‹ Autour du Grand Lac des Esclaves [microforme]Chapitre 57 sur 70 · FIVE · texte numérisé non relu

FIVE

qui en descendaient par le chemin des Indiens. Ils tournèrent les talons à notre vue et jouèrent des jambes au plus vite. Toutes les bêtes féroces ont peur de l'homme et se sauvent à sa vue. Il n'y a que la faim ou la rage qui les portent à se jeter sur lui. On m'en a dit autant des lions et des éléphants. À Pendant notre septième journée, nous franchimes le sommet de la montagne, qui se compose de trois rangées | de buttes boisées, semblables à des mamelles, et nous surprimes le Savanais John Hope et ses trois Esclaves à leur onzième campement. Ils y préparaient leur déjeuner. Hope parut un peu mystifié de notre apparition inattendue ; mais il fit contre mauvaise fortune bon cœur et se montra poli. Ge Savanais, aussi bronzé qu'un Brésilien et laid comme un babouin, fesait cependant honneur aux protestants méthodistes qui avaient fait son éducation. I] était instruit, parlait bon anglais, comprenait le francais et avait toutes les manières d’un homme de bonne compagnie. Il était venu dans le Mackenzie à titre de maître d'école. Il se dégotûta bientôt de ce métier, peu lucratif chez des sauvages, et prit du service dans la Compagnie d'Hudson qui l’employa comme post-master. John me répéta qu’il était bien aise de me voir, parce que nous étions d'anciennes connaissances du grand lac des Ours. Il me pria de vouloir bien l'interpréter chez les Étcha-Ottinè, m'assurant qu'il me viendrait en aide, au retour, ce dont je ne le priais nullement. Enfin, tout en étant poli il se posa en gentleman et en protecteur, bien que je ne lui eusse demandé ni aide ni protection. À Lux Malgré ses belles paroles, il décampa au plus vite et Ce mit tout en œuvre pour nous laisser bien loin derrière lui et arriver chez les Danè avant nous.

J'ai dit que sur le versant occidental de la montagne

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Ndakka ou de Semallé, les eaux se rendent à la rivière des Liards. Nous traversàmes 31 lacs sur ces pentes. Sur plusieurs d'entre eux nous vimes des rennes et, malheureusement aussi, des loups et des carcajous. Une petite rivière, la Z'onkkèze délin, celle Qui coule sur sa mère, nous conduisit à la Kounhétè nadélin ou rivière des Poissons rôtis, sur laquelle nous courümes jusqu'au soir.

A six heures, nous rejoignimes de nouveau John au moment où il s’apprètait à camper. Nous aurions pu le dépasser ; nous bivouaquèmes avec lui. Comme il était à court de provisions, je fus heureux de le régaler avec les nôtres, ce qui le mit en belle humeur.

Des trois Esclaves qui accompagnaient Hope, deux étaient pères et portaient le nom de leur premier-né, à la manière arabe. Le troisième, un garcon de dix-sept ans, avait pris le nom de son chien, le Vent qui court, Ninttsi-nako. 11 s'appelait donc Vinttsi-nako entsa, le Père de Vent qui court. C'est une coutume des Esclaves.

Le huitième jour, nous parvinmes sur l'immense et beau lac entouré de collines qui a nom Bes-tchonhi ou le Gros-Ventre. Il n’a pas moins de 60 milles de long sur huit de larget. Droit devant nous, à l’O.-S.-0., le mont Ta-ouwi-chi délimitait le rivage du lac sur les deux cinquièmes de son étendue. Derrière nous, mais un peu à gauche, se dressait la Aounhètè-nayidhè. À droite, dans l’ouest, la montagne Z'hi-chi ou de la Tête, toute blanche de frimas, indiquait l'extrémité du lac que nos yeux ne pouvaient atteindre.

Cè beau et grand lac auquel je donnai mon nom, déverse, ses eaux dans la rivière des Liards par la Les-tchonhè

4 64 kilom. 140 m, sur 8 kilom. 552 m,

ee, Rés es

élinda, que les Canadiens ont appelée rivière Noire, Son confluent est entre le fort des Liards et la mission Saint. Raphaël. C’est tout ce qu'on en connaissait alors.

Quatre jours de marche nousséparaient de ceconfluent,

La population esclave du lac était campée sur les bords de la rivière Noire, dans une forêt de grands sa. pins de belle venue. Elle vint à notre rencontre avec des cris de joie, des remerciments et des éclats de rire, qui traduisaient hautement la satisfaction qu'elle éprouvait de notre visite inattendue.

Je fus frappé de la blancheur de ces sauvages ainsi que de la grâce et de la beauté répandues sur une foule d'entre eux. Peut-être avaient-ils fait toilette en prévision de John. Ils étaient propres et très décemment vitus. Les autres peuplades dènè ne m'avaient pas accoutumé à des dehors aussi séduisants.

A titre de mandataire du commis du fort Providence, John Hope logea chez le chef, Atsouna-entoa ou le Père d'Atsouna. Je pris place avec mon jeune compagnon novice sous la tente de /Vadi, frère cadet de ce dernier, À peine y fümes-nous installés, que la foule des sauvages, qui d’abord s'était portée chez le chef, voyant qu'elle n'avait affaire qu'à un Indien à figure plus grotesque et plus noire que la leur, reflua vers la loge que nous occupions et la remplit tout à fait.

Je dois faire remarquer que, à l'exception des hommes et des jeunes gens capables de se rendre dans les trois forts des Liards, Simpson et Big-Island, aucun de ces sauvages n'avait encore vu de Blancs et, encore moins, de prêtres.

Les petits enfants eux-mêmes quittèrent leurs Aouzo:i, longs fuseaux légers qu'ils font voler sur la neige avec dextérité, pour s’empresser de venir grossir la foule. Ici,

comm.

Jdu Pr Brit la religio lants, beau te Lire vie lois.

Cepe C'est d gran d-f «J'ai f Mais ne par.

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avec des ire, qui prouvait

es ainsi ne foule n préviment vê- 1S aCCOU-

vidence, le Père pagnon dernier, des sau- , VOvant lus grooge que

1ommes les trois de ces moins,

TOUTOS!,

ise avec le. Ici,

rampes rames

comme ailleurs, le beau sexe ne fut pas le moins curieux et eut les places réservées.

Nadi se voyant devenu un grand personnage, puisqu'il

| lui était donné d'héberger des hommes aussi importants

et aussi bien vêtus que nous, commença une longue harangue sur un ton chantant et claquettant, qui finissait

| harmonieusement à chaque période comme une cantilène. | Je n’assurerai pas que je ne perdis pas un seul mot de À son discours improvisé ; néanmoins je le compris si bien | que je pus fermer la bouche à l’orateur, dès qu'il eut fini,

jen lui donnant la réplique.

Cette mise en scène est de rigueur, chez ce peuple, qui

la conservé intactes — comme tous ceux qui se trouvent E placés hors des voies de communication, — les anciennes

coutumes danites. Je terminai mon discours en offrant un petit présent à Vadi, Alors se leva un vieux chauve à physionomie chi-

noise. Il tenait entre ses genoux un bambin blanc ct

frais, mais ayant des yeux obliques et fortement bridés, comme ceux de son père. C'était Athé-étlin-entsa, le Bère du Premier danseur, frère ainé du chef et de Nadi. Il

dorit la parole à son tour et sur toutes sortes de sujets :

religion, commerce, voyages, prêtres et ministres protestants, viande et poisson, abondance et famine, neige et beau temps. Bref, un vrai pot-pourri dans lequel le pau-

Rire vieux s’embourba et battit la campagne plus d’une

fois.

Cependant chacun faisait silence, même les enfants. C'est de règle. Bien incivil, celui qui aurait interrompu and-père änonnant et blinant, avant qu'il eût dit : «J'ai fini. »

Mais peu à peu sa voix prit un timbre moins élevé. Il ne parla plus qu’à demi-voix, en s'adressant à ses deux

er mo mmemem nement ne ——— tn

voisins immédiats. Sa harangue pompeuse avait dégtnéré en simple conversation, et finalement elle s'éteignit dans un sourire béat qu'il m'adressa, guignant de ses petits yeux en coulisse.

L’épilogue était peu digne de l’emphase du prologue. Je préfère encore le mode d’oration dindjié qui, À commençant d'une voix sourde, s'élève peu à peu, augmente de timbre et d'énergie, devient cris, clameurs ett hurlements, pour se terminer par une extinction de voix complète.

Je ive dispensai de donner la réplique à Athé-étlin. { Il m'avait été trop difficile de distinguer les prémisses, les conclusions et le but de l'orateur. Je crois même que son unique but avait éié de se faire entendre.

