‹ Autour du Grand Lac des Esclaves [microforme]Chapitre 5 sur 70 · SG PE · texte numérisé non relu

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DES ESCLAVES ÿ

pratiqué avec grand labeur dans la forêt, pour épargner aux voyageurs les obstacles amoncelés dans le Rapide, nous retrouvàämes une glace plane et unie, sur le lac Castor, cul-de-sac formé par le lac des Esclaves derrière le delta supérieur de la Grande-fle.

Malheureusement, cette glace était couverte d’une neige dense qui exigea d'ores et déjà l'emploi des raquettes. J'ai décrit ailleurs ces instruments légers en bois malléable, que recouvre un réseau de fines lanières. On les fixe sous les pieds afin de ne point enfoncer dans la neige. Depuis deux mois je les chaussais journellement autour de nos cabanes. Je me crovais déjà expert en leur usage, et j'avais refusé les services de l'Indien qui, au départ, avait voulu les adapter à mes pieds.

J'étais si sûr d'en avoir bien disposé la ligature !

Ma présomption de blanc-bec inexpérimenté devait recevoir un fameux camouflet. L'épreuve que je fis de mon savoir-faire, durant les seize heures de marche que dura notre première journée, ainsi que pendant les jours qui suivirent, ne s'effacera pas de sitôt de mon souvenir.

J'avais serré si étroitement à mes doigts de pieds les courroies qui v tiennent les patins suspendus, que j'y éprouvai bientôt une douleur aiguë, que je compare à celle de lancettes que j'aurais eues-sous les doigts de pieds. Pour ne pas retarder la marche de mes compagnons, et de crainte de prêter à rire, j'endurai cette atroce souffrance, ignorant que je m'estropiais pour le reste du voyage.

Après trois heures d’une telle course, j'étais aux abois et prêt à demander gräce. Mon amour-propre étant engagé, je dissimulai, et bien que je fusse tout en nage et près de défaillir, je me roidis contre la douleur et contiunai d'avancer malgré la souffrance.

Je constatai bientôt que mes raquettes étaient beaucoup trop grandes pour un tel voyage. C’étaient des raquettes de chasse. Elles mesuraient plus d'un mètre de long, alors que des patins de cinquante centimètres auraient suffi. Mais je les avaient voulues telles, à lagrande hilarité et malgré les conseils de l’Esclave qui me les avait fabriquées.

Quoi qu’il fasse, quoi qu'il veuille, le mangeux d'lard se trahit toujours. Il estle béjaune et le green horns du Canada Nord-Ouest. Sa destinée ne peut être modifiée que par les écoles et les épreuves que lui réserve sa propre expérience. Il cesserait bientôt d'être mangeux d’lard s'il voulait obtempérer aux sages avis de ses aînés ou des indigènes. Mais il veut paraître entendu, capable; il feint de tout savoir, par amour-propre et présomption; et il n’aboutit qu'a faire rire à ses dépens. D'ailleurs il n'est plaint de personne : « C'est un mangeux d'lard! se dit-on, un novice. » Et tout est dit.

Au bout de neuf heures de marche ou plutôt de course, nous primes notre repas sur l’île aux Bouleaux. C'en était assez pour constituer une bonne journée d'hiver, surtout au début d’un long voyage et pour des nouveaux. Mangcux d'lard, nous ne fimes de ces neuf heures qu'une demi-étape de moins d'une heure d'arrêt, et nous repartimes de plus belle.

Trois heures après, le soleil s’éteignait à notre droite, nous laissant dans une obscurité complète, bien loin du fort Big-Island.

M. Boisramé n'était pas plus expert que moi, dans ces parages. Je les avais parcourus trois fois, mais en été ; et nos chiens, que ne stimulaient plus ni la voix ni le fouet, trainaient la jambe comme leurs maitres.

Il est rare que, lorsqu'on est épuisé de fatigue, on ne

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soit pas plus sensible au froid et à la faim. À ces trois souffrances s'ajoutait la crainte de nous égarer au milieu de cette nuit sans étoiles ni éc/airons". Notre seule espérance était dans la finesse d'odorat de notre chien conducteur, le vieux Cabri, auquel je n'avais plus la prétention de montrer le chemin, Nous savions que cette portion du lac des Esclaves ne possède aucun abri, qu'il ne s'y trouve aucun emplacement où l'on puisse trouver du bois de chauffage propre à un bivouac.

