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à côté de leur mère etsautillant sur leurs piedsde derrière, Ces différentes bandes tantôt se réunissaient en un seul troupeau de plusieurs centaines de têtes, tantôt se sub. divisaient en plusieurs groupes, trottant légèrement dans la neige fondue, ou marchant paisiblement têtes queues, la tête surmontée de leur vaste ramure.
A leur vue, vingt chasseurs se répandaient autour du lac congelé, et attaquaient la masse cornue sur plusieurs points, tirant dans le tas. Au bruit des armes à feu, les rennes se débandaient et détalaient avec l’impétuosité de jeunes poulains. Mais ils n'allaient pas loin. Ces bites stupides s'arrêtaient de nouveau, examinant curieusement les alentours, de leurs grands yeux de gazelle, Elles paraissaient regretter leur pusillanimité.
— « Allons, il n'y a rien. C'était un coup de tonnerre, Étions-nous simples ! Quelle fausse alerte ! »
Et elles se promenaient de nouveau avec confiance.
— « Hou! Hou! huaient les chasseurs, en se faisant un porte-voix de leurs mains disposées en cornet.
— « Ah! tiens, c'est du nouveau. Qu'est-ce que cela peut être maintenant? Seraient-ce des loups ? Allons voir ce qu'il en est. »
. Et les rennes imbéciles de revenir sur leurs pas, marchant droit aux chasseurs. Ceux-ci tiraient en face. Les feux se croisaient sur plusieurs points. Plusieurs rennes tombaient, les autres se dispersaient de nouveau,
pour recommencer plus loin leur manège stu id que l'expérience ne parvenait pas à réformer. | com-
bien ils ressemblent au renne, les hommes 4e l'expérience n'instruit pas!
Cependant les Côtes-de-Chien les décimaient. Plus le troupeau était grand, plus il semblait avoir de confiance en lui-même et de mépris pour le danger.
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Mais voilà les chasseurs sur le lac : ils se sont découverts, à la fin, enhardis par tant de bêtise. Alors seulement les rennes comprennent. Ils ont vu leur ennemi, ils ont été éblouis par l'éclair, ils ont senti la poudre, ils ont flairé l'âcreté du sang, ils ont compté leurs morts.
— « Hallo ! hallo! sauve qui peut, les enfants. C'est pour la vie !» Ahuris, épouvantés, ils fuient dans toutes les directions, se jetant dans les bois, escaladant les rochers, déterminés à franchir la terrible ceinture de fusis et à ne plus revenir. Quelques-uns, éperdus et la tte tout à fait égarée, entrent d'eux-mêmes dans Île camp, la gueule ouverte, tirant un pied de langue noire. Ils passent devant mes yeux plus rapides que la flèche que kur décochent les enfants. Mais on les abat, au milieu des éclats de rire et des transports des femmes.
C'est là le renne du Groenland. Il diffère un peu le celui de Laponie que l'on voit dans nos ménageries de grandes villes. Les Plats-côtés-de-Chien les nomment wntèli, les voyageurs, les nomades. Mais le nom géné-, que du renne est ékfiven, la chair. Ne forme-t-il pas la nourriture quotidienne, la subsistance propre de ces Dènè | orientaux ?
Le 26 mai, mes bons néophytes vinrent me demander h permission de faire une grande danse d'adieu. Leurs hmilles allaient se séparer bientôt pour vivre isolées les
res des autres sur les Barren-Grounds, jusqu'à l’aumnne suivant.
- « Certainement, mes enfants, dansez, mais dansez bone, gambadez, riez, criez. Vous ne rirez jamais plus punes, « Servite Domino cum lætitià. »
Us partent en folâtrant, pelletent la neige sur le rocher "manière d’un vaste anneau, allument un grand feu üs le milieu et commencent leur performance, à cinq
heures du soiret sans affichepréalable. Ils dansèrent toute la nuit — nuit sans obscurité — poussant des 2x ! ak! eh ! à faire trembler les rochers.
