‹ Autour du mariageChapitre 28 sur 33 · SCÈNE D INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

SCÈNE D INTÉRIEUR

moment sera venu. Par exemple, je raconterai qu'à Lucerne, vous me faisiez coucher à terre...

Monsieur d'Alaly. — Mais ce n'est pas vrai !

Paulette. — Je le sais.bien, mais je le dirai tout de même.

Monsieur d'Alaly. — On ne vous croira pas. On voyait bien à quel point j'étais amoureux de vous, j'en étais ridicule...

Paulette. — J'invoquerai le témoignage du monsieur qui m'a vue, et je...

Monsieur d'Alaly, stupéfait. — Du monsieur qui vous a vue?.^?

Paulette. — Eh oui I par le trou.

Monsieur d'Alaly, inquiet. — Quel monsieur ? quel trou ? Voyons, expliquez-vous ?

Paulette. — Je m'expliquerai si je veux, et je veux, pour vous faire enrager. C'est le voisin, le monsieur qui avait de si beaux yeux bleus...

Monsieur d'Alaly. — Après, après ?

Paulette. — Eh bien, il avait fait un trou à la cloison pour me voir, et la nuit où j'ai fait mon lit à terre, je me rappelle très bien qu'il me regardait...; il a même ri.

Monsieur d'Alaly, anéanti. — Et vous saviez cela... Et vous ne m'avez pas averti?

Paulette, négligemment. — Oh 1 Pourquoi? Pauvre garçon , ça ne faisait de mal à personne. [Elle sort en riant.)

Monsieur d'alaly, la tête plongée dans ses mains. — Et dire que c'est parce que ma dernière maitresse me ruinait et me faisait des scènes que

j'ai eu l'idée de me marier I ! l

A. Paris, â l'hôtel d'Alaîy

Paulette se prépare à soii.i. Rlîe se promène dans s» chambre avec agitation en mettant ses gants. Toilette trè? sobre. Chapeau sérieux.

— Est-il assez lugubre, cet hôtel! Mais je mourrais d'ennui s'il me fallait rester là dedans... Il n'y a pas huit jours que je suis arrivée, et déjà je regrette les Épines I Au moins, ça ne sentait pas le moisi, aux Épines! Si Antoine m'avait permis d'arranger cette affreuse maison, on aurait pu en faire quelque chose ; mais les fournisseurs ont reçu l'ordre de n'exécuterquoi que ce soit de commandé par moi... Il va me payer ça cher, monsieur mon maril!! L'arrangement de l'hôtel ra'occupant. j'aurais peut-être pu prendre patience, tandis qu'à présent je suis décidée I... Je me sépare !... J'ai écrit cela à maman, qui me supplie de n'en rien faire.

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et à papa, qui me répond que je suis folle, mais que mes excentricités ne le regardent plus, grâce à Dieu ! Folle'' pourquoi ça? parce que je ne suis pas pareille aux autres?... Si je trouvais quelqu'un me comprenant, mais me comprenant bien, je serais une femme délicieuse, moi I Je vais aller consulter Bartolo; c'est, dit-on, le meilleur... Quand je dis le meilleur, j'entends celui qui enlèvera le mieux la séparation... Ce n'est pas que son talent entraîne, ah 1 grand Dieu, non! Je l'ai entendu au procès Sanville et, sapristi, il n'était pas drôle! Mais c'est une autorité, une gloire du barreau, et si celui-là est une gloire, ça me fait supposer que les autres... Mais enfin..., d'ailleurs, il paraît que quand il se charge d'une cause, elle est gagnée avant d'être plaidée, il a l'oreille du tribunal..., et c'est l'important... Je me souviens qu'au moment du procès Sanville, les gens les plus convaincus de l'innocence de madame Sanville disaient :

« — Elle est sûre que la séparation sera prononcée contre elle ; c'est Bartolo qui plaide pour le «nari. »

