PAULETTE
Un peu longs!
MONTESPAN Un peu longs !
C'est pour cela, je crois, que je la trouvai bells.
PAULETTE, tombant dans les bras de Montespan qui l'embrasse chaleureusement.
Puisque ce n'est qu'un rêve... allons!
MONSIEUR d'alaly, crisfé, soufflant.
Oui, c'est un rêve...
— Allons donc, la réplique? à vous, Montespan!...
Montespan, sans lâcher Paulette. — Je sais bien, mais on prend un temps 1... Dupuis prenait toujours un temps... Vous dérangez J'effet... il va falloir recommencer... Nous ne sommes pas sûrs... On a laissé le baiser en blanc aux autres répétitions... Alors, voilà... ça ,ne va pas du tout, nous tâtonnons... Il faut nous y mettre... {Ils reprennent.)
Oui c'est un rêve, un doux rêve d'amour... {Et Montespan continue à presser Paulette sur son cœur.)
Monsieur d'Alaly, exaspéré. — A vous. Menélas: Vous devez vous montrer! que diable! Vous ouvrez le rideau du fond !...
Monsieur d'Oronge, montrant sa tête entre les draperies. — Mais je crois que je dois attendre en • core un instant ; je dois laisser finir l'ensemble avant de me plaindre...
M. d'Alaly hausse les épaules avec fureur; Montespan se décide enfin à lâcher Paulette.
Gaillac. — Il faudra régler ce jeu de scène autrement...
Monsieur d'Alaly. — Certainement... ils ne font pas du tout les mouvements indiqués...
Montespan. — Permettez... (// sort la brochure de sa tunique.) l'indication est : a Hélène se laisse aller dans les bras de Paris qui l'embrasse, » Nous avons fait exactement ce qui est dit. Madame d'Alaly s'est laissée aller dans mes bras ; peut-être n'y a-t-elle pas mis tout l'abandon désirable, mais...
Paulette, de bonne foi. — C'est qu'on ne s'imagine pas à quel point ça gêne les mouvements de se sentir regardée... je suis bien sûre que si nous étions seuls, ce serait tout différent... [A Montes^ pan.) n'est-cp. pas ?
Montespan, embarrassé. — Mais.oa
Paulette. — Après ça... Vous n'éprouvez peutêtre pas la même sensation que moi ?...
Monsieur d'Alaly, énervé. — Est-ce qu'on ne continue pas? A vous, les rois!...
Entrée des rois... Fin de l'acte. Tout le monde entoure Paulette et la félicite.
Monsieur d'Alaly. — Si vous vous recoiffiez ? Vous allez abîmer vos cheveux, en les laissant ainsi traîner.
Chœur des rois et des spectateurs :
— Oh 1 pourquoi?
Des Açores, à Paulette.— C'est à vous, tous ces cheveux-là?
Paulette. — Mais oui...
Gaillac. — Sérieusement?... Ils tiennent? (// tire légèrement sur les c.'ieveiix, les palpe, et remonte en frôlant de la main le dos de Paulette.)
Monsieur d'Alaly, horripilé, à Montespan, — Il est d'une familiarité, ce Gaillac 1
MoNTBsrAN, vexé aussi. — Il est odieux I
Paulette, à madame de Dourgard. — Viens-tp avec moi? Je vais mettre mon troisième costumç
Madame de Dourgard. — Mais oui, nous chan« geons aussi...
Mesdames de Rebondy, de Dourgard et Paulette passent derrière les paravents.
Les rois. — Allons fumer un cigare sur la terrasse. Vous ne sortes pas, d'Alaly ?
Ïl6 AUTOUR DU MARIAGE
Monsieur d'àlaly, rassuré par la présence de ces dames. — Si, vraiment. (A Montespan,quî rei> tre dans la coulisse des hommes.) Et vous î
MoNTEsPAN. — Ohl moi, je vais mettre mon costume d'augure.
Monsieur de Rechampy. — Mais vous avez bien le temps, vous ne paraissez qu'à l'avant-dernière scène!...
MoNTESPAN. — C'est égal... c'est très long, parce que je suis obligé de me grimer... (// disparaît.)
Des Açores. — Eh bien, il lui f^ut du temps pour se bichonner !...
lY
Paulette, se promenant dans les coulisses en maillot complet de soie chair; les cheveux flottants. — J'ai mis un maillot complet, parce qu'à cet acte-cij ma jupe est fendue très haut, et le péplum ne couvre qu'une épaule...
Madame de Dourgard. — Dieul que tu es drôle, tu as l'air d'une petite Eve moderne, une Eve d'éventail...
Madame de Rebondy. — Où est le serpent ?
Paulette. — Il n'y est pas, le serpent I et c'csr dommage !... c'est charmant ici, mais ça manque
de serpent... Il est rudement bien fait, ce maillot, il n'y a pas un pli...
Madame de Dourgard. — Dame! c'est qu'il est xendu...
Paulette. — A craquer... J'ai pris exprès un peu trop juste... On force, alors les mailles s'écartent et tendent sur la peau qui paraît au travers...
Madame de Rebondy. — Effectivement, cela donne exactement le velouté du nu... On jurerait qu'il n'y a pas de maillot...
Moniespan, occupé à faire sa figure, tire une chaise contre le paravent et monte pour voir ce qui se passe chez ces dames, mais il n'arrive pas assez haut. Il pose un tabouret sur la chaise et parvient à apeicevoir Pauleite qui continue à se promener dans le même costume.
Madame de Dourgard. — Là ! je suis prête.
Paulette. — Déjà!
Madame de Rebondy. — Moi aussi! Si nous allions respirer un instant avant le commencement? {Elles sortent.)
Paulette. — Elles ont de la chance d'être prêtes... Si j'appelais ma femme de chambre, je serais prête tout de suite, mais ça m'agace! M'ontils assez complimentée, tous!... quel malheur qu'il n'y en ait pas un qui ait su le faire mieux que les autres! Allons, il faut me décider à mettre mes sandales.
2l8 AUTOUR DU MARIAGE
A ce moment, elle aperçoit le haut de la tête de Montespan au-dessus du paravent. Brusquemeni, elle s'assoit à terre en s'adossant au ptiravent qu'elle ébranle. Montespan, grimpé sur son tabouret, perd l'équilibre et roule de l'autre côté avec un îracas épouvantable...
Paulette , pouffant de rire. — Qu'est-ce que c'est que ça ?
Montespan, se ramassant piteusement, — C'est... c'est moi...
Paulette. — Ah çà, que vous arrive-t-il?...
Montespan. — Mais... rien... Je... je fais ma léte,..
Paulette. — Ah bieni vous ne la faites pas silencieusement, toujoursl
Des Açores, entrant che:{ Montespan. — Es-tu prêt ? J'ai besoin de la glace, moi 1
Montespan. — Pour mettre ion costume de bain?
Des Açores. — Non, mais pour me draper dans mon peignoir éponge...
Montespan. — Tiens! voilà la place... Fais-toi bien séduisant....
Paulette. — C'est des Açores qui vient s'habiller!... Allons, boni je ne peux pas fermer le cercle d'or de mon bras. Ah! que c'est agaçant I [Elle tape du pied.)
Dhs Açores. — C'est vous, belle Hélène, qui avez des impatiences dans les jambes?...
Paulette. — Je ne peux pas fermer...
Des Açores. — Voire costume?
Paulette. — Eh non... mon cercle d'o:...
Des Açorks. — Si je ne craignais d'être indiscret, je vous offrirais bien de vous le fermer, moi t
Paulette. — Oh î vous pouvez venir, je suis habillée...
Des Açores. — Complètement ?. .
Paulette. — Complètement...
Des Açores. — Tant pis! Me voilà... j'arrive... {Il/ait le tour du paravent et parait. Maillot de soie chair, costume de bain en cachemire aurore brodé d'une grecque d'or.)
Paulette, le reg'Urdant. — Tiens 1 tiens! vous êies bien mieux comme ça qu'en habit... Ah I ce que ça vous change! Pourquoi donc ne vous baignez-vous jamais à Deauville ?
Des Açores. — Les bains de mer me donnent la migraine...
Paulette. — C'est égal... moi, à voire place, je me baignerais tout de même...
Des Açores, enchante. — Voyons ce cercle }...
Paulette, montrant le cercle placé au haut de son bras. — Voilà... Il faut faire entrer cec' dans :ela^ voyez- vous? jusqu'à ce que ça crie... ce n'est fermé que quand ça a crié...
Des Açores, tripotant le cercle maladroitement. — Ah! pprfaiteménti
Paulette. — Aïe 1 vous me griffez !...
Des Açores, bêtement.- Ce n'était pas mon in-
tention...
Paulette. — Je le présume... Ah l mais, prenez garde I vous allez me pincer 1...
Des Açores.- J'en serais au désespoir... Ah 1... c'est fait... il est fermé!...
Paulette. - On a entendu le petit crac?... Des Açores, les yeux fixés sur le bras de Panique. — Oui... je crois... Jamais 1 non, jamais je n'ai vu un bras comme le vôtre î...
Paulette. — Il est laid?
Des Açores, les yeux hors de la tête. - Vous savez bien à quoi vous en tenir là-dessus... Est-il terme, et rond, et blanc!...
Paulette, regardant son bras. — H est assez blanc... Tiens! Qu'est-ce qu'il y a là?... Ah I je le disais bien ! I
Des Açores. — Quoi?
Paulette. — Que vous m'aviez griffée !
DE.S Açores.- Est-il possible! Où ? Où est-elle, cette griffe? Ah 1 ici! Laissez-moi la guérir. {Il couvre la griffe de baisers.)
Paulette, se défendant ma llement. —Ah\ mais...
Ah! mais!...
Des Açores, très exalté. - Laissez! je suis si heureux !! Ne soyez p^s méchante, vous savez bien que je vous adore...