Les danses des Dènè n'offrent aucune espèce de danger pour les mœurs. Je trouve même qu'on ne peut s’y livrer sans une certaine somme de vertu, tant elles sont insignifiantes et harassantes. On re s’y tient point par les mains nipar la taille; on ne s’y touche pas. Chacun y est couvert d'une robe de fourrure ou d’une couverture de laine; les vieux et les vieilles y prenant part auss: bien que les enfants. Elles consistent en potits soubresaut: et en promenades circulaires de gauche à droite, puis de droite à gauche, accompagnés de clameurs etde vociférations sauvages, mais très cadencées. C'est le monûme des Puris du Brésil, c’est la danse fringanteet pas plus élégante de l'ours et de la marmotte du Savoyard.
Le 30 mai, nous levâmes le camp pour nous rapprocher des montagnes, ou plutôt du lieu où se trouvaient les pirogues d’écorce de la tribu. Ce fut un voyage d'une journée de marche seulement, mais journée fatigante pour moi, tant à cause de la chaleur intense et d’un vent du sud débilitant, que parce qu'il me fallut porter sur le dos tout mon avoir, provisions comprises. Environ 25 kilos.
L'état du lac Toa-wokkpa était pourtant très propre à la marche. L'eau qui l'avait recouvert jusque là avaitété tamisée par la gla .e,qui s'était clivée en une myriade de
cristaux déliés, parfaitement disjoints et placés de chan Z
comme des faisceaux d’aiguilles. La seule chose qu' 163 empêchât de céder sous les pas et de s’effriter, en pr cipitant les marcheurs dans l'abime, était l'irrégularité mère de leurs prismes. Ces cristaux sont tellement en
châssés les uns dans les autres, que la pression du pit
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ne sert qu'à les consolider en les faisant se joindre et adhérer les uns aux autres.
Des conferves, obéissant à la force renaissante du printemps, parviennent à percer de leur tige faible et menue cette croute de glace de six à sept pieds d’épaisseur. Elles y forment des trous par où elles viennent chercher au dchors l'air, la chaleur et la lumière, afin d'y fleurir et s’y épanouir. Dans quelques jours, ces trous seront des gouffres qui appelleront les chutes.
Tout objet qui tombe sur la glace s’y creuse également un godet dans lequel il s’ensevelit. Le godet se change en tube, le tube en puits, et le puits en précipice. Un crottin de renne, une feuille sèche, une plume tombée de l'aile del’oiseau acquièrent ainsila propriété de concentrer le cabrique et de déterminer des abimes. Mystère ! C’est ainsi que les petits défauts négligés conduisent à la perdition.
Cette route plane, mais hérissée d'aspérités piquantes comme des alènes, met les mocassins en charpie et les pieds en sang. Les Indiens y remédient en cousant sous h semelle de leurs minces brodequins des morceaux de peau de jambes de renne, poil en dehors. Ces semelles velues et épaisses empêchent les pieds d’être éco:chés aunsi que de glisser sur la glace. Par contre, sur les rochers elles deviennent si glissantes, qu'il faut être bien adroit pour ne pas tomber à chaque pas.
A l'extrémité du lac Zpa-wokkoa, eut lieu la séparation des Indiens. Déjà ceux du lac des Lacets-à-Lièvres étaient putis pour le Gros-Cap de Roche. lei une partie de la peuplade prit la direction de la rivière À{6-ni-atché-rétoin qui est tributaire de la baie Mac-Vicar du grand lac des Durs. L'autre devait passer encore une quinzaine sur le ke des Pyrites, Alé-ti-toié, que j'ai appelé par erreur lac Vaseux, Aotl'é-ti-toié, en 1875.
Je fs tout mon possible pour me joindre à la première bande. J'espérais pouvoir gagner avec elle le grand lac des Ours, d'où j'aurais pu ensuite me rendre au fort Bonne-Espérance. Quelle belle exploration cela aurait fait! Mes hôtes m'en dissuadèrent. Ils n'avaient pas, disaient-ils, de pirogues assez grandes pour m'emmeneravec eux; le grand lac des Ours était trop éloigné pour qu'ils entreprissent ce voyage au dégel ; et, une fois rendus sur ses bords, ils n'auraient pas eu assez de courage, ajoutaient-ils, pour affronter ses immenses baies avec leurs petites nacelles d’écorce.
