lignes de fond armées d’hamecons à esturgeons.
Dès la fin d'avril, les femmes et les enfants de mes engagés s’en allèrent camper dans les bois, sur la terre ferme, pour y fabriquer du sirop de bouleau.
Le bouleau à pirogues (betula papyracea), l'arbre le plus précieux du Nord-Ouest, y remplace l’érable à sucre. Dans son écorce, on obtient du papier, du carton, et la matière la plus propre à faire du feu à l'instant.
Sous cette écorce, on trouve un excellent amadou naturel, le seul dont on se serv dans tout le nord. Avec elle on fabrique des vases, des boîtes, des ustensiles de toutes formes, des pirogues légères et la toiture des cabanes.
Le bois de bouleau, très dur, à grain lisse comme le buis, et en mème temps très malléable, sert à la fabrication des raquettes, des sièges, des traineaux, des mem-
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brures de canot et de barque, des tambours, des crécelles et d’une foule d’autres objets.
Enfin, la sève de cet arbre précieux, recueillie au printemps et préparée comme celles de l'acer et du negundo, se transforme en un sirop que l’on conserve en baril jusqu'à la saison suivante. On pourrait le convertir en sucre par une cuisson prolongée.
Le saule et le sapin rendent également une sève sucrée, mais qui l’est beaucoup moins que celle du bouleau, et n'est point exploitée,
Le sirop de bouleau est une friandise très appréciable, à cette latitude élevée. J'en assaisonnais mes gâteaux de frai de poisson et autres pâtisseries c)usdem farinæ, mais surtout le pémican, dont il corrige le goût de suif par trop nauséabond.