On parlait de cela à mots couverts devant moi;... c'était avant mon mariage; alors, naturellement, voyant qu'on se cachait, j'écoutais tant que je pouvais. Par exemple, il va me falloir une grosse somme!... Bah !... Je vendrai mesdiamants ; j'aime mieux perdre mes diamants et retrouver ma li-

berté..., et si cet excellent homme veut bien se... Pourvu qu'il se charge de mon affaire? Au fait, pourquoi ne s'en chargerait-il pas? Je suis une très honnête femme, moi ? Depuis un an bienxôt que je suis mariée, je n'ai jamais trompé mon mari... et même, je dois avouer, pour être franche, que je n'en ai jamais eu envie... Mais je ne lui dirai pas ça ;... ce serait maladroit I ça m'enlèverait du mérite ! ... Je lui dirai, au contraire, que mes principes rigides, etc., etc., m'ont retenue toujours à temps au bord de l'abîme!... Ça doit lui plaire, ces phraseslà!... Il faudrait pourtant préparer mon petit discours... due vais-je bien lui dire en entrant, à cet homme de bronze? je penserai à cela en voiture... Elle n'arrive pas vite, la voiture!... J'ai envoyé chercher un fiacre, afin qu'on ne sache pas où je vais... C'est mon mari qui ne va pas être content! il m'aime rudement au fond !... Le malheur, c'est qu'il ne puisse pas m'aimer sans m'ennuyer... ça marcherait si bien... Je voudrais savoir s'il y a des gens qui aiment sans ennuyer?... Je crains que non;... heureusement, car si j'en étais sûre!... L'amour vrai doit rendre jaloux!... Moi, si j'aimais quelqu'un, mais là, vraiment, passionnément, je serais jalouse, jalouse à faire trembler!... M. d'Alaly est jaloux , lui! grincheux, grordeur, bourgeois en diable et- pas frais avec cela !... Il est même fané ! C'est le couronnement I II me faudrait autre

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chose 1 Mon Dieu, ce serait peut-être quelque chos« de moins bien que lui qui me plairait, mais enfin, autre chose 1 Je n'y tiens pli:s, je deviendrais enragée à ce régime-là... Ahl voilà mon fiacre I... Ce n'est pas malheureux?,.. Allons, bien 1 On le fais entrer dans la cour, et si mon mari est là, il va savoir que je sors en fiacre et supposer un tas de choses !... Eh bien, mais, tant mieux 1 s'il les croit, ça simplifiera énormément nos petites affaires, cette croyance!... Il consenti) ait peut-être de bonne grâce s'il avait la certitude que... Mais, c'est une idée à exploiter, cela?... Ah bien oui! il s'imagine des horreurs quand on voudrait qu'il ne pensât à rien ;... et lorsqu'on voudrait qu'il soupçonnât ces mêmes horreurs, il se garde bien d'y songer... C'est comme cela qu'il a toujours de l'à-propos ! Et moi qui avais la prétention de faire de mon mari tout ce que je voud.ais 1 étais-Je bêle?...

Le cabinet de M« Baetolo; ameublement luxueux lîiais sévère. Bustes de Cic£ron, Démosthène, etc.. Pendule représentant Tliémis; sur une console la statuette de Berryer, la main plongée dans les profondeurs de son gilet. Un grand bureau couvert de dossiers, de livres, etc., etc.

Paulette, arpentant le cabinet. — Il n'est pas rentré... On m'a dit de l'attendre... Je m'étais pourtant bien informée de son heure, mais le domestique dit qu'il aura été retenu au Palais!... Ce qui, du reste, n'a rien d'invrais'îmblable... Brrr ...

c'est glacial, ici!... non qu'il y fasse froid; j'étouffe, au contraire... mais moralement je me sens toute gelée... Ce sont ces figures rébarbatives qui me produisent cet étrange effet... Où donc ai-Je vu déjà des bustes comme ceux-là?... Je ne me souviens plus... Ahl si! c'est dans des pharmacies... Seulement c'étaient d'autres grands hommes! Esculape, Hippocrate, Raspail... ceux-là sont aussi laids, mais ils ont l'air plus distingué!... et cette pendule 1... pas gaie non plus, la pendule !... des souvenirs de clients reconnaissants, probablement... Je vais prendre un livre en attendant... je m'énerve à piétiner ainsi... {Elle prend un livre.) Oh ! des ouvrages de jurisprudence!... C'est peutêtre amusant... C'est peu probable... je me souviens que quand mes cousins de Bonvouloir faisaient leur droit, j'ai lu une fois dans un livre... Comment donc s'appelait-il, celui-là ?... Un Mourlon, je crois. . . et ce qu'il était assommant...

Entre maître Bartolo. Physionomie sévère, cravate et redingote à la Berryer; maintien compassé.

Paulette, très digne. — Je viens. Monsieur, remettre entre vos mains une cause, de laquelle, j'espère, vous ne refuserez pas devons charger.

Maître Bartolo, toisant Paillette. — Si vous voulez bien, Madame, m'exposer l'affaire dont il s'agit?...

Paulette. — La voici, Monsieur, elle est fort

simple. {A elle-même.) Il a une façon de me détailler... (Haut.) Je me suis mariée à la fin de l'hiver dernier... et..., aujourd'hui, je veux me séparer de mon mari.

Maître Bartolo. — Fort bien...

Paulette, à elle-même, joyeuse. — Il a dit : « Fo''t bien! »

Maître Bartolo. — Et quelle est, ou quelles sont les raisons qui vous font prendre cette grave détermination?

Paulette, à elle-même. — Il va droit au fait, au moins. (Haut.) Mon Dieu, Monsieur, il n'y a pas, à vrai dire, de raison... absolument..., complètement..., péremptoire... ; mais je...

Maître Bartolo. — Ahl c'est fâcheux !

Paulette, vivement. — Mais il y en a d'autres, Monsieur, beaucoup d'autres...

Maître Bartolo, s'installant dans une pose attentive. — Voyons-les?

Paulette. — Hum ! Hum! (.4 elle-même.) Il me déconcerte, ce respectable vieillard, avec ses petites phrases courtes et sèches ! [Haut.) J'adore le monde; M. d'Alaly ne l'aime pas, ou plutôt, il ne Taime plus. Je tiens à être fêtée, admirée; il ne veut pas qu'on me regarde, ii semblerait même qu'on le vole quand on se permet de me considérer

pendant quelques instants... Il trouve mauvais que

♦s je sois gaie, allante, peut-être même un peu en l'air,

CONSULTATIONS pi

je ne dis pas non, mais je suis bien excusable, n'est-ce pas, Monsieur? Je n'ai que vingt ans I II me fait des scènes quand je répète des pièces derrière des paravents ; il écoute, il épie, et un peu plus il me demanderait de lui répéter exactement tout ce qu'on me dit et tout ce qu'on fait. Il ne tolère que les décolletages ridiculement montants, et les costumes de bain flottants et bêtes; enfin, il est odieux; il m'est impossible de vivre avec lui ; mon existence est devenue un véritable enfer. {Souriante et timide.) Eh bien, Monsieur, que pensez-vous de ma cause ?

Maître Bartolo. — Je pense. Madame, que si je ne savais indirectement que vous jouissez delà plénitude de votre raison, je croirais certainement être en présence d'une folle, ou encore de quelqu'un qui veut se moquer de moi. Je vous suppose trop bien élevée pour m'imaginer que cette dernière hypothèse est la vraie, et comme je suis très pressé et attendu par des gens sérieux, je vais avoir l'honneur de vous saluer et de...

Paulette, suppliante. — Monsieur, Monsieur... je vous en priel...

Maître Bartolo, très froid. — N'insistez pas davantage. Madame; à mon tour, je vous en prie!

Paulette, désolée. — Mais, Monsieur, on voit continuellemsnt dès gens qui se séparent pour incompatibilité d'humeur?...

Monsieur Bartolo, impatienté. — Êtes-vous dans les conditions voulues pour obtenir cette séparation ?

