MONOLOGUE
A Nobody [Alias-Léon Friedlander).
Tel que vous me voyez, j'ai trente-cinq ans. Eh! Lien, je n'ai pas encore appris de métier.
Oh! ce n'est pas la faute de mes parents... Ils m'ont fait faire vingt-cinq ans d'apprentissage.
A l'âge de dix ans, comme j'avais des dispositions pour le dessin, ils me placèrent chez un entrepreneur de peinture qui leur demanda trois ans d'apprentissage.
Malheureusement! mon patron était un ancien charbonnier tombé dans la peinture à l'huile; si bien qu'au boutde trois ans d'apprentissage, j'avais appris à casser du bois.
Alors mes |»arenls mo placèrent <ho/. un charbonnier qui leur demanda (juatro ans d'apprentissage... pour m'apprendre à servir du charbon.
Malhourousement. mon noiivoa\i palr(jn. sachant
que j'avais ctc peintre, me fil emi)l«iyernîon temps à peindre sa boutique. Si bien (|n'au bout de quatre ans d'apprentissage, j'avais appiis à parler l'auvergnat.
Alors mes parents me dirent : « Voici que tu connais une langue de plus, il faut utiliser tes aptitudes. »
Et ils me placèrent dans un magasin de nouveautés en qualité d'interprète.
Mallieureusement, les Auvergnats qui venaient dans ce magasin-là s'exprimaient tous en espagnol.
Si bien qu'au bout de cinq ans d'apprentissage, j'avais appris à ficeler les paquets.
Alors, mes parents me placèrent chez un épicier qui leur demanda six ans d'apprentissage.
L'épicier fit d'al)ord des difllcnllés ]»arce que je n'étais pas bachelier es sciences; néanmoins, il me prit pour casser (hi sucre. Comme j'avais déjà cassé du bois, j'étais un \vn au couianl du travail.
Malheureusement, les clients s'élant mis à acheter du sucre cassé à la mécanique, je restai dans l'inaction.
Si bien (pi'au bout de six ans d'apprentissage, j'avais appris à nettoyer les carreaux.
Alors, mes parents me jdacèrcnt chez un marchand de vins qui leur demanda seiit ans d'apprentissage pour iii'a[)prendre à rincer les veri'es.
VINGT-CINQ ANS d' APPRENTISS AG E i07
Malliourou.sement, mon jjalