‹ Autour du Grand Lac des Esclaves [microforme]Chapitre 20 sur 70 · WEST MAIN STREET · texte numérisé non relu

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pour les dialectes danites, Pierre Saint-Germain et Jean- Baptiste Adam, tous deux métis tthippewayans, et deux pour l’esquimau, les Esquimaux Oglibouk et Augustus Totanouk, venus de Naïm, sur la côte orientale du Labrador.

De l'ile de l'Orignal, Franklin se transporta au fort Providence, qui alors était situé sur la côte orientale dela baie du Nord, en decà de l'embouchure de la rivière des Couteaux-Jaunes. M. Wentzel en était le préposé pour le compte de la Compagnie du Nord-Ouest :.

Dans ce poste, Franklin prit des guides parmi les Couteaux-Jaunes et eui plusieurs entretiens avec ces Indiens, qui lui proposèrent de construire des baraques d'hivernement sur les bord: d'un lac qu'ils lui représentèrent comme distant de trois journées de chemin, au sud-ouest, de la rivière du Cuivre *?.

Le 2 août 1820, c’est-à-dire en pleine automne, Île célèbre marin quitta donc le fort Providence pour se rendre au lieu que lui avaient désigné les Indiens. Après avoir remonté la rivière des Couteaux-Jaunes et un chapelet de lacs auxquels elle denne lieu, il atteint le lac des Ours gris, à l'extrémité duquel un portage le conduit sur deux autres lacs appelés des Lacets de chasse (Snare lake); puis enfin un troisième, plus petit, le lac de l'Hiver, au bord duquel il se décide à passer les huit mois de l’hiver 1820-21.

rent, Jean-Baptiste Bellot, Emmanuel Cournover, Vincenzo Fontana, et le Métis iroquois Michel Téroahante.

(Sir John Franklin, Varrative of a Journey to the shores of the Polar sea. London, 1823. John Murray.)

‘ Ce M. Wentzel, fut le père de Marianne, femme du Tchippewayan Jean Beau-Chemin, mon serviteur sur l'Île de lOrignal, en 1863.

? Narrtive, etc., ch, vu, p. 204.

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Franklin, emporté par son ardeur et le désir des 'écuuvertes, aurait bien désiré pousser plus avant et ne s'arrêter qu'aux bords de la mer Glaciale; mais le 23 août, le chef couteau-jaune avait refusé de les accompagner plus loin, et s'en était retourné après lui avoir laissé toutefois des guides.

Franklin résolut donc de laisser l'expédition au lac de l'Hiver, où M. Wentzel et les Canadiens s’emplovèrent aussitôt à construire le fort Entreprise. Il était situé par 64° 30’ de latitude nord et 115° 20' de longitude ouest, de Paris, dans un site tout à fait plaisant. Ils y passèrent les dix mois de l'hiver; c'est-à-dire jusqu'au 4 juin 1821. Toutefois, l'infatigable marin ne voulut pas y prendre ses quartiers avant d’avoir fait la reconnaissance de la rivière du Cuivre; ce qu'il fit au mois de septembre 1820.

Je ne redirai point ici les longues péripéties et les infortunes exceptionnelles que rencontra cette expédition désastreuse, en 1821. Après avoir descendu le fleuve du Cuivre jusqu’à la mer.Glaciale, Franklin longea le littoral jusqu'au cap Turnagain, d'où l’automne le forca de revenir sur ses pas.

Hélas ! du nombreux personnel qu’il avait amené avec lui,aucun voyageur ne survécut, à l'exception des Anglais. Encore, le lieutenant Hood, tué par Michel l'Iroquois, laissa-t-il ses os dans le désert. Tous les voyageurs canadiens, hommes forts et expérimentés, périrent de faim et de misère. Seuls, les étrangers, les faibles, les mangeurs de lard, purent revoir le fort Entreprise. Ce fort avait été laissé à la charge de Salomon Bellanger, qui eut ainsi la chance d'échapper tout seul au sort de ses 15 compatriotes.

