CHAPITRE V
Dan judicabit populum saum
Sur les Danèé ou Dénè, — Amabilité des Dénè. — Yallsii-youssé aux prises avec de faux faméliques. — Naturalisme des Tchippewayans. — Formation des noms propres. — Songes et visions de nuit, — Origine probable du répons Amen. — Vanité et feintes des chasseurs danites. — Fourberie déjouée. — Où un digne Irlandais mettait le point d'honneur. — Tactique odieuse d’un ministre protestant.
J'ai laissé mes ouailles dèn?, divisées en Tchippewavans et en Couteaux-Jaunes, campées les premiers au fort Resolution, les autres autour de ma demeure, sur l'ile de l’Orignal.
Leur nom véritable, Dane ou Dèné, signifie Hommes, sans distinction de nombre; le pluriel ne pouvant seformer, dans la langue de èes hyperboréens, qu’à l’aide de l'adverbe beaucoup, que l'on ajoute au nom.
Danè est le nom des tribus les plus occidentales, telles que Castors, Sécanais, Nahannès, Sarcis, Porteurs, Inga- Uks ; c'est le plus primitif. Dènè est le nom que portent les tribus situées tout à l'est des montagnes Rocheuses, le long du système Mackenzie ; à l'exception toutefois des Flancs-de-chien qui s'appellent Douné, et des Montagnards, Dounié.
Il existe plusieurs autres tribus de Peaux-Rouges
vers le sud, qui appartiennent au stock danite, si improprement appelé par les linguistes américains Athapaches et Athabaskans. Nul ne connait lesdits Indiens parmi les Dènè et les Dindjié de l’Athabasca-Mackenzie.
Ainsi, d'après M. Alb.-S. Gatschet, de Washington, les ZLipans du Rio-Grande, Texas, aussi bien que les Apackhes de l'État d'Arizona, sont des Dan.
De fait, sur l'examen d’un petit travail apache que M. le capitaine de cavalerie John Bourke eut la bonté de m'envover dernièrement, je pus comprendre tous les mots de cette langue à première vue.
Je puis en dire autant des Vavajos.
Dans l'Ouest, le Rév. J, Owen Dorsev a trouvé plusieurs peuplades de race danite dont il a recueilli les vocabulaires. C'est l'État d'Orégon qui possède ces Indiens ‘.
Jadis j'avais cru pouvoir expliquer le mot Dônè ou Danè par le pronom démonstratif verbal da, dé, di, du, qui signifie ce qui est, et le substantif terre, qui se dit nan, nè, ni, nu. Dènè voudrait dire alors ce qui est terre, ou le terrestre, le terrien.
Cela peut être, mais cela n’est pas absolument certain.
Il y à un excellent argument qui bat cette présomption en brèche : c'est le grand nombre de peuples qui portent à peu près le même nom et desquels il est bien permis de rapprocher les Danè américains.
Seraient-ils parents de ce peuple Dan ou Tan, descendant de Z'anub, dont les loltèques prétendaient provenir, et que l'on crut longtemps être des Danois ou Danes * ?
Seraient-ils frères des Danai ou Grecs, à la langue
t Smithsonian Report. Washington, 1884-85, pp. XXXII-XXXVL. #M. de Brotonne, d'après l'abbé Brasseur de Bourbourg,
ou / Dan:
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desquels on dirait que leur vocabulaire a fait plus d'un emprunt ?
Y a-t-il quelque lien qui les rattache à Danaës, ce roi d'Argos père des Danaïdes, et frère d'Égyptus-Sésostris ; ou bien aux Danayers, les premiers habitants de Dana, désert d'Arabie qui s'étend de la mer Rouge au golfe Persique ?
Sont-ils frères des Panaïens, premiers aborigènes sémites de l'Irlande !, ou bien des Z'ana des Philippines ? ?
Peut-on, sans témérité, les rapprocher des Dans irlandais, des Danes ou Danois, des Dœñes de l'Écosse ou Gaëls, ou bien des Dènes de la Basse-Bretagne ?
Moi, je vais plus vite en besogne. En me servant de ce que je connais déjà de leurs pratiques et coutumes éminemment hébraïques, je n'hésite pas à faire, des Danè ou Dènè américains, des fils de PMan-ben- Yacoub, des Danites.
Ici j'entends un concert universel de protestations s'élever contre moi. Les superstitieux, les pusillanimes, les ennemis de la Bible et de la tradition hébraïque, ne
manqueront pas de crier tolle. Mais ce sont surtout les chrétiens craintifs et imbus d'idées apocalyptiques qui vont bondir.
— « Invoquer Dan? Le malheureux, il n'y pense pas! Il faut absolument faire taire cet homme. Dan !/ mais c'est l'Antichrist. Dan doit venir du septentrion, et l’Antichrist aussi. Dan est un serpent, au témoignage de Jacob lui-même : Pan coluber in vid. C'est le céraste cornu qui doit mordre au talon le cheval, pour en faire tomber le cavalier. Etalors, vous comprenez, cet homme-
! D'Arey Mac-Gee. History of Lland.
* Nom vrai des Tagalocs, peuple circancis.
là est dangereux. Il devance les oracles. C’est un juif
converti où un chrétien judaïsant, un faux-frère, un È cl ennemi de l'Église, et cœtera, et cœtera. »
Dieu! que de bruit pour une parole que nul ne com- D prend ! Entendez-vous quelque chose à cette prophétie ; de Jacob? Et n'y a-t-il que les malheureux Danè améri- T cains qui portent le nom du patriarche Dan? n
J'ignore, moi, ce que signifie ce coluber dont Jacob À el altribue l’emblème prophétique à son troisième fils. qu Dans quel sens, dans quelle contrée, et à quelle époque, Le Dan sera-t-il un serpent? Ne l’a-t-1l pas déjà été ? D'ail- in leurs, pour qui et pour quoi le sera-t-11? Sera-ce pour de l'étranger ou pour son propre peuple? Bien fou qui se On tourmente pour des oracles obscurs auxquels nul ne pec comprend le premier mot. Las
En voic iun autre plus clair et, ma foi, qui nevousépou- rais vantera point : « Dan judicabit populum suum. » (Dan C jugera son peuple.) Je sais bien que l’oracle s’est déjà | exp accompli lorsque le Danite Shamson devint juge en cepe Israël. Mais alors pourquoi vous épouvanter du précédent, C'es puisque ce même Shamson fut un vrai serpent semeur V d'embüches, dans le chemin des Philistins ? trou
Dan jugera son peuple, et moi je vous déclare et vous nec assure qu'il le juge, en effet, par les témoignages écla- Frar tants que les Danites arctiques ont donné et donnent encore de leur foi en Dieu et en son Christ Jésus; par leur d'Ind espérance dans la vie éternelle, qui fut celle d'Abraham relle
et de Jacob; par leur amour pour l’Église, fille et conti- aussi nuatrice de la Synagogue ; par leur charité les uns envers conn | les autres; par leur courage à professer leur religion, et fort, enfin par tant d'autres vertus hébraïques et chrétiennes cout
qu'ignorent un grand nombre de fils d'fsraël et de chré-
tiens plus instruits et plus civilisés qu’eux. nc
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vous éclanent leur ham ontivers n, et nnes hré-
Telle est mon opinion. Maintenant pensez et croyez ce que vous voudrez. Passons à une autre question.