Nous cheminions certainement en droite ligne, et cependant, à n’en juger que par les impressions que nous éprouvions au milieu de cette obscurité complète, nous aurions cru décrire des cercles sans fin. Tel est l'effet naturel de la marche au milieu du vide et sans point de repère qui règle l'imagination.

A la fin, le sommeil me gagna ; ce sommeil lourd comme du plomb, qu'engendrent le froid et la lassitude ; sommeil qui est la mort du voyageur qui s’y abandonne. Je luttai d'abord ; puis je m’aperçus que je rêvais en marchant. De guerre lasse, je me laissai choir sur le traineau et m'y endormis profondément.

Un froid aux pieds intense me tira de ma torpeur. Mais comme je melevais, une gerbe d'étincelles s’échappa d'un bouquet de peupliers dépouillés par l'hiver.

— « Quel bonheur ! un campement! m’écriai-je. »

— « Non, c'est le fort, me dit Boisramé. Nous arrivons. »

Il était six heures du soir, et nous marchions depuis minuit. Seize heures de course pour une première étape. Les deux sauvages étaient arrivés longtemps avant nous.

* Nom canadien des aurores boréales, parce qu'elles éclairent, comme la lune.

Les trois baraques en troncs d'arbres, couvertes d'écor- & ces et reliées par des pieux, que l'on décorait dutitrepom- % peux de fort Hig-1sland, ne me furent point aussi hostiles qu'au voyage précédent ', M. Read avait appris à nous M connaître et à nous estimer. Notre succès de squatters nous avait fuit apprécier de gens accoutumés à ne juger des autres que par leur réussite. Pour ce post-master, nous étions devenus des voisins dont il pouvait recevoir d’im-

sr tné

portants services, mais qu'il pensait aussi, — quoique À avec erreur, — susceptibles de pouvoir nuire à ses intérêts M mercantiles. :

Il crut donc devoir nous ménager. k.

A cet effet, un copieux soupér composé de biftecks d'élan, de confiture de gratte-culs, et de café, nous réunit à su table. Dans le Nord-Ouest, un repas semblableexcède les limites de la médiocrité.

Le but de cet extra se découvrit bientôt : 4

— « Si Master Bonamy * i ” voulait clear up® pour moà M one toute petite morceau dé terre, à lé Rapide. And... 1,

si Master Bonamy i” voulait sémer hèlle avec qu'ques 1; patates dé lé michienne, it would be one grand sàrvice 1} pour moû. Icite pas capah' d'avoër one patate. Lé terre il 8N + était pas bonne. » 4 p

Le maitre de céans ne s'occupa pas plus dujeuneprètre MR mangeur de lard que s'il eût été un enfant. Toutes ses MS t.

attentions étaient pour l'humble ouvrier sellier, devenu

catéchiste, qui venait de grandir de dix coudées dansson # estime, par son heureux achèvement de l'établissement 1: de la Providence ; ce jeune Français qui avait mis au ser- 1

4 Voir mon premier volume. En roule pour la mer Glaciale, in-18. Letouzey et Ané, écileurs. Paris 1888. page 364. ? Boisramé. — * Défricher,

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vice des missionnaires son adresse, son dévouement et sa bonne volonté.

Que m'importait ! J'en étais aussi fier que si j'eusse été l'objet de sa courtoisie, puisque j'en ressentais le bénéfice. Bientôt, un nouvel assaut amical suivit le premier :

— « Si Master Bonamy i” voulait se charger de l’express jusqu'à lé fort Risolioucheune, ça serait one grand sârvice pour mo itou. Pas capab” d'envoyer one chavage, Y en avait point en toule icite.

— « Nous v comptions bien, Monsieur Read, et nous voulions vous en faire la demande nous-mêmes.

