mana nee pre mratene
diens, fût-ce pour les choses les plus banales, les actions les plus secrètes. L’Indien est curieux, sceptique et méfiant. Il veut tout voir, tout juger, tout savoir, comme un enfant. Il n'ajoute foi qu'au témoignage de ses yeux. Ils voulaient donc être certains que ma conduite ne démentait pas mes paroles. Logeant dans une tente, c'est-à-dire à la merci du premier venu, je n'aurais pu déguiser mes actes plus d’une journée, si j'avais nourri des desseins pervers en venant chez eux. Ils le savaient bien.
Mais, comme d’un autre côté leur vie est une sorte de communisme mitigé; comme chacun y connait la vie et la conduite d’un chacun, ces bonnes gens auraient voulu aussi percer la mienne. Ils auraient surtout désiré que je ne me gênasse nullement pour ce qui a trait aux nécessités de notre pauvre nature. Or, nous sommes plus fiers que cela.
Quand je me préparais à me coucher, j'avais donc toujours autour de moi une demi-douzaine de témoins patients, qui, après avoir fait le vide dans mon chaudron et léché toutes mes assiettes, assistaient à la cérémonie comme les courtisans de Louis XIV au petit coucher du roi.
Étaient-ils sortis, congédiés d’un signe, et les ténèbres commençaient-elles à se répandre, j’entendais de mystérieux chuchotements au bas de ma loge, et j'apercevais trois ou quatre têtes rieuses de jeunes filles qui m'observaient d'une manière indiscrète.
— « Que voulez-vous ? leur criais-je de ma plus grosse Voix.
— « Oh! rien, Père, dire une petite prière, recevoir une bénédiction.
Elles repartaient en riant aux éclats, satisfaites de leur
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examen, heureuses de leur mensonge; et je les entendais s'écrier dans leur loge, en bégayant :
— «Il dort tout... tout... tout... tout seul, tou... tou... tou. toujours seul, ce. ce... ce drôle d'homme ! »
Sans m'en douter, je fournissais cependant aux femmes et aux filles mainte occasion de croire que je les courtisais. C'était en leur parlant avec bonté, en leur souriant, en plaisantant honnêtement avec elles, comme je le faisais avec les hommes, et surtout en leur offrant à manger quand elles me surprenaient prenant mes repas.
« Chez les Peaux-Rouges, a dit un voyageur anglais «dont j'ai oublié le nom, regarder une femme, lui sourire, «lui offrir une bouchée et surtout du tabac {ce dont, «entre parenthèses, je me suis toujours abstenu), est con- « sidéré comme une avance directe que toutes compren- «nent sans autre explication. » Cela est parfaitement vrai. Sourire échangé et bouchée acceptée, gages d’acquiescement.
C'est ce que j'ignorais alors. D'ailleurs, l'aurais-je su que je n'aurais rien changé à ma ligne de conduite. Quand les hommes ont des idées fausses et le sens moral perverti, c'est au prêtre à les leur rectifier, à les relever, et non à s’abaisser à leur niveau abject.
Je voulais qu'ils pussent parler, rire, plaisanter honnètement avec n'importe qui, femme ou homme, sans qu'ils y vissent du mal.
Quand ils me virent dépourvu de malice, les hommes eux-mêmes finirent par m'apprendre en riant que j'avais été, à mon insu, un danger pour leurs femmes et leurs filles :
— « Édé-nontoaghé-ttsen dou tsédénendi, me dirent-ils. Tu es libertin sans même t'en apercevoir. »
Jde ne le compris parfaitement que lorsque je vis à
plusieurs reprises une belle fille de vingt ans — j'en avais alors vingt-cinq — venir soupirer dans ma loge en me couvant d’un regard languissant. Elle était encore infidèle.
— « Qu'y a-t-il, Wa-toan-itsa-zé!? Tu me parais souffrante, ma fille.
— « Ta fille! Tu es aussi jeune que moi. Ne vois-tu pas que je souffre pour toi ? Véoa douyé él'i. Veux-tu que j'aille t’attendre dans les bois ? »
Elles n'y allaient pas de main morte, comme on le voit.
C'est cela qui aurait été une curiosité, le Priant courant le guilledou avec une Mina café au lait. Eh bien, les autres n'y auraient rien vu que de très naturel. Ces gens-là, comme les Irlandais, pardonneraient tout à leurs prêtres pourvu qu'ils en soient aimés. Une seule chose les scandalise : la colère.
Quelque grand que fût le nombre d'adultes que j'admis au saint baptème, je ne pouvais, par prudence, y faire varticiper tout le monde sans m’exposer à conférer ce sacrement à des gens mal disposés, tels que l’étaient les jongleurs, ou comprenant mal la religion, tels, par exemple, que Watopantsazé.
Je dus donc en renvoyer beaucoup à l’année suivante. Il s'en suivit des remontrances respectueuses, puis des pleurs qui furent bientôt suivis de reproches. On m'accusa en face d’avoir le cœur dur, de les traiter avec hauteur, de ne pas même faire cas de leurs plus jolies filles. Hélas! j'aime trop les sauvages pour supporter ces injures sans émotion. Ma seule consolation était que c'était
‘ Celle que l’on a prise au croc comme le castor. Litt.: Boucheintérieur-castor-crochet, ou : Dans sa bouche est le croc à castor
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leur ardent désir de régénération spirituelle qui leur dictait ces avanies, et qu'en leur refusant je faisais mon devoir.
La Graisse-d’Ours, lui-même, qui avait toujours été si bon pour moi, vint me trouver et me dit :
— « Mon père, puisque tu as fini avec nous pour le baptême; tu feras mieux d'aller plus loin. Nous n’avons plus de nourriture à te donner ».
— « Pour l'honneur de ta race! lui dis-je. As-tu réfléchi à tes paroles, mon fils ? Est-ce pour me laisser dans la détresse que tu m'as amené dans ton camp ? Ces jours derniers, quand je voulais partir, vous m'en avez empéché. Maintenant que je me suis décidé à demeurer avec vous, vous me renvoyez? J'en suis bien fâché, mais je reste. »
Sa-tl’é ne répliqua rien, et tout en demeura là. Désormais les Flancs-de-Chien ne me tourmentèrent plus.
— « Kkagow6, disaient-ils. Il est le maitre. » Et ils s'en rapportèrent à moi pour le baptème. Dire qu'il n'y eut plus de murmures serait faux; mais du moins on ne les exprima plus en ma présence.
Cependant j'entendis une fois le grand chef Sa-naindi crier à tue-tête du fond de sa loge, afin que tout le camp l'entendit malgré son bégaiement :
— « Eh! Ménounlay-yatoii, les Priants francais sont des hommes durs et intraitables. Avec eux on n'est jamais maitre; non, jamais; pas même chez soi. Voici, par exemple, celui-ci, que nous avons mandé dans l'espoir l'en être tous baptisés. Nous désirions sa venue, nous l'accueillons comme notre parent, nous l'écoutons, nous k chérissons, nous le nourrissons, nous le logeons. Eh bien, pouvons-nous lui commander la moindre des choses, nous , chefs? Pas plus que ces enfants que voici. Il
est seul, sans parents, sans défense, et cependant il tient tête à tout le monde. Il faut en passer par où il veut. Je suis un chef, moi, pourtant. J'ai la tête blanche. Pourquoi ne m'obéit-il pas? Nos prêtres dounè m'’obéissent bien. Si je leur dis: Chantez pour nous! Ils chantent. Faites la silhouette sur ce malade! Ils la font. Et ce petit prêtre français ne veut agir qu’à sa guise. Si nous voulons le payer pour en être baptisés, il entre en colère et dit que cela ne se fait pas pour de l'argent. Il baptise les mauvais parce qu'il les croit bons; et ceux qui sont bons il les renvoie parce qu'il les pense mauvais. Veut-on le retenir ? Il veut nous quitter. Le congédions-nous ? Il reste. En vérité, il fait l’homme, Æke-odéha, et nous ne sommes jamais maitres, même dans nos forêts ! »
Cette tirade attristante et drclatique dépeint bien la faiblesse de caractère des Dane, et surtout des Flancs-de- Chien, ces incirconcis parmi des circoncis. Un petit enfant blanc gouvernerait cent de ces grands enfants à peau rouge.
A entendre crier et tempêter le grand chef, on aurait pu croire qu'il allait me dévorer. Tout le contraire ar. riva. Je dis bien tranquillement à quelqu'un qui était dans ma loge :
— « Qu'a donc le chef, ce matin, pour parler à tortet à travers comme un des visionnaires de l’autre jour ? Est-ce qu'ils l'auraient gagné à leur cause, lui aussi, un vieux chrétien dont tousles enfants sont aujourd’hui baptisés?»
Peu d'instants après, le pauvre vieillard apprenait que je l'avais compris et méjugé. Aussitôt, il s'empressa d'accourir à ma tente, armé d'un... gros gigot de renne.
— «Tiens, mon frère cadet, me dit-il la larme à l'œil, il n'y a qu’un moment, je me suis terriblement fiché contre toi; mais je confesse que je suis bête d'agir ainsi.
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Tiens, voilà un peu de viande. Mange et prie pour moi.»
Pourrait-on ne pas aimer d'aussi bonnes natures, des hommes aussi aimables? J'en ai les larmes aux yeux à leur seul souvenir.
Une nuit d'orage, je fus réveillé en sursaut par des cris afreux qui retentissaient dans le camp, au milieu des déchainements du vent et des clapotements d’une grosse averse. C'étaient des pleurs, des cris de femme, des appels réitérés, mêlés à des bégaiements qui m’empêchaient de bien comprendre. Une jeune fille souleva un pan de ma loge trempée d’eau, et de son timbre de voix le plus aigu, ézavant et bégavant, elle me cria :
— ciSé... sé. sé... sétoa, sé. sé... sé... sétchilé é… cé... 6... él'adédénwd. Xiédi, yiédi, bé... bé... bé... bélisen «din... din... din... dintl’a lon! »
Ce qui veut dire : « Mon père, mon frère cadet se meurt. Accours vite vers lui. »
Avant que je lui eusse demandé qui elle était, qui était son frère cadet, où il demeurait, par où il me faudrait passer pour trouver sa loge dans l'obscurité, elle avait couru ailleurs, portant la triste nouvelle de loge en loge et mettant tout le camp en émoi. C’est la coutume en pareil cas.
Je pensai, naturellement, à T'imontsatè, Celui qui fait le tour de la terre, et je me transportai aussitôt à sa tente. C'était bien de lui qu'il s'agissait.
Je trouvai l'enfant gisant devant le feu, nu comme un ver, avec une pierre de 25 kilos sur le ventre, et entouré de toute sa parenté qui poussait des cris et des gémissements. Le père du malheureux me dit :
— « C'en est fait. Mon fils a rendu le dernier soupir. l'est mort. Après un accès terrible, il s’est éteint tel que iu le vois. »
Je me penchai sur l'enfant. Je posai la main sur son cœur. Il battait régulièrement. J'approchai mon oreille de ses lèvres. Il respirait paisiblement comme un enfant de son âge profondément endormi.
— « Cet enfant n'est pas mort, dis-je à l’assistance, Pourquoi tant de tapage? Il dort tranquillement. Laissez-le donc reposer en paix. » Et je me retirai en souriant, Mais le père de Z'imontsatè me retint par le bras.
— « Arrête, s'écria-t-1l, Yénikodijäa! c'est un miracle! Puis, décrochant du boucan un plat-de-côtes gras, il me le placa sur l'épaule en ajoutant :
— « Merci pour les bonnes paroles que tu viens de prononcer. Maintenant nous savons que tu es puissant. L'enfant était mort et tu ne t’en doutais pas. Puisqu'il revit, prends ceci et fais qu’il vive longtemps encore. »
Le lendemain, on m’emmena le pauvre petit en traineau. Il était tout souriant et si beau! Ah! que j'aurais voulu pouvoir le guérir; mais outre que je n'avais pas le moindre médicament, je ne comprenais absolument rien à son mal. Peut-être eussé-je mieux fait de l’exorciser.