Paulette, retirant brutalement son bras. — Ah! vous m'ennuyez 1 1 {Exaspérée.) Pas un qui trouvera autre chose à me direl
Des Açores, ahuri. — Qu'est-ce que vous dites
Paulette. — Rien du tout. {Elle lui tourne le dos et se jette dans M. d'Alaly qui entre; elle le bouscule et sort.)
Monsieur d'Alaly, soupçonneux et regardant des Açores. — Qu'esi-ce qu'elle a?
Des Açores. — Ah 1 vous me feriez plaisir de me l'apprendre...
Voix de Gaillac. — En scène, en scène, qui estce qui est du commencement du trois?
M. d'Alaly descend dans sa niche, le troisième acte commence. Paulette est nerveuse et distraite.
Gmllac, quittant sa place et venant à l'avant' scène. — Pardon... pardon, il faut que madame d'Alaly reprenne ses couplets. Ce n'est pas ça du tout. (A Paulette.) Quand vous dites :
Vous êtes le mari d'Hélène, Prenez garde, roi Ménélas...
il faut qu'on sente bien la menace, et ici ï
Prenez garde que je n'achève L'œuvre de la fatalité!
Vous avez crié pour un rêve..; Je vous ferai crier pour la réalité.
On doit comprendre que la chose est faite... Met tez-y des intericions, de l'entrain, qu'on se rende compte qu'elle caresse avec amour le projet de rendre son mari... célèbre... Voyons, recommençons cela... {Paulette recommence.)
Monsieur d'Alaly, entre ses dents. — Dieul que cette pièce est embêtante.
Monsieur de Rechampy, croyant quil s'est trompé dans sa réplique. — C'est pas ça ?
Monsieur d'Alaly. — Qu'est-ce que vous voulez ?
Monsieur de Rechampy. — Je croyais que vous me repreniez...
Monsieur d'Alaly, énervé. — Mais non.
Des Açores. — Vous avez parlé, cependant.
Monsieur d'Alaly. — C'était une réflexion que je faisais à part moi...
Monsieur de Rechampy, protestant. — Ah ! si le souffleur fait tout haut des réflexions étrangères à la pièce!...
Paris et Hélène montent sur la galère, Montespan passe soii bras autour de la taille de Paulette qu'il enlace.
Monsieur d'Alaly. — Mais vous vous posez très disgracieusement... Vous avez l'air d'un dessus de pendule...
MoNTESPAN. — Il faut bien se poser ainsi, pourtant...
Monsieur d'Alaly. — Mais...
Gaillac, intervenant. — On prendra l'indication au livret...
Monsieur d'Alaly. — Il n'y en a pas... et il esi clair que V augure, puisque c'est censé l'augure qui emmène Hélène, n'a pas de ces façons-là...
MoNTESPAN, — Oui, mais Vaugure, c'est Paris, et il va de soi que Paris doit enlacer amoureusement Hélène... Ça tombe sous le sens... sans compter que si je n'enlace pas amoureusement madame d'Alaly, elle tombera; on tire la galère par saccade, nous recevons des secousses terribles... Tenez, voyez...; je n'ai pas trop de toutes mes forces pour la soutenir...
Le nez de M. d'Alaly s'allonge de plus en plus.
Deux heures du matin, dans la chambre de Paulette. Elle a conservé son costume du troisième acte...
Monsieur d'Alaly. — Reste encore ainsi, ma Paulette, que je te voie un peu à mon tour (// s'assoit sur le divan et attire Paulette sur ses geuoux.)
Paulette, ■pensive. — Oui...
Monsieur d'Alaly, lui caressant les cheveux
Tu ne comprends pas, dis, que cela me rend m ilneureux de voir les autres jouir de mon trésor?...
Paulette, distraite. — Si... si...
Monsieur d'Alaly, la serrant plus étroitement. — Je le voudrais tant à moi seul...
Paulette, de plus en plus distraite. — Mais je suis à vous seul... jusqu'à présent...
Monsieur d'Alal\. sautant en Vair. — Jusqu'à présenti! I
Paulette. — Mais oui...
Monsieur d'Alaly. — Ahî tu ne sais pas comment je l'aime I... à quel point je... (// continue; Paulette ne répond plus et s'absorbe dans ses réflexions.)
Paulette, rêvant. — Eh bien, noni ce n'est pas encore ça!... Ce soir, ils étaient aimables pourtant, plus qu'aimables même.. . Quel effet cela m'a-t-il produit? Gaillac m'agaçait en touchant mon péplum... et Montespan avec son baiser... Il était assez appuyé, son baiser, mais il ne m'a fait aucun plaisir... et de plus, il a abîmé ma figure!... Ce coin enlevé a dérangé tout l'ensemble, je n'ai pas pu le refaire aussi bien,... il a fallu repasser la patte partout et ce n'était pas réussi comme la première... Et le prince deCalabre? Oh ! des phrases bêtes! et il m'a fait le bras dans l'obscurité. C'est de bon goût !.,. Des Açores a mieux manœuvré... ils étaient bien
appliqués, ses baisers... et chauds, et pénétrants... sans son malencontreux : « Je vous adore, » j'allais peut-être y trouver un certain plaisir... En somme peu variés, ces messieurs f... [Elle regarde du coin de Vœil M. d'Alaly, qui continue à la caresser.] Après tout, celui-ci les vaut bien... peut-être?... Pas passionnant, mais pas désagréable non plus... et vraiment épris... Ah I s'il pouvait seulement trouver quelque chose d'imprévu... {Elle le regarde fixement, semblant attendre...)
Monsieur d'Alaly, s'emballant sous le regard de Paulette. — Ah 1 ma Pa blette ! Je t'adore 1... je t'adore !
Paulette, découragée. — Vlan ( lui aussi {
Chez les d'Hautretan, aux Épines. La chambra de Paulette Elle s'habille. M. d'Alaly la regarde.
Monsieur d'Alaly. — Il va pleuvoir I Tu feras sagement de te vêtir chaudement, ma chérie 1
Paulette. — Pleuvoir? Vous prévoyez toujours quelque chose d'ennuyeux, vous!
Monsieur d'Alaly. — Dame! regarde le ciel^ lu verras aussi... Ouvre ton rideau...
Paulette. — Il fait un temps gris... C'est charmant les temps gris!... {Elle ouvre le rideau, Montespan et le prince de Calabre, qui sont sous îa fenêtre, la saluent.)
Monsieur d'Alaly. — Vot-e père est déjà aux écuries r
Paulette, continuant à sourire au dehors. — Mais non... Je ne crois pas...
Monsieur d'Alaly. — Je vous voyais dire bon' jour...
Paulette, sans se retirer. — C'est M. de Galabre et Montespan qui sont là, c'est à eux que je dis bonjour...
Monsieur dAlxly, furieux. — En chemise?
Paulette. — Ahl tiens I c'est vrai! {Elle laisse tomber le rideau.) Je n'y pensais pas.
Monsieur d'Alaly. — C'est inouï! Vous mettre à votre fenêtre dans ce costume-là!
Paulette, agacée. — C'est vous qui me l'avez dit, vous êtes là à grogner l
MoNsiEiR d'Alaly. — Avouez qu'on grognerait à moins.
Paulette, s'habillant rageusement. — Il faut convenir que pour une fois où je fais ce que vous me dites, ça ne me réussit pas brillamment...
Monsieur d'Alaly. — Vous raisonnez toujours à côté.. (// souffle dans um corne qui rend un son rauque et enroué, Paulette fait un bond.)
Paulette. — Allons ! il ne manquait plus que ça 1 mais qu'est-ce qui vous prend?
Monsieur d'Alaly. — C'est ma corne qui est bouchée... Du diable, si je sais ce qui a pu s'y introduire... J'en ai pourtant absolument besoin...
Paulette. — De quoi ?
Monsieur d'Alaly. — De corne! A la fin, il faudra les rallier tous,... annoncer ma présence, ie suis certain qu'ils seront tous éparpillés dans la forêt...
Paulette. — Au faitj c'est vrai I vous faites la bêtel
Monsieur d'Alaly. — Parbleu! sous prétexte que je connais bien la forêt I Ai-je été assez bête de l'avouer I
Paulette. — D'autant plus que vous ne la connaissez pas si bien que ça...
Monsieur d'Alaly. — Ohl par exemple!
Paulette. — Je suis aussi sûre que vous vous perdrez... Vous auriez dû faire votre parcours ce matin, jeter les papiers, préparer les défauts d'avance, c'eût été bien mieux; autrement ça va rater...
Monsieur d'Alaly, farfouillant dans le tiroir d'un chiffonnier. — C'est ça qui m'est égal! Je ne tiens à épater personne, moi! Je ferai ce que je crois devoir faire , consciencieusement , mais rien de plus.
Paulette. — Comme vous faites tout!
Monsieur d'Alaly, la tête plongée dans le tiroir. — On a touché à mes cornes, c'est sûr... Il est assommant de ne rien retrouver!... Les miroirs à alouettes aussi sont dérangés...; ils ne sont plus sur la planche, au-dessus du râtelier aux fusils. Je les
y avais cependant posés... Ta ne les as pas vus, ma chérie?
Paulette, énervée. — Les miroirs, la planche, le râtelier, les cornes! Mais, vous devenez tatillon comme une vieille fille!... Est-ce que je sais où ils sont, vos outils I
Monsieur d'Alaly. — Ne t'agite pas, ma Paulette, je m'en vais!... Je vais voir à la sellerie si on n'a pas accroché les cornes à côté des cors de chasse . . (// sort.)
Paulette. — C'est drôle!... je l'aime bien, mon mari ! et ça me fait tout de même plaisir quand il s'en va ! Je vais avoir ma liberté, aujourd'hui I puisqu'il fait la béte, il ne pourra pas être en même temps sur mon dosl Je voudrais m'amuser vraiment... solidement... Car enfin, avec un peu de bonne volonté, il me semble qu'il y a ici tout ce qu'il faut pour ça!... jeunes, vieux, entre deux âges... il y en a pour tous les goûts... le tout est de choisir!... et après?... Quand j'aurai choisi?... Bast I L'important est de choisir. J'ai tort d'être la même avec tous... Jusqu'ici, je les ai effleurés, sans en approfondir aucun... Je vais donner à l'un d'eux cette journée... Nous verrons comment il en profitera. Oui! mais auquel? Ah! ma foi! je déciderai ça tantôt!... quand je les aurai revus!... Le malheur, c'est que plus je les vois, moins je les gobel... Enfin, je vais essayer!...
