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ou le corbeau, le brochet ou la musaraigne ; c'était !Violtsi, le Fait-terre des Blancs. Quant à nier qu'ils eussent des visions, des apparitions, des révélations supernes, ils ne voulurent jamais en convenir.
Ce fut une nouvelle phase pour le chamanisme. Elle produisit ces fous théomanes dont j'ai déjà parlé et que l'on ne peut guérir que par le mépris et le ridicule, l'arme la plus forte dont on puisse faire usage à l'égard des Dènè,
Quand un Indien a ri et s’est moqué de quelqu'un, cet homme est jugé. Il n’a plus qu’à rentrer dans le silence ou le néant.
Parmi les soixante chamans dont se glorifiait la tribu des Z'oa-Xjiwèlè-pottiné, dix pour cent, j'en trouvai cinq qui se disaient voyants et prêtres de /Violtsi, bien qu'ils ne fussent pas plus baptisés que leurs compatriotes. Parmi eux était une femme.
Le meilleur et le plus bête des cinq, T'{cha-bédéti, le Thaumaturge, m’exposa confidentiellement la doctrine, qui, disait-il, lui avait été révélée. Il conservait les trois grands mystères des chrétiens ainsi que le culte de la Vierge et des Saints ; mais il rejetait tout le reste.
Plus de messe, de confession, de communion. Il avait, disait-il encore, été élevé jusqu'au troisième ciel qui était blanc, le ciel des élus et de la vision béatifique. Mais il avait dû passer par un ciel gris et un ciel noir, horribile visu.
Ce saint homme avait remplacé nos hymnes sacrés par une vocalisation monotone et plaintive que ses adeptes répétaient à satiété, en se balancant comme des idiots. Tout cela lui avait été révélé, disait-il.
Par cet échantillon de visionnaire, on peut juger de tous ceux qui surgirent dans chaque tribu et que j'ai vus
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un peu partout. Aucun d'eux n’a tenu devant notre indifférence. Si nous nous fuséions élevés contre eux, si nous les avions honorés de prédications furibondes,cesfous eussent enfanté des hérésies. Voilà ce qu'il faut aux novateurs au lieu des inquisiteurs et des bûchers : le mépris et l'indifférence.
Je fus étonné de trouver à plusieurs chamans flancsde-chien des noms égyptiens connus. Tels Menkhéré, la Branche large ; Raskénen, le Fils de l’oie; A'haa, le petit Lièvre ; Zeti, l'Élan; Sébækotih, Mon ventre est animé; Toa-rakka, l'Eau glacée; Æha-khéoa, les Poils de la patte du lièvre ; etc.
Je bapisai 85 adultes parmi ces gens de l’Anus-del'Onde; ce qui porta à 242 le total de mes baptêmes. J'y bénis 33 mariages. Mais en vain les cinq illuminés me demandèrent-ils le sacrement de la régénération, je ne voulus leur donner que la pénitence, les renvoyant au printemps suivant afin d'acquérir la preuve de leur fidélité. Ils me firent baptiser tous leurs enfants; puis, voyant que je ne fléchissais pas devant leurs importunités, ils se séparèrent de moi tout à fait.
Un beau dimanche, ces fous entrainèrent donc les trois quarts de la tribu sur une éminence, au sommet de laquelle ils avaient élevé une grande loge de médecine, renouvelant la superstition antique des hauts-lieux.
Le chef le Gouverneur, accompagné d’Augustin Et tsouzé, un Flanc-de-Chien que j'avais baptisé mourani: au Rapide, en octobre 1862, et qui avait été guéri, vinrent m'avertir de ce qui se passait, me priant d'y mettre bon ordre.
Je me transportai immédiatement sur la butte et y trouvai les Côtes-de-Chien non encore baptisés, quiétaient accroupis devant le chouns entrouvert dans lequel se te-
naient les quatre jongleurs.Ils chantaient la lamentable vocalisation dont j'ai parlé plus haut, l'accompagnant de leur balancement idiot. Chez les sauvages il n'y a pas de danse, de chant, de jeu sans grimaces ni extravagances dignes d’un asile d'aliénés. Quelque sensé que soit un Peau-Rouge, sitôt qu'il joue il devient fou ou il le con trefait.
En me voyant paraitre, la foule fut déconcertée. L'hé.sitation, la crainte parurent dans ses regards. Je m'en apercus. Aussitôt, frappant dans mes mains d’un air tant soit peu fâché, je fis cesser ces piailleries ridicules, reprochant aux sauvages sans aigreur et avec bonté l'oubli si prompt qu'ils faisaient de Dieu et des promesses qu'ils m'avaient faites. Puis je leur ordonnai de s’en retourner dans leurs tentes respectives.
Ils se levaient pour m'obéir, lorsque le plus violent des quatre hallucinés, £kfwi-takkwè, la Tête-tomht se dressa pourpre de colère et m'apostropha avec des regards flamboyants :
— « Qui es-tu, toi, pour t'opposer à nos desseins ? Quel est ton pouvoir ? Où est ta puissance, toi qui avoues ne point voir Dieu et n’en recevoir aucune révélation? Moi, je le vois, Dieu, et je lui parle face à face. Cesse donc de faire le maitre chez nous et retourne-t’en aux lieux d'où tu es venu. Nous n'avons que faire de toi, ici, puisque tu ne veux pas nous baptiser. »
— « Il n'était pas nécessaire de me mander auprès de vous, lui répondis-je avec calme, si vous ne vouliez ni changer de vie, ni renoncer à vos farces et à vos fétiches. Mais puisque vous ne voulez plus de moi, je vais vous prouver que je ne viens point ici pour vous imposer ma religion malgré votre volonté. Je vous prends au mot. Dès ce moment, je vais me disposer à partir au plus vite. »
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Sur ce, je m'éloignai ; mais la foule m'avait déjà précédé, redoutant les suites de mon mécontentement. Elle se dispersa dans toutes les directions, laissant tout seuls les quatre énergumènes qui quittèrent le camp le même jour, couverts de confusion.