Mon silence fut le signal pour toutes les langues de glapir à la fois. Ce fut un brouhaha, une cacophonie sans pareils. Chez ces Étcha-Ottiné, le ton de la harangue est solennel et peu différent de celui des Peaux-de-Lièvre. Mais le ton de la conversation est beaucoup plus doux et élégant, surtout dans la bouche des femmes et des enfants. On dirait des oiseaux qui gazouillent ou des écureuils qui claquettent. Ils parlent du bout des lèvres, paisiblement, délicatement, en martelant les mots, scin-

curieuse.

J'ai entendu des Chinois faire la conversation entre eux. Eh bien, le langage des Étcha-Ottinè ressemble au chinois, tout comme leurs yeux bridés et obliques. Ces Indiens me parurent un joli échantillon du type dèni, bien qu’il y ait parmi eux un assez grand mélange de physionomies. Les uns ont de grands yeux beaux e limpides, le nez aquilin ou droit, la bouche bien faite ou à lèvre retroussée à lakalmouk. Leur frontest haut, quoique

dant les phrases et même les syllabes, de la facon la plusf

le s( lem cond m'es prop Pe fants de m ralité niale tant Co doux, galer tiens de jot les jer bilité Au bo de mo

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étroit. Tel était Nadi, D’autres, au contraire, sont de vrais Chinois aux petits yeux obliques et clignotants, au nes camard et trop court, aux pommettes saillantes, au visage finissant en museau de renard, au teint basané. Ces derniers passent parmileurs compatriotes pour beaucoup plus fins et spirituels que les Esclaves à grands yeux.

Mais quoi! puis-je me permettre cette distinction et la donner comme typique en fait de races, alors que les Chinois eux-mêmes offrent des types si tranchés, si diamétralement différents ; alors que dans la même famille esclave on voit des yeux droits et des veux bridés! Métis, sang-mêlés que tout ce monde-là.

Tous ces Esclaves ne sont pas circoncis, et ceux qui ne le sont point portent chez eux l’épithète amicale et nullement honteuse de chiens. Mais dire lesquels sont cir-

concis des veux droits ou des yeux obliques, c'est ce qui

m'est impossible, ne les ayant pas assez pratiqués. Il est probable que ce sont les Indiens au type blanc.

Peu de vieillards parmi eux ; par contre, beaucoup d’enfants. Les familles de huit à neuf ne sont pas rares. Peu de ménages en ont moins de cinq. C’est un signe de moralité. Mais comment allier cette continence matrimoniale à la dissolution de la jeunesse et à l'impudicité de tant de femmes, rivales et émules de Sapho ?

Combien il est difficile aux infidèles, même les plus doux, les plus voisins de la civilisation évangélique, d’égaleroumême d'approcher dela chasteté que tant de chrétiens pratiquent comme naturellement ! Avant que peu de jours se fussent écoulés, j'avais déjà remarqué chez les jeunes gens des libertés condamnables, de la culpabilité desquelles ils ne paraissaient pas même se douter. Au bout de deux jours, j’appris avec douleur que l'hôte de mon choix, Yade, avait épousé sa belle-mère après

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0 —— ne

la mort de sa première femme. — Probablement la premièreet seule belle-mère qui eût jamais été aimée par son gendre. — Eh! bien, cet inceste révoltant paraissait à ces gens-là tout naturel. Et cependant les derniers enfants de cethomme étaient les oncles de leurs frères aînés, les fils deleur grand'mère et les beaux-frères de leur propre père! Voilà comment on renverse tout l'ordre de la nature en en violant les lois.

Les maris sortis, les femmes et les filles ne se faisaient aucun scrupule de se répandre en louanges sur notre beauté. Quel homme heureux ! ma bonne fortune ne m'a fait rencontrer, dans le chemin de la vie, que des gens qui m'ont pris pour un Antinoüs.

Nadi me demanda si notre théorie sur Dieu ressemblait à celle du ministre protestant du fort Simpson.

— « {[ faudrait, pour te répondre, lui dis-je, connaitre la doctrine de ce prédicant.

— « Voici me dit-il, la doctrine qu'il nous a enseignée: au commencement, il existait deux frères, tous deux puissants et immenses, dieux tous les deux. Cependant l'ainé avait moins d'esprit que le plus jeune ; celui-ci se révolta contre son autorité, le supplanta et prit sa place. De sorte qu'il devint seul et unique Dieu.