Si, la 7 novembre 1821, Ækhé-tchôs les Grands-Pieds, chef des Couteaux-Jaunes — dont j'ai baptisé les enfants

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— ne fût arrivé inopinément au secours des six infortunés Blancs, demeurés sans provisions et expirants de faim et de froid au fort Entreprise, nul n'aurait jamais su ce qu'était devenu le personnel de cette expédition arctique, si gaie, si valeureuse à son départ de l'ile de l'Orignal.

Ainsi se termina une expédition du journal de laquelle chaque page est un extrait mortuaire, et qui laissa une impression indélébile de deuil et de mélancolie dans les souvenirs des habitants du grand lac des Esclaves.

Elle est demeurée mémorablement gravée dans les esprits comme un « beau coup de mangeux d”’ lard ».

Quant aux résultats pratiques de cette coûteuse entreprise, ils furent à peu près nuls. Ils se réduisirent à la seule reconnaissance de quelques centaines de milles de rivages glacés et déserts, sur lesquels aucun navire européen ou américain ne s’aventurera jamais

En 1833-35, l’un des lieutenants de Franklin, devenu

à son tour capitaine de vaisseau, sir Georges Back, accompagné du D'Richard King, se proposa de relever le cours du fleuve des Gros-Poissons ou des Baleines, que Hearne avait traversé en 1771. Il désirait, en même temps, retrouver les traces des deux Ross, absents d'Angleterre depuis 1829.

Back perdit moins de temps que Franklin. Parti d'Angleterre le 17 février 1853, le mème été 1l faisait construire le fort Reliance à l'embouchure de la 75a tchéghé ou Grande-Queue aquatique, dans la baie de la Sacoche, au grand lac des Esclaves. Ce fut M. Mac-Leod, commis de la Compagnie du Nord-Ouest, qui dirigea ces travaux exécutés par des Métis français eË un corps de troupes anglaises. La baie recut le nom de ce gentleman. Pendant ce temps, le capitaine Back remontait la rivière à travers

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plusieurs grands lacs qu'il appela Artillerie, Clinton- Colden et Avimer.

Parvenu par un étroit portage à la source du fleuve des Baleines (C'hleué tchô: déesse), grâce au concours de ses anciens et excellents amis, les Couteaux-Jaunes, Back rebroussa chemin pour aller hiverner au fort Reliance. Il y enregistra 70° Farhenheit; il y endura la famine la plus cruelle, connut le goût de ses vieux souliers, exprima du bouillon de ses bottes ainsi que des parchemins coriaces de ses traineaux; il vit mourir de faim à ses côtés neuf de ses compagnons, tous Canadiens-Fran: cais, et ne dut son salut qu'à ce même É'khé-tchôs, qui devait être la seconde Providence de ces expéditions malheureuses, où la mort ne respectait que les hommes les plus débiles et les étrangers inexpérimentés.

Étant au fort Reliance, sir Georges Back manda auprès de lui, du fort Churchill, situé à environ 400 lieues dans le sud-est, l’Esquimau Augustus Totanouk, pour qu'il l'interprètät auprès des Innoït du fleuve des Baleines.

Cet homme fit des prodiges de bravoure pour rejoindre le célèbre marin. Il perdit en route ses deux compagnons canadiens, et atteignit tout seul le grand lac des Esclaves. Mais, au moment où il allait arriver sain et sauf à l'ile de l’Orignal, il fut surpris et envahi parle khamatsan dans les environs de Ja rivière à Jean, une des bouches de la rivière des Esclaves, s'égara, se gela, et mourut de faim et de froid, seul, sans secours sur ces rivages désolés, à moins de deux lieues du fort Moosedeer !