Alors commencèrent à ma loge des visites sans nombre. Chacun venait apologiser et exprimer le plus haut possible ses regrets. L'excuse de chacun était invariablement la même : — « Je n'y étais pas, Père miséricordieux, je n’y étais pas. Que cette scène malheureuse ne t'empêche point de me baptiser. Je la déteste de toute mon âme. »
De toute la tribu, pas une seule personne ne voulut avouer qu'elle avait pris part à ce ridicule meeting qui en comptait au moins quatre cents.
Les trois chefs vinrent successivement me présenter leurs doléances et m’engager à demeurer longtemps parmi eux. Ils m’assuraient qu'ils désavouaient les paroles vives d'Ékfwi-takkrwé.
— « Ce n'est pas pour rien qu'il s'appelle la Têètetombée, va, me dirent-ils. Sa pauvre tête n'est pas sulide. Prends-le en pitié lui-même et baptise-le. Tu vois bien qu'il est bête. Si tu en as pitié, il deviendra bon et sensé, »
Je fis le difficile pendant quelque temps, puis je finis par condescendre à leur désir et je repris mes instructions aux catéchumènes, Mais je m'obstinai à remettre à l’année suivante le baptème des illuminés.
Le soir de ce même jour, je gravis une colline de granit qui dominait le pays. J'avais besoin de quelque distraction. J'allai y réciter mon bréviaire et prendre une vue panoramique du désert des Flancs-de-Chien.
De ce piédestal de diorite, plaqué de larges oscelles
de lichen, la vue s'étend sur une vallée boisée qui se dé- vol roule entre les montagnes des Plats-côtés-de-Chien, à titr l’est, et la grotesque encolure du cap de Roche, A fwè-éta, de à l'ouest. jer Ce bassin est occupé par une forêt de sapins coupée de : lacs ; mais quels sapins ! Six pieds de haut; un tronc cros I n comme celui d’un noisetier, chargé de lichen verdätre L comme un vieillard chauve d’une filandreuse perruque. ets De loin en loin, le granit, qui constitue le sol de cette leur aride contrée, perce la sombre superficie de ces bois d'un Æ bs« mamelon conique et dénudé. A leur pied, s'étend une prir étroite ceinture blanche. C'est une lisière perdue du lac 4 pas | des Lacets-à-Lièvres aperçue de loin. Puis autour de mon Je piédestal, poli par les orages et les vents, la nappe im- | L' mobilisée du lac de l’Eau-glacée. (Voir PI. VI, p. 182.) mène Mon bréviaire récité et mon croquis tiré, je redescen- trine dis chez moi. Les trois chefs m'v attendaient en conseil, assis guindés, soupconneux, le visage sombre. une
— « Qu'es-tu allé faire sur la montagne ? » me dit le l'hun Soleil-reluisant d’un air sournois. comn — « Prier et dessiner. plus À
— « Pourquoi sur la montagne plutôt qu'ici ? viand — « Parce que j'avais besoin d'exercice. Tes jeunes de cu gens m'avaient donné la migraine par leurs visites inces- Le santes et leurs longs parlements. J'avais besoin du grand seules
air. vermi
— « Montre-nous le papier que tu as noirci là-haut. pour — « Le voici. pour — « Qu'est-ce que cela? là nui — « La représentation de la vallée, des lacs et des poser montagnes. nassie — & Pourquoi as-tu noirci la terre là-haut ? Aut
— « Afin de fixer mon souvenir. Afin de me rappeler nstan
se délien, à vè-Cta,
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de cette pis d'un end une > du lac de mon ppe imp. 182.) edescenconseil,
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votre pays quand je serai loin d'ici. J'en agis au même titre que pour les mots de votre langue et pour les noms de vos enfants. Je dessine tous les beaux paysages que je rencontre. q
— « C'est bon. Nous avons confiance en notre Père, Il ne se rappellera de nous que pour prier pour nous. »
Les trois chefs me jetèrent un long regard scrutateur et soupçonneux, comme pour lire sur mes traits si je leur avais dit la vérité. Il paraît que leur examen muet les satisfit touchant l’innocuité de ma nature, car ils reprirent aussitôt un air bonasse et me conjurèrent de ne pas les quitter.
Je le leur promis.
L'instruction quotidienne et constante des catéchumènes me fatigua beaucoup. Rien qui dessèche la poitrine comme ces longues paroles, ces redites sans fin, assis à terre sur une couverture, en plein air ou sous une tente ouverte à tous les vents, au dégel, transi par l'humidité et le manque de feu, géné par une position incommode, en proie à la faim; car je ne pouvais déjà plus voir la viande de renne bouillie sans sel ni apprèt, viande maigre et insipide, cuite dans un vieux chaudron de cuivre rouge non étamé.
Le dégoût, la fatigue et la faiblesse n'étaient pas mes seules épreuves. Mon auditoire m’eut bientôt rempli de vermine. Le seul passage des sauvages dans ma loge, pour assister aux instructions ou à la messe, suffisait pour me couvrir de poux. Ces insectes me donnaient, h nuit, une sorte de fièvre qui ne me permettait de reposer que sur le matin, c’est-à-dire quand ces petits carnassiers avaient fini la curée.
Autre sujet d'ennui : je ne pouvais me soustraire un instant aux regards ni à l'observation attentive des In-