La véritable raison, je ne la compris que trop, c'est que je n'avais pas de quoi payer mes guides, et qu'ils doutaient que John Hope, un emplové savanais qui reconstruisait l’ancien fort Franklin, au fond de la baie Keith, pour la Compagnie d'Hudson, fût assez bien porté à mon égard pour solder ma dette envers eux.
Je dus donc me joindre, hélas ! aux Indiens du lac des Pyrites, et voir s'envoler mes projets d’exploration ultérieure. Mais la route que je venaisd’ouvrir stimula l'émulation des commis de la Compagnie d'Hudson. Pendant l'hiver de 1866, M. Cornelius King, commis du fort Raë, et fils du rear-admiral de ce nom, non seulement refit mon voyage, mais, plus heureux que moi parce que plus fortuné, il put décider ses guides à pousser jusqu'au fort Franklin, afin d'y aller chercher un ministre anglican nouvellement arrivé et qui s'en retourna par conséquent par cette voie, avec lui.
Tournant donc nos pas vers le N.-E., à l'extrémité du lac Toa-wokkpa, nous longeimes une longue presqu'ile montagneuse qui sépare le lac des Pyrites du lac des Lacets-à-Lièvres. C’est une succession de collines pelées et arides, couvertes de cailloux roulants qui dévalent
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sous nos pieds. Les vallons qui séparent les éminences attestent le fréquent séjour que la tribu des gens du Large y fait périodiquement. Ces sont des brélés tristes, des marigots fangeux, des maskegs de lichen (tts6), pleins d'une eau glaciale, ou enfin des mares limoneuses dans lesquelles je perdis plus d'une fois l'équilibre sous le faix auquel mes épaules étaient si peu accoutumées.
Une montagne plus haute que les autres me donna les coups de grâce. Je me sentis défaillir, peut-être à cause de l'eau froide que j'avais bue fréquemment en route, et qui avait refroidi mon estomac. Je me couchai donc sur la pente mousseuse du rocher, attendant que cette faiblesse passagère s'évanouit.
D'ailleurs je n'étais pas le plus à plaindre ; car j’apervais devant et derrière moi d°s vieillards des deux sexes aigrement courbés sous des fardeaux énormes ; de chétives femmes qui, outre leur loge en peau et un grand maskimow plein de viande sèche, portaient encore leur marmot à califourchon sur leur nuque; et surtout le malheureux Æ'noatéchi charriant derrière son dos son fils Ti-mon-tsatè tout sanglé dans son traineau.
Heureusement qu’au pied du versant opposé s’étendait lelac Ælé-ti-toié, encore endormi sous les glaces, dans son vaste lit de granit, doni le: narois sont polies par les rottements séculaires de la glace. Je m'y reposai tout en prenant un croquis du paysage aride, mais animé, qui Soffrait à ma vue.
Le lac des Pyrites, Ælè-t-tié, est encore plus pittorsque que le lac de l'Eau-glacée, dont il est séparé par h presqu’ile montagneuse. Nous établimes notre camp sur une autre presqu'ile plane et moins élevée, composée de granite et de sable quartzeux. En ce lieu, un bras de ïvière très poissonneux relie ce lac à celui des La-
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cets-à-Litv'es. C'est la T'{sé-ra-niliné ou rivière des Piro- L: ‘sues (cse). Là se trouvaient en cache les canotsde la tribu, (]
De ce point, nous avions vue, à gauche, sur une ile de le granit en forme de bât gigantesque, la Æfwé-kpa-naïnha, Cu et, à droite, sur la chaine des Flancs-de-Chien, qui nous su. séparait de la vallée de la rivière du Cuivre. Pu
En face du village, le lac des Pyrites étendait sa sur- Kl face blanche, peuplée des îles Æ/2lé ou aux Pvyrites, et tra Tisonndou-névitti ou ilots Vaseux alignés. ou
Mes compagnons, émerveillés de l'admiration que ce fleu beau panorama produisit chez moi, m'assurèrent que de ses
ce lac on peut se rendre en deux jours à la baie Mac- Tavish du grand lac des Ours, en canot, par le cours de la rivière de l'Asphalte, Béyé-dsé-étlin, qui sort du lac Yanéhi, à peu de distance de notre camp vers le nord.