Après le déjeuner, au salon.
Le prince de Calabre, monsieur de Rechampy, monsieub d'Oronge, monsieur de RÈcnr, le petit de Tendron, des AçoRES, Montespan, du Hllder, chasseurs du voisinage, etc.
Monsieur d'Haufretan à M. (TAlaly. — Mon ami, je crois qu'il est temps de partir; le rendezvous est à deux heures à TErmitage, il est une heure déjà, et il vous faut une avance notable... [M. d'Alaly achève son café d'un air navré.)
Paulette. — On dirait que vous ne vous souciez pas de vous mettre en route?
Monsieur d'Alaly. — Comme c'est agréable de trotter immédiatement en sortant de table I
Paulette. — Dans ce cas, il aurait fallu partir plus tôt, pour avoir le temps d'aller au pas.
Monsieur d'Alaly. — Sans manger de dessert, alors? [Tout le monde rit.)
Monsieur d'Alaly. — Oh! c'est excessivement drôle! [Ba^ à Paulette.) Vous ne ferez pas d'excentricités, n'est-ce pas?... Promets-le-moi, veuxtu, dis? Pour que je sois tranquille?...
Paulette. — Ah, si c'est pour que vous soyez tranquille, je vous promets tout ce que vous voudrez.!
R ALLYE-PA.PIER 23J
Monsieur d'Alaly. — Tu es un amour.
Des Açores. — Est-il traînard, ce d'Alaly?
M. d'Alaly se décide à monter à cheval.
Paulette, le regardant par la fenêtre. — Votre habit rouge vous va beaucoup mieux que celui-là,
MoNsiFX'R d'Alaly. — Mais c'est vous qui m'avez empêché de le mettre; vous m'avez dit que la bête devait être habillée de couleurs sombres pour se dérober plus facilement...
Paulette. — Je ne dis pas le contraire; je constate seulement que vous êtes mieux avec l'autre... Oh! vous n'avez pas un de ces physiques auxquels tout va, vous! [M. d'Alaly s'éloigne, les yiqueurs sonnent son départ.)
Paulette, regardant autour d'elle. — Le voilà parti! A ces messieurs, maintenant... Ils sont tous là... Pour être sincère, je ne les trouve pas jolis, jolis, mes adorateurs! Ils sont même ridicules, ce matin... C'est très difficile à porter, l'habit rouge! Antoine le porte très bien, lui ! Le prince de Calabre est le plus drôle ; son habit k seire, lui fait des plis, des bosses, des bourrelets. On croirait voir une grosse tomate... Et bes bottes, donci Pointues comme des aiguilles! Et il a le pied comme une pelle ! Tous, du reste, ont des chaussures pointues^ juand leurs pieds en réclament impérieusement de jarrées... Tiens ! Non I Pas Montespan! Montespan a des bottes arrondies, Men faites et dans lesquelles
il semble parfaitement à l'aise; on ne voit pas ses doigts grimper les uns sur les autres... Est-ce qu'il serait moins bête, celui-là? Est-ce qu'il comprendrait qu'on est mieux en étant soi, qu'en calquant les vêtements, les pensées, le langage et les grimaces du voisin .!> S'il en était de tout comme de ses bottes, il y aurait peut-être là du nouveau... de l'imprévu? II est gentil, d'ailleurs, Montespan ! Il était visiblement ému en m'embrassant le soir de la Belle Hélène... va pour Montespan 1
Montespan, qui ne se doute pas du bonheur qu'on lui réserve, parcourt un journal en prenant son café. Paulette s'approche de lui.
Paulette. — Monsieur de Montespan, vous ai mea à suivre vite, n'est-ce pas?
Montespan. — Mon Dieu, Madame...
Paulette, sans Vécouter. — Moi aussi; vous m'accompagnerez si vous voulez? Nous irons un train tous les deux, vous verrez cal
Montespan, transporté. — Si je le veux? Ah I je crois bien! Mais, je vais faire des jaloux !...
Paulette. — Eh bien, ça vous gêne?
Montespan. — Nullement, si on ne met pas opposition à cet arrangement...
Paulette. — Opposition? Et qui voulez-vou qui y mette opposition?
Montespan. — Mais, tous ceux qui ont ou croient avoir plus de droits que moi à vous escorter... Ceux
que leur âge désigne de préférence... Le prince de Calabre, M. de Rechampy, M. d'Oronge...
Paulette, méprisante. — Ces vieux bonzes?
MoNTESPAN. — Bonzes tant que vous voudrez; il n'en est pas moins vrai que, quand on va monter à cheval, ils iront se coller à côté de vous et ne vous lâcheront plus...
Paulette. — Que si... Moi, je les lâcherai, ils seront vite semés, allez!... D'ailleurs, je vous appellerai près de moi, au départ... Ils ne protesteront pas, Je présume?
MoNTESPAN. — C'est pas sûrl
Devant le château.
Chacun s'apprête à monter à cheval. « Cupidon », le cheval de Paulette, fait des bonds sur place et pointe tant qu'il peut. Paulette, sa jupe relevée très haut sous son bras, lui caresse le nez et lui parle pour le calmer.
Le prince de Calabre, montrant à M. d Oronge le maillot de soie gris perle qui sort de la botte de Paulette. — Regardez... Regardez... Est-ce joli, hein?.,. Quelle perfection... Quelles rondeurs!
Monsieur d'Oronje , mettant précipitamment son lorgnon et s approchant pour mieux voir. — Ohl c'est superbe!... C'est...
Cupidon appuie brusquement de Ja croupe
et pose un de ses pieds de derrière sur celui de M. d'Oronge, qui pousse des cris de paon.
Paulette, se retournant. — Qu'y a-t-il?
Monsieur d'Oronge, s' efforçant de sourire. ^ Rien... moins que rien, Madame, c'est mon pied... votre cheval a légèrement appuyé de mon côté, et je...
Paulette. — Ah! dame, si vous venez vous fourrer entre ses jambes!...
Le prince de Calabre, à part. — Elle donne raison au cheval 1 C'est raide !
Des Açores, s'approchant d'un air engageant. — Qui va vous mettre en selle. Madame? {Il /ait un mouvement pour tendre la main.)
Paulette. — M. de Montespan, s'il est là...
Montespan, s' élançant et renversant presque des Açores. — Certainement, il est là ! (// s'incline et tend la main droite. Paulette y pose son pied, appuie sa main gauche sur l'épaule de Montespan et s'enlève lestement.)
Montespan, visitant les sangles avec sollicitude et ajustant lentement les étriers. — Êtes-vous bien ?
Paxjlette. — A merveille. {Elle se retourne pour voir si tout le monde est à cheval.) Peut-on partir ?
Chœur des Cavaliers. — A vos ordres. {Ils cher-
RALLYE-PAPIER 2JÇ
chent tous à venir s'aligner à côté de Paillette et se poussent les uns sur les autres.)
Paulette, allongeant un vigoureux coup d'éveron à Cupidon, qui /ait un bond prodigieux. — Eh! doucement!... Prenez dcnc garde! Cupidon est très susceptible, et quand on approche trop près de lui, il a parfois la croupe un peu folle !.., Il ne supporte pas beaucoup la société des autres chevaux !... Tout au plus en tolère-t-il un à sa droite... Monsieur de Montespan, restez donc là, puisque vous y êtes, nous allons essayer démarcher ainsi... {Elle pari à fond de train accompagnée de Montespan radieux.)
Tctes des autres cavaliers qui suivent en peloton, allongeant de leur mieux pour suivre l'allure désordonnée adoptée par Paulette.
Dans la forêt, Paulette et Montespan galopant côte à côte dans une allée gazonnée.
Montespan, d'wi ton pénétré. — Je ne sais si je rêve? Je suis fou de bonheur ! (// la regarde langoureusement).
Paulette. — Ah ! si vous n'êtes pas plus d:o\& queçal I !
2}b AUTOUR DU MARIAGE
MoNTESPAN. — Drôle? Mais en vérité, c'est que... il est difficile d'être drôle quand on est aussi profondément amoureux que je le suis.c
Paulette. — Eh bien, mais là est précisément le mérite! Il faut savoir être à la fois sentimental et gai, amusant et tendre! Ce qu'il y a d'ennuyeuxj dans votre cas, c'est que le vocabulaire qui sert à l'exprimer manque de variété... C'est tellement toujours la même chose, voyez-vous...
MoNTESPAN, regardant en arrière. — Je ne les vois plus!... Si nous ralentissions ?... Qu'en ditesvous?... Ils sont distancés, à présent...
Paulette. — Pas encore, mais ce que nous avons de mieux à faire, c'est d'entrer sous bois et de les laisser passer... De cette façon, nous ne serons plus chassés ainsi par eux, ce qui est énervant.
MoNTESPAN. — C'est une excellente idée ; entrons dans le taillis. (// tourne son cheval.)
Paulette, haussant les épaules. — Pas là, pas la donc !
MoNTESPAN, surpris. — Pourquoi pas là ?
Paulette. — Vous ne voyez pas qu'ici, ils chercheront à relever le défaut, et qu'ils battront le bois?...
MoNTESPAN, indifférent. — Ah ! il y a un défaut?
Paulette. — Dame ! puisque les papiers cessent. Ah çà! Vous ne voyez donc rien?
MoNTESPAN. — Je ne vois que vous.
Paulette. — Aïe I Encore une banalité I
Elle cherche, entre sous bois, ressort et finit par retrouver le passage de la bête. Le peloton les rejoint.
Monsieur de Rechampy, qui peut à peine parler Ah I... Est-ce que... il y a un défaut ?