Des personnes qui n'ont jamais vu ni pratiqué les Dènè, qui ne les ont point entendus parler, s’obstinent à prononcer leur nom et à l'écrire, d’après les Anglais,
Tinné, Thinné, ou Dinné, Denné. Ces orthographes sont non seulement fautives mais dénuées de sens. Les Anglais, — qui, par ailleurs, excellent en une foule de qualités, — n'ont pas reçu du ciel le don des langues. Leur organe ne s’y prête point. Aussi sont-ils tout à fait indagues à saisir, à écrire et à prononcer les sons ardus de lu langue dènè-dindjié. M. Horatio Hale, de Clinton, Ontario, n'hésite point à traiter l’idiome dènè de « unspeakable and unwritable language ». Richardson, dans ses tentatives d'écrire le dènè, a prouvé que Hale avait raison.
On peut être un marin célèbre, un médecin habile, un explorateur courageux, un professeur savant, et avoir cependant l'oreille aussi fausse que la langue peu déliée. C’est évident.
Voilà ce qui explique les étranges données que l’on trouve dans les écrits de certains grands voyageurs. Je ne citerai qu'un seul passage de la narration de sirJohn Franklin, à titre d’échantillon :
— « Ï y a, dit-il, dans ces parages, une petite tribu d'Indiens nommés 7'’ymothee Dinnèh, ce qui signifie Querelleurs aux veux louches, Squint-eyes Quarellers. IL y a aussi une tribu nommée Indiens Moutons, et une autre connue sous le nom d'Indiens de l’Arc-fort ou du Boisfort, qui fréquentent la rivière aux Liards!.» Ce nom de cours d’eau est écrit en français par Franklin.
‘ Franklin écrivait du fort Entreprise. Il existe plusieurs éditions de Franklin. Dans celle de John Murray, London 1828, Franklin
Conformez-vous à ces indications et vous ferez absolument fausse route. Les Z'ymothee Dinnèh n'existent nulle part. Les Quarellers, de sir Alexander Mackenzie, qui ne sont autres que les ZLoucheux ou Indiens louches, des Canadiens français, s'appellent eux-mêmes Dindyié, Hommes, tout court, et non point Dinnèk. D'ailleurs ils vivent à plusieurs centaines de lieues du fort Entreprise.
Arrive Richardson, qui croit corriger ses devanciers en appelant ces mêmes Dindjié Æoutchin. Or ce mot est un pronom interrogatif qui signifie £'st-ce que”?
Peut-être que Richardson a voulu les nommer Æouttchin, ce qui est un peu différent ; mais alors nous avons en ce mot un substantif verbal tiré du verbe faire et qui a le sens d'habitants, gens, peuple, et n’est jamais nom propre. Il n’a nullement le sens d'hommes et ne peut s'employer que comme suffixe.
Les Indiens Moutons, de Franklin, sont également inconnus dans le nord; mais je les devine. Ce sont les £Esba-toa-Ottinè, ou gens qui sont parmi les Bighorns.
Enfin Franklin a fait une confusion entre la fourche et l’urc-fort. Nos Métis appellent la fourche tout confluent de rivière. Ce sont les Dènè qui se tiennent au confluent de la rivière des Liards (citée par Franklin) avec le Mackenzie, qui s'appellent Indiens de la Fourche, mais non de l'Arc-fort, Leur vrai nom est £'{cha-ottinè
tn
appelle ces mèmes Loucheux Dequthee Dennee. Degquthee se rapproche de dékkèdhi. Ce n’est pas trop mal. Mais quant au mot Dennee (denni), il signifie tout simplement é/an, orignal, et non pas hommes. L'explication que Franklin donne de ce nom n'est pas plus justifiable : « Dequthee dennee Wich means, dit-il, the people « who avoid the arrows of their ennemies by keeping a look out « on both sides. » C’est ineffable.
(Narrative of a second expedition to the shorc* of the Polar sea ; p, 24.)
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ou gens qui vivent à l'abri, sous-entendu des montagnes Rocheuses.
Par ces courtes citations, mon lecteur peut juger combien facilement on peut commettre de quiproquos à propos des étymologies les plus simples, des orthographes les plus élémentaires. Mais il est vrai de dire que cela n’a lieu que lorsqu'on ne connait que très superficiellement ou même pas du tout la langue des peuples dont on parle.
Rien de plus aisé à prononcer et à écrire que ces deux syllabes Danè, Dènè. Eh bien il y a des gens qui ne l'ont pas pu et qui s'y escriment encore chaque jour, sans pouvoir y parvenir.
Les Couteaux-Jaunes sont une petite fraction de la nation danite. Ils ne se distinguent pas assez de leurs ireres, les Tchippewayans, quant au physique et à la langue, pour qu'un Européen novice puisse apercevoir entre eux des divergences marquantes. Les uns et les autres sont sérieux et foncièrement religieux. Ne echerchez point chez eux des pratiques étranges, des mœurs curieuses, des coutumes autres que celles du peuple hébreu. La suite de ces pages le prouvera amplement.
Je fis parmi ces Indiens 32 baptêmes, et distribuai le
sacrement de l'Eucharistie à 259 personnes ; 515 s’appro-
chèrent de la pénitence sur 660. C'est dire que pas une seule ne fit défaut.
En dehors de la quest:.n religieuse, les uns et les autres étaient de grands et aimables enfants. Ils en avaient la simplicité sans en posséder la malice. Ils me voyaient pour la première fois, et me faisaient néanmoins autant fête qu’à un vieil ami, m'accordant con-
Miance et ouverture de cœur absolues.
Ils passaient de longues heures à mes côtés, discou-
rant d’un peu de tout, curieux de connaitre les secrets de la fabrication du papier, des étoffes, du fer, du verre, etc.
Ils me questionnaient sur la nature et les mouvements des astres, sur la formation des orages et de la foudre, sur la nature des aurores boréales et des parhélies. Enfin ils voulaient connaître mon sentiment sur toutes choses,
Entraient-ils tout à fait dans mes théories ? Étaient-ils convaincus par mes démonstrations ? Je ne l'assurerai pas. Il faut autant de foi, à l'ignorant, pour admettre, sur la parole d’un homme, la sphéricité et le mouvement rotatoire de la terre, que pour croire à l'incarnation du Verbe de Dieu.