Je brülais de visiter ces parages; mais plusieurs familles qui en arrivèrent, quelques jours après, nous apprirent que le dégel v était très actif, par suite de la longueur des jours et du vent chaud qui hâtait l'effritement de la glace. Cependant un jeune homme de vingt-huit à trente ans, nommé /Vantéli, le Renne des déserts, que je baptisai au grand lac des.Ours, en 1867, sous le nom de Cyprien, s'offrit de me conduire jusqu'à la ligne de faite, seule distance que nous puissions parcourir sans danger, vu l’état des glaces.
Nous descendimes donc sur le lac des Pyrites, que nous traversàämes, sans traineaux, munis seulement d'un gibecière contenant des provisions de bouche, et des munitions de chasse pour Nanteli, qui portait aussi son fusil. Nous employämes la journée tout entière pour traverser le lac, et campâmes sous les déclivités d’une longue montagne nommée Kokkiva-jyoué ou du Barrage; parce À glemd qu'elle sépare entièrement les eaux tributaires du Grand JS le lac
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Lac des Esclaves de celles qui le sont du Grand Lac des Ours. Elle se prolonge dans l’est vers le lac Point, que le célèbre marin donne comme la source de la rivière du Cuivre. Dans l’ouest, cette même ligne de faite se poursuit sous le nom de Chiw-kolla ou Montagne entière. Puis, parvenue à la hauteur du lac des Foins-Blaecs, Klô-tikha-toié, par 124° 30 de long. O. de Paris, où je la traversai en 1871, elle prend le nom de Afro8-toé-niha ou Rocher qui trempe à l’eau, et forme, au bord du fleuve Mackenzie, une morne remarquable, avant d’aller se souder aux Montagnes-Rocheuses.
Au sommet je trouvai un petit lac, orné d’une ile dans le milieu, l'île aux Graines, que j'appelai lac Seguin. Puis la montagne redescend vers l’immense lac Yanéhi, dont elle borde les rivages méridionaux sous le nom de Z'kkinyédarél'a. Je donnai au lac le nom de mon honorable parent, M. le juge Tozelli. Mais je ne pus visiter ce grand bassin, car le temps pressait. Je dus me contenter de le contempler du haut de la montagne, et repartir incontinent pour notre nouveau campement du lac des Pvyrites.
Les Indiens m’apprirent alors que le lieu où nous nous trouvions s'appelait Kounhé-Manlay, la Maison des Franais, sans qu'ils en connussent la raison. Un doute très fort s'éleva alors dans mon esprit touchant l'identité de cette Maison des Français, Kounhé-Manlayÿ, dont l’emplacement de notre camp portait le nom inexplicable.
Franklin établit, en 1820, le fort Entreprise à l'extrémité d’un lac très allongé qu'il nomme Snare Lake, lac des Lacets-à-Lièvres, comme celui qui avoisinait notre amp et que j'avais parcouru d'un. bout à l'autre.
Ce lac éprouvait vers le milieu de sa longueur un étranglement en manière de oras de rivière, exactement comme le lac des Lacets-à-Lièvres (Æha-mi) et celui des Lacets-
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à-Ours (Sa-mi) sont séparés ou plutôt unis par la courte rivière Z'oa-{son-hé ou des Ecluses du Corbeau.
Les longs lacs aux Lacets, de Franklin, étaient séparés à l'est, d’autres bassins d’eau douce par « une contrée « primitive composée surtout de feldspath mêlé de quartz «et de mica », tels que le sont les monts granitiques Sa-mi-toié-kfiwe.
Le fort Entreprise ne se trouvait cependant pas sur le lac des Lacets. Il s'élevait au bord d’un bras de rivière abondant en poissons-bleus, qui reliait ce bassin avec celui que Franklin nomma lac de l'Hivernement (Winter lake). De même que la Z{sé-ra-niliné ou rivière des Pirogues, dans laquelle le poisson-bleu abonde aussi, joint le lac des Lacets-à-Lièvres à celui des Pyrites.
