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réellement, dans des transes ou des songes, une foule de balivernes et de choses bizarres qu'ils donnent à leur trop crédules adeptes comme l'expression de la vérité.
Les quadrupèdes, les oiseaux, les végétaux, les éléments s’animent pour eux, deviennent des génies supérieurs, entrent en conversation avec eux, leur révèlent de prétendus mystères d’un autre monde, leur procurent des succès à la chasse, la guérison de leurs maux et une longue vie; mais surtout, disent-ils, des jouissances d’un ordre érotique. Ge sont les incubes et les succubes des temps de sorcellerie.
En retour de ces avantages matériels ou fictifs, l’animal qui s’est révélé à l'homme-ombre et qui est devenu son ellonhe ou animal-dieu, lui ordonne de ne jamais le tuer, de ne point le manger, de ne point prononcer son nom devant les profanes, en un mot de le considérer comme son protecteur, son génie tutélaire, son dieu.
Cette révélation est-elle réelle, ou imaginaire? Je ne puis me prononcer. Si elle est réelle comme me l'ont assuré certains chamans, ces hommes sont dans le même cas que les fous qui disent avoir des rapports avec les esprits. Mais beaucoup d’entre eux m'ont assuré n'avoir reçu ces communications qu'en rêve. Un plus grand nombre m'ont avoué qu'ils avaient menti en se disant inspirés. C'étaient sans doute les plus sincères mais, les plus mauvais.
Voilà donc le véritable caractère de ce culte que l'ona appelé chamanisme en Asie, fétichisme en Afrique, nagualisme dans l'Amérique centrale, otémisme chez les peuples de race hilliné. Parmi les Dounè, nous devons le nommer ellonhisme, parce que ce peuple appelle elonhé, l'animal-divin qui se révèle à eux. Mais dans toutes ces contrées il revêt les mêmes caractères, c’est l’adoraticn la
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plus vile : celle de l’animalité. C’est le plus grand honneur qu'on puisse faire aux créatures brutales au détriment de la divinité : celui de les prendre pour des génies, des esprits supérieurs à l’homme. |
Personne ne s'étonnera, je pense, si j'assure mes bienaimés lecteurs que ceux d’entre les chamans qui prennent leur métier au sérieux, qui se donnent corps et âme à cet animal-génie qu'ils ont vu en rève, finissent par devenir de véritables fous pleins d’hallucinations, de perceptions erronées et ridicules, de rèves éveillés. Leur ntelligence s'atrophie dans cette vie abstraite et idéale et cependant tournée entièrement vers la bête ou la matière inerte.
Ces gens-là ont faussé leur esprit, ils ont fait dévier leur âme dont la tendance naturelle est vers la spiritualité, pour la tourner vers les êtres inférieurs à l’homme. De là un abrutissement voisin de l'imbécillité et de l'idiotisme. Le plus grand nombre est voué à des turpitudes sans nom, qu'ils commettent aussi facilement que l'on boit de l’eau.
J'aurai à fournir de nombreux exemples de cette assrtion, dans le cours de mes récits. Pas un seul n’a été de nature à me porter à modifier mon jugement sur les chamans.
Lorsque la conversion générale des Danè-Dènè-Dindjié à la foi chrétienne réduisit à l'inaction cette classe d'hommes dégradés et cependant redoutés, tous n’embrassèrent pas la vraie foi d’une volonté déterminée. Il y eut des tergiversations. Plusieurs d’entre eux voulurent passer un compromis avec leurs anciennes pratiques, et se déclarèrent les chamans du bon Dieu. Ils continuèrent à rêver, à chanter, à souffler, à se mettre en transes ; mais leur génie inspirateur n'était plus le loup arctique
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