Cependant ils se retiraient satisfaits, à leurs veux j'avais autant d'autorité en astronomie qu'en théologie dogmatique et en morale évangélique.
Les Dènè m'avaient fait un nom : Faltoii-yousse, Priant barbu ou hispide, parce que j'étais le premier missionnaire du grand lac des Esclaves qui portàt li barbe entière. Mon prédécesseur, M. Henri Grollier, en avait horreur.
Ce nom avait un double sens, comme la plupart des mots dènè et dindjié ; il signifiait aussi le Priant doux, parce que ce qui est velu est ordinairement doux au tou: cher.
A les en croire, ces pauvres enfants des bois arrivèrent sur l'ile de l’Orignal, en juin 1863, dépourvus de pro sions de bouche. La famine, disaient-ils, les avait forcé d'avoir recours à leurs bons amis, les Banlay, et surtout à leur Père, Yatoii-youssé, pour en être secourus.
J'étais neuf et inexpérimenté ; ils m'exploitèrent, là bonnes gens. Quoi d'étonnant ?
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— « Valsii-youssé (mon père barbu) j'ai faim, grand’ faim, Il n'y a pas une bouchée de viande dans ma loge. Je n'ai pas mang“ depuis deux jours. »
Comment résister à de telles instances ? Comment supporter le spectacle d'un tel dénuement ? Il est si doux de faire des heureux, si dur de refuser.
Je me vis bientôt en présence d'une peuplade de faméliques qu'il devenait urgent de secourir, si je voulais les empêcher de mourir de faim. Fort heureusement, j'étais riche en viande sèche, et j'avais aussi beaucoup de poisson fumé.
Je distribuai quelques morceaux à ceux qui se disaient les plus nécessiteux, je prètai quelques vieux filets de pêche aux pères de famille, et aussitôt un concert de louanges s'éleva de toutes les bouches.
Hélas! je connus bientôt à mes dépens le fonds de duplicité que possède l'humaine nature, sous quelques cieux qu'on la rencontre, Le sauvage le plus simple en apparence, n’y est pas plus étranger que le pavsan aux dehors les plus naïfs. L'ingénuité n'existe pas sur la terre. Cela me devint évident.
Quelques jours après, Nancy Pépin, la femme de mon engagé canadien, une Métisse tchippewayanne, fille du vieux patriache Beaulieu, entre chez moi :
— « Père, me dit-elle, je viens t'avàärtir que tu te fais retaper d’une belle facon par les chavages. Quanque r sortent d'y d'icite, ca vient chez nous, après ça ca risent de toë : « Ah! c’té père-là il est ben bon, qu'i disent; «rien que ça : il est trop mangeux d'lard. Il n’a pas « d'esprit. S’i continue à nous donner sa viande chèche, « y en aura ben vite plus pour lui ni pour vous aut’, dans « le hangar. » V'Ià quoi ce qu'i disent, les chavages. »
Quoi! tant d’effusion et de remerciements ne cachaient
que de l'astuce ? J'en avais assez entendu. Il est doux à un honnête homme de eroire à la vertu de ses semblables ; cependant je sentis qu'il valait encore mieux me faire aux yeux de mon peuple une réputation de bon administrateur, que celle d'un charitable petit innocent.
Ce jour-là même, l'occasion se présenta de faire cesser une mendicité que rien ne justifiait et dont j'étais la dupe. Un sauvage très fier et très vain, quoique bon chrétien, Simon £'ksoundhe (le Frai de poisson), vint me renouveler ses doléances d'affamé :
— « Mes six petits enfants n'ont rien à manger. Le filet que tu m as prêté est trop vieux. Il tombe en loques. Je ne prends pas de poisson avec ca. Si tu ne viens à notre aide d’une autre manière, nous allons mourir de faim.
— « Oh! oh! me dis-je, voilà qui est sérieux. Nancv ne m'aurait-elle pas trompé par la crainte de manquer du nécessaire ? »
Vite, je vais chercherun gros morceau de viande sèche, et je le présente gracieusement à Simon.
— « Éyi yi? til d'un ton amer. (Rien que cela? Oustehou 18, sin ! (Je n'en veux pas, moi!) » Etil repoussa mon offrande avec un mépris qui m'alla au cœur. Je dus me faire violence pour ne pas laisser percer mon indignation. Non seulement je ne donnai pas d'autre viande à ce harpailleur; mais je lui retirai encore le filet que je lui avais prêté, lui signifiant que, si ses enfants avaient faim, il s'en allàt à la chasse au lieu de flâner autour de ma demeure.
Le lendemain, le grand chef des Couteaux-Jaunes, La-ttèzsè (les Mains-noircies), un vieillard plein de bonho-
mie et de bon sens, vint me voir pour me conter d'un ai ÎB
clin et communicatif que M. Loon, le facteur anglais
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du fort Resolution, lui avant offert quatre plats de côtes de renne en présent, 1l les avait refusés comme un don trop mince pour un aussi grand chef que lui. En constquence, disait-il ‘1 venait me prier de lui faire une avance plus grande de viande, qu'il saurait bien me rendre dans le courant de l'automne prochaine ou un peu plus tard.
Ma réponse était toute prète :
— « Quel malheur, mon grand-père, que toi, qui as tant d'esprit et de bon sens, te conduises, dans cette circonstance, comme un de tes jeunes gens qui sont encore fous! Larequ’on est en proie à une famine telle que celle dont vous me parlez, on ne doit pas faire les difficiles. Tu as refusé au rommis quatre plats-côtés ! Mais pensaistu donc que je suis assez riche pour t'en donner une douzaine ? Si le bourgeois t'avait refusé, j'aurais pu me priver d'un petit plat de côtes pour t'en gratifier, parce que tu es le chef; mais comment te l'offrir maintenant que tu en as refusé quatre ? »
Sur ce, je laissai le grand chef à ses réflexions.
Si dans cette circonstance je perdis une illusion, je nejfus pas fâché d'avoir fait une école. Elle m'apprit que chez les Peaux-Rouges mendier n'est pas déroger. C'est faire acte de maitrise. La mendicité n'indique point ici misère mais supériorité. Celui qui demande et qui recoit gratuitement, prélève un droit, un tribut sur des étrangers, des subordonnés. Plus l'Indien est fier et harrtan, plus il est quémandeur. Les Tchippewavans et les Esquimaux le sont beaucoup. Les Flancs-de-chien le sont davantage. Tout au contraire, Esclaves, Peaux-de-Lièvre et Loucheux ne demandent jamais rien gratuitement, parce qu'ils ont plus d’humilité.
