‹ Autour du Grand Lac des Esclaves [microforme]Chapitre 36 sur 70 · S,. SUT · texte numérisé non relu

S,. SUT

à promène.

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« Viens avec nous. Nouste pensons un homme. Crainstu la fatigue ? Nous avons quinze traineaux à ta disposition. Redoutes-tu la famine ? Tu mangeras, chez nous, plus de langues de renne que le commis anglais ne t'en sert chez lui. Es-tu curieux de chasse et d'émotions ? Nous te promettons de te faire voir plus de rennes qu'il n'y a d'étoiles au firmament. »

Trois jours après, le 9 mai, je quittais le fort Raë avec mes nouvelles connaissances, les gens de l’Anus-del'Onde, en dépit des remontrances des Métis, quelque peu jaloux. Ils en poussaient des cris de paon.

Quatorze de mes aimables compagnons étaient possesseurs de traineaux. Voici leurs noms. Je les cite à litre de document curieux : la Graisse d'ours, chef, la Petiteloutre, le Gros-intestin, le Ventre-pointu et le Petit-tabac, tous fils du grand chef Confidence ; l'Astragale, le Fou, qui, entre parenthèses, était pas mal toqué ; le Sable fin, la Gréle, Sur-la-fiente, le Petit-infortuné, les Fesses... em” miellées, le Bouton-de-rose, et la Brimballe.

Tous ces sauvages, aux noms plus ou moins odoriférants, étaient mariés et pères de famille. Deux jeunes gens dont j'ignore les noms, et sans traineaux, couraient de. vant les chiens. L'un des deux y gagna une pleurésie dont il mourut peu de jours après notre arrivée. Deux autres, munis du quinzième traineau, avaient pris les devants afin de convoquer les 600 membres de leur tribu sur le lac des Filets-à-Inconnus t, où il avait été convenu que nous les rencontrerions.

Notre course était en picin nord. Nous nous dirigeà-

! Ou des Lacets-à-Ours, les Indiens variaient sur ce nom, les uns

prononçant Sa-mi-lié, Lacets-à-Ours, d'autres Si-mi-taié, Filets-à- Inconnus ; d'où les deux variantes ci-dessus.

mes tout à l'extrémité de la ‘baie du Nord d'où nous passâmes, par un court détroit, dans le lac des Brochets, beau bassin d’eau cristalline qui repose sur un fond de granit extrêmement plat et lisse, une immense dalle, Sur un îlot de ce lac, mes compagnons avaient fait une cache de vivres pour leur retour. Ils avaient enfermé du pémican, de la viande pilée et des moelles de renne fraiches dans un sac de cuir, qu’ils avaient suspendu à une gaule élevée dans un arbre décortiqué à dessein. La perche était en place, mais le sac avait disparu. Des pas d'un animal sur la neige, des débris de viande et des restes de corde rongée attestaient que maître carcajou avait trouvé le moyen de grimper après le tronc décortiqué, et même sur la gaule, quelque mince qu’elle fût, pour aller couper la corde et déterminer la chute du sac. Lorsque cet animal, si bien dénommé glouton (gulo luscus) a satisfait sa faim, il cache en différents endroits, sous la neige, ce qu’il n’a pu dévorer; puis il arrose d'urine ses cachettes afin d'en soustraire le contenu à la dent des autres carnassiers. Son urine nous aida à retrouver le restant des provisions, hélas! bien réduites. Cet animal est le même quelle wolverine des Anglais, le gerf des Suédois, le wilfras ou wulfranc des Allemands, le kwichkéatch des Tchippeways, le kakwaäkès des Cris, le nanpayé ou nonpa des Dènè, le nétsiw desDindijié,etle kpavik des Esquimaux. Buffon l'appelle

avec raison le vautour des quadrupèdes, et les Flancs-de- |

Chien le frère cadet du diable. La malice de cette brute

est telle qu'on la croirait douée de raison et avoir pour |

principe de nuire à l’homme autant qu'elle le peut, de propos délibéré et de gaieté de cœur.

Le carcajou est un plantigrade.