Pauvre Totanouk! sa fidélité eût mérité un meilleur sort. Sa mort mélancolique arracha des larmes à sir Georges Back. Mais je ne suis pas éloigné de croire que ce fut cette succession incrovable d'insignes revers qui

attira aux Anglais cette réputation de Mansila 1 consom- de fai més, qu'ils ont conservée dans l'estime des Métis et des peu p. | Tchippewayans de ces contrées. AT 1 Le 7 juin 1834, Back ei King se remirent en route possèc ll sous la conduite du Métis français de Charlois?. Ils D laFra | descendirent le fleuve des Baleines jusque près de son D DOS CO fl embouchure, pour constater avec déception que ce gigan- | Le f H tesque cours d’eau est barré par une cataracte infranchis- rivales fl sable. Comme le fleuve Coppermine, comme la rivière réunie | Rideau, et tant d’autres rivières d'Amérique, ce fleuve place, { | est par conséquent fermé à la navigation, excepté par le kilomè Il moyen de canaux et d’écluses qui permettraient d'éviter Cep fl et de contourner ces passages périlleux; canaux que l'on Faraud ne creusera jamais. pour € Back n’aperçut aucune trace des deux Ross dans la bois ot baie Elliott, qui recoit le fleuve auquel il légua son nom. Cette L'année 1855, vit la dernière des expéditions arctiques ves. Le parties du grand lac des Esclaves, celle d’'Anderson et pewayi Stewart, officiers de la Compagnie d'Hudson. Ces gen- saient : tilshommes se rendirent aussi à la baie Elliott par le enfants ll fleuve Back, pour y chercher, cette fois, non plus les fut un: I Ross, mais bien sir John Franklin lui-même et ses de cont qi compagnons d'infortune, perdus à leur tour dans les | Mais nl glaces. d'anac ll Que ne poussèrent-ils leurs investigations jusqu’à l’ile au che | | de Montréal, delta du fleuve des Baleines dans cette que po | 1 même baie Elliott ? Ils y auraient rencontré les dernières L'an à || épaves de cette expédition navale, peut-être bien encore venait in | vivantes ? donna 1 Il était réservé au D' Raë et au capitaine Mac-Clintock rançe. | que je Avec

“ Margeurs de lard, béjaunes, novices.

2 Ce nom a été corrompu, par les Métis; en celui de Desjarlais. dépays

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de faire cette triste découverte sur cette même île, un peu plus tard, mais trop tard.

A partir de cette époque, toutes les données que je possède sur le grand lac des Esclaves appartiennent à la France et au domaine évangélique. D'humbles prêtres, nos compatriotes, en furent les héros,

Le fort Moose-deer n'existait plus. Les deux Compagnies rivales de la Baie d'Hudson et du Nord-Ouest, désormais réunies et pacifiées par Franklin, avaient construit à sa place, sur ‘a terre ferme, le fort Æesolution, situé à cinq kilomètres de l'ile de l'Orignal, dans l’ouest.

Ce poste fut visité dès le mois d’avril1852, par M. Henri Faraud, missionnaire avignonnais, qui y revint en 1856, pour construire, sur l’île de l'Orignal, les bätiments en bois où j'écrivis ces lignes.

Cette fondation fit grande sensation au lac des Esclaves. Le missionnaire, qui parls it admirablement le tchippewayan, y reçut la visite de tous les fndiens qui chassaient sur les bords de ce grard lac. Il baptisa tous leurs enfants ainsi qu’une cinquastiaine d'adultes âgés. Ce fut un succès complet, une victcire sans combat ni assaut de controverse.

Mais il est juste de dire que le P. Faraud menait une vie d'anachorète. Habile charpentier, il passait de l'autel au chantier d'équarrissage ; ne quittait la prédication que pour la hache et la varlope.

L'année d'après, M. Henri Grollier, de Montpellier, venait fixer ses pénates sur l’île de l'Orignal, qu'il n’abandonna qu’en 1859, pour descendre au fort Bonne-Espérance, Il y fut remplacé par M. Émide Eynard, de Gap, que je venais bien méchamment de détrôner,

Avec ces trois courageux méridionaux, point du tout dépaysés à ces hautes latitudes, quoi qu'on puisse en

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