Cela tient donc au caractère des Indiens et non à la manière dont ils sont traités dans les forts.
Les Anglais respectent assez les Peaux-Rouges pour ne pas les avilir jusqu'à eu faire des grapilleurs. Ils soignent trop leurs propres intérêts pour laisser mourir de faim leurs clients pourvoyeurs.
Les Dènè Tehippewayans furent le premier et le scul peuple aborigène chez lequel je ne pus découvrir de notion définie de Dieu. Cette croyance, que je trouvai plus tard naturellement répandue dans tout le nord, leur était, me dirent-ils, tout à fait étrangère.
À la vérité, un de leurs héros légendaires, l'homme lunaire, Zettsin-noulit, semble comporter dans son nom même l’idée d'un Dicu créateur. Le vieux Métis Cayen lc décomposait ainsi: 16 {tsen ni ounli, celui par qui terre est faite. Mais les sauvages m’avouèrent n'y avoir jamais pensé, n'avoir jamais concu de ce personnage une idée aussi relevée. [ls étaient heureux cependant que je la leur suscitasse, afin de pouvoir se gloritier d'avoir, eux aussi, leur Fait-terre, comme les Blancs, leurs bons amis,
— « Je t’assure, me répétait le vieil aveugle £'kounélyel, mon conteur de légendes tchippewayanes, qu'avant la venue des prêtres français, nous ne connaissions aucune divinité. Pour ma part, je voyais ce brillant luminaire diurne, dzindé-saé, qui quoique si petit éclaire le monde entier, et je le trouvais bon, bézan san odilni.
« J'admirais le luminaire nocturne, {odhè-saé, qui illumine nos longues nuits d'hiver, les aurores boréales, qui nous réjouissent par leurs jets de lumière et leurs vibrations étincelantes, et je trouvais que cela était bon, béoan san odil'ni.
1 L'Étisen-noulé des Peaux-de-lièvre.
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Le t admira dont tc l'adora! Je pense point u témoigr premier VreS : « cela éta Si, da toute de femme q
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qui cales, leurs bon,
« Je contemplais ces animaux si divers, auxquels nous devons tout, nourriture, vêtement et logement, et je les trouvais bons, ubépan san odil'ni.
« Là se réduisait toute ma religion. Je ne me plaignais point des intempéries des éléments. Je ne blâmais rien de ce que je ne comprenais pas. Je ne maudissais aucun être créé. Mais j’admirais toutes choses, sans penser toutefois qu'elles eussent un auteur qui me füt supérieur. Je croyais être le roi de la nature. »
Le terme qu'employait Ékounélyel pour exprimer cette admiration de la nature : bésan san odil'ni, est le même dont tous les Tehippewayans se servent pour exprimer l'adoration. Sa signification littérale est : /4-dessus bien je pensais, ou bien: je le pensais bon. Ce n'était donc point un culte idolätrique ou panthéiste. C'était le même témoignage que Moïse prête au Créateur lui-même, au premier chapitre de la Genèse, après chacune de ses œuvres : « £4 vidit Deus quod esset bonum. Et Dieu vit que cela était bon. »
Si, dans cette expression, il y a une adoration, elle est toute de complaisance, comme celle de l’homme pour la femme qu’il aime, et non de subjection et de culte. C'est
} une délectation intellectuelle, une approbation de l’ordre
établi dans la nature, une conformité de la raison avec le souverain Bien répandu dans toutes ses merveilles, conformité qui entrainait le cœur de cet homme.
Eh bien, je n'hésite pas à dire que de tels sentiments doivent et durent être réputés à justice, aux Dènè ; parce que ces hommes simples et vertueux reconnaissaient vir. tuellement un immense degré de bonté dans les forces elles pouvoirs de la nature, et que cette bonté comme ces forces ne sont autres que Dieu même.
Plus philosophes que nous, quoique sans le savoir, ils
free sure
sentaient Dieu naturellement et l'admiraient sans le connaitre, sans en avoir jamais entendu parler.
Malheureusement, lorsque de ces platoniques abstractions, propres aux àmes d'élite, le commun de ces Indiens descendait au terre à terre journalier, je ne leur voyais plus qu'une crainte superstitieuse et révérentielle pour de vils animaux. La divinité apparaissait alors à leurs yeux, mais sous la forme d'un aigle ou d’un loup, d'un écureuil ou d’un canard; tandis que le malin esprit s’y transformait en ours, en carcajou ou en corbeau.
Ils retombaient dans les enfantillages du chamanisme.
Les Dènè ont des traditions qui se complètent d’une tribu à l'autre, de même que les dialectes de leur belle langue. Ne vous v arrêtez pas aux puérilités, aux détails de la vie journalière, aux descriptions de voyage et de repas. Au sauvage il faut du changement, de la viande et des femmes. Toute légende renferme ces trois éléments d'intérêt matériel; mais bien rigoriste serait celui qui s'arrêterait à celte écorce grossière. Dépouillez-en le fait fondamental. Que reste-t-il? Un récit biblique ou tout au moins sémite, On me la dénié. Peu m'importe. J'ai pour moi l'étude approfondie de ces traditions, la connaissance de la langue et celle du génie des Dènè.
Dansleurs traditions, on trouve une excellente version du déluge universel, unie à des idées zoroastriennes ; le fait de la diffusion du langage à Babel, la connaissance de la longévité des premiers hommes, la présence de géants sur la terre d’origine, la chute du premier et unique couple humain par la faute du plus jeune, la ré. demption de l'homme par le fils de la divinité, quelque animale que fût celle-ci: un aigle gigantesque et blanc comine neige, nommé Ü/balè, Immensité et Candeur.
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Leurs idées sont donc foncièrement araméennes et bibliques.
Jusqu'ici toutefois elle ne sortent point du domaine universel. Mais quelques héros dènè font souvenir de Moïse, d'Abraham et de Samson; d'autres rappellent Jonas, David et Tobie.
C'est tout. Là s'arrètent leurs légendes. Le reste n'est qu'un tissu de panthéisme, de chamanisme et de métempsycose, avec quelques turpitudes brochant sur le tout. Tous les contes populaires revêtent ce caractère srivois et épicé. C'est le sel des longues veillées d'hiver dans les vourtes bien chaudes, autour des platées de graisse et des alovaux fumants.
Citons quelques noms dènè.