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chets, ce même jour. Nous campämes, à onze heures du soir, dans une crique protégée du vent du nord par un morne de porphyre dénudé, que l’on appelle Wéyé-zatla, dans son intérieur on a pénétré. Nom bizarre qui se rattache sans doute à quelque conte absurde. Au bord du grand lac des Ours, en pays flanc-de-chien également, un autre morne, mais calcaire, porte le nom de Wévyékoadéja, son intérieur est sorti. En effet, à quelques mètres de cette roche, qui contient une caverne, surgit du lac un rocher allongé et cornu, semblable à une limace, antennes déployées. Cette croyance aux montagnes creuses et aux générations rupestres me rappela instinctivement ce verset d'Isaïe :

— « Attendite ad petram unde excisi estis, et ad cavercnam laci de quà præcisi estist. »

Le lendemain au lever, grande distribution de plumes d'aigle faite par le chef aux gens de sa suite. Ornement ou kéri-kéri, chacun arbora sa plume à son bonnet.

Nous escaladämes Wévyé-zatla, et, par un portage assez court, nous nous trouvâmes sur le lac du Gros- Ventre, Bes-tchonhi, autre bassin dormant dans un lit de granit. De ce point, nous atteignimes en un jour la rivière du lac la Martre, que nous remontâmes sur la glace, évitant les circuits par de petits portages qui traversent une contrée horriblement ravagée par des incendies récents.

Le nom vrai du lac la Martre est l'équivalent français du mot stercus. Tant mieux pour ceux qui ne connaissent pas le latin. Les Anglais ont commis à ce propos, de bonne foi ou à dessein, un quiproquo qui, cette fois, est utile à la géographie. Cependant les bons Canadiens n'avaient

1 Isaïas, ch, v, v. 14.

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fait que traduire le nom flanc-de-chien de ce lac : Tsanteié, comme qui dirait lac de Cambronne.

Vers minuit, nous atteignimes le confluent de la rivière de ce lac excrémentitiel avec celle des Lièvres blancs, à laquelle je donnai le nom de rivière Gaudin, eu égard au droit que me donnait mon titre de premier explorateur. Ce cours d'eau est aussi large et aussi volumineux que l'Isère. Il est coupé de chutes, et peut être considéré comme un rapide continu.

Nous campâmes à deux heures du matin, déjà à court de provisions, et obligés de députer deux hommes au camp des Indiens du lac la Martre pour y quêter de la viande. Ilsrevinrent les mains vides, en nousdisantque ces sauvages étaient également dépourvus de vivres et réduits à se nourrir de faisans et de lièvres, maigre pitance quand elle est cuite sans sel, au court bouillon.

La journée du onze mai me parut aussi longue que fastidieuse. Nous traversâämes une contrée élevée et granitique, qui offrait l'aspect leplus désolé qui se puisse voir: des marécages, des arbres brülés, des cendres, du charbon et une boue noire et infecte. Dépouillés du peu de verdure dont la nature avait caché leur aridité, ces rochers quartzeux et rougeûtres ressemblaient à de grands cadavres, et le pays tout entier à un vaste charnier. La neige, qui fondait à vue d'œil, y était maculée de larges oupés de lichen noir et recoquillé, lèpre terrestre. Une ceinture de montagnes sombres entoure cette lugubre vallée des Lièvres si stupidement dévastée,

— « Vous vous plaignez d'être à court de provisions, et vous traitez ainsi votre pays! dis-je aux Côtes-de-Chien. Quel est le renne ou le lièvre qui trouverait à brouter au milieu de ces cendres et de ces tisons ? »

Du sommet le plus élevé nous aperçûmes la nappe

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congelée du lac de la Pèche, Tpé-mi-da-tpié, que nous évitimes par un circuit. Dans ce portage montagneux, je vis des gelinottes blanches comme la neige, qui avaient le col et la tête d'un noir de jais. Les mâles étaient ornés d'une petite crète rouge, semblable à celle des jeunes coqs. C'est la livrée printanière de la grande gelinotte du sud, que les Côtes-de-Chien nonrment Kha-’mba, la sœur du lièvre. Une autre espèce üe lagopède plus petit ne subit point cette transformation. C'est la petite qui dort sur les lacs, {oa-naloié-a. Elle est propre aux terres stériles du nord.