— « Well! alors c'est bon. Demain, vôs reposer icite ; and... après-demain, vôs partir avec Loucheux, one of mes engagés; and... vôs aller quérir one guide sur lé Grand'-Ile, à lé pécherie de les trouites. Mo payer le

® guide, of course. And... tu vas voër les trouites comme 4“ elle sont grosses, dans ce lac icite ; and... vôs mandger

les trouites tant que vous voulez. »

Excellent cœur d'Orcadien, que ce Monsieur Read, un

# ancien pêcheur, parvenu au grade de commis par son ‘intelligence, ses aptitudes commerciales et sa bonne con-

duite, et dont je vis ensuite le frère dans la Saskatchewan.Il se montra toujours tel en dépit d'un zèle ardent pour sa religion, le presbytérianisme. Mais il en rabattit. Et lorsque, plus tard, il y eut des sœurs de charité installées au Rapide, il fut un des premiers à placer en pen-

à sion chez elles ses trois enfants.

Comme Îles Métis appelaient la supérieure Not’ Mère, lui, de son côté, avait cru devoir appeler l’évêque No’ Seigneur.

—« Baptiste, disait-il un jour à un de ses serviteurs, en le chargeant d'un énorme cuissot d'élan pour la mis-

44 sion, « Baptiste, vôs porter ca à lé michieune, and... vôs

« dire à Not’ Seigneur que jé avais donné loui lé plus « grosse fesse de mo. »

Nous passèmes la journée du 9 à la Grande-Ile, et le lendemain nous étions à la pêcherie des iles Desmarest, où nous requérions, au nom de M. Read, un Esclave nommé La Porte pour nous servir de guide jusqu'à l'ile de l'Orignal. En témoignage de notre véracité, Charbonneau, dit le Loucheux, un jeune Métis bigle comme une taupe et bète comme une poule, remit à l'Indien, de la part de

son bourgeois, une pièce de drap rouge pour qu'il s'en

fit des mitasses et un inexpr'essible.

L'instant d'après, la loge de l’Esclave était sens dessus

dessous. Madame La Porte, voyant que le départ de son D mari allait lui laisser toute la besogne, se mit à rechigner M et à brailler. Elie refusa de coudre les susdites jambes de M culottes sans fond, bien que la façon en fût des plus pri- M

mitives, son respectable époux devant les suspendre noble-

ment à sa ceinture par trois ficelles, — une mode que M . « LA L Re je recommande à « O{d England » ; — tandis qu'un mor- # ceau du même drap rouge, passant entre jambes, devait 4 remplacer avantageusement le devant et le derrière dudit 4

pantalon. C'est le cas de dire :

€ Ventris erat pro ventre locus. »

La dame ne paraissant pas convaincue par les raisons M que lui alléguait son mari, celui-ci à bout de patience eut # recours à un argument plus éloquent et fit jouer le bâton. M La conséquence fut que, une demi-heure après, les mi-M tasses (shel)étaient cousues et enfilées, et quenous trottions M de nouveau sur le lac des Esclaves. La Porte précédait nos chiens sur la glace rabotteuse et dépourvue de sentier, à ;

gigottant de ses jambes maigres, aux mollets arqués comme les branches d’un forceps.

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Un bivouac dans la forêt.

DES ESGLAVES 13

A la nuit, nous primes terre sur la Pointe de Roche pour bivaquer. La Porte s'en alla abattre et débiter des sapins morts. Boisramé les transporta sur son dos. Et votre serviteur, comme le plus digne des trois, creusa dans la neige, à l’aide de ses raquettes, la large fossse du campement. Un avant-goût du cimetière.

Mais tout n'est pas fini. Il faut penser à souper, et nous n’avons pour toute pitance que des aliments transformés par le froid en dur granit. Arrière donc la fatigue, le repos et le sommeil. Délions notre traineau déjà roidi par le froid et couvert de neige. Tirons de la sacoche dé- Jacée les couvertures gelées, dont le simple contact donne l’onglée, les poissons gelés, qui tout à l'heure seront la pâture de nos chiens de trait, le pémican gelé, le thé et notre batterie de cuisine en plein veni.