Le fort Entreprise s'élevait sur une côte haute d'où la vue s’étendait à 30 milles vers le nord, où elle était bornée par une chaine de montagnes arrondies. Ainsi, à Kounhé-Manlay, mon horizon étaitlimité, dans cette direction, par les montagnes granitiques et arrondies du portage des Flancs-de:Chien.
A l’est du fort, s’ouvrait le lac de l’Hivernement. Et c'est justement la position qu'occupait mon lac des Pyrites par rapport à la Maison des Français. A l'ouest, s’'étendait le lac du Rocher-Rond, qui serait mon lac Zouwokkoa ou de l'Eau-glacée, aù delà duquel on aperçoit effectivement la tête arrondie du Gros-Cap de Roche.
Enfin, au sud, coulait la rivière Winter, dont les rives étaient bien boisées, au témoignage de Franklin, et fournirent le bois de construction nécessaire aux bâtisses du fort Entreprise. C’est exactement le cas pour la rivière des Pirogues.
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Tout autour du fort Entreprise, le bois était, dit Franklin, petit, rabougri et impropre à la bâtisse. Ce qui est également le cas dans les déserts des Flancs-de- Chien, ainsi qu'on l’a vu plus haut.
Enfin le nom indien de Maison des Français semble être un indice péremptoire de l'existence d'un ancien fort ou poste commercial quelconque, en ce lieu désert.
Voilà certes bien des probabilités en faveur de l’identité de l’ex-fort Entreprise et de Kounhé-Manlay, et elles ne sont pas les seules. En comparant la carte de Franklin de 1820-21, avec la mienne de 186%, quelque incorrecte que cette dernière puisse être, j'en vois bien d'autres encore. Ainsi, après avoir remontélarivière des Couteaux - Jaunes, en suivant une direction nord, jusqu’à sa source, le lac des Rennes ; après s'être engagé dans des steppes granitiques jusqu’au lac des Ours-Bruns, par 64° 15" 17” de latitude nord et 113° 2” 39” de longitude ouest de Greenwich, l'expédition de Franklin quitta cette direction pour incliner à l’ouest vers le lac des Lacets, qu’elle atteignit après avoir traversé trois portages et deux autres lacs. Ce fut au delà du lac des Lacets qu’elle s'arrêta pour construire le fort.
[I semblerait donc que Franklin, après avoir suivi la route des Couteaux-Jaunes, parce que tels étaient ses guides, aurait ensuite gagné le trajet des Flancs-de- Chien que j'ai suivi moi-même. Et, par le fait, il avoue que, au fort Entreprise, il était en pays flanc-de-chien et que ces Indiens n'étaient pas campés loin de lui.
1 Narrative, etc., p. 211.
Sur la carte de Franklin, je vois le lac Providence se replier sur lui-même et se souder aux lacs Point et du Rocher-Rouge, de la même manière que le lac /nttontchô-kka de ma carte, lequel déverse ses eaux dans les lacs des Rochers (Kfwen-yé) et du Rocher-à-pic (Kfrwékkpa).
Je vois le lac Providence, de Franklin, traversé par le sentier que suivit l’illustre explorateur au retour de sa désastreuse expédition ; de même quelelac/n{ton-tchô-kka est traversé par le portage d'été des Flancs-de-Chien lorsqu'ils se rendent à la chasse du renne sur les plateaux stériles de l’est et du nord.
La direction générale des lacs Providence, Point et du Rocher-Rouge, qui, d'après Franklin, seraient la tête des eaux du fleuve Coppermine, est du sud-est au nord-ouest: c'est-à-dire qu’elle est tournée vers la baie Mac-Tavish du grand lac des Ours. Or, c'est dans cette baie que se rendent effectivement les eaux des lacs Zntton-tch4-kla, Kfiwén-yé et Kfwe-kkoa de ma carte.
Il ne faut pas oublier que les Flancs-de-Chien m'ont assuré que le fleuve du Cuivre sort du lac aux Bœufs- Musqués, qui est placé, sur la carte de Franklin, en dehors du trajet de ce fleuve, assez loin de sa rive droite et encore plus du lac Providence.