Pendant cette journée, je souffris de la chaleur et de la réverbération du soleil sur la neige miroitante, Nous n'avions plus que deux ou trois heures de nuit. Cette chaleur et cette lumière continues me brülaient l'épiderme, et la rendaient douloureuse au toucher. Ma peau devenait jaune, sèche, polie et cuisante. Les Indiens m'empèchèrent de la baigner, ce qui aurait aggravé, disaient-ils, l'excoriation. Ils tirèrent de leurs sacs des os, en retirèrent la moelle et m'en firent me frotter le visage, les mains, la nuque et même les épaules,

J'éprouvai aussitôt du soulagement.

Sur une basse-montagne couverte d'une belle forèt de peupliers et de bouleaux, dont les bourgeons remplissaient l’air de senteurs mielleuses, nous rencontrâmes le camp de deux Côtes-de-Chien, le Rayon-de-Soleil et le Petit-Lapin, qui nous donnèrent à manger. Mais ils ne purent nous prêter des provisions pour les jourssuivants. Je fis six baptêmes, dans ce camp, et préparai le reste de la population à ce sacrement, pour mon retour.

La quatrième journée fut satisfaisante. Nous traversimes le lac des Lièvres-Blancs, Æia-go-tpié, et ceux des

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Écureuils, des Rochers et des Rennes blancs, Æon-Hkatoié; à ce dernier je donnai le nom de Mazenod.

Mescompagnons commencèrent, dès le matin, à précipiter leur course; parce qu'ils n'avaient plus l'espoir de rencontrer qui que ce fût, et qu'ils savaient bien qu'ils ne trouveraient point de rennes sur ces granits arides. Hallot boys, prenez donc à votre cou vos longues jambes maigres, et fouettez vos guedets. Voilà que je viens de vous distribuer mon dernier morceau de viande sèche. Désormais il n’y aura plus de diner pour nous que dans votre propre camp.

Nous bivouaquâmes au bord du grand lac des Filets-à- Inconnus — ou des Lacets-à-Ours, comme l'on voudra, — sur lequel j'avais convié la tribu tout entière. Ce magnifique bassin, parsemé d’iles qui sont des montagnes de granit, est entouré au sud et à l’est d'autres masses granitiques de 1,000 à 1,200 pieds d'altitude, qui le séparent des sources de la rivière du Cuivre, de Hearne.

La montagne du sud que nous dûmes traverser etsur laquelle nous campâmes a nom 7a-tpa-toou-inha-kfire, un bel exemple de polysynthétisme. Il signifie littéralementsupérieures-à-travers-eaux-qui-unit-montagne; c'està-dire montagne de l’eau qui unit deux lacs supérieurs.

La cinquième journée, avant de quitter le bivouac où nous avions pris, la veille, notre dernier repas bien incomplet, le chef tira mystérieusement de son traineau un petit sac de parchemin, et de ce sac une poignée de viande pilée, qu’il me servit sur une assiette avec un petit morceau de suif de renne.

— « Tu as été bon pour nous, me dit-il affectueusement. Tu nous as distribué toutes tes provisions sans te rien réserver ; mais vois, j'aiété prudent; j'avais mis ceci de côté pour les cas extrêmes. Ce soir, au campement, je

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t'en donnerai encore autant ;mais il faudra que tu passes toute la journée sans manger, car il ne me reste absolument rien pour demain. Prie Dieu que mes parents ne soient pas partis du camp et qu'il aient de la viande ! »

Cette déclaration me fit maigrir. Je sentis que la ceinture demon pantalons'était élargie de cinq centimètres. Il n'y a rien qui aiguise Ja faim comme la pensée que l'on n'a rien à manger. Combien ces débuts malheureux confirmaient peu les belles promesses de festins homériques qui m'avaient été faites au fort Raë !

Je donnai le nom de lac Faber au grand lac des Filetsà-Inconnus, en l'honneur du vénérable oratorien anglais. Sa nappe immobile, encadrée de hauts promontoires et parsemée d'ilots de granit disposés en chaine, me parut ravissante sous le soleil de mai, à travers le voile pudique d’un brouillard diaphane qui drapait à demi toutes ces têtes de roc arrondies. Il faut pardonner à ma passion pour les montagnes l'admiration que je témoigne ici pour une contrée où un Flamand bien pratique n'aurait vu qu’un affreux et aride désert de pierres.

