PREMIERS NUAGES II
— C'est désespérant 1... elle me déteste 1... Je lui suis odieux!... Peut-être veut-elle me punir des petites contrariétés que je lui fais subir... en n obéissant pas absolument à tous ses caprices... Ceci qu'elle en a de si étranges 1 c'est égal, j'ai peut-être tort I Ce n'est qu'une enfant, et les enfants doivenc être gâtés... Elle est si jolie! si mignonne î J'en deviens fou... et je suis d'une inquiétude pour l'avenir!... Ici, je ne suis déjà pas tranquille, qu'est-ce que ça va être, mon Dieu ! à Paris, à Deauville, à la campagne même... quand je serai entouré des pièges de toutes sortes tendus au mari... {Il se retourne avec fracas, le lit gémit douloureusement.)
Paulette. — Allons, bon, qu'est-ce qui lui prend? {Nouveaux gémissements.) Est-ce qu'il est malade? {Haut.) Étes-vous souffrant? Que vous arrive-t-il?
Monsieur d'Alaly, d'un ton grave et triste, — Rien, ma chère enfant, rien du tout.
Paulette. — J'ai entendu des craquements épouvantables, vous allez démolir le mobilier... et il a pourtant l'air solide, ce mobilier; il est affreux, mais massif...
Monsieur d'Alaly. — Ce n'est rien... Je suis un peu agité...
Paulette. — Vous avez le cauchemar?
Monsieur d'Alaly. — Non non. Ne vous inquié
Il8 AUTOUR DU MARIAGE
tez pas de moi, ma chère Paulette; dorme/, paisiblement.
Paulette. — Ahl bon. Je croyais que vous éti •^la. - . cela me tourmentair.
Monsieur d'Alaly, d'un ton amer. — Vous et trop bonne.
Paulette, t?'ès douce. — Vous êtes fâché?
Monsieur d'Alaly. — Moi fâché? Et pourquoi? Je suis au contraire enchanté... j'ai tout lieu d'être enchanté; ne trouvez-vous pas ma position très enviable? Je suis un nouveau marié dont les moindres désirs sont satisfaits... Je serais bien difficile si je n'étais pas content...
Paulette. — Je vous demande pardon... Je regrette d'avoir été... désagréable, puisqu'il paraît que je l'ai été... et si vous voulez oublier cela...
Monsieur d'Alaly, sautant sur ses allumettes. — Si je le veux?...
Paulette, continuant sa phrase. — Demain je serai telle que vous voulez que je sois.
Monsieur d'Alaly, désappointé. — Ah ! demain. {Un silence.) Voyons, Paulette, soyez franche...
Paulette. — Je le suis toujours, vous le savez bien.
Monsieur d'Alaly, cherchant ses mots. — En bien... il me semble que... que l'accomplissement de... de ce que je souhaite... vous est pénible... très pénible même...
PREMIERS NUAGES IIÇ
Paulette, simplement. — Mon Dieu, pénible n'est pas précisément le mot, ça me m'amuse pas, voilà tout. C'est votre faute, c'est toujours trop la même chose...
Monsieur d'Alaly. — Mais... ma chère Paulette... je... ça n'est pas dj tout de ma faute... je...
Paulette. — Que si I Je suis sûre que ça pourrait bien être plus varié!
Monsieur d'Alaly, interloqué. — Mais, Paulette, vous parlez de choses que vous ignorez et que...
Paulette. — Je sais bien, mais c'est précisément parce que je les ignore qu'il vaudrait ir.ieux, pour vous, me les apprendre que de laisser les autres se charger de ce soin...
Monsieur d'Alaly, saisi. — En vérité, Paulette, je ne comprends pas que vous me disiez des choses pareilles !...
Paulette, agacée. — Eh, parbleu I vous aimeriez mieux que je les fasse sans les direl... Vous êtes très comme il faut, vous, je vous l'ai déjà dit. Moi, je suis moins correcte, beaucoup moins même. C'est ce qui fait que nous ne nous comprenons pas...
Monsieur d'Alaly, résigné. — Ah! nous ne nous comprenons pas, alors?
Paulette. — C'est sans doute moi, qui ne comprends pas encore car s'il en était pour tous comme
il en est de ça pour moi, pas de romans, pas de drames, pas de crimes, ce que j'éprouve n'entraînerait pas ces complications émouvantes, dont je lis les descriptions sans me les expliquer. Ce que je ressens n'est pas ça du tout.
Monsieur d'Alaly. — Ce que vous ressentez est... désagréable...
Paulette, cherchant à s'exprimer nettement. — Pas désagréable, insignifiant plutôt... Oui, c'est négatif!... (On entend un rire étouffé partir de la chambre contiguë à celle de Paulette.)
Monsieur d'Alaly. — Vous dites ?
Paulette, baissant un peu la voix. — Je n'ai rien dit, mais je crois que c'est le monsieur d'à côté qui a ri...
Monsieur d'Alaly, horriblement vexé. — Ah c'est charmant 1
Paulette. — Il faut que les cloisons soient d'un mince 1
Monsieur d'Alaly. — Vous criez à tue-tête des choses grotesques...
Vwi^KVTE, furieuse. — Par exemple! C'est vous qui m'interrogez ridiculement... Moi qui tombe de sommeil 1
Monsieur d'Alaly. — Criez encore un peu plus haut.
Paulette, exaspérée. — Je crierai si ça me plaît 1
Monsirur d'Alaly, — ...