Il ne faut pas oublier non plus que ces Indiens n'appellent le grand lac des Ours que T'oou-tchô, a Grande- Eau, comme s'il s'agissait de la mer elle-même ; d'où onl pu naître les quiproquos les plus fâcheux pour Franklin.
Enfin je dois ajouter que la baie Mac-Tavish reçoit un cours d'eau qui vient du sud-est et précisément de la direction du lac Point, de Franklin. C'est la rivière Que l’on cherchait, Minkoa-al'a niline. Or quelle rivière a-t-on jamais cherchée dans ces parages, si ce n’est la Cop-
parle
nan féré par:
dan voq In r'ais Cou Le « Cer perp cotég que le fo vieil] et in
nce se t et du Inttonans les : (Kfrwè-
sé par le ur de sa tchô-kka le-Chien plateaux
int et du \ tète des rd-ouest; 1c- Tavish je que Se tch4-kka,
en m'ont x Bœufsn, en deive droite
ens n'apa Grande- ; d’où on!
Franklin.
recoit un de la die Que l'on bre a-t-0n t la Cop-
permine de Hearne ; et qui l'a cherchée, si ce n'est Franklin ?
De mes attendu que faut-il conclure que la Maison des Français était réellement le fort Entreprise? Que mon lac des Lacets-à-Lièvres n'est autre que le Snare Lake de Franklin ? Que le lac Zntton-tchô-kka est bien le lac Providence ? Que Franklin à pris la Menksa-al'a pour la Coppermine ; de même qu’il confondit la Peel avec le Mackenzie, en 1825? Puis que, ayant constaté sa méprise un peu trop tard, il ne l’aura point mentionnée sur sa carte, ou qu’il aura soudé la Minkou-al'a avec la Coppermine ?
Ces conclusions sont si délicates, et les dernières seraient si outrageantes pour la mémoire de l'illustre marin, eu égard à l'impossibilité de constater maintenant le fait d’une manière mathématique, que j'ai préféré croire à la similitude des noms de lacs dans des parages analogues et voisins, — fait qui n'est pas rare dans un pays où les lacs abondent, — plutôt que de révoquer en doute le témoignage d’un aussi grand homme. Il n’y aurait qu’une exploration ultérieure que je pourrais faire par la route suivie par Franklin, la rivière des Couteaux-Jaunes, qui m'édifierait tout à fait à cet égard. Le gouvernement m'en fournira-t-il jamais les moyens? Ce n'est pas probable.
Il me restait encore un moyen de faire cesser mes perplexités. C'était de recourir au témoignage des Platscôtés-de-Chien. Il n’y avait alors que quarante-trois ans que les voyageurs canadiens de sir John avaient construit le fort Entreprise. Le vieux chef Confidence et une foule de vieillards de la tribu où j'étais devaient avoir vu le fameux et infortuné marin, ou tout au moins en avoir entendu parler. Je n'avais qu’à les interroger et c’est ce que je fis.
Eh bien, pas un seul d'entre eux ne put me répondre à cet égard.
— « Pourquoi ce nom de Maison des Français? demandai-je à Sa-naïndi. A-t-on bâti un fort en ce lieu ? Qui l'a construit ?
— « Soundi. Je l'ignore. Nous n’y avons jamais vu de maisons; mais il se peut qu'il y en ait eu.
— « Cependant l'emplacement est nivelé et dépouillé de broussailles. On dirait bien l’esplanade d'un ancien
fort abandonné.
— « Nous y campons ordinairement chaque printemps
et chaque autoinne.
— « Ne serait-ce pas pour cette raison que les Français y auraient jadis bâti un fort ?
— « Soundi. Je l'ignore; mais ça se peut.
— « C’est bien étonnant. N’avez-vous donc jamais entendu parler de l'expédition du capitaine Franklin?
— « Soundi. Nous ne savons rien de ces choses-là.
— « Mais alors, où donc as-tu passé ta jeunesse?