Paulette. — Oui.
Monsieur d'Oronge, enchanté. — Ah ! on va donc pouvoir souffler.
Montespan. — Il y avait un défaut, mais madame d'Alaly l'a relevé.
Paulette part au galop, les cavaliers semblent plongés dans le marasme.
Paulette, à Montespan. — Au bout de cette avenue, il y a un coude ; ils nous perdront de vue; nous nous gîterons et nous les regarderons passer. [Ils entrent sous bois.)
On entend le galop du peloton qui s'avance lourdement. Paulette pouffe de rire.
En passant devant l'endroit où Paulette et Montespan sont placés, le cheval du prince de Galabre se tourne vers le fourré et hennit violemment.
Monsieur d'Oronge. — Ce hennissement prouve que la béte a dû entrer ici; d'Alaly a raccourci son parcours.
Paulette, à Montespan. — Voilà ce qui s'appelle avoir du nèz... Je crois qu'à piésent nous
3j8 AUTOUR DU MARIAGE
pouvons nous remettre en route; ils vont aller ce train -là, espérant toujours nous rejoindre... Là, maintenant, continuez votre petit discours?
MuNTESPAN, s arrêtant et contemplant Paillette. ■■■ — Nous sommes si bien ici 1...
Paulette. — Je ne trouve pas ça! J'ai une branche qui m'égratigne le nez, et les moucnes commencent à taquiner Gupidon.. Restez si vous voulez, moi je sors... {Elle pousse son cheval en avant, une branche s'accroche dans ses cheveux.)
MoNTESPAN. — Oh 1 ne tirez pas 1 Vous allez tout arracher I
Paulette, cherchant à se dégager. — Ça tient solidement, allez! {Elle secoue la tête.) Pas moyen !... Ah! mais...
MoNTESPAN, tirant un superbe couteau de sa poche et l'ouvrant triomphalement. — Attendez, attendez, je vais arranger cela !...
Paulette, le regardant faire ses préparatifs. — Ah ! fort bien, vous allez me délivrer!.,. Oh! oh 1 vous avez un beau couteau !
MoNTESPAN. — N'est-ce pas ? (// se penche ver^ Paulette, coupe et farfouille avec délices.)
Paulette. — Dieu que c'est long ! J'ai le torticolis de rester ainsi la tête inclinée, sans compter que chaque mouvementde Gupidon me tire affreusement les cheveux !
• MoNThSPAN. — Voilà qui est fait ! la liberté vous est rendue. Madame?
Paulette, se secouant joyeusement. — Oh ! merci I
MoNTESPAN, suppliant. — Ne ferez-vous rien pour votre libérateur ?
Paulf-tte, riant. — Nous verrons ça ! {A Montespan qui embrasse follement un objet qu il tient dans sa main.) Qu'est-ce que c'est que ça ?
MoNTESPAN. —Ça ! c'est un trésor !... {Il montre à Paulette une grosse mèche de cheveux blonds.)
Paulette, saisie. — Oh!... {Vexée). Commentl Vous avez coupé mes cheveux? Et une mèche pareille encore ?. .,
MoNTESPAN. — Cest celle qui était enroulée autour de la branche...
Paulette. — Et vous n'avez pas eu l'idée de couper la branche ?
MoNTESPAN, sincère. — Ma foi non.
Paulette. — Ah I vous êtes ingénieux, vous!!!... Vous n'avez pas coupé près de la peau, j'espère?
Montespan, penaud. — J'ai coupé où j'ai pu...
Paulette anxieuse. — Ça se voit.
Montespan. — A peine. Cela fait un petit bouquet, une petite touffe raide...
Paulette, atterrée. — Oh ! C'est affreux !
Montespan. — Mais pas du tout, c'est adorable, au contraire. Je vous assure que j'aimerais bien
mieux embrasser la partie qui reste, que celle qua je tiens dans ma main.
Paulette. — Allons, bien 1 La pluie maintenant 1
Monsieur d'Alaly, inquiet. — Je viens de les voir passer tous, sauf Montespan 1... Paulette ne faisait pas non plus partie du groupe 1 et pas moyen d'aller voir où elle est?... Pourvu qu'elle ne soit pas tombée I... Oh! non 1 C'est peu probable... Alors pourquoi n'est-elle pas là ?... Elle sera restée en arrière... avec Montespan!... Et il a un habit rouge, Montespan ! C'est une séduction, à ce qu'il paraît... {Il fait tourner sur son épaule la ceurroie qui supporte le sac aux papiers.) Dieu ! que mon sac me gêne !... Si jamais je refais la béte, par exemple! je veux être pendu! J'ai l'épaule sciée par cette misérable courroie... et pendant ce temps, cet imbécile de Montespan coquette et flirte avec ma femme! Quelle jolie situation pour un homme sérieux. ..et amoureux... Ah 1 la plus grande punition que le ciel réserve à ceux qui ont abusé des femmes des autres, c'est de les rendre amoureux de la leur. Ils expient rudement les quelques instants de plaisir... contestables, le plus souvent, qu'ils ont
RALL\E-PAP1ER 24I
dérobés çà et là... Tiens! la voix de Paulette !... Eh non !... Si !... et celle de Montespan ! Ils sont làl... (// s'arrête et écoute.)
Paulette. — Vous voyez bien que la pluie ne cesse pas... Nous ne pouvons rester ici éternellement...
Montespan, plaintif. — Oh ! pourquoi ?
Paulette. — Mon pauvre Montespan, vous n'avez décidément pas la note gaie!... Je vous assure qu'avec moi, c'est un tort... Je ne demande qu'à me laisser faire la cour !...
MoiNsiEUR d'Alaly. — Oh !
Paulette, continuant. — Mais à condition que ça m'amusera...
Monsieur d'Alaly. — Ah, mais ! Ah, mais!...
Montespan. — Est-ce ma faute, à moi, si je crois réellement à l'amour...?
Paulette. — Moi aussi, j'y crois, comme à bien d 'autres choses que je n'ai jamais vues, mais auxquelles je crois tout de même...
Monsieur d'Alaly. — C'est charmant pour ma réputation de mari, ce genre de conversation...
Montespan. — Oui... Mais vous, vous blaguez l'amour. Moi je le respecte, je voudrais n^en parler qu'à genoux. L'amour! c'est un si grand mot...!
Paulette, narquoise. — Immense 1 Prenez garde, vous devenez lyrique ?
2i2 AUTOUR DU MARIAGB
MoNTESPAN. — Ça m'est éyal... je parleiui... Je vous dirai, malgré vous, combien...
Monsieur d'Alaly. — Je crois qu'il est temps d'interrompre cette iàylle et d'ouvrir l'œil poui empêcher qu'elle ne se continue 1 (// casse une ou deux branches et part au galop en fredonnant.)
Paulette, stupéfaite. — Antoine? Comment diable est-il icir Par où passe-t-il? Il ne développe pas du tout son parcours... Il fait son rallye-papier en colimaçon... Quand je disais qu'il le raterait en ne le préparant pas d'avance!... Pour que ça soit réussi il faut donner beaucoup de champ aux cavaliers, ne trouvez-vous pas ?
MoNTESPAN, énervé. — Eh ! je me soucie bien de çal Pas moyen d'être cinq minutes tranquille !
Paulette, riant. — Allons, filons 1 II se fera prendre dans les fonds du Cyclope, bien certainement, et je veux voir ça i
Montespan la suit en rognonnant.
Au tournant de l'allée ils rencontrent le groupe des cavaliers absolument perdus. M. d'Hautretan ei M. de Dourgard, les deux seuls qui connaissent la forêt, sont devant et ils les ont perdus de vue. Tant qu'il y a eu des papiers, ça allait à peu près, mais ici, il y a un défaut. On implore Paulette qui dfc nouveau fait le bois et retrouve les papiers. Le prince de Calabre parvient à s'insinuer à côté d'elle; Montespan est furieux. Il guigne le prince de
Calabre, le pousse, le bouscule de telle sorte que celui-ci, comprenant qu'il n'aura la paix qu'en rendant la place, cèJe et passe derrière.
WotiTESP A.^,raj^onnant, se réinstalle et interpelle Paillette. — Vous plaît-il, Madame, que nous marchions un peu, on dort...
Paulette, grinchue. — Cette allure me plaît.
MoNTESPAN, étonné, bas. — Qu'est-ce que vous avez maintenant?
Paulette, bas aussi. — J'ai, que je vous trouve parfaitement ridicule... et mal élevé; vous me compromettez à plaisir...
MoNTESPAN. — Moi? mais en quoi?
Paulette. — Cette façon de me flanquer comme un garde du corps, de repousser et bousculer les autres, de me considérer comme votre propriété...
Montespan, ahuri. — Mais c'est vous qui m'avez dit... vous m'avez appelé ce matin cent fois plus ostensiblement...
Paui.ette. — Possible I Je veux bien me compromettre moi-même, mais je ne veux pas être compromise par les autres !
Montespan. . .
Paulette. — Vous avez compris ?
Montespan, douloureusement. — Hélas I
Paulette, à elle-même. — Pauvre garçon 1 il a l'air tout effaré l Je lui ai parlé un peu trop sec !... il est découragft "Je m'étais pourtant promis d'y
mettre un peu plus de bonne volonté... {A Mort' tespan qui suit la tête basse.) Allons, marcnons, je le veux bien.
Un quart d'heure après.
Montespan et Paulette, isolés de nouveau, galopent sous bois dans une futaie couverte de mousse glissante.
Montespan. — Nos chevaux vont finir par se flanquer par terre si nous restons là-dessus...
Paulette. — Oui. Il faut reprendrel'allée... {Elle se dirige vers la route.)
Montespan. — Pas par là, pas par là... il y a un tossé énorme.
Paulette, augmentant le train. — Justement. Nous allons le sauter.