« L'ainé se voyant débouté de ses droits, se vit contraint de se faire homme et de fabriquer une croix de bois, à l’aide de laquelle il détrôna son frère cadet pour reprendre la place qu'il avait usurpée aussi injustement. »

Je sais bien que toute espèce de doctrine hétéroclite peut sortir des lèvres d'un pasteur protestant. L'Amérique nous offre plus de 200 religions variées, se disant toutes chrétiennes. Du Christ, telle a conservé le tronc, telle une jambe et un bras. Celle-ci a le chef sans corps;

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mm cette autre le Corps sans chef, A l'une il ne qu'un pied; tandis que l'autre en atout Ces gens-Jà ont démembré le Christ et Mais les Américains, hommes sensés, ne se laissent pas prendre à tous ces make money, Nulle Part autant que dans les États-Unis, l'ancienne et Catholique Église, —

the old Mmolher-church, — n'est plus en faveur et n'a plus de fidèles dévoués.

reste plus justele bout du nez. détruit son Eglise,

, fis part à Nadi, inistre, ou bien que sa

$ Me posa alors une singulière ques- — “Quel temps Dieu préfère-t-il :

un temps couvert ? ,

Il faut être Peau-Rouge Pour faire de semblables de. mandes.

— « Cela dépend, lui dis-je, de ce que tu entends par là, car qu'importe le temps à Dieu, Jui qui vit dans l'é-

un temps clair ou

Matique el hilarante

À son tour, Vady revint à la charge :

— « Qui est Maitre, de la femme où du mari ?

— « À quoi bon une telle question? ré

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— « Enh! enht ou! oui! dit-il. C'est bien ce que nous pensons tous. Mais alors que ferais-tu d'un homme qui se laisserait gouverner par sa femme ?

— « Ce que je ferais ? Je le revètirais des jupes de sa femme et je donnerais des culottes à celle-ci. »

Je n’essaverai pas de dépeindre l'explosion de fou rire qui accueillit ma réponse. On se vauirait, on se bousculait, tant l'Indien est enfant et prompt à la joie.

— « Oh! c'est cela, c'est bien cela! ajouta Mad, quand sa rate se fut remise en place. Nous avons un chef, vois-tu, qui se laisse conduire et gouverner par sa femme. Nous voudrions aller de ce côté-c1. Il est bien de notreavis, mais madameest d'un sentiment contraire; elle ne veut pas entendre raison, et monsieur cède à madame. « J'irais bien par là, nous dit-il ; mais ma femme ne le veut pas. Que voulez-vous que je fasse ? » Avec cette belle excuse il nous congédie. Que dis-tu de céla ? Est-ce d'un chef?

— « Assurément c'est peu digne d’un homme d'érergie. Toutefois il peut avoir d'excellentes raisons pour obtempérer aux désirs de sa femme, Je vois d'ailleurs, Nadi, que tu m'as tendu un piège. Si j'avais su que tu allais me parler de votre chef, je me serais bien gardé de faire une répense aussi peu respectueuse. Avant tout, respect à l'autorité. »

— « C’est bon à dire, » observa Vadi d'un air goguenard, en s'adressant à l'assemblée; « mais en attendant la « vérité s'est fait jour. C'est le vrai mot que tu as dit, « Père. Oui, c'est cela. Il faut que mon frère donne ses « grégues à sa femme ou bien qu'il soit maître d'elle, « s'il veut continuer à être notre chef. »

Moins de deux ans après, une lettre de la Providence

ce que homme

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fou rire bouscu-

- Nadh, ons un par sa bien de re ; elle adame.

e ne le 2C cette ? Est-ce

d'érerour obilleurs, que tu ardé de at tout,

œoguedant la --a8- dt, nne ses

d’eile,

vidence

m'apprenait que Àfsouna-ent2e

Nadi avait éé élu grand chef à Sa place,

tume de porter CUX-mêmes dans les forts d gnie d'Hudson : leurs provisions sè

Dans la présente OCCasion, Joh vides et en Pratiquant un Chemin à travers les forêts, à grand labeur et ahan, Ils Méprisèrent donc ce fondé de Pouvoir de M. Read et lui dirent des duretés, par mon intermédiaire.

John Hope me Pria de donner Ja ré duisis en esclave. Naturellement. il

Merveilles à tous les Esclaves qui lui livreraient leurs

fourrures et leurs provisions de bouche,

il, construire un grand SarCophage en troncs d'arbres : Vous Y déposerez vos richesses : el, sous peu de jours, je viendrai les Prendre, payement en Mains.