— « Au nord-est du grand lac des Ours, le long de la rivière Zoa-tchéwé-tchô, la Grande Queue de l'Onde, entre le lac des Ours et l'embouchure de la rivière du Métal,
Tsatson-dié,
— « Dans ce cas, tu dois avoir connu MM. Dease et Simpson, les explorateurs de 1836 et les constructeurs du fort Confidence ? »
Le vieux Soleil-reluisant poussa une exclamationdejoie:
— « Ta oni on! Poursûr. Éyi s'inzi, c’est là mon nom, Confidence. Tu vois bien que les Francais me donnèrent le nom de leur fort.
— « Ce n'étaient pas des Francais. C’étaient des lcos-
sais; mais peu importe. Alors tu as connu M. Thomas
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‘Je cher ] de Fran Marin r'; talent 4 ltDease Warrat; b.10,)
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des Hcos- Thomas
— « Missi Dease. J'étais le chef des Dounè qui approvisionnaient son fort.
— « Très bien. Mais, antérieurement à cette époque, quel était le peuple qui habitait la contrée que vous parcourez aujourd'hui et où nous nous trouvons en ce moment ?
—. « Les Toa-tsan Ottine ou Couteaux-Jaunes, nos enncmis jurés d'autrefois, me répondit le vieillard. Ces montagnes que tu vois, les montagnes des Côtes-de-Chien, étaient la ligne de démarcation de nos territoires respecüifs. Aujourd'hui, ils ne chassent jamais par ici. Eux comme nous sommes descendus vers le sud. »
Tout s’expliquait, ou plutôt ce fut tout ce que je pus obtenir, et je demeurai sans explication touchant la sisnification de Kounhè-Manlay, la Maison des Francais. Crovez-en donc, amis lecteurs, ce que vous voudrez : Ou bien j'ai eu la gloire d’avoir découvert officiellement ces contrées ; et alors quel honneur pour ma famille, jugez donc ! Ou bien je n'en ai été que le premier visiteur européen après Franklin, quoique par une autre route; et alors, du moins, j'aurai eu la fiche de consolation de relever sur sa carte quelques inexactitudes qui demandent de nouvelles constatations. Mais il m'en cuira peut-être. Necorrige pas qui veut d'aussi grands hommes. Hélas! héhs! pour ma gloire d’explorateur!!
Que Kounhè-Manlay fàt ou ne fût pas l'emplacement
‘Je crois toutefois que mes Flancs-de-Chien avaient intérêt à me acher la vérité, quand ils me dirent ne rien savoir de l'expédition de Franklin. Dans le Journal de sa seconde expédition, ce célèbre marin rapporte, en effet, « que la plupart des Couteaux-Jaunes qui ivalent été à son service furent tués par les Flancs-de-Chien ». Ce lDease et Mac-Vicar qui les raccordèrent et qui cimentèrent la paix.
Warralive of a second Expedilion. London, 1828, John Murray ; p.10.)
de l’ancien (ort Entreprise, de Franklin, j'y érigeai une grande croix de bois, le 31 mai 1864, sur les bords du lac des Pyrites, dont je changeai le nom en celui de lac de la Croix, Détchin-ehoanihay-toié, qu'il porte aujourd’hui.
Malheureusement, quand ma croix fut en place, je m'apercus que, parune distraction impardonnable, je m'étais trompé dans le millésime. J’y avais inscrit celui de 1866 au lieu de 1864, en chiffres romains. Avis à ceux de mes infatigables lecteurs qui voudraient aller visiter ce site pour constater le fait de mon passage. Quantau registre de la mission Saint-Michel, du fort Raë, il servira de témoignage sur tout ce que j'affirme dans ces pages. Il est entre les mains du missionnaire actuel du fort Raë, M. Roure, un Francais,
Avant le jour de la plantation de cette croix commi: morative de la mission, j'avais poussé une reconnaissance jusqu'aux lacs Yanéhi et Intton-tchô-kka, auxquels j'imposai les noms de Tozelli et d'Hardisty. A vrai dire, ce n'est qu’un même grand lac replié sur lui-même et qui éprouve un petit étranglement. Il ressemble exactement au lac Providence, de Franklin. Le célèbre marin y place le sentier d’été des rennes, exactement comme la passe des rennes qui se rendent aux barren grounds est située sur la ligne de faite qui sépare le lac de la Croix d'avec le lac Fanéhi.
Mais n'y revenons plus ; cela me dépite.
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