Paulette, décontenancée. — Mais je crois... je pense...

Monsieur Bartolo. — Il faut le consentement mutuel des époux! M. d'Alaly est-il d'accord avec vous?

Paulette. — Mais pas du tout! M. d'Alaly ne veut pas entende parler de séparation...

Monsieur Bartolo, se levant. — En ce cas, Madame, comme, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire tout à l'heure, mes instants sont comptés, veuillez...

Paulette, à elle même. — II me congédie, {Elle se lève aussi. Haut.) — Monsieur, je suis sûre que si vous vouliez réfléchir,... vous trouveriez un moyen quelconque...

Monsieur Bartolo. — Je suis convaincu du contraire. Madame.

Paulette — Monsieur... {Salut^.)

DANS le FIACK^

— Je vais chez un autre... d'un autre genre., un jeune;... il me comprendra mieux!... Ce vieux Romain n'est pas du tout ce qu'il me faut... d'ailleurs, il m'a carrément envoyée promener... J'étais

irès embarrassée; je ne m'étais informée d'aucua autre avocat... et je n'en connais pas un seul... Quelle imprévoyance! On devrait toujours connaître des avocats... J'ai été au Palais... et j'ai demandé des adresses... On m'a donné un catalogue d'avocats. Il y en a... c'est effrayantlll Je ne savais lequel choisir, parce que, comme ça, à vue de nez, des noms suivis d'adresses, ça ne dit pas grand'chose... Heureusement, j'ai eu l'idée de demander des renseignements à un mons'eur qui écrivait dans Tescalier, sur son genou, un avocat ou un magistrat... 11 avait une robe... Je lui ai dit :

« Monsieur, je cherche un avocat, indiquez-m'en B donc un bon. Je voudrais qu'il fût un peu dans » le mouvement.^ » Il m'a regardée en riant et m'a dit: «Prenez X , il y est en plein, c'est l'ami » de M. Clemenceau. »

— J'ai dit : « Il nes'agit pas du mouvement po- » litique, mais du mouvement... élégant. » Alors, il m'a de nouveau examinée de la tête aux pieds et m'a dit :

— « Allez trouver maître Lemondyn; je suis » certain que vous vous entendrez à merveille... » J'ai demandé : «Est-il jeune? je n'en veux plus » de vieux; ils sont à cheval sur les principes et » dame... c'est très gênant 1 »

Il m'a affirmé -que M* Lemondyn est encore jeune j il se tordait de rire en me disant tout ça I...

J24 AUTOUR DU MARIAGS

A présent que je réfléchis, je crois bien au'il ma prenaitpour pasgrand'chose, ce monsieur... Entin, me voici chez M' LemonJvn..

CHEZ MAITRE LEMONDYN

Un salon très élégant : busteSj statues, emblèmes, tableaux de prix.

Paulette, examinant tout, — C'est austère ici I Mais les meubles sont moelleux tout en étant sombres, et puis un entresol, c'est plus moderne, pourvu que ça marche avec celui-là 1...

Une porte s'entr'ouvre, un client sortd'un grand cabinet d'aspect sévère, dans lequel on entrevoit un immense bureau et des casiers.

Un valet de chambre très correct reconduit le client, puis revient et considère attentivement Paulette :

— Très jolie 11! Et bien miselîl C'est une cliente pour le cabinet de gauche. (// s'approche de Paulette.) Si Madame veut bien entrer ici ?

Il ouvre une porte placée en face de celle par laquelle est sorti le client, introduit Paulette dans un merveilleux petit réduit, et se retire silencieusement.

Paulette, étonnée, regardant autour d'elle. — Oh 1 1 ! oui, celui-ci doit être dans It mouvement t... C'est charmant, ce petit salon I...

Elle s'assoit sur un grand divan bas, couvert de peluche tabac d'Espagne.

