‹ Autour du Grand Lac des Esclaves [microforme]Chapitre 24 sur 70 · à ee 2e ee · texte numérisé non relu

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l'automne, à lé fort Simpson. But, Master Allongé il avait accousé mo d’un chose qui attaquait mon capacité as gentleman.

— « Comme buveur?

— «No, no, Père, comme homme intelligent. Il avait dit que jé parlais en français comme one vache de l’Espagne. Quoi c’est ça, one vache de l'Espagne ? J'étais pas one vache, mo, and j'étais pas one Spaniard, mo, J'étais one bonne Irlandais. Jé avais jamais appris en français, rien que dane les forts avec les Mitifs ; and. jé croyais parler as well as pas heune de les aut’ gentlemen.

— « Certainement, M. Carrel, certainement. Pour ma part, je vous assure que je vous comprends aussi bien que si vous étiez né à Paris.

— « All right! Toutes les mondes disaient ça à moà. Rien que Master Allongé qui disait pas dé même. Vôs entendez cela, master Pütitott, and tu vas le dire à lé docteur G., mais qu'il vienne icite. »

Voilà une commission qui ressemblait fort à celle dont le gouverneur D. m'avait chargé, l’année d'auparavant !. Elle montre jusqu'où va la vanité de certaines gens et où ils peuvent mettre le point d'honneur. Il importait fort peu à ce gentilhomme qu'on lui reprochât d’être biberon ; mais dire de lui qu'il estropiait le: français qu'il n'avait jamais appris sur les bancs, c'était là une diffamation dont il réclamait la réparation à cor et à cris. M. Carrel quitta le Mackenzie ce même été.

Indépendamment du Révérend M., qui était allé se nicher au fort Youkon, il y avait un autre ministre anglican, dans le Mackenzie. Il résidait au fort Simpson. C'était

! En route pour la mer Glaciale, page 275 et suiv.

un tout petit homme, ragot, ancien maitre d'école à la Rivière-Rouge. Bien qu'il eût visité tous les postes du Nord en cherchant à y faire desconquêtes, son zèle s'était vite refroidi. Il aimait sa petite maison, sa petite femme, ses petits enfants, tous petits comme lui. Une famille liliputienne. Je ne lui enviais pas son bonheur. Je ne lui en faisais pasmème un reproche. On peut parfaitement bien admettre avec saint Paul que « celui qui ne sait pas diriger une famille n’est point apte à gouverner l'Église de Dieu ! ; » qu’ « il est bon que chaque homme soit marié, à cause du danger de la fornication ? ; » et qu’ « il vaut mieux se marier que de brûler” », si l'on ne peut observer la : ntinence. Nous devrions méditer davantage ces salu: : -onseils apostoliques, et ne point nous estimer plus forts et plus saints que ne le furent nos pères dans là foi. Nous aurions pu ne pas accepter un joug que Dieu n'a jamais imposé à aucun homme, et dont ni J.-C. ni ses apôtres n'ont fait un devoir aux prêtres du Seigneur.

Donc, trève de ce côté. Le mariage n’est point incompatible avec le sacerdoce ; personne ne le nie. Le célibat catholique, qui a été adopté au 1x° siècle seulement, ne fut qu'une mesure disciplinaire, voulue sans doute par un siècle de désordres et d'abus. Un autre siècle peut parfaitement en déterminer l'abolition, par mesure d'édification publique. Un mo, de Rome suffit pour cela.

Mais ce que je reprochais à ce petit ragotin était le mal qu'ilse donnait pour faireapostasierdes chrétiens fervents, de manière à en faire quoi ? Il aurait été bien en peine de

‘ Epist, 1 ad Timol., cap. 11, v. 0.

? 8 ad Corinth., cap. vi, v, 2.

8 Jbid., v. 9.

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DES ESCLAVES 127 le dire. Quand on possède la plénitude du Christianisme, il est bien ridicule, — si ce n’était un crime, — de quitter le tout pour la partie. On n’appelle point cela une conversion, c’est une chute, une apostasie.