Ils expriment une qualité, Dénè-zon, l'homme bon ; ou un défaut, Deéné-kon, l’homme maigre ; une infirmité, Dzi-édin, le sourd, Lla-édin, le manchot ; ouune manière d'être, É'thi-tchoué, la tête hérissée, £'hœr-elni, ilse frotte le ventre; £'ta-dzar, la jambe en l'air; le nom d’un animal, É'djiéré, le bison, Déni, l’orignal, Dzen-tléré, le rat velu ; ou de l’une de ses parties, Tta{san-dziyé, le cœur de corbeau, Ouldayé-dhaë, la bouche du brochet ; etc.
Ces noms sont formés à la manière des noms grecs et tudesques par la juxtaposition d'une épithète adjective à un substantif, de manière à en faire des mots composés. Etablissons quelques rapprochements.
« Les Grecs appelèrent Aristoclès Plato(latum), à cause de ses larges épaules; Zaonicos, veut dire l’homme du peuple; ZLeonicos, qui tient du lion; Sératonicos, le vainqueur de l’armée; Aristoteles, la portion principale ; Æippocrales, qui a la force du cheval, etc.
« Ainsi chez les Germains, frédéric veut dire riche de paix; Léonard, qui a un caractère de lion ; Bernard,
qui a un caractère d'ours; Gérard, vautour féroce; À delgire, esprit noble ; Pharamond, belle bouche; Léopold, pieds de lion ; Guilhelmus, Guillaume ou Wilhelm, casque doré ; Lothaire, cœur de plomb; Wolfgang, bande de loups, etc. !.»
Tels sont encore une foule de noms anglais: Gladstone, pierre de joie; Summerfield, champ d'été; Goodchild, bon enfant ; C'ockburn, coq brülé ; Goodenough, assez bon ; Norfolk, peuple du septentrion ; Summerset, cabriole; Whitefox, renard blanc; Wiseman, homme sage; Mewman, homme nouveau ; cte.
Tels enfin, la plupart des noms français: Bonnechose, Courtepanse, Maissonneuve, Vreilleville, Paimbrun, Lebœuf, Létourneau, Mouton, Merle, Dulac, Dunoyer, Lecamus, Lelong, Lecourt, Meunier, Boulanger, Masson, etc.
Donc, sur ce point, absolument rien qui soit digne de remarque chez les Danè, rien qui ne ressemble à tout ce que l’on voit ailleurs.
Les Tchippewayans ont un faible pour les rêves. On ne saurait croire combien ils y ajoutent foi. Toute la science des chamans ou sorciers est confinée dans leurs songes. Aux yeux d’un Dènè, ces imaginations décevanteset bizarres revêtent tant de réalité, qu'ils voient une révélation supérne dans tout songe qui offre un caractère religieux ou surnaturel. A la vérité, beaucoup de gens civilisés sont aussi superstitieux.
Ii devient néanmoins difficile au prêtre de narrer à ces
‘inhvytes les rêves prophétiques dont font mention les
ces Saints; parce que ces Indiens, prenant la balle au , vous importunent du récit de leurs prétendues révélations. Éludez-vous leurs questions? Faites-vousbon mar
! Cornelius a Lapide. Canones in Pentat., p. 28.
ché de leurs élucubrations nocturnes ? Leur réponse est toute prête et vous cloue :
— « Alors pourquoi nous parler des songes de Joseph ; de ceux de Daniel ou de Pierre ? Si leurs rêves furent réels et divins, les nôtres peuvent l'être, au même titre. Dieu est aussi puissant aujourd'hui qu'il l'était hier; mais toi, prêtre, tu n'as pas assez de foi pour en convenir.
« Que si nos rêves sont illusoires et décepteurs, ainsi que tu le dis, qui nous assure que ceux dont tu nous parles ne le furent pas également ? »
Tirez-vous de ce dilemme.
Dailleurs, certains rêves étranges des Dènè offrent souvent un caractère si voisin de la révélation, si supérieur à un esprit ignare et inculte; ils en accompagnent le récit d'explications qui témoignent d'un jugement si sain et d'idées si justes, qu'ils vous mettent au pied du mur, en dépit de toutes vos méfiances.
Mon pêcheur 7J'tatsan-khé, la Patte de corbeau, un ancien jongleur qui avait perdu son fils aîné avant de connaître la religion chrétienne, s'inquiétait beaucoup trop du sort probable qui avait pu être réservé, dans l’autre monde, à cet enfant chéri.
I était tellement préoccupé de cette question oiseuse et insoluble, qu'il en perdait le repos. Tout ce que je lui disais pour lui inspirer des sentiments de confiance et d'abandon à la miséricorde divine, le laissait inconsolable et même mécontent. Il aurait voulu recevoir de moi l'assurance que son fils était avec Dieu; ce que j'ignorais aussi bien que lui.
Un matin, cependant, il vint me trouver, le front rayonnant, en revenant de ses filets.
— « Bonne nouvelle, sé foaïn, mon père.
— « Qu'y a-t-il, sé tsiyé, mon grand-père?
— « Ah! j'ai revu mon pauvre défunt...
— « Encore des rêves, David? Oh! je t'en price, laisse cela de côté. Tu en perdras la tète, mon pauvre bonhomme.
— « Écoute-moi seulement un instant, et tu jugeras par toi-même. Tu verras si ce n'est pas Dieu qui m'a éclairé, cetie nuit, sur le sort de mon pauvre enfant...
— « Voyons, David, il t'en reste encore huit, tous bien portants et baptisés. Pourquoi tant te désoler pour un seul que Dieu t'a redemandé? C'est ton imagination malade qui voit toutes ces choses.
— « Pas du tout. Écoute plutôt. La nuit dernière, pendant que j'étais encore à pleurer en pensant à mon cher aîné, que je ne reverrai peut-être jamais plus, puisqu'il n’était pas chrétien, je priai instamment Dieu de me faire connaitre ce que son âme était devenue.
« Tout en priant je m'endormis.
« Alors je revis mon pauvre enfant sur sa couche d’agonie. Au-dessus de lui était un jeune homme vêtu de blanc et qui me souriait. Il tenait entre ses mains une banderole couverte d'écritures, qu'il déroula lentement sous mes yeux sans me parler. Mais au fur età mesure qu’il la développait, il en effaçait les caractères, et finalement il me montra le rouleau tout blanc. Au même instant, je vis mon pauvre enfant rendre le dernier soupir. Le jeune homme vêtu de blanc me montra le ciel du doigt, puis tout s'évanouit, et je me suis réveillé.