— Ohl Les meubles sont encore plus moelleux quelà-bas... Quel drôle de cabinetl... Pas de grand bureau intimidant, au moins; à la bonne heure ! Oui, mais probablement il me recevra dans l'endroit d'où est sorti le monsieur... J'ai avancé d'un salon, comme chez le dentiste, voilà touti C'est joli, ces statuettes, pas de grands hommes ici, rien que des petites femmes, c'est bien plus gentil !...

Entre M* Lemondyn, trente-huit ou quarante ans, très joli garçon, teint mat, favoris noir?, grands yeux bleus très caressants ; pas beaucoup de cheveux et pas du tout de moustaches... Assez de chic.

Échange de saluts.

Paulette. — Monsieur, j'ai besoin d'un avocat ; c'est au Palais qu'on m'a donné votre adresse...

Maître Lemondyn, distrait, regardant Paulette avec admiration. — Au Palais, vraiment?...

Paulette. — Je veux me séparer de mon mari, monsieur?

Maître Lj:mondyn, la dévorant toujours des yeux. — Cela ne m'étonne pas, Madarnel

Paulette, surprise. — Pourquoi ?

Maître Lemondyn. — Pourquoi? mais parce qu'il y a tous les jours des femmes qui se séparent de leur- maris; c'est très nacarei...

n6 AUTOUR DU MARIAGE

Paulette, respirant. — Ah! Et c'est facile, n'est-ce pas ?

Maître Le.nsondyn. — Facile, c'est selon ; cela dépend des torts du mari... car, c'est au mari, n'est-ce pas, que nous allons donner tous les tons?...

Pallette. — Mais... {A elle-même.) Il manque de tact. {Haut.) Mon Dieu, M, d'Alaly est...

Maître Lemondyn, sautant en Vair . — M. d'Alaly!...

Paulette, étojinée. — Vous le connaissez?

Maître Lemondyn. — Pas du tout... Mais alors, vous êtes madame d'Alal}

Paulette. — NaturellciriCat.

Maître Lemondyn. — Pardonnez-moi, Madame, mais j'ai si souvent et tant entendu parler de vous que...

Paulette. — Tiens ! par qui ?

Maître Lemondyn. — Mais par les chroniques, les journaux...

Paulette, médiocrement flattée. — Ah!..,

Maître Lïl.mondyn. — Quels sont. Madame, les torts de M. d'Alaly envers vous?

Paulette, à elle-même. — Lui aussi? il veut savoir? 11 n'y a pas à dire, il faut trouver quelque dîose. {Haut.) Les torts de M. d'Alaly ne sont pas, à vrai dire...

Maître Lemondyn. interromvant. — Quels qu'il»

soient, Mad'^me, on se montrera sévère pour eux, soyez-en persuadée,..

Paulette, naïvement. — Ah! tant Jfiieux I,,. Et, qu'est-ce qui vous fait penser ça?

Maître Lemondyn, très gracieux. — On ne pourra admettre qu'on manque à une femme aussi ravissante, aussi parfaite que vous...

Paulette, à part. — Je ne peux pourtant pas dire qu'il m'a manqué... ; il ne m'a pas manqué!... c'est embêtant, mais c'est comme ça! (Haut.) M. d'Alaly ne m'a manqué précisément... [Aparî.] Que dire? {Haut.) C'est par des froissements... des contrariétés qui... qui tiennent à sa nature... à son tempérament...

Maître Lemondyn, avec intérêt. — Je vous comprends, madame...

Paulette, à elle-même. — Il a de la ciiance!

Maître Lemondyn, paternel. — Il faut lui pardonner beaucoup. Madame; je sais bien que vous êtes en droit d'exiger... le... le... paraphe... sans lequel le sacrement est peu de chose...

Paulette. — Vous dites ?

Maître Lemondyn, de plus en plus paternel. — Mais dites-vous bien, que si ce pauvire M. d'Alaly ne remplit pas exactement les devoirs que le mariage impose, il doit être suffisamment puni par cet éternel supplice de Tantale...

Î2B A.UTOUR DU MARIAGE

Paulette, ouvrant de grands yeux. — Quel supf'l'ce de Tantale?

