LE JOUR DE L AN J
MoNSiECK d'Alaly. — Il compromet atîreusement...
Paulktte. — Ah 1 à la bonne heure! Il ne fait queçaf Je me disais aussi...
Monsieur d'Alaly. — Mais... ah çàl quel âge croyez-vous donc qu'il a ?
Pauletie. — Dame! Je ne sais pas trop, moi l soixante ans.^
MoNSiF.UR d'Alaly. — Non. Mais cinquante-Cinq à peu près... et une vie... remplie... Il a remporté des victoires célèbres... ses succès sont légendaires...
Pallette. — Ah! Et à présent?...
Mo.NsiEUR d'Alaly. — A pré^ent, il n'a plus de succès, mais il a toujours 3o ou 40 millions; il donne des fêtes aux femmes de tous les mondes, paye leurs notes les yeux fermés, leur fait des cadeaux splendides...
Paulktte. — Mais c'est très genul, ça ?...
Monsieur d'Alaly. — Ce n'est pas mon avis... {Lançant l'éventail sur un divan.) Il a de la chance d'être gaga... Ça gêne pour 1 invectiver !... Qu'est-ce que c'est que cette bête de potiche?
Paulette. — C'est M. d'Oronge qui l'a envoyée..
Monsieur d'Alaly, examinant la potiche. — Voilà un cadeau inoffensii I... Oh ! ceux-là, je Ici permets... je lesestime. Une dizaine de louis pour le soi-disant cloisonné de pacotille, trois oa quatre
pour les bonbons... (// mange un bonbon.) Excellents! Brave d'Oronge, va! En voilà un dont le', intentions sont pures...
Paulette, mangeant aussi un bonbon. — Oh ! )c ne sais pas si elles sont si pures que ca ?...
Monsieur d'Alaly , haussant les épaules. — Quand on a une tête comme la sienne... Tiens 1 de la soie 1... Où avez-vous acheté ça ?
Paulette. — Je ne l'ai pas achetée... c'est d'Estourdy qui m'a rapporté cette étoffe de Calcutta, elle était dans cette belle caisse de jaspe... cela fera une robe très originale...
Monsieur d'Alaly, mécontent. — Alors, vous aurez une robe donnée par d'Estourdy 1... C'est insensé 1... Voilà un monsieur qui se permet de vous donner une robe !
Paulette. — Une étoâe... rapportée du Bengale...
Monsieur d'Alaly. — Qu'est-ce que ça me fait Qu'il ait acheté ça sur le boulevard ou au Bengale, ça ne change rien... C'est la destination qui esr tout... Une robe est un objet intime, qui vous enveloppe et vous caresse... et quand cet animal-là vous verra dans son étoffe, il lui semblera qu'i' vous touche indirectement...
Paulette, agacée. — Vous avez une manière de défigurer les choses les plus simples...
Monsieur d'Alaly. — Je ne défigure pas, j'ana-
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lysc. D'Estourdy vou.c fait la cour; il en est à la période d'envahissement... il se faufile... il veut que vons pensiez à lui quand il n'est pas là... et il y arrive ..
Paulette. — Par ricochet !...
Monsieur d'Alaly. — Par ricochet ou autrement; peu lui importe, allez, pourvu qu'il y arrive. Vous lui êtes reconnaissante de cette intention qui va vous permettre d'avoir une très jolie chose, étrange, personnelle, que les autres ne pourront pas se procurer. Voyez-vous, chacun a une intention, et le cadeau de chacun indique à quelle période il en est... Grenelle veut vous faire entendre qu'il ferait à vos pieds une litière d'objets d^arts, pour peu que vous l'autorisiez à vous afïicher...
Paulette. — Oh !...
Monsieur d'Alaly. — C'est-à-dire à vous promener à son bras, à aller à l'Opéra dans sa loge, aux courses ou aux réunions sur son mail! il... D'Estourdy, lui, veut quelque chose de plus...
Paulette, moqueuse. — Et il donne moins... Ce n'est pas logique.
Monsieur d'Alaly. — Vous ne croyez pas à mon expérience, vous avez tort...
Paulette. — Mais j'y crois, au contraire, et je vous remercie de m'ouvrir les yeux... de me montrer le fond des choses... [Railleuse.) Vous me rendez un vrai service...
J78 AUTOURDUMARUGE
MoNsi.'-JUR d'Alaly. — Et cette aquarelle. .. Aht de Pierret... C'est vous?
Paulette, indifférente. — Je le crois.
Monsieur d'Alaly, rageant. — Charmante pensée : « Terpsichore ». Et c'est vous qu'on voit valsant... Il paraît qu'il vous a vue valser, M. Pierrot...
Paulette. — Mais oui.... Vous savez bien, l'autre jour, àceite espèce delunchaprès le mariage de Jane... J'ai valsé avec lui...
Monsieur d'Alaly. — Ahl parfaitement... Il y a, en effet, une date que je ne voyais pas.... « i5 décembre 1882 ». C'est touchant 1 11...
Y'kViSEiTE, àpart. — C'est de celui-là quil est jaloux!. . Ah bien 1 il peut être tranquille... de ce côté-là...
Monsieur d'Alaly, continuant à regarder. — La carte de GaiUac... et un reliquaire italien en vieil argent!... Encore un objet de valeur, ce machin-là!... Et dedans, des cheveux?... Il y a quelque chose d'explicatif sur la petite plaque... (// lit) : « Cheveux de Louis XVI 1... » En voilà une bhiguel... Est-il ficelle, ce Gaillac!... C'est poivre et sel, ça!... Il a coupé ces cheveux-là sur sa tête, où il ferait pourtant mieux de les laisser...
Paulette, riant. — C'est vous qui vous moquez des cheverures peu abondantes? Ah bien! C'est complet I et pourquoi voulez-vous que Gaillac