A peine arrivé avec les barques du Portage-la-Loche, le petit prédicant fit promettre aux Tchippewayans catholiques abondance de thé, de farine et de sucre à ceux qui se feraient rebaptiser par lui. Il mit aux enchères les livres catholiques et les objets de piété, offrant vingtcinq pelus à celui qui lui livrerait un lot de ces objets.

Pour remplacer nos livres, il distribuait de petites brohures imprimées en un jargon esclave incompréhensible aux Indiens, et dans lesquelles le malheureux n'avait pas craint d'ajouter au Décalogue un onzième commandement de Dieu ainsi concu :

« Mary, dessi, yaounlloi illèt » C'était incorrect et sacrilège, mais cela voulait dire : « Marie, jete l’ordonne, ne la prie point! » Avouez que c'était assez cocasse dans la bouche de Moïse. Il jouait sur le mot Marie.

Fort heureusement, le sauvage, surtout le Dènè, a du bon sens. Les moyens saugrenus du Rev. K. n’aboutirent qu'à sa défaite et à sa honte. Par d’habiles feintes, Métis et sauvages lui soutirèrent le plus de thé, de sucre et de farine qu'ils purent, sans qu'aucun d'eux se laissät rebaptiser. De ses brochures ils firent des bourres de fusil, Quand il leur demanda à acheter leurs livres et leurs objets de dévotions, tels que croix, chapelets, et images religieuses, les Dènè répondirent :

— « Nous savons fort bien que ces objets ne sont point des dieux ni des gris-gris. Ce ne sont que des emblèmes ou des souvenirs. Si toutefois ils sont mauvais, pourquoi veux-tu nous les acheter ? On n'achète point ce qui ne vaut rien. »

D'autres lui dirent :

— « Si ta religion était aussi bonne que tu le dis, tu ne nous paverais pas pour nous attirer à toi. Jamais les prêtres ne nous ont rien offert pour nous avoir. »

En somme, et bien qu'il eût beau jeu, ayant pour lui la protection des commis du fort Resolution et l’indigne interprète métis-français Louis Cayen, le petit ministre ne gagna pas un seul de mes sauvages et partit du fort Resolution comme il y était venu.

Voici une petite anecdote qui arriva au même révérend, cette année-là, avec un de mes meilleurs confrères, M. Émile "Grouard, dont j'ai déjà parlé ailleurs. En passant à la Providence, où résidait déjà cet ami, le petit ministre anglican l'alla visiter et se glorifia, en se frottant les mains, d’avoir fait un petit miracle, en montant en barque du fort Simpson. |

— « Oui, disait-il, nous avions le vent contraire depuis plusieurs jours, et toutes nos gens étaient sur les dents, harassés de fatigue et trempés de sueur. Tous imploraient à cor et à cris un vent favorable ; mais le ciel semblait leur être fermé et hostile. Finalement, ils vinrent me trouver tous, catholiques, protestants et infidèles, pour me prier de les gratifier d'un bon vent-arrière qui leur permit de se reposer. « Qu'’à cela ne tienne, leur dis-je, mes amis, mettez-vous à genoux, je vais prier Dieu pour vous. » Eh bien, le lendemain matin, nous eûmes un {errible vent-arrière qui nous a conduits à la voile jusqu'ici. Qu'en dites vous, Père Grouard ? »

Et le petit prédicant se rengorgeait en riant.

— « Cela ne m'étonne nullement, lui répondit mon aimable confrère avec esprit; mais là, nullement ; car je vous crois un assez brave homme, M. K., pour avoir obtenu ce peu de vent, de la bonté de Dieu. Dans cette

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circonstance vous avez accepté avec foi et confiance d'être l'intercesseur des sauvages, et votre intercession a été acceptée et récompensée aussitôt. Je m'en réjouis avec vous.

« Mais alors, M. K., pourquoi défendez-vous aux pauvres sauvages de s'adresser à la vierge Marie ou aux autres amis de Dieu? Croyez-vous donc que leur intercession ne vaille pas la vôtre, et que Dieu se trouvera plus fâché de recevoir leurs prières qu'il ne l’a été des vôtres ? »

Vous voyez d'ici, amis lecteurs, le nez du petit K.

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