Maître Lemondyn. — Supplice qui consiste, non seulement à ne pas pouvoir toucher soi-même, mais encore à redouter que d'autres plus favorisés...

Paulette. — Je ne comprends pas un mot de ce •que vous me dites?

Maître Lemondyn, pre«a«f la main de Paulette — Voyons, ma chère enfant...

Paulette, se reculant, mais sans indignation. — A elle-même, — Ma chère enfant?... Il est joli, cet avocatj mais décidément il man.]ue de tact...

Maître Lemondyn. — Je suis un avocat, c'est-à dire un confesseur... On peut tout me dire... tou. me confier... Je comprends les petites faiblesses, et, d'ailleurs, il est naturel qu'une femme jeune et radieusemeut jolie comme vous l'êtes... veuille connaître ce qui fait le bonheur de la vie, car on a beau dire, il n'y a encore que ça de bon et de vrai...

Paulette — Que quoi?

Maître Lemondyn, d'une voix vibrante. — Que l'amour...

Paulette. — Eh bien?

Maître Lemondyn. — Eh bien, je crois entrevoir à vos hésitations, à vos réserves, que vous n'avez pas rencontré de ce côté... ce qui vous était si bien dû... M. d'Alaly n'est probablement plus jeune...

Paulette, indignée. — Par exemple 1 Mais il est

plus jeune que vous... et très beau, entendez-vous, très beau... et..., enfin, vous pataugez absolument.

Maître Lemondyn, vexé. — Si vous vouliez bien alors. Madame, m'indiquer sur quels griefs la demande en séparation devra êire basée...

Paulette. — Puisque c'est Justement pour que vous trouviez ça que je m'adresse à vous; je veux me séparer, je n'ai pas de motifs sérieux ; four- Dissez-m'en un quelconque...

Maître Lkmon.yn, à part. — Elle est adorable !l . (Haut.) Voyons, M. d'Alaly vous a-t-il... injuriée devant témoins ?

Paulette, '^u^oqu.ée — Injuriée!!! lui? Ah bieuj j'aurais bien voulu voir ça! Mais il m'adore, Monsieur!

Maître Lemondyn. — Je comprends ça!

Paulette. -- C'est bien ce qui m'assomme. Il ne me quitte pas, me caresse, me tutoie, m'embrasse...

Maître Lemondyn, les yeux brillants. — C'est naturel, tout cela.

Paulette. — C'est bien possible, mais si vous saviez comme c'est ennuyeux 1

Maître Lemondyn. — Je sais bien que çi ne m'ennuierait pas, moi... [Mouvement de Paulette.) Enfin, Madame, si je pouvais voir l'attitude de votre mari près de vous, l'observer longtemps et... souvent... Je vous conseillerais alors dans un

sens ou dans l'autre; mais, pour cela, il serai? nécessaire que...

Paulette.. — Que vous veniez habituellement chez moi... {A elle-même.) Pas bête, le bel avocat! jHaiit.) Ce sera très facile, Monsieur...

Maître Lemondyn. — Et puis, si ce dont vous vous plaignez est un excès d'amour, cela passera vite, soyez-en sûre...

Paulette, piquée. — Vous croyez?... Vous êtes sceptique, Monsieur?

Maître Lemondyn, s'inclinant. — Par devoir professionnel seulement. Madame.

Paulette. — Je vous dirai, Monsieur, que ne me sentant pas... invulnérable...

Maître Lemondyn, très intéressé. — Ah!

Paulette, continuant. — Je ne veux en aucune Jaçon faire des bêtises sous le couvert de mon mari... Enfin, si je me sépare, c'est uniquement parce que je suis une honnête femme...

Maître Lemondyn. — Qui veut cascader à son aise...

Paulette, simplement. — Précisément! .

Maître Lemondyn. — Si, pour ce faire, vous avez besoin d'^ conseils ou même d'aide, je suis à votre disposition.

Paulette, froissée. — Je. vous remercie, Monsieur

CONSULTATIONS JJI

Elle se lève et sort. M' Lsmondyn la reconduit.

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