« Je ne sais ce que tu vas penser de ce songe, continua l'Indien ; quant à moi 1l a dissipé tout mon chagrin. Ma douleur s’est changée en joie. Je suis certain d’avoir recu du ciel l’assurance du salut éternel de mon enfant, que tu n'as pu me donner. C'est sa patience dans les dou-
let mé Cor ( l'av véc SièC tab] Acte que post Dieu serio Au phén:
l'avai, nal q en $s0 geant fils, C4 de cri avait eu de d'enfa) imagin que j'é bon Ps à poin égard a sées po Donc Une la com
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leurs, sa résignation dans les souffrances de sa longue maladie, qui l’auront puritié de ses fautes. Voilà ce que j'ai compris par ce rève., Maintenant, toi, qu'en penses-tu ? »
Ce que j'en pensais était bien simple. Lui en faire l'aveu était une autre chose. Si David Z'tatsan-khé avait vécu aux beaux jours de la Synagogue ou aux premiers siècles de l'Église, son rêve aurait été consigné sur des tablettes. Il ferait partie des livres prophétiques ou des Actes des Apôtres. Il serait le sujet d’une épitre à quelque Église où à quelque dame Électe. Il passerait à la postérité comme un nouveau trait de la protection que Dieu accorde à tout homme qui a foi en Lui. Et nous en serions édifiés et consolés.
Au xix° siècle, c'est une autre affaire. On discute les phénomènes psychologiques. L'ange à la pancarte, David, l'avait vu maintes fois chez moi sur une gravure d'Épinal qui représentait la mort du juste. Cette image, revue en songe, avait servi à soulager sa douleur, en changeant en assurance le désir qu'il avait du salut de son fils, Cela pouvait être tout naturel, et il n’y avait pas lieu de crier au miracle. Toutefois, comme ce brave homme avait obtenu ce qu'il avait demandé à Dieu, il y aurait eu de la cruauté de ma part à détruire cette confiance d'enfant, auquel il n'avait fallu qu'un fantôme de son imagination malade pour être réconforté, alors surtout que j'étais et suis encore convaincu que Dieu est un bon Père, qu'il ne réclame pas d’une âme ce qu’il ne lui a point donné, et que, mieux que nous, il doit avoir égard aux larmes et aux supplications qui lui sont adressées pour les défunts qui nous sont chers.
Donc, je laissai Z'tatsan-khé dans sa douce assurance.
Une autre fois, ce fut le vieux chef Za-ttèsè qui me fit la communication suivante :
— « Mon petit frère-ainé!, tu ne sais pas qui m'a porté |
à ajouter foi à votre parole? Eh! bien, je vais te l’ap- | | prendre ; parce que je ne veux pas repartir pour les steppes sans être baptisé, ainsi que ma vicille femme, é C'est un rève.
— « Encore des rêves, grand-père ? Cela finit par être ] ennuyeux. n — « Longtemps avant l'arrivée des prêtres francais dans ce pays, continua le chef, alors que j'étais encore m jeune, j'avais chassé tout un jour sans aucun succès, n: par monts et par vaux. La nuit venue, j'étanlis mon dc bivouac dans un endroit épais de la forêt, j'allumai du feu, je fis un nœud à ma ceinture, et je me couchui | Es
l'âme bien triste, en pensant à mes stériles efforts.
« Il n’y avait rien à manger dans ma loge, et mes enfants attendaient mon retour avec impatience.
« À cette époque, j'ignorais encore la religion, Nulne nous avait encore parlé de Dieu ni de la prière. J'étais chaman et J'évoquais, sur les malades qui m'appelaient
auprès d'eux, VNou-hansin, l'Esprit élcigué de nous. eti « Seul dans la forêt, à jeun depuis la veille, abattu lur
par la faim, la fatigue et l'insuecès, 11 ne me vint pas ne à la pensée de maudire mon sort ni de murmurer. Je pré m'endormis tranquillement en pensant à ma famille. cet
Pendant mon sommeil, j'eus un songe effrayant. Je do vis au-dessus de moi un arbre fourchu, sur les deux en | branches-mères duquel étaient clouées deux mains cett d'homme qui rendaient du sang. Sur le tronc de l'arbre,
‘Les vieillards dènè donnent ordinairement aux jeunes gens, mais surtout à leurs petits-enfants, fussent-ils en bas âge, les noms de petit frère ainé, s’ounnazè àzé, petite sœur aînée, s'arè àzé. Tels,les Iroquois, mus par le même sentiment affectueux, appel- | « lent les jeunes enfantsmon petitgrand-père, ma petite grand’mère.
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tre
cais :ore cès, non i du
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ul ne "étais ent
battu
deux mains arbre,
DS gens, es noms àzè.
appel-
d'mère.
il y avait aussi deux pieds, également elouéset saignants, et ce sang coulait sur ma tête. De corps, il n'y en avait point. Je ne vis que ces pieds et ces mains coupés et sanglants.
« Je m'éveillai plein d'épouvante et en transpiration. Je rallumai mon feuet me mis à réfléchir, le reste de la nuit, sur la signification probable de ce songe effrayant.
« Le lendemain, je tuai un orignal, et m'en revins à ma loge, où je racontai mon rêve à tous ceux que je connaissais, ainsi qu’à ma femme. Personne ne put m'en donner l'explication, et je l’eus bientôt oublié.
« Quand le Priant Faraud arriva au grand lac des Esclaves, il y a dix ans, je fus frappé de lui voir à la ceinture un objet semblable à celui que j'avais vu en rève, à cette différence près toutefois que, sur le bois croisé du prêtre, le corps du crucifié se trouvait entier. Cela me donna à réfléchir, mais je ne lui en dis rien.
« Lorsque j'entendis dire au Père Faraud que cette image du crucifié était celle du Fils de Dieu fait homme et mort sur le bois-croisé, pour nous laver de nos souillures dans son sane, je le crus aussitôt. Est-ce que cela ne m'avait pas été révélé en songe, avant que je visse le prêtre? L'explication seule manquait à ma vision, et cette explication je la recevais sans que celui qui me la donnait eût connaissance de mon rêve; puisque je ne lui en avais point parlé. Toutefois je voulais être sûr que cette explication füt la bonne, avant d'abandonner mes génies-animaux, et devenir chrétien. Mais voilà déjà cinq prêtres qui me disent la même chose sans s'être concertés ni même connus auparavant. Dès lors, je vois que votre parole est vraie et je n’hésite plus à me faire baptiser.
« Maintenant, toi, que penses-tu de ce rève? »
Je le répète, que répondre à cela? N'est-ce pas embar-
ee con em — = = me ee En
rassant? Si cet homme disait vrai, n'y avait-il pas, dans son témoignage, de quoi inspirer une grande foi et une grande confiance en Dieu? N'aurais-je pas été coupable de détruire ces sentiments au cœur de ce catéchumène ? Le bras de l'Éternel est-il donc raccourci, pour qu'il ne puisse plus se manifester aux âmes simples, qui, sans connaitre son nom, se conduisent comme si elles le connaissaient ?
