AU BAL UNE HEURE DU MATIN
Paulette est entourée d'une nuée d'officiers. Non seulement ceux qui sont à demeure aux Epines, mais d'autre? campés aux environs. Tous ont lâché la petite fête de l'hôtel d'Angleterre avec un entrain et un ensemble parfait. Tous se disputent une valse, un sourire de Paulette ou une fleur de son bouquet.
Le général est sanglé dans le plus beau de ses dolmans; il a envoyé une ordonnance chercher l'uniforme dans sa malle restée à l'hôtel d'Angleterre. L'ordonnance est re-
venue dix minutes avant l'ouverture du bal, et le pauvre çénéral, qui sortait de table, a été obligé d'enfiler le harnais au galop. Ça n'a pas été tout seul.
De Nivo est pomponné comme toujours.
De Kuukel, éreinté, fait tous ses efforts pour rester les yeux ouverts lorsqu'il pense que Paulette peut l'apercevoir.
Le jeune d'Ignar a revêtu une tenue absolumeni fantaisiste : il a des bottes vernies à glands ! 1 ! Il fuit les regards inqu)siteurs du colonel la Baderne.
De Rupin, un peu gris, suit mollement les mouvements de Paulette, tout en la couvant de loin d'un œil éteint.
Le lieute.n-ant Bouju la contemple en silence, pétrifié d'admiration, 11 croyait qu'il n'existait des femmes comme çi que dans les livres.
M. d'Alaly, rassuré par le nombre des soupirants et la surveillance exercée par chaque concurrent sur le concurrent voisin, s'amuse presque du succès de sa femme.
Des Açores, montrant à Gaillac Paulette entourée de tous les officiers. — Hein ! Quelle collection d'adorateurs !
Gaillac. — Oui, et elle les manœuvre pas mal... Chacun croit son succès assuré... Regardez la mine triomphante de de Nivo? dirait-on pas qu'il a dans sa poche une échelle de soie toute prête pour être là lorsqu'on lui jettera le mouchoir?...
Des Açores. — Il est de lait qu'elle est d'une coquetterie 1 Ils peuvent se figurer...
Gaillac. — Quoi? Ils n'en auront pas ça! C'est bien ce qui m'amuse. Un régiment tout entier lui fait la cour... Elle est dans son élément, voilà tout.