Nous traversämes le lac Faber sur un parcours de douze lieues; une pointe basse et allongée le coupe vers le milieu, en formant la Grande-Baie, Æ/a-tchô. Là, sur la branche horizontale d'un gros pin rouge, nous apercûmes six coqs de bruyère qui se chauffaient au soleil du matin, nous promettarit un bon coup de dent pour le diner. Le chef, homme très adroit, nous fit signe dene pas bouger. Il épaula sa longue canardière à silex, chargée à balle et tira. Une poule tomba, décapitée.

Je m'attendais à voir s'envoler les cinq autres tétras. Ils ne bougèrent pas. Ils se contentèrent d’allonger la tête d'un air curieux ou niais, regardant sans voir, probablement à cause de l’ophtalmie des neiges qui les aveuglait.

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Le chef épaula de nouveau son arme, et un nouveau coq alla rejoindre la poule dans l'empire de Pluton. Un troisième tétras l'y suivit. Tous les six allaient prendre le chemin du séjour des mânes, lorsque Z'sinziré, le Fou; se mit à crier qu'il était injuste et contraire aux principes de liberté absolue qui régissent les sauvages sur toute la terre, que le même homme s’arrogeât un tel droit sur les autres, par la seule raison qu'il était leur chef ; alors que lui, pauvre Fou, était bien capable d’en faire autant.

Pendant cette protestation intempestive, faite d’une voix de stentor, les ptarmigans s'étaient envolés à tire d'ailes, laissant les Côtes-de-Chien indignés et ahuris.

Cette intrusion de Tsinziré dans la partie de chasse du chef, détermina une querelle qui m'amusa beaucoup par le spectacle quelle m'offit.

Je n'ai point encore dit, en effet, que la majorité des Plats-Côtés-de-Chien sont bègues, bien qu'à divers degrés et de différentes manières, Quelques-uns se contentent de répéter le même mot deux ou trois fois. D'autres éprouvent une gène considérable à s'exprimer. Ils soufflent, crachent, suent, tournent les yeux, baffouillent, sans pouvoir prononcer un mot. Rien de si comique qu’une altercation entre deux bègues. Mais qu’on se figure une dispute entre quinze personnes affectées de cette singulière infirmité et se querellant à qui mieux mieux, divisées en deux camps.

Le chef remontrait justement au Fou d'avoir privé ses compagnons d'une pitance nécessaire, en interférant maladroitement entre son fusil et les coqs do bruyère. Le Fou reprochait au chef d'être exclusif, autoritaire et jaloux de primer en toutes choses. Je crus qu'ils allaient s’entre dévorer, tant leurs regards étaient vicieux. Mais c'étaient les spasmes du bégaiement qui leur faisaient faire

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ces grimaces et ouvrir ces rictus. Des sons incohérents sortaient de leur gosier, leurs voix s’entrechoquaient sans produire aucun son humain, sans pouvoir exprimer un seul mot, au milieu de cris rauques et d’un chahut impossible.

Nous 1e rencontrâmes pas les Toa-Æfwèlé pottiné sur le lac des Lacets-à-Ours. Deux hommes seulement nous yattendaient sur un rocher plat et dénudé, situé au large, l'Omoplate, Éyé-kokkwènè. 11s m'annoncèrent que le renne manquait, que la tribu avait gagné plus au nord et qu’il lui avait été impossible de se réunir sur le lac Faber, à cause de l'éloignement où ilse trouve de leurs pirogues de chasse et de leur sentier d'été. Mais ils m'apprirent que je trouverais probablement ces sauvages sur le lac Y'anéhi, à trois jours plus au nord, au delà de la seconde ligne de partage des eaux. Enfin ils ajoutèrent que sur le lac des Lacets-à-Lièvres, Âha-mi-toié, je trouverais probablement encore une partie de la tribu, qui nous donnerait de quoi manger ; car ces deux hommes n'avaient absolument rien apporté avec eux.

Une journée nous séparait seulement de cette portion de la tribu en marche. Il me semblait sage que, eu égard à notre pénurie absolue de provisions, nous nous rendissions au plus vite auprès d'elle. Mes compagnons comprirent les choses différemment. Ils pensèrent que, puisque leurs parents étaient si près d'eux, ils pourraient bien finir la journée au jeu et en chansons, avec les deux nouveaux venus, bien qu’ils eussent tous le ventre à l’espagnole.