Les chaudrons remplis de neige granuleuse sont placés sur le bûcher, et, de cette eau enfumée, de cette neige souvent brûlée ou roussie avant de fondre, de ce bouillon des steppes ordinairement assaisonné de lamelles de sapin, de crottes de lièvre et de déjections de gelinotte, nous composons un affreux breuvage décoré du nom de thé; nous le buvons brülant, en en déguisant le goût avec un peu de sucre, ettout en dévorant nos boulettes de pémican aux attocats aigres, à peine dégelées devant le feu.

Pouah! de l'invention de mon excellent compagnon. Je ne lui décernai pas un brevet pour les méchants repas qu'il me fit faire, dans ce voyage, avec cette pâte qu'il appelait un régal de bourgeois. Piètre régal !

La mastication finie, la fatigue est à son comble, sans que le cœur ait été réjoui par quelque mets succulent ;sans que l'estomac ait été réchauffé et réparé par la moindre rasade généreuse, L'appétit seul, un appétit lupulin que

rien ne satisfait et qui embrase l'estomac comme une fournaise, est le seul condiment de ces repas, où il est parfaitement vrai de dire que les Voraces livrent bataille aux Coriaces, ainsi que le disait jadis avec esprit et en d’autres lieux le bonhomme Delille. |

Le feu est la seule chose qui procure au voyageur de l'extrême nord une jouissance réelle. On ne s'en lasse point. On passerait volontiers la nuit à se chauffer, en présentant tantôt une face de sa personne et tantôt l'autre au bienfaisant élément, pendant que le froid et le vent vous glacent de l’autre côté.

Mais il faut encore marcher demain et après-demain, et les jours suivants. Alerte donc, ôtons nos vêtements de dessus, étendons-les dans la fosse commune, superposons-y couvertures et robes de fourrure; puis, serrés les uns contre les autres comme harengs en caque, sous ce monceau de hardes que nous rabattons sur nos têtes, appelons les chiens autour de nous, afin qu'ils nous réchauffent par le contact de leur corps et par leur haleine. Essayons de goûter ainsi le sommeil pendant cette longue nuit de seize heures, qu’un froid de 40° centigrades pourrait si facilement changer en éternité.

Heureux le voyageur qui peut passer sa belle nuit dans ce trou de neige, y dormir comme un loir, s’y délasser et y faire des rêves d’or, sans ressentir l’aiguillon du froid ni les tiraillements nerveux que la marche forcée occasionne, sans avoir besoin de rallumer le feu jusqu'au matin.

Pendant presque tout mon séjour dans le Nord, j'ai goûté ce bonheur, qui faisait envie à de moins novices que moi, mais mon premier voyage ne le connut point. Des douleurs nerveuses que j’éprouvais dans les jambes me retinrent éveillé et geignant; sahs parler de mes or-

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teils qui me faisaient cruellement souffrir. Je tremblais autant de fièvre que de froid. Je ne pouvais parvenir à retrouver ma chaleur naturelle, perdue au contact de la terre glacée, et je grelottais sous mes robes de caribou. Tandis que mes mocassins et mon pantalon de peau d'élan se recoquevillaient près du feu, je gelais littéralement de l’autre côté.

Combien j'enviais alors le sort de notre guide qui, entortillé dans une unique couverture de laine, et laissant à l’air ses jambes à peine vêtues, ronflait comme une toupie d'Allemagne. À combien de degrés s'élève donc le sang de cette remarquable variété de l'espèce. humaine, pour qu'elle jouisse d'un excédent de chaleur alors que nous gelons à en mourir.

Le 11, nous ‘effectuâmes la grande traversée de la Pointe de Roche à la rivière aux Foins (Hay River). Nous n’arpentions plus une glace unie, comme Ja veille. Nous nous trainions cahin-caha au milieu de bancs de neige durcie, qui alternaient avec une neige molle où j’enfonçais jusqu'aux genoux malgré mes raquettes.

Le long du rivage, des dunes de glace formaient une chaine d’éminences perforées et creuses comme des boursouflements volcaniques. C’étaient des soupiraux du lac.

Plus loin, on voyait des amas de gros glaçons soulevés et entre-choqués dans un affreux désordre. C'était le résultat de cataclvsmes que les tempêtes ou la dilatation causée par le froid avaient déterminés dans la glace.