Montespan. — Mais il a trois mètres 1
Paulette. — Eh bien, vous allez voir comme Ciipidon passe 1 Par exemple, il faut marcher, parce que quand il ne saute pas dans le train, il est affreusement dur et déplaçant.
Cupidon fait un bond colossal, les sangles causent et Paulette rouleau fondda fossé avec la selle; le cheval, surpris de n'avoir plus rien sur le dos, revient vers Paulette, allonge sa tête au fond du
fossé et la flaire doucement; Montespan saute à terre en poussant des cris affreux.
Paulîtte, riant. — Voulez-vous vous taire!... Si on vous entendait 1... Et maman qui est là-bas en voiture, elle croirait qu'il est arrivé quelque chose.
Montespan, consterné. — Mais, dame!...
Paulette, riant toujours. — Je n'ai rien du tout, mais mon éperon est pris dans ma jupe... et puis la selle me gêne pour me relever. {Montespan enlève la selle; Paulette se relève, grimpe de l'autre côtC du fossé et s'assoit sur l'herbe.)
Montespan, allant s'asseoir à côté d'elle. — Vous souffrez?
Paulette. — Mais non.
Montespan. — Vous ne voulez pas l'avouer. {La prenant dans ses bras en la serrant.) Vous n'êtes oas blessée?
Paulette, cherchant à se dégager. — Mais pas !e moins du monde.
Montespan, larmoyant et la serrant toujours.— Mon Dieu! Mon Dieu! 1!
Paulette, agacée. — Da tragique!... Ahl bien non ! Voyez plutôt s'il y a moyen de réparer les sangles.
Montespan, ramassant les sangles et la selie — Je vais essayer.
Paulette. — Entrons sous bois avec Cupidon,
car si un cavalier ou une des voitures apercevait le cheval sans selle, on croirait que je suis morte.
MoNTESPAN. — Je vais faire entrer le mien aussi ; ils seront plus tranquilles.
Paulette prend Gupidon par la bride; Montespan va chercher son cheval et tous deux disparaissent dans le fourré.
Monsieur d'Alaly, arrivant au grand trot. — J'ai parfaitement vu Montespan à pied, tenant son cheval par la figure entrer dans le taillis... et elle est là aussi!... Est-elle à cheval, elle, au moins?... Et il y a des gens qui envient mon sort I...
Il s'approche du taillis où sont Paulette et Montespan et écoute.
Montespan, assis, et essaj-ant vainement de raccommoder les sangles. — Il n'y a pas moyen.
Paulette, appuyée machinalement sur lui, le regardant avec intérêt. — C'est embêtant!
M.ONTESPAH,J'aisant le gros dos sous la main de Paulette. — Oh I je voudrais rester toujours ainsi ! {Paulette fait un mouvement, il reprend d'une voix étouffée.) Restez, oh! restez, je vous en prie?
Monsieur d'Alaly, gui entend sans voir. — Oh !.. Q^ue faire? Me montrer? je serais grotesque!... (// saisît son sac presque vide, en fait une boule, la lance dans le fourré et part ventre à terre.)
La tête de Montespan sort aussiiôi du bois.
Paulette, suivant. — Qu'est-ce que c'est?
MoiNTESPAN, regardant au loin.-^ C'est d'Alalyl Paulette. — Il a fini I il s'est débarrassé de son jacl
MoNTESPAN. — Pensez-vous? Oh! j'ai eu un
trac!
Paulette, méprisante, à part. — Pauvre petitt [Haut.) Maintenant il s'agit de rejoindre à piedl... Pourvu qu'il n'aille pas se faire prendre trop loin... [On entend les trompes.) Ah I quelle chance ! C'est •ici, tojt près; au rond-point des Cinq Tranchées-
EUe part en courant, tenant Cupidon par la bride. — Montespan suit piteusement, portant la selle et traînant son cheval. — Émotion produite par leur apparition.
Après que la béte est prise.
Paulette, moqueuse, à M. d'Alaly. — Dites donc, j'ai rapporté le sac ! C'est papa qui serait content de voir comment vous les traitez, ses sacsl
Monsieur d'Alaly. — Enfin, comment l'avezvous reçu? Que faisiez-vous, dans ce fourré?
Paulette. — Ce n'est pas moi, c'est Montespan qui l'a reçu sur le nez. 11 était en train de raccommoder les sangles dema selle, d'essayer, du moins
Monsieur d'Alaly. — C'est aussi en raccommodant des sangles, que vous disiez ces jolies choses sur Tamour dans un autre fourré, auprès de l'Ermitage?
Paulette, bas. — Il écoutait? {Haut.) Ça, c'était pour vous apprendre à écouter aux... arbres.
Monsieur d'Alaly. — Tu me savais là?
Paulette, avec avlomh. — Parbleu I
Après le dîner. On fume en allant et venant devant le perron. Un peu à l'écart, Paulette suivie par Montespan.
Paulette, exaspérée. — Ah! laissez-moi tranquille, vous I En un jour, vous avez trouvé moyen de me compromettre, de me couper les cheveux, de m'ennuyer et d'avoir peur de mon mari, c'est assez I
Montespan. — Pais-je savoir, du moins, à quel sentiment vous avez obéi en me faisant croire des choses?... A propos de quoi m'avez-vous choisi ainsi, pour me rejeter ensuite?
Paulette. — A propos de bottes I
MontesDan s'en va tout ahuri.
LE RENDEZ-VOUS
Aux Épines. Dans la chambre de Paulette, Paulettb s'habillant.
— Certes, Gaillac, est le moins ennuyeux! Mais est-ce une raison suffisante pour aller à son rendez-vous? Depuis trois Jours, il me supplie de consentir à l'aller retrouver au Mesnil, à deux lieues d'ici... Je ne me soucie pas du tout d'accepter cette combinaison ; un rendez-vous, quoi qu'on y fasse, ne semble jamais innocent, et si cela était su?... Ça le serait certainement; ils sont tous à se guetter mutuellement, à m'épier, sans parler de mon mari, qui décidément devient agaçant!. . Il cause bien, Gaillac! il est original 1... Mais dame, sa fraîcheur est contestable!,.. On dit que c'est un homme à bonnes fortunes... Oui, mais
qu'est-ce que ça me fait? Mon mari aussi était un homme à bonnes fortunes 1
AioNsiEUR d'Alai-t, qui est sorti de sa cnambre, va et vient autour de Paulette et la regarde s'habiller.
Paulette, at^acee. — Mais restei: donc tranquille I Vous êtes là à tournailler... Est-ce que vous avez perdu quelque chose?
Monsieur d'Alaly. — Mais non...
Paulette. — Alors, allez vous asseoir 1... Ce mouvement perpétuel me donne le mal de mer!... Vous remuez à présent où c'est inutile et même gênant, et tout à l'heure, lorsqu'il faudra courir, vous resterez là comme une borne...
Monsieur d'Alaly. — Courir?... Quand ça, courir?...
Paulette. — Eh bien, au Lawn-Tennis... Nous faisons une partie avant le déjeuner...
Monsieur d'Alaly, atterré. — Malgré lâchasse?... Mais il faut être enragé I...
Paulette. — Rien ne vous force à jouer... Q.uant à moi, cela m'est indifférent, vous savez?...
Monsieur dWlaly. — Cela veut dire que vous ne me prendrez cas dans votre camp?
Paulette. — Je ne vous y prends jamais 1 Vous jouez trop mal!...
MoNsiKUR d'Alaly. — Et vous prenez Gaillac! [Amer.) Gaillac! qui relève les balles qu'on sert à
LE RDNDEZ-VOUS >v' |
ses voisins et flanque des coups de raquette à tout le monde!... Hier, il a manqué me casser une dent!...
Pallette, moqueuse. — Vous êtes jaloux de Gaillac?
Monsieur d'Alaly, sincère. — Ma foi non! Je trouve qu'il a avec vous des manières impossibles, un ton exécrable, une familiarité qui m'énerve, mais je ne suis pas jaloux de lui, parce que la Jalousie ne va pas sans la crainte, et que...
Paulette. — Vous ne craignez pas Gaillac?
Monsieur d'Alaly. — Non.
Paulette. — Ehieh!... Il n'est plus tout jeune, mais il est très bien encore 1
Monsieur d'Alaly. — Je ne dis pas le contraire, seulement Gaillac est trop sérieusement occupé ailleurs pour être dangereux...
Paulette, ti'ès intéressée' — Ah bahl comment cela^
Monsieur d'Alaly. — il est pris dans une de ces liaisons auxquelles il est impossible de s'arracher, même passagèrement...
Paulette, incrédule. — Oh! ca!l!
Monsieur d'Alaly, — Si vous connaissiez la princesse Gypsy, vous comprendriez que quand on lui appartient, c'est pour toujours, tant que dure son bon plaisir...
Paulette. — Mais cependant, il me semble que vous ?^..
Monsieur d'Alaly, surpris, — Comment... vous savez?...
Paulette. — Parbleu 1 moi, voyez-vous, je sais toujours ce qu'on ne médit pas; fourrez-vous bien ça dans la téie...
Monsieur d'Alaly. — J'étais beaucoup plus jeune que Gaillac,... et je n'étais pas pincé comme lui...
Paulette. — Gomme ça, il est très pincé, Gaillac?
Monsieur d'Alaly. — Totalement! II vous débite des galanteries par la iorce de l'habitude, mais il est corps et âme à la princesse,... il faut voir comme elle le mène... Ahl elle l'a bien en mainl Du reste, Gaillac n'est dans le pays qu'à cause d'elle...
Paulette. — Vraiment?...
Monsieur d'Alaly. — Eh! oui! c'est quand il a RU que la princesse était chez les de X... qu'il s'est installé au Mesnil...
Paulette, narquoise. — Vous croyez?
Monsieur d'Alaly. — Sans doute; et la princesse ne lui eût pas permis d'accepter l'invitation de vos parents, si elle n'eût su qu'il n'y avait pas de temmes aux Epines...