Encore une fois, non. Et cependant, la prudence me fit un devoir de me montrer réservé, dans cette circonstance délicate, de crainte que ces pauvres sauvages ne devinssent de dangereux théomanes, donnant dans tous les écarts d'une imagination désordonnée,
Bien que les Dènè ne soient que trop portés à ajouter foi aux songes et à se glorifier de leurs visions, ils ne sont cependant pas inférieurs, sur ce point, aux Anciens les plus policés. Personne n'ignore que Galien, le rival d'Hippocrate, prétendait devoir la plupart de ses lumières médicales aux songes et aux secours divins, Antonin, Périclès, Julien, Cicéron, Pyrrhus, Vespasien, Hadrien, Plutarque, Suétone, Valère-Maxime, dit M. de Mirville, etune foule d'autres personnages accordèrent aux songes une foi absolue.
Lorsque je discourais devant les Dènè, ils se croyaient obligés de m'approuver à la fin de chagre période, fussions-nous dans l'église. — « Æ£nh! oui! T'tatto adi! il dit vrai! Zlakou! assurément ! »
Ces approbations me rappelaient le répons Amen! qui termine toutes les prières publiques de l'Église et qui est proféré par le peuple. Ilest probable que, dans le principe, ce répons ne dut avoir d’ontre origine que
! Des Esprits et de leurs manifestations fluidiques, p. 233.
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l'initiative spontanée d'un auditoire satisfait dans sa raison et entrainé par sa foi. Quel est, en effet, le sens du mot hébreu Amen, si ce n'est : « C'est la vérité! c'est vrai! c'est de foi! » Notre phrase francaise Ainsr soët-il est donc fautive, puisqu'elle n’exprime qu'un souhait, une optation, au lieu d’une affirmation.
Aussi, je n'essayais point de réprimer les marques d'approbation que mes ouailles me donnaient à haute voix. Elles valaient mieux que notre Ainsi soit-il.
N'allez pas croire, cependant, que la sainteté de vie, l'amour de leur religion, la pratique des sacrements, que professaient les Tchippewayans, excluassent l'orgueil, la vanité, la grossièreté, la malpropreté, et pas mal de duplicité dans le caractère.
Le cœur de l'arbre est foncièrement bon chez ces sylvicoles. L'écorce en est encore rude et ingrate. Les dehors ne se polissent qu'après que l'intérieur est renouvelé.
Parmi eux, les chasseurs surtout avaient pour tactique de mentir effrontément, en venant annoncer à celui qui les employait quelque grosse pièce de venaison qu'ils avaient tuée. C'était afin de jouir ensuite de l'enthousiasme subit que produirait chez vous l’exhibition imprévue d’un beau trophée de chasse, qui arriverait au moment où ils vous auraient vus le plus déçus. C'était afin de faire sensation, l'unique mobile de l'Indien en toutes ses actions : se faire remarquer et poser pour la galerie.
On se prête bien une ou deux fois à ces enfantillages. Plus souvent, cela lasse. On se fatigue d’être traité en bambin ou de jouer toujours à l’'enthousiaste.
Mon chasseur Z'chié-zélé, la Pie tremblante, était si encroûté, sous ce rapport, que je désespérais de pouvoir en obtenir un mot sérieux.
or D a
— « Ahlte voiià, Louison? Ofpié pinna oussan? Te portes-tu bien, mon ami?
— « Sousa pesna lakou. Assurément je vais bien puisque me voici.
— « Eh bien! as-tu fait chasse, mon bonhomme?
— « Taodi! Bœr oullè. Rien, absolument rien. Il n'y a pas de viande.
— « Ah! Qu'est-ce donc qui t’amène, Louison? Tu aurais peut-être mieux fait de continuer à battre l’estrade plus longtemps.
— « Nous jeünons tous forcément, au logis, et je viens te demander de la viande pour ma famille. Z{tthi illé yénindhèna ?
— « Pour le coup, c'est du neuf. Il faut que je nourrisse mon chasseur, maintenant ? Yalloii-youssé va prendre le fusil et le fourniment,” tandis que maître Tchié-zélé chantera la grand’'messe. »
L'Indien partait d'un petit rire strident et bref; puisil s’asseyait sur le plancher, les jambes en ciseaux, tirait de son sac à fumer son calumet de serpentine, un morceau de carotte de tabac, qu'il hachaït dans le creux de sa main à l’aide de sa dague. Il y mélangeait à parts égales de l'aubelle torrée du viburnum oxycoccos, en bourrait sa petite pipe, battait le briquet et fumait en me regardant, silencieux, goguenard, de son petit œil noir en coulisse :t à demi fermé.
J'enrageais intérieurement, mais j'imitais son silence prudent et son calme imperturbable. Au bout d’un quart d'heure, mon homme éclatait en reproches amers :
— «Tu es un homme fâcheux, toi. Tu es colère, tu me recois toujours mal. Je fais ce que je peux pour te contenter et tu n'es jamais satisfait. Il devient nécessaire que nous nous séparions. C’est évident, lakou !
expliq homm tu de
l'origir phateu — (( mon b aurions — (& jamais :
Est-ce de la vi nées de Point d route.
mes m seuleme
Je lui allumet prières, repartai d'adieu
UE jamais :
que je te
de ne
— « Où veux-tu donc en venir, Louison? Voyons, explique-toi. Je ne puis jamais comprendre ta pensée, homme énigmatique. Que viens-tu faire ici, et que désirestu de moi ?
— « Eh! donc, je viens chercher du tabac, de la poudre et des balles, que tu devrais déjà m'avoir donnés. N'ai-je pas tué deux caribous et six rennes ? Tiens, en voici les langues. »
Et tirant de sa carnassière cette double dépouille, l'original Indien Ja jetait à mes pieds d’un air de triomphateur blessé.
— « Que ne le disais-tu tout d’abord au lieu de mentir, mon bonhomme! Je ne t’aurais pas plaisanté, et nous aurions été satisfaits l’un de l’autre.
— « C'est bien ce que je disais. Je ne m'’entendrai jamais avec toi, parce que tu ne sais pas me comprendre. Est-ce que lorsque je viens te voir, je n’ai pas toujours de la viande à t’annoncer? Celle-ci n'est qu’à deux journées de marche dans les bois. Le sentier est bien tracé. Point de fourche. Tes serviteurs ne se tromperont pas de route. Envoie-les donc dès demain, et compte-moi vite mes munitions, car je repars aussitôt. Je ne veux pas seulement coucher ici, 2#kéla. »
Je lui donuuis de nouvelles munitions de chasse, des allumettes et une brasse de tabac en corde; il disait ses prières, se confessait, et, après avoir soupé avec moi, il repartait au clair de la lune, en répétant par manière d'adieux et d’un air moitié bourru et moitié bonhomme :
— «Jete le dis, en vérité, nous ne nous entendrons jamais; parce que tu ne sais pas me comprendre sans que je te dise tout. »
Je ne pus jamais le faire changer de tactique, quoi
que je fisse. C'était toujours à recommencer. Je finis par en prendre un autre.