Ces gens-là ne devaient absolume vidence, I]s étaient beaucoup plus ra Liards. Plusieurs même sur la rivière ]a Paix.

n était arrivé les mains

«Je vais, leur dit-

nt rien au fort Pro-

Pprochés du fort des se rendaient au fort Vermillon,

à fabriquer cette * COMMe dans Les temps bi-

T ignage, un monument d'alliance orale entre eux etla Compagnie d'Hudson. La séance fut orageuse.

— (Tu nous bernes par de vaines pr saientles Indiens. Tu veux )

Puis, quand tu le tiendras, lus ; et tu NOUS forceras à aller €

omesses, lui di-

tu t'en iras etne reviendras ourir à sept Jours d'ici

avait été destitué, et que

que ces Indiens avaient cou-

e la Compacheset leurs pelleteries.

re remettre ne

chercher le payement de notre bien. Et quel payement ? Au lieu des beaux vêtements et des chaudes couvertures que tu nous promets, nous n'aurons, comme par le passé, que de la poudre de chasse et des balles. Oh! on vous connait assez. » |

John Hope fut humilié de recevoir ces camouflets en ma présence. Et les sauvages, au contraire, profitaient de l’occasion que je leur offrais, pour humilier les traiteurs de la Compagnie d'Hudson. C'était nous qui leur inspirions ce courage qu'ils n'auraient jamais eu, nous absents. Aussi John me pressait-il de partir ; parce que, disait-il, il voulait aussi quitter le camp le lendemain.

— « Je ne suis pas venu pour faire du commerce, lui répondis-je; mais pour instruire ce peuple. Nous sommes venus seuls et nous comptons bien nous en retourner seuls. »

Mais John, voyant qu'il ne gagnaït rien, s’obstinait, Huit jours après, 1l était encore au camp, pressant et taonnant les sauvages non seulement pour qu'ils lui livrassent leurs biens, mais encore pour qu'ils l’accompagnassent au fort. Il monirait, à la fin, le bout de l'oreille.

— « Nous sommes les maitres de notre bien. Payenous et Lu l’auras, ou bien va-t'en. » Voilà ce qu’ils lui disaient bravament. Nous, Français, nous serions partis sans insister. Notre loyauté, notre respect pour la liberté individuell: nous en auraient fait un devoir, une loi. John se garda bien d'en agir ainsi. Il savait que le sauvage ne peut résister longtemps; qu'avec de la ténacité et des importunités on obtient de lui tout ce que l'on veut. Sans nous, il se serait conduit avec violence, il aurait arraché à ces grands enfants leur propriété comme appartenant de droit à la Compagnie. Tels les Indiens

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tels au Pérou avec vertures | Pizarre, tels ils go

? -à-vis des Anglais dans le passé, M le Nordet le F'ar- Jÿost

on vous John laissa protester, Murmurer, se Moquer. Il de. Meura, il fit la sourde oreille à toutes les doléances, à

iflets en M toutes les avanies ; il se POSa en maitre, traita les L'icha-

aient de | Ottinôen esclaves ; et ils se soumirent.

traiteurs — « Cet homme, Mürmurait un jeune Sauvage en af-

ir inspi- filant sa hache Comme pour aïler atiaquer le maitre

absents. d'école sav

anais, cet homme n'est ni Anglais ni Francais. disait-il, Ilest plus noi

. C'est un Lnna nemi) des temps jadis, et Pourtant il fait ici rce, lui . Il veut que j'aille travailler Pour lui, Eh

Jus som- bien, non, je n'irai pas. C'est trop nous avilir, par mes retour D tripes! Etthi, sé tisigé ttat ,

Offrir à John pour bstinait, À ) travailler à Ja cache, Ils ne l’aidèrent pas seulement, ils ssant et rent tout l'ouvrage : et Black John, les bras Croisés sur s luili- à ça large poitrine et la pipe entre Ses grosses lèvres de >compa- fi Saulteux, les regarda faire, Oh1 ineffables Dènè!

t de l’o-

J'assistai à l'emm

igasinage de cet en H fourrures et de prov

tassement de isions accumulées

pendant tout un nn. Pave-

tribu, Je COMptai 120 vessies d'élan u’ils lui transformées en énormes pains de graisse fondue, plus a partis 240 flancs de ces mêmes animaux, 2,400 flancs de renne, a liberté des faisceaux éno

rmes de queues de e.

astor et de langues une loi. À de Caribou.

e le sau- Un jeune Sauvage nommé Étamon-t2a, du nom de son ténacité À betit chien Etamon, avait déjà reçu de moi Je payement que l’on d'une douzaine de misérables flancs de renne destinés à lence, il M notre rélour. Il hésitait à me ies livrer. Le Prestige que comme Æ } Compagnie d'Hudson a su acquérir sur ces Indiens Indiens M portait Etamon-tsa à se re

Procher d'avoir lésé John en

" D TT VE ME : — ET SES dr co nn tbe que +; TT

me vendant ce peu de viande. L'imbécile alla faire sa déclaration à ce gabelou d'un nouveau genre.