Paulette. — Pas de femmes! Eh bien? Eî moi i" ? i
LE RENDEZ-VOUS îj^
Monsieur d'Alaly, i2zma&/e. — Toi, ma chérie, lu es une nouvelle mariée, ça ne compte pas. Paulette, saisie. — Ça ne compte pas! [Entrt ses chnis.) Nous verrons bien si ça ne compte pas?
Monsieur d'Alaly. — Tu dis?
Paulette. — Je dis... Je ne dis rien. {Elle vj jjoiir sortir.)
Monsieur d'Alaly, de plus en plus aimable. — Tu descends déjà? Tu tiens donc bien à jouer cette partie?
Paulette, résolument. — Oh ! oui, je :iens à ia jouer!... et à la gagner surtout ! I !
Dans la forêt. Un grand rond-point auquel aboutissent de larges avenues gazonnées. Beaucoup de voitures. Calèches antiques, telles qu'on n'en rencontre plus qu'en province; victorias, landaus, breacks, charrettes anglaises, cabrio» lets, omnibus bondés de monde, un mail assez correcte ment attelé, fiacres, etc., etc.
Nombreux cavaliers venus des châteaux environnants et de la ville voisine, officiers, etc., etc.
Paulette, jupe de drap gros vert, habit de drap vert-pomme à collet de velours grenat^ chapeau de soie. Pas de selle; une sangle soutenant une fourche invisible.
Monsieur d'Alaly, des Açores, le prince de Calabre, MONSIEUR d'Oronge, monsieur de Rèche, Montespan, i,v
HeLDER, monsieur de DoURGABD, le petit de TeKDRC'ZJ
monsieur de Rechahpy.
Paulette va, vient, circule au milieu des voitures, causant avec les uns et les autres.
Le petit de Tendron, à du Heîder. — Où donc est Gaillac?
Du Helder. — Mais je ne sais pas du tout; je l'ai vu au départ des Épines, et je ne le vois plus...
Le prince de Calabrk. — Il s'est esquivé, parbleu ! il ne s'est pas senti suffisamment fort pour tenir tête à l'orage... Ahl comme je comprends ça !
Monsieur d'Oronge. — Que voulez-vous dire? De quel orage parlez-vous ?
Le prince de Calaere. - Dame! la rencontre des deux rivales promet d'être au moins piquante.
Montespan. — Quelles deux rivales?
Le prince de Calabre. — Ah çàl d'où sortezvous donc, vous? 11 est pourtant clair que Gaillac est en train de lâcher la princesse pour la petite Paulette!
Montespan. — Paulette! Allons donc! Gaillac?
Du Helder. — Il est inutile de crier si haut, d'Alaly est derrière toi...
Montespan. — Mais Gaillac, qui est un homme pratique, ne lâcherait pas l'une sans être siîr de l'autre, et je ne pense pas que...
Le prince de Calabre. — Euh 1 euh I il ne faut jurer de rien... Il avait l'air terriblement triomphant! ce mrtin, ce bon Gaillac.
LE RENDEZ-VOUS 25Ç
Monsieur d'Oronge. — En effet, j'ai remarqué qu'après la partie de lawn-iennis...
Du Helder. — Ah bien! si la princesse Gypsy" se méfie de quelque chose, il va avoir de l'agré» ment, Gaillac;
Le peut de Tendi-on. — Et madame d'Alaiy^. donc I
Du Helder. — Oh! ça lui sera bien égal I elle est tellement certaine de sa supériorité...
Monsieur d'Oronge. — La princesse défendra joliment sa chance, allez 1
MoNTESPAN. — Gai, mais elle n'est pas de taille à lutter...
Le petit DE Tendron. — Eh! eh! qui sait? Je par.erais volontiers pour la princesse, moi I
MoNTESPAN. — Moi, je la donne à 25 !...
Le petit de Tendron. — Je la prends...
Le prince de Caladre. — Vous avez confiance?
Le pETiT DE TendRv'n. — Je la trouve adorable^ la princesse!
Montespan. — Moi aussi, moi aussi; mais pas quand on la compare à l'autre!
Monsieur de Rechampy. — De Tendron la iro'jve mieux que madame d'Alaly, lui! [Il hausse les épaules.)
Des Açores, intervenant. — Naturellement! ii préfère la princesse parce qu'elle a quinze ans d-^ plus que la petite Paulette, tandis que nous, Us
vieux, nous préférons la petite Paulette parce qu'elle a quinz'*. ans de moins que la princesse I
Monsieur d^Oronge. — Elle n'arrive pas, la princesse? Suit-elle à cheval ou en voiture?
MoNTESPAN. — A cheval probablement, car les de X... sont là-bas en breack et elle n'est pas avec eux...
Monsieur de Rechampy, &e frottant les mains. — Je me réjouis de les voir en présence.
Le prince de Calabre. — Pardon! votre cheval broute le revers de ma botte.
Monsieur de Rechampy. — Ah! c'est que je lui avais lâché la tête un instant!... Mais sapristi! où peut être passé Gaillac?
Des Açores. — Il s'est terré, il a sagement fait!
Du Helder. — Comment! il est si petit garçon que ça devant la princesse?
Montespan. — Ah! mais! pas commode, la princesse! Je voudrais vous y voir...
Monsieur d'Oronge. — Moi, je serais content de le rencontrer un instant, Gaillac, parce qu'il a mon couteau; il me l'a emprunté tout à l'heure... et quand je n'ai pas mon couteau, il me semble qu'il me manque quelque chose...
Montespan. — Dame!
Le prince de Calabre. — Je commence à croire que la princesse Gypsy ne viendra pas...
Montespan. — Elle cane...
LE RENDEZ-VOUS
Paulette, promenant son cheval qui s'impatiente. — Elle est en retard la princesse! Je veux la voiravantde m'en aller, pourtanti A trois heures, m'a dit Gaillacl II est deux heures, et il y a au moins six kilomètres!... Je n'arriverai jamais!... d'autant plus qu'il me faut le temps de lâcher la chasse discrètement, sans qu'on s'en aperçoive... Si je filais à présent, on me chercherait, et puis, je ne verrais pas la princesse, et je tiens surtout à celai J'ai tant entendu parler d'elle! Personne, dit-on, ne lui arrive à la cheville I C'est pas gentil tout de même ce que je vais faire là... elle aime Gaillac, paraît-il!... Ah! ma foi, tant pis! si elle ne l'aimait pas, je ne penserais pas à lui î... Et puis d'ailleurs, j'y pense,... sans y penser...
U PRINCESSE GypsY arrive au galop. Jupe de drap bleu, gilet blanc, habit rouge. Murmure d'admiration; Paulette se rapproche.
Monsieur d'Oronge. — Elle est superbe aujourd'hui.
Le petit de Tendron, en extase. — Oh 1 oui ! MoNTESPAN. — Tant que vous voudrez, mais Tautre l'écrase complètement.
Des Açores. — Dans tous les cas, il est impossi-
ble d'être plus dissemblable; la princesse, brune ei pâle, et madame d'AIaly, si blonde et si rose !...
MoNTESPAN. — Elle cherche Gaillac 1
Le prince de Calabue. — Et elle semble mquiète de ne pas le voir. Elle flaire le danger.
Des Açores, montrajit Paillette. — C'est qu'il est redoutable, a le danger î »
MoNTESPAN. — Le fait est qu'elle a un inimitable chic, cette petite Paulette I
Le petit de Tendron, — La princesse aussi I
Des Açores. — Oui, mais la princesse, c'est déjà le vieux jeu. Elle en est encore à l'habit rouge !
MoNTESPAN. — El elle a une selle!
Paulette et la princesse Gypsy, présentées l'une à l'autrs,
s'examinent curieusement.
Monsieur d'Alaly. — On va laisser partir le renard, puisque nous sommes au complet...
La PRINCESSE Gypsy, à Paillette. — Je n'aperçois pas M. de Gaillac P
Paulette. — A la bonne heure, elle ne flâne pas f (Haut.) Il a quitté les Epines en même temps que îîous, mais depuis, je ne l'ai pas revu.
Mouvement de voitures, de cavaliers, etc., tout ie monde se groupe. On part.
Pallette, cherchant à rester en arriére. — Je vais m'éclipser tout doucement...
La princesse Gypsy, venant s'a'igner à coté de
LE RENDEZ-VOUS
Paullctte — J'ai tant entendu parler de vous, Madame, que je désirais beaucoup vous connaître.
Paulette, bas. — Ah! mais, elle m'ennuie I {Haut.) Moi aussi, Madame, j'ai beaucoup entendu parler de vousl
La princesse Gypsv, à part. — Elle est gentille-, originale plutôt que jolie, mais très séduisante ; décidément, Gaillac a toujours bon goût. (Haut.) Vous plaît-il de vous rapprocher des chiens ?
Paulette. — Non, je préfère rester en arrière.
La princesse Gvpsy. — C'est étrange! On m'avait dit que vous étiez toujours la première...
Pavlette, agacée. — Et Gaillac qui attend! il faut pourtant que je me débarrasse de la princesse, à présent que je l'ai vue... et je ne regrette pas d'avoir attendu, car elle est charmante! (Fiant.) Je suis un peu fatiguée aujourd'hui, Madame; mais, je vous en prie, suivez sans vous préoccuper de moi?
La PRINCE--SE Gypsy. — Au contraire, je resterai avec VOUS, si toutefois je ne vous gêne pas.
Paulette. — Elle se moque de moi; je veux au moins qu'elle sache que je m'en aperçois. (Haut.) Vous me gênez, et vous le savez bien, puisque c'est pour ça que vous le faites ?
Li PRINCESSE Gypsy. — Eh bien, oui I Les phrases sont inutiles entre nous...
rAULETT«i. — C'est mon avis.
La princesse Gvpsy, menaçante. — Gailiac est mon amant et je...
Paulette, moqueuse. — Oh ! 1 1 déjà des gros mots...
La princesse Gypsy, en colère. — Je vous assure, Madame, que je n'ai pas envie de rire.
Paulette. — Vous avez tort, car c'est ce qu'il y a de mieux à faire dans ce cas-îà.