Ces glaçons, appelés bordillons ou bourguignons, se propagent au loin sur le lac, présentant au pied mal affermi du voyageur des arêtes tranchantes comme des tessons

de bouteille. (Voir PI. 2.)

Pendant les longues heures d'une nuit sans lune ni aurores boréales, il nous fallut cheminer à tâtons sur la

piste du guide que l'obscurité nous dérobait. A chaque pas je trébuchais, je brisais la pointe de mes raquettes, je m'enfoncais entre les glaçons, ou m'allongeais, le nez dans la neige congelée. Cette marche était pour moi un véritable supplice. C’est celui d’un aveugle que l’on forcerait de courir sur un chemin parsemé d'obstacles.

Telle était la partie de plaisir à laquelle j'avais été convié. Il est juste de dire que, pour avoir suivi en mangeur de lard les instructions d’un missionnaire qui fut toujours un voyageur malchanceux, je m'étais mis dans l'impossibilité de marcher par suite de la surcharge excessive de vêtements. Quel que soit le froid qui règne, il importe, en voyage, d'être vêtu légèrement quoique chaudement. Il ne faut pas que la circulation du sang soit entravée. Malheur à celui que la marche fait transpirer. {1 lui suffit de s'arrêter un instant pour qu'il gèle sur place, et il lui est impossible de pouvoir sécher assez son linge, le soir au bivouac, pour qu'il puisse se reposer confortablement et sans péril, pendant la nuit.

Un costume léger, ample et chaud, voilà le secret qui fait le vovageur et l'homme du Nord. A vous de le trouver.

Or, avec mes doubles chemises, doubles chaussons, doubles souliers, doubles surtouts, etc., je ressemblais plus à un ours blanc ou au légendaire Sancta Claus, d'antique et normande mémoire, qu’à un voyageur du pays danite.

Le résultat de cet équipement ridicule fut que, au bout d'une heure de marche, chacune de mes enveloppes de chrysalide était doublée d'une bonne couche de frimas, formée par la sueur qui se congelait au fur et à mesure qu'elle se produisait. Je faillis me geler à mort. Ma seule excuse était ma qualité indéniable de mangeur de lard,

A chaque

raquettes, ais, le nez ar moi un : l'on foracles.

‘avais été “en man- "e qui fut mis dans "ge exCesrègne, il quoique du sang ait transqu’il èle her assez uisse se nuit.

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trop obéissant aux conseils d'un autre mangeur de lard beaucoup plus ancien que moi A neuf heures, quand l'aurore entr'ouvrait l'horizon,

je sortais comme des étreintes d'un affreux cauchemar.

Le jour diminuait mes souffrances, parce qu'il me permettait de choisir mes pas et d’éviter les chutes.

Devant nous et à gauche s’étendait l'immensité du lac des Esclaves, sans rivages comme la mer, mobile comme elle, et souvent balayé par la poudrerie. Sa surface changeait chaque jour. Tantôt nous rencontrions des amoncellements de glaçons, tantôt une glace vive et polie comme un miroir, à travers laquelle l'œil plongeait avec effarement dans de noires profondeurs. Chaque pas sem

blait devoir nous précipiter dans l’abime sur lequel nous

marct'ns, suspendus.

À dix heures, le soleil se levait pour aiguiser encore l'âäpre morsure du froid. C'était le signal de notre second repas. Il nous prenait une heure; puis nous repartions de plus belle.

Bientôt je fus atteint du #al des raquettes, aux cous-depied, c'est-à-dire à l'endroit où le cordon qui soutient les patins à neige entoure le pied. On appelle de ce nom une sorte de luxation causée par la marche forcée à l’aide des raquettes. Nul n’en est exempt. Les meilleurs et plus anciens voyageurs peuvent le contracter. Tout dépend des dispositions du moment. On peut le ressentir en différentes parties des jambes ou des pieds, voire même aux hanches. Quel que soit le nerf lésé, il devient si douloureux sur tout son trajet, on y éprouve des douleurs si lancinantes, que l’on s'imaginerait volontiers avoir un 08 fracturé ou la partie malade déboitée. Souvent elle geigne pendant la marche.

Pour ma part je souffris si cruellement de cette pre-

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