— « Peu importe! peu importe! cria John d'un air de bull-dogue en lui faisant les gros veux. Il faut que tout, absolument tout, me soit remis. Ge sont les ordres strictes du chef anglais.

— « Tout doux, John, lui dis-je en lui posant la main sur le bras. Je ne suis point venuici, moi, pour arracher aux pauvres sauvages leur propriété. Cette viande m'a été vendue de plein gré par un homme qui n’est point en dette vis-à-vis de la Compagnie. Ce que je lui ai acheté est à moi et je le prends. » Et je pris ma propriété des mains de l'Indien.

— € Oh! yes! surely, all right, sir. Je n'avais pas compris. Prenez, st, prenez. Et même, ajouta-t-il, avec un sourire qui élargit de dix centimètres son rictus, voilà encore un pain de graisse que je vous prie d'y joindre en dédommagement du service éminent que vous m'avez rendu en m'interprétant. »

Le rusé finaud trouvait encors le moyen de faire le gentleman et le protecteur. Oh! les Anglais sont d'excellents maitres en commerce colonial.

Quand le sarcophage fut comble, qu’on y eut vidé le contenu de toutes les caches éparses dans les bois: lorsque John eut dûment compté et recompté pelleteries, viande, graisse et langues, il y fit superposer de grosses pièces de bois, et se retira grandi de cinq coudées, sans plus s'inquiéter de ces richesses et bien convaincu, par sa connaissance de l'honnêteté dènè, qu'aucune main ne serait assez hardie pour violer ce sarcophage que ne fermaient ni barres, ni chaine, ni serrure, ni verrous.

Cela peut paraitre fabuleux, cela nous humilie, nous, vieux chrétiens, qui enregistrons chaque jour par cen-

es RES 7

aire sa

‘un air ut que ordres

[a main rracher ide m'a st point e lui ai ma pro-

pas COM-

avec un us, voilà indre en s m'avez

faire le ont d'ex-

t vidé le : lorsque , viande, es pièces sans plus , par sa in ne see ne ferous.

lie, nous, par cen-

taines les faits divers les plus ignobles. Eh bien ! c’est la vérité. Ges ignorants circoncis, ces sylvicoles obscurs que nous nommons si dédaigneusement des sauvages, se montrent supérieurs à nous en honnèteté, et ils ne le savent seulement pas.

Non, ils ne le savent pas. Quand les £tcha-Ottinè se virent dépouillés de tout ce qu'ils avaient si péniblement amassé ; dépouillés sans rien recevoir en échange que des promesses, et obligés d'aller chercher eux-mêmes leur payement au fort Providence ; ils éclatèrent en observations, eu doléances et en jérémiades, mais non point devant John, devant nous.

— « À quoi bon vous plaindre, leur disais-je ? Pourquoi vous désoler, puisque tout est encore en votre pouvoir? John est seul, tout seul ici, et vous êtes deux ou trois cents. Êtes-vous mécontents de son procédé ? Laissez-le partir, et puis reprenez votre bien. Il n'y a aucune loi sur la terre qui puisse vous en empêcher, puisque vous n'avez rien reçu en retour et que vous n'avez passé aucun contrat avec lui. »

Mais mon langage les surprenait, il les scandalisait même, tant est grande leur honnêteté :

— « Tout est dit, tout est conelu, me répondirent-ils. « Notre parole a été engagée. Nous ne la reprendrons « plus. Ce que nous avons baillé n’est plus à nous. Nous « tenons à notre parole. »

J'en avais les larmes aux yeux. J'avais envie de leur sauter au cou en m'écriant :

— « Qui donc vous a appris cette honnêteté sublime ? Quelle est la religion que l'on vous a enseignée? Quel Dieu craignez-vous, pour en remontrer à ceux qui viennent ici pour vous prêcher Dieu même ? »

Cette sublimité eut pourtant son côté drolatique :

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