La princesse Gypsy, interloquée. — Je ne veux pas que Gailiac s'occupe de vous.
Paulette, tranquillement. — Eh bien, il faut l'en empêcher; je vous préviens seulement que ce sera laborieux...
La princesse Gypsy, inquiète. — Est-ce qu'il ^ous ;'ime sérieusement?
Paulette, négligemment. — Aimer n'est peutêtre pas le mot, mais ça revient au même.
La princesse Gypsy, curieusement, tout en continuant à détailler Paulette. — 11 éprouve donc un sentiment vraiment violent?
Paulette. — Plutôt une sensation, je crois...
La p.iNCLssE Gypsy. — Enfin, sensation, se»ntiment ou amour vrai, tout cela est « à moi, » et je vous avertis que je suis décidée à le garder...
Paulette. — Pardon; tout cela est « à nous! »
La princesse Gypsy. — Elle est positivement originale, cette petite... [Haut.) Je vous assure que
LE RENDEZ-VOUS 2(H
votre entêtement est imprudent... On voit que vous êtes jeune et que...
Paulette. — Certainement qu'on le voiti C'est mon plus grand mérite... Vous savez bien que si j'avais votre âge, ni Gaillac ni d'autres n'auraient l'idée de me préférer à vous ; {La toisant.) car vous êtes charmante, Madame.
La princesse Gypsy, s' intéressant malgré elle à Paulette. — Et vous doncl Vous êtes un petit bijou... J^étais venue avec colère, vous me séduisez comme vous séduisez tout le monde... et en vous regardant, je pense...
Paulette. — Vous pensez?...
La princksse Gypsy. — Qu'il est triste de voir cette grâce et cette jeunesse être la proie d'un Gaillac.
Paulette, protestant.— Permettez, permettez... Il nY a rien de fait...
La princesse Gy'psv. — Eh 1 c'est tout comme 1 II est adroit, rusé comme un renard! Il a acquis en habileté ce qu'il a perdu en fraîcheur et, à présent qu'il vous plaît...
Paulette. — Mais il ne me plaît pas tant qu.' vous le croyez! Je trouve qu'il cause agréablement, voilà tout... Et même, depuis que je vous vois, Madame, je suis surprise qu'une femme "omme vous, ait une passion pour lui.
La princesse Gypsy, protestant aussi. — ".Oh!
at>3 AUTOUR DU MARIAGH
une passion 1 Ce n'est pas précisémeni une passion...
Paulette, ahurie. — Ah !
La princesse Gvpsy. — Et la preuve, c'est que si vous y tenez...
Paulette. — Je n'y tiens pasi... Je n'y tenais qu'à cause de vous, moil
La princesse Gypsy. — A cause de moi ?
Paulette. — Eh ouil Parce qu'on m'avait dit qu'il était impossible de vous l'enlever...
La princesse Gypsy, riatit. — Pauvre Gaillacl Alors, ii a perdu tout son prestige 1
Paulette. — Ne vous moquez pas de moi. Après tout , il est moins monotone que les autres, convenez-en...
La princesse G.psy. — Sans doute, c'est ce qui excuse ma fantaisie pour lui...
Paulette. — Ce n'était qu'une fantaisie.
La princesse Gypsy. — Guère plus.
Paulette, pensive. — Ça passe vite, une fantaisie }
La princessk Gypsy. — Hélas! C'est pourquoi, ma chère petite, il est préférable de les éviter; ûuand une fois on a mis îe nez là-dedans, on ns peut plus l'en arracher... Voyez-vous, c'est comme pour les bibelots, il y a un entraînement...
Paulette. — Mais Gaillac est spirituel, agréab.e«».
LH RENDE2-VOUS 26j
La princesse GYPi,\' , froidement . — Oui, cui.
Paulette. — Je me suis bien aperçue de quel ques petits défauts... Il en a, n'est-ce pas?
La princesse Gypsy, avec conviction. — Ah ! je vous en léponds!... Il est nerveux, irritable, maniaque!
Paulette. — Je crois qu'il a un mauvais estomac, c'est ce qui fait qu'il est parfois grincheux...
La princesse Gypsy. — Il a l'estomac dans un état déplorable I
Paulette. — J'ai remarqué qu'il ne mange ni gibier, ni pâté, ni poisson.
La princesse Gypsy. — En effet; des œufs à la coque et une côtelette, il n'y a, dit-il, que cela qui passe sans difficulté! Le madère lui fait mal à la tête, le Champagne au cœur et le bourgogne lui ramène la goutte aux articulations. Le bordeaux est le seul qu'il supporte...
Paulette. — C'est un vin plat.
La frincesse Gypsy. — Tout le fatigue et l'ennuie. Les soirées l'assomment... Le théâtre le congesiionne... Et toutes ses manies donc! Ses tenues d'appartements, de nuances invraisemblables que le petit de Tendron pourrait à peine se permettre...
Paulette. — Il est amusant avec ses pliants, ses châles, ses parasols
La princesse Gypsy. -— Et en hiver, c'esf.bien
autre chose! Des mitaines en poil de lapin angora, des foulards autour du cou, des chaufferettes... Ah! il n'est pas joli pendant les grands froids 1 Quelquefois, il passe des heures entières à se regarder la langue dans une petite glace ! Et son grand airi il vous chantera son grand air... je vous avertis, parce qu'il vaut mieux être préparée d'avance à subir le choc sans sourciller...
Paulette, riant. — Mais il me l'a chanté déjà...
La princesse Gypsy, surprise. — Guido et Ginevra?...
Paulette. — • Parfaitement {elle fredonne) :
Quand renaîtra la pâle aurore...
La princesse Gypsy. — Ah 1 mais vous en êtes donc... très loin?...
Paulette. — Mais non.
La princesse Gypsy. — Cependant, il ne hasarde son grand air que quand il est bien sûr de...
Paulette. — Ill'a hasardé plus tôt!... lia probablement confiance en moi? La vérité est que j'ai promis à Gaillac d'aller le retrouver au Mesnil, à. trois heures...
La princesse Gypsy. — Demain?
Paulette. — Mais non, aujourd'hui.
La princesse Gypsy. — Eh bien l il e^t quatre heures.
Paulette. — C'est vrai !
LE RENDEZ- VOUS 265
La princesse Gypsy. — Ce malheureux Gaillac, je le vois comme si j'y étais I II fait les cent pas en vous attendant; il arrange ses cheveux, sa barbe ses ongles; il regarde sa langue dans la glace...
Paulette. — Que faire?
La princesse Gypsy. — 11 faut lui envoyer queU qu'un à votre place.
Paulette. — C'est cela.. .Vous?
La princesse Gypsy. — Ah i non, par exemple!
Paulette. — Eh bien! qui?... [Apercevant M. d'Alaly qui traverse une tranchée.) Mon mari 1 Envoyons mon mari ; il comprendra que c'est un congé définitif.
La princesse Gypsy. — Parfaitement!
Paulette. — Comment l'y envoyer?...
La princesse Gyp^y, tirant de la poche de son habit rouge un tout petit carnet. — Nous allons écrire... [Elles s'arrêtent. Elle écrit., appuyée sur son genou.)
« M. de Gaillac est en ce moment au pavillon M du Mesnil, dans une fâcheuse situation; M. d'A- » laly lui rendrait un vrai service en allant l'aider » à en sortir. »
Paulette, galopant et rejoignant M. d'AlaUj. — Mon ami, on vient de me remettre ceci pour vous.
Moï/Sieur d'Alaly, lisant le billet. — Qui a remis cela?
Paulette. — Un paysan...
Monsieur d'Alaly, agité. — Il faut que je quitte la chasse... A moins que quelque mauvais plaisant... Eh non 1 Gaillac a vraiment disparu... Il est clair qu'il y a quelque chose d'anormal f... Maudit Gaillac ! 11 se sera encore fourré dans quelque sotte affaire 1... Il est enragé!... à son âge, il devrait pourtant commencera rester tranquille I.m
11 part à fond de train.
A.U château des Épines, huit heures du matin, dans Is chambre de Paulette.
Elle dort encore.
Monsieur d'Alaly, en complet de flanelle et en pantoufles, est occupé à pousser l'armoire à glace de Paulette devant la porte qui fait communiquer les deux chambres. L'armoire glisse en faisant un bruit affrcox.
Paulette, éveillée en sursaut. — Qu'est-ce qui SLcnvQl {Elle se soulève et aperçoit M. d'Alaly.) Qu'est-ce que vous faites-là?
Monsieur d'Alaly, essoufflé. -— Je place voire armoire devant cette porte, afin de la condamner.. Elle est très lourde, cette armoire I Je n'aurais jamais cru qu'une armoire à glace pesait tant que ça... je parierais pour deux cents kilos... C'est sur-
tout la glace qui rend la chose difficile à manœuvrer; on craint de la casser, et alors...
Paulette, stupéfaite. — Quand vous aurez suffisamment raconté vos petites histoires, vous me direz pourquoi vous faites ce manège.
Monsieur d'Alaly. — Ne m'en parle pas, mi chérie, c'est parce que le général de Belpoygne est arrivé, et avec lui dix officiers, et des soldats, et des chevaux ; il y en a plein la cour, c'est odieux !... Vk\ii.KTTE, joyeuse. — Quel bonheur!
Monsieur d'Alaly. — Ah! cela vous amuse? Paulette. — Dame ! ça va rompre un peu la monotonie de l'existence... Mais, dites-moi, on ne les attendait pas?
Monsieur d'Alaly. — Pas du tout! C'est le commandant en chef qui a changé quelque chose à l'itinéraire...
Paulette. — Brave homme 1 Je l'embrasserais
bien pour le remercier de cette bonne inspiration.
Monsieur d'Alaly, surpris. — C'est singulier,
vous ne montrez pas, habituellement, une grande
sympathie pour les militaires, et...
Paulette. — C'est vrai, quand on a mieux ; mais ici, ils sont les très bien venus, ça va égayer, animer un peu...