L'impression qui me resta de mon séjour parmi les TLa- K'fwèlè-sottinè fut que ce sont les sauvages qui se rapprochent le plus du caractère français par la jovialité et la bonté du cœur, et de l’irlandais par leur foi et leur amour de la religion.
Je les laissais vivement émus et prêts à fondre en larmes quand je les entretenais de ma belle patrie, de ma famille, de ma mère bien-aimée qui dépérissait à vue d'œil, me pleurant toujours sans espérance de me revoir,
Jls ont les larmes faciles et le cœur tendre.
Mais je les ai toujours vus rire et s’ébaudir quand je leur reprochais la licence de leurs mœurs, leur propension à l'amour, et la légèreté de leur caractère.
Ut qual turni an dant ou d regre passa geaie et des role o Comr la déx
De L'un :
mis à ger se vait fs n'étai pouille relati On me gras « — Si d'abat leil o mes d
Je t versat que /° n'aya frein q crainte
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sistance, it. Laissouriant,
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18 de propuissant. Puisqu'il encore. »
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parmi les res qui se a jovialité foi et leur
ondre en patrie, de ssait à vue
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Une jovialité inaltérable semble être le défaut ou la qualité de cette tribu, tout comme la morosité et la taciturnité sont le partage des Tchippewayans. Que de fois, au milieu des instructions les plus sérieuses ou pendant le saint sacrifice, ne m'’ont-ils pas interrompu ou distrait, pour suivre des yeux, avec des accents de regret, un volier d’oies sauvages ou de canards qui passait sur nos têtes. Cinquante paires de bras s’allonseaient en manière de fusils dans la direction des volatiles, et des pan! pan! pan! réitérés venaient me couper la parole ou me forcer à rire au milieu des cérémonies saintes. Comme cela était fait pour inspirer de l’éloquence ou de la dévotion! | |
De singuliers cas de conscience m'étaient proposés. L'un m'interpellait pour me demander s’il est encore permis à quelqu'un qui vient de recevoir le baptème de mangei ses poux. Un second me questionnait sur ce qu’il devait faire de ses cheveux après les avoir coupés, et s’il n'était pas nécessaire de les enterrer comme toute dépouille humaine. Un troisième témoignait du scrupule relativement aux mort-nés des animaux tués à la chasse. On me demandait s’il était permis de manger du sang, du gras des intestins, des œufs, — prescriptions judaïques. — Si ce n'est pas un crime de tuer un chien, un renne, d'abattre inutilement un arbre vert, d’uriner en plein solil ou dans le vent. J'étais interrompu vingt fois dans mes discours.
Jde trouvai les Flancs-de-Chien capricieux, volontaires, versatiles et même grossiers ; tels enfin que ne peuvent que l'être des hommes entièrement livrés à eux-mêmes, n'ayant recu aucune instruction, ne connaissant d'autre frein que l'avertissement secret de leur conscience ou la trainte de se froisser les uns les autres.
2 Ë penses 4
Indifférents, irrespectueux à mon égard, impies ou gouailleurs, ils ne le furent jamais.
Il va sans dire que cette seule visite ne suffit pas pour dissiper toutes leurs erreurs, pour renverser toutes leurs superstitions, pour voir tomber tous leurs préjugés. Ils avaient déjà la foi avant mon arrivée, et elle s’enracina encore plus en eux par ma visite. C'est un succès, et j'en fus consolé. Gloire en revienne à Dieu seul.
J ka lieu tier d'où
Qu reten
Jen’ me d pour
De voyai brun grani surle terres
La plaqu renne
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pas pour tes leurs ugés. [ls enracina s,et j'en