Ils allumèrent donc du feu, firent du thé, 5ourrèrent leurs calumets de serpentine, s’assirent en rond sur le galet poli, malgré le vent et le froid, et commencèrent à Jouer à la main (Oudzi) en chantant, grimacant et se dodelinant comme des babouins en cage.

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Jusqu'au coucher du soleil, ces aimables Fils-de-Chien me firent faire de la sorte le pied de grue sur cette roche dénudée, n'ayant pour toute occupation que l'étude des protubérances granitiques du lac Faber.

Dans les détails topographiques qui me furent alors donnés sur les points saillants que je distinguais de mon poste d'observation, une chose m’étonna et dérouta les idées que m'avaient fournies sur la géographie des environs les meilleures cartes d’Arrowsmith : c'est que les Flancs-de-Chien font sortir la rivière du Cuivre du lac des Bœufs-Musqués, Akka-toié, (en anglais, Buffalolake) ; tandis que Franklin lui assigne pour source le lac Point, et qu'il place sur la droite de ce cours d’eau le lac des Bœufs-Musqués, de Hearne.

Franklin aurait-il commis une erreur géographique aussi forte ? Il est vrai qu'il séjourna si peu de temps dans ces parages !, qu'il düt lui être difficile de tout observer par lui-même. Il auvait donc, dans ce cas, porté sur sa carte des données reçues des Indiens Couteaux-Jaunes d’une manière incomplète et sans trop les comprendre.

On conçoit que l’insinuation d'erreur formulée contre un homme de cette valeur est trop délicate pour que j'osetrancher la question. Je la soumetsseulement à l’examen des futurs explorateurs.

Mais si la Coppermine River sort du lac des Bœufs- Musqués, ainsi que me l'ont assuré mes compagnons de route, où donc le lac Point jette-t-il ses eaux ? Il paraitrait que ce serait dans la baie Mac-Tavish, du grand lac des Ours, et par le moyen d’une rivière que les Plats- Côtés-de-Chien nomment Minkoa-al'a-dié la Rivière que

L'hiver de 1820 1821.

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DES ESCLAVES 203 l'on cherchait. Cette baien’ajamais été exploréescientifiquement. Il est à remarquer que la seule rivière que cherchait Franklin était la rivière du Cuivre ; si les Indiens ont assez mal compris le célèbre marin pour croire qu'il s'agissait de l’affluent du lac des Ours, tout en laissant supposer au capitaine que c'était la rivière du Cuivre, qui sortait du lac Point, nous avons la solution de cet étrange quiproquo.

Un bras de rivière coupé par une chute d’eau unit le lac des Lacets-à-Ours ou lac Faber, au lac des Lacets-à- Lièvres auquel j'imposai le nom de Lac Raë.

Nous campämes entre ces deux magnifiques bassins. J'y reçus encore une poignée de poussière de viande et un petit morceau de suif, ainsi que cela m'avait été promis; mais ce furent les dernières bouchées que j'avalai jusqu'au surlendemain à dix heures du soir.

La faim me fit trouver un goût délicieux à cette graisse crue. Je la suçai, je la conservai dans ma bouche comme un bonbon fondant, avec toute la délectation qu'aurait pu y apporter un Cosaque du Don.

La perspective des repas de Lucullus qui m’avaient été promis au fort Raë me rendit des forces, le lendemain, pour continuer ma route. Nos malheureux chiens n'avaient rien mangé depuis cinq jours. J’ignore comment ils rent pour continuer à courir, ce jour-là. Ges animaux sont les dromadaires du nord.

Olivier me montra un promontoire de granit qui s’élevait sur la gauche du lac des Lacets-à-Lièvres. On l'appelle le cap de Roche, Afweé-éta. Tout en face, de l’autre côté du lac, s'élève le cap Qui a lâché la montagne, Afwè-naréli-éta, Encore une autre excision de la pierre. Entre ces deux mornes, le lac ne mesure qu’une demi-lieue de krge, et il est encombré d'ilots de verdure, Aussi ce lieu

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est-il la passe d'été des rennes quand, de l'intérieur, ils remontent vers les steppes découverts du littoral de ja mer Glaciale.

C'était à ce détroit que nous devions rencontrer le reste de la tribu des Z'oa-Afiwelè pottinè, qui devait nous donner de quoi manger.