Monsieur d'Alaly, amer. — Un peu.* entendezvous ce vacarme } Paulette. — Oui! mais je ne détesr« pas le va-
carme, moi! Tout cela ne m'explique pas pourquoi vous avez déplacé cette armoire?
Monsieur d'Alaly, grincheux. — A cause de cet animal de Belpoygne, parbleu !
Paulette. — Je ne comprends toujours pas ; estte qu'il a désigné ma chambre comme centre de ses opérations?...
Monsieur d'Alaly. — Vous avez une façon dî plaisanter qui frise l'inconvenance...
Paulette, sa/is répondre. — J'attends toujours une explication. En quoi le général de Belpoygne gênait-il mon armoire? En quoi mon armoire génait-elle le général?
Monsieur d'Alaly, agacé. — En ce que Belpoygne va occuper ma chambre, et que je ne me soucie pas...
Paulettf, très étonnée.— Votre chambre? Vous vous décidez à lâcher votre chambre, vous? C'est invraisemblable!
Monsieur d'Alaly. — Je me décide... Je me décide... C'est votre mère qui veut ça... On ne peut pas déloger Calabre, d'Oronge et Rechampy, qui ont les trois belles chambres, et votre mère prétend que je dois offrir la mienne à Belpoygne, sous prétexte qu'il a été mon parrain au Club... C'est ridicule!...
Paulette,— Mais pas le moins du monde! c'esi
tout naturel, au contraire^ et, puisqu'il a été votre parrain...
Monsieur d'Alaly, énervé. — Mais il y a quinze ans de ça 1
Paulette. — Qu'est-ce que ça fait? Il sera très bien, c'est une bonne chambre...
Monsieur d'Alaly, avec regret. — Je crois bien que c'est une bonne chambre! !...
Paulette, riant. — Et où maman vousloge-t-ellc?
Monsieur d'Alaly, saisi. — Mais... Votre mère ne m'a rien dit... Je présume qu'elle suppose que vous me donnerez l'hospitalité, et...
Paulette. — Vraiment? (L'fmzVan/.) Vous présumez qu'elle suppose?... Eh bien, elle se trompe...
Monsieur d'Alaly. — Vous refusez?
Paulette. — Absolument! Il est parfaitement inutile que le père Belpoygne nous entende nous disputer.
Monsieur d'Alaly. — Mais... ma chérie...?
Paulf.tte. — Il n'y a pas de « mais, ma chérie f » Dites un peu que nous ne nous disputons pas, , dites-le ? Est-ce qu'il y a de jolis officiers ?
Monsieur d'Alaly, bourru. — Je ne les ai pas regardés I Pour ce que je compte en faire, moi, lisseront toujours assez jolis.
Paulette, sautant à terre. — Alors, je vais en juger par moi-même... [Elle se dirige vers la fenêtre.')
Monsieur d'Alaly, découragé. — Ehl n.on Dieu ! il y en a que vous connaisez.
Paulette. — Ahl tant pis! J'ai assez des gens que je connais 1 J'aurais préféré de nouveaux visages 1 Enfin I il faut se contenter de ce qu'on ren contre... Et, quels sont ces officiers que je connais?
Monsieur d'Alaly. — De Rupin...
Paulette, /h /sa» ^ la moue. — Oh! celui-'là...
Monsieur d'Alaly, continuant. — De Nivo, de Kummel... et puis le jeune d'Ignar... et puis... Je crois que c'est tout...
Paulette. — Vous avez dit qu'ils étaient dix ?...
Monsieur d'Alaly, — C'est tout ce que je connais.
Paulette disparaît dans le cabinet de toilette.
Monsieur d'Alaly, défaisant les bandes des journaux.. — C'est inouï ! l'arrivée de cette troupe la réjouit 1 Ils vont lui faire la cour, tous ces abrutis !... Je parierais qu'ils ne vont pas plus s'occuper des grandes manœuvres... {On frappe.) Entrez! '// va pousser la porte du cabinet de toilette.)
Monsieur d'Hautretan^^'J^^jî^ — Mon cher Antoine, vous m'obligeriez infiniment de descendre un instant aux écuries.. . Comme vous êtes rouge I Est-ce que vous auriez mal à la tête?
Monsieur d'Alaly. — Non, mais j'ai très chaud, parce que je viens de traîner des meubles...
Monsieur d'Hautretan. — Tiens 1 pourquoi traînez-vous des meubles? Vous avez tort, vous êtes violet... positivement violet, mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit... Je voudrais vous voir en bas, surveillant les agissements de l'armée, qui met tout sens dessus dessous... Imaginez-vous que ces animaux-là ont oublié leurs licols; il y a des chevaux lâchés dans la cour, et les hommes attachem ceux qu'ils ne lâchent pas aux espaliers des écuries... Votre présence empêcherait, je crois...
Monsieur d'Alaly. — Oh! moi! je n'oserais pas faire d'observation... Vous comprenez, Belpoygne a été mon parrain au Club, je suis obligé à certains ménagements...
Monsieur d'Hautretan. — Alors, j'y vais! {Paulette sort du cabinet de toilette.) Peste 1 quelle élé- ^ancel Tu es fraîche comme une rose, ce matin! {Illuminé.) Tiens! viens avec moi aux écuries?
Paulette, étonnée. — Aux écuries ? Pourquoi (aire, papa?
Monsieur d'Hautretan. — Pour faire des observations... On t'écoutera, toi!
Monsieur d'Alaly. — Mais... Attendez, je voui accompagne aussi, je...
Paulette, moqueuse. — Vous ferez bien de changer de chaussures... Vos pantoufles feraient peur aux chevaux ? Elles sont si belles 1 1 1
Monsieur d'Alaly. — C'est vrai... (// se préci-
pite sur une paire de bottines; pendant ce temps Paulette sort en riant avec son père.)
APRÈS LE DÉJEUNER, DANS LE HALL Paulette, monsieur d'Alaly, monsieur et madame d'H*u-
TBETAN, MESSIEURS d'OrONGE, DE ReCHAMPV, DE RÈCHE, LE PRINCE DE CaLABRE, DES AÇORES, DU HelDER, iMoNTES- PAN, LE GÉNÉRAL DE BeLPOVGNE, LE COLONEL LA BaDERNE,
DE Rupin, de Nivo, de Kuumel, le jeune d'Ignar, plusieurs officiers, etc.
Le général de Belpoygne, à Paulette. — Comment ! vous allez nous accompagner? Que vous êtes gracieuse et gentille d'avoir pitié de pauvres soldais... Nous allons manœuvrer pour vous... pour vous seule...
Monsieur d'Alaly, à part. — Vieille bête!
Paulette, au général. — C'est cela ! Nous allons bien manœuvrer 1 Et, ce soir, nous danserons ici?
Le général de Belpoygne, sans enthousiasme.— Oh! ce sera charmant ! Vraiment charmant 1
Paulette, à de Nivo. — Vous qui valsez si bien, monsieur de Nivo! Je me réjouis de valser avec vous...
De Nivo, embarrassé . — Madame... certainement, je serais très heureux de...
Paulette, surprise. — Ça n'a pas l'air de vous botter, ce projet? Est-ce que vous ne valsez plus?
De Nivo. — Mais si, Madame, si...
Paulette. — Et vous, monsieur de Kummel ?
De Kummel. — Mon Dieu, Madame, c'est que ce soir..., nous pensons..., nous devons..., nous crai- »;nons d'être obligés de coucher à X...
PxvLETTE, désappointée. — Oh!!! Mais ça dépend du général, cela?
De Nivo, imprudemment. — Sans doute i... ça dépend du général...
Paulette. — Alors je m'en charge.
Tête de Nivo, de Kummel et de tous les officiers.
Paulette, bas, remarquant la mine du jeune d'Ignar qui s'allonge à vue d'œil. — Qu'est-ce qu'il a, celui-là? On dirait que cette combinaison ne lui sourit pas?... Eh mais! les autres aussi!... Ah çà ! qu'est-ce qu'ils ont tous? {A des Açores gui rit.) Pourquoi riez-vous?
Des Açores, reprenant son sérieux. — Moi, Madame..., je ne ris pas, je...
Paulette. — Non! Je ne vous ai pas vu, peutêtre?... Pourquoi riez-vous?
Des Açores. — Mais, en vérité, Madame,... je vous assure... {Il s'esquive.)
Le général de Belpûygne, reprenant son com^ plnnent oit il en était. — Oui, jolie petite madame.
Jl
nous manœuvrerons pour vous, pour vous seule... (// s'arrête, s'apercevant que Paillette n'est plus là.)
Paulette, à des Açores qu'elle a poursuivi à l'autre extrémité du hall. — Pourquoi avez-vous ri : Je veux le savoir !
Des Açores. — Parce que ces malheureux officiers étaient à la torture. Vous vouliez absolument les forcer à passer la soirée ici, et ils comptent la p. sseï à X... d'une façon tout à fait différente I Depuis quinze jours qu'ils manœuvrent, ils ont été sevrés de. .. de bien des joies, et damel... Saisissezvous?
Paulette. — Parfaitement, seulement je ne vois pas comment, à X..., ils pourront trouver les... joies desquelles vous parlez?
Des Açores. — Effectivement; aussi les ont-ilsfait venir de Paris; l'hôtel d'Angleterre est, en ce moment, rempli de petites femmes charmantes,
Paulette. — Comment savez-vous ça .^
Des Açores. — Hier, quand nous avons été à X..., Montespan et moi, nous avons appris cet événement qui révolutionne la ville, comme bien vous pouvez le penser...
Paulette. — Q.uel genre de femmes est-ce?
Des Açores. — Damel Ce ne sont pas des femmes... sauvages; elles n'appartiennent pas non plus au meilleur monde...
Paulette, agacée, — Je vous demande si ce sont des cocottes chics ou pas chics?
Des Açores. — Ohl il y en a de très chics... de Nivo, par exemple, fait très bien les choses...