Au mois de juillet 1863, j'envoyai Tehié-zélé sur les barren-grounds de la côte nord du grand lac des Esclaves, en compagnie d'Æ'koounè, pour y chasser le renne des déserts. À cette fin je dus leur procurer une grande pirogue d'écorce, et me disposais à me rendre au fort Resolution pour en acheter une, lorsque le vieux Jacob Kl6-azè, a Petite herbe !, père d’£koounè, me proposa la sienne pour dix pelus ou 25 francs.
— « C’est pour rien, me dit-il, sé {oain; un grand et excellent canot, capable de contenir dix personnes. Il est tout neuf et ne fait pas une goutte d’eau. En te le laissant pour dix pelus, je te fais un véritable présent. Mais il s’agit de mon fils, et je n’y regarde pas de si près. »
Avant de conclure, je demandai à Jacob à voir sa pirogue.
— « Elle est au fort, te dis-je. Je vais te l'envoyer par mon fils lui-même. Mais, je t'en prie, ne me fais pas revenir pour une si misérable somme. Je suis vieux et ne puis me fatiguer autant ?. Paye-moi de suite. Estce que j'oserais tromper le prêtre, moi, qui ai communi dimanche dernier ? »
Convaincu par ces accents sincères de l'honnêteté du vieux Jacob, je lui comptai ses dix pelus en bonne marchandise, et envoyai mon aide-pêcheur quérir la pirogue au fort Resolution.
En se retirant, A{6-azé, la Petite herbe, se lamentait :
— « Ah! mon Dieu, faut-il être misérable ! Un si beau canot! Vendre cela pour dix pelus! Donne-moi, au
# Un nom tout à fait grec, on en conviendra.
“Il y a 5 kilomètres entre la mission Saint-Joseph et le fort Reso lution.
moins, charita} RES payé co Il s’er En sc pressé ( racontel EU casse de javais f dix pelu:
là ! Com Etle} Averti fourberie
tout ce mème p Il y av puisqu'il savait bi sil n'eüt être sine franches qui la tir qui ne }’.
au-dessus voilà po Avec 1 M. Eynai aussitôt M. l'admi Par ce
s par
r les aves, > des ande | fort [acob sa la
nd et Il est lais- Mais
ir Sa voyer
e fais vieux
moins, un bout de tabac par-dessus le marché, Pire charitable, Yaltsii san-yénindhéni. »
— « Pas une coppe de plus, vieux père. C’est assez payé comme cela, »
Il s’en allait geignant.
En sortant de chez mai, Jacob n'eut rien de plus pressé que de se rendre chez Nancy Pépin, pour lui raconter le bon tour qu'il venait de me jouer.
— « Un vieux cul-pourri, ma bru, une méchante carcasse de canot qui ne vaut pas quatre pelus et dont j'avais fait l'abandon. Dire qu'il m'a acheté cela pour dix pelus et sans l'avoir vu ! Comme c’est naïf, ce Priantlà ! Comme c’est bête! »
Et le petit vieux de rire à ventre déboutonné.
Averti sur-le-champ par Nancy, indignée de cette fourberie, j'accourus vers Jacob et lui repris sans pitié tout ce que je lui avais donné. Puis j’achetai pour le mème prix un canot tout neuf, à un autre Dènè.
Il y avait cependant de la droiture dans le vieux Jacob, puisqu'il avouait aussitôt son méfait à des gens qu'il savait bien devoir le trahir ; mais je doute qu'il l’eût fait sil n'eüt été chrétien. Les natures cauteleuses peuvent être sincères occasionnellement ; elles ne sauraient être franches. Cette qualité, si naturelle à Jacques Bonhomme qui la tire de son nom même, fait défaut au Peau-Rouge, qui ne l’apprécie que médiocrement, et ne l'élève guère au-dessus de la bêtise humaine. L’astuce et la ruse, voilà pour lui la vraie sagesse.
Avec la barque du fort Raë, mon excellent confrère M. Eynard revint à la fin de juin, mais pour repartir aussitôt pour le Rapide où le mandait définitivement M. l'administrateur, au lieu de l'envoyer à Athabasca,
Par cette même barque arriva aussi un aimable com-
EE EEE RER E
mis irlandais protestant, M. Carrel, avec sa famille, l'aut toute baptisée par des prêtres catholiques. Je leur offris avait un repas de gala auquel je conviai également mes bons as ge
voisins du fort Resolution, MM. Loon et James Flett, ae Il y avait là un vol-au-vent aux gelinottes, du pémican =
aux pommes de terre, des faisans rôtis, un plum-pudding, dit q une tarte à la crème fouettée, et de la galette en guise de pagn pain. En faisant honneur à ce festin de Balthasar, mes one * convives ne se doutèrent jamais que j'avais été mon À J'éta pourvoyeur et mon propre cuisinier. franc A l'issue du repas, M. Carrel me prenant à part, me jé cro dit confidentiellement, dans une sorte de jargon qu'il men. croyait être de l’excellent français : en — « Master Pêtitott, comme vôs êtes en charge de lé part, michieune, asteure, jé voulais donner vôs one commi- que s chieune pour le docteur G. Vous dire à loui que jé avais = one complainte à faire contre Master Allongé, pourquoi Rien il avait insulté moû fearfully. And... jé voulais le doc. Æ enten teur G. faire à moà bonne ripéréchieune. docte — « Qu'est-ce donc que M. Lallongé a pu dire de vous, Voi M. Carrel ? le gou — « C'était infâme, Père. Si Master Allongé avait Elle tr accousé moû que j'étais en train avec les gentlemen de où ils lé Compagnie, je dirais rien en toute. On connait ca, fort p toutes les lords de lé Angleterre, and toutes les ducs, biberc and toutes les ear/s, ils lévaient lé coude un petit brin, qu'il : comme mo itou ; i se mettaient en train bien souvent. diffam — « Certainement, M. Carrel, témoin le fameux mar- cris. quis de Malmersbury, n'est-ce pas ? qui mettait tous ses à Ind convives sous la table, alors qu’il pouvait boire encore, nicher ayant un pied sur la nappe et l'autre sur le dossier de can, di
son fauteuil, de concert avec sir Walter Scott. — « Very well 1 Jé avais fait cela itou, myself, cette 1 En
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mille, Offris s bons tt.
mican dding, 1ise de r, Ines ÿ mon
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