Nous n’y trouvämes plus personne, et, pour mon malheur, j'y contractai le mal des raquettes au pied gauche, à un tel point que je fus obligé de me déchausser de ce côlé, sans aucun espoir de soulagement ni derépit; car il nous fallut, au contraire, précipiter notre course.

Mais, cette fois, nous allions au hasard, le cap de Roche étant la dernière étape de la tribu que l’on nous eût 'ndiquée. C'est ainsi que nous atteignimes l'extrémité scptentrionale du lac des Lacets-à-Lièvres.

Là, nous aperçûmes un tombeau surmonté d'une perche à laquelle était fixée une longue banderolle de drap rouge. Une croix de bois s'élevait du côté opposé. Le tout était récent.

— « Qui dort 1à? » demandai-je à Gouverneur.

— « Soundi! Je ne sais. Nous l’ignorons. Ce malheur est arrivé après notre départ du camp. Un des enfants de Détchin-yié était malade. C’est peut-être lui qui s'est éteint. Chaque jour emmène sa victime. Tu le vois, nous périssons tous. Vas-tu prier pour le défunt? »

— « Sans doute. » Et nous agenouillant autour du tertre fraichement formé, nous priämes pour le mort, dont je bénis la dernière demeure.

Il y avait là un sentier battu; tout naturellement nous le suivimes et passâmes du lac Raë dans celui de l'Eau-

glacée, T'oa-wokhkoay-toié, qui est de moindres dimensions, mais tout aussi poétique, avec ses myriades d'ilots et les montagnes de porphyre qui le bordent.

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ur, ils C'était le onzième lac important que je découvrais dede là puis la baie du Nord, mais rien n’y faisait soupconner la

présence de l’homme.

e reste A bout de forces et pouvant à peine appuyer mon pied

L nous gauche à terre, je montai sur l’un des traineaux en avertissant mes compagnons que je n'en descendrais plus que

)n mal- nous ne fussions arrivés au Camp.

sauche, Nous allions nous enfoncer dans une baie qui s'ou-

r de ce vrait à notre droite, lorsque l'empreinte toute fraiche des

t; car il sabots d'un renne fit pousser des cris de joie à mes com-

pagnons. C'était la première piste de cet animal que nous e Roche rencontrions, depuis notre départ du fort Raë. ût indi-

Sur le lac, toute trace de sentier avait été effacée par lité SCp-

k dégel. C'était justement ce que nous redoutions. Il nous vint alors à la pensée de suivre la piste du renne. D lle nous conduisit en peu de temps sur des empreintes > de drap ricentes de raquettes de chasse.

& d'une

Le tout Nouveaux cris de joie :

— « L'khou souoa ! nous allons manger de la viande r'. raiche. Dounè nivwa illé lon! Les hommes ne sont pas malheur in, assurément. »

| enfants Un moment après, les narines de mes Côtes-de-Chien qe SSD diatent, Ils interrogent l'espace comme des limiers 18, DO hi ont flairé la bête, puis ils s'écrient : ei — « Kodékfwèe ! De la fumée! » Et aussitôt ils se

toi mettent à tirer force coups de fusil, sans plus se préoccu- ( ;

pr des rennes qu'ils épouvantent et mettent probable-

ment en fuite.

ent nous t

de l'Eau- Les chiens avaient aussi bon nez que leurs maîtres. ensions, ls dressent l’oreille, relèvent en trompette leur queue ts ct les “oquillée entre les jambes par la faim, et, oubliant

kr fatigue et leur fringale, ils s'élancent en avant,

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avec des hurlements de joie. Les chiens du nord ne jappent jamais, ils hurlent.

Bientôt des détonations prolongées répondent à nos appels réitérés. L'enthousiasme de mes compagnons ne connait plus de bornes. On dirait qu’ils reviennent d'Europe ou de faire le tour du monde. On ne se douterait pas qu'ils n’ont quitté leurs familles et leurs loges pointues qu'il y a vingt jours à peine, tant est grande leur joie de les revoir. Des exilés revenus de Nouméa ou du fond de la Sibérie ne manifesteraient pas plus d’allégresse à la vue de Paris la Noceuse ou de Moscou la Sainte.

A six heures du soir, le septième jour de notre départ, nous fimes ainsi notre apparition au milieu de la peuplade des Z'sa-Kfiwèlè-sottiné en marche. Il était temps. Le iendemain, j'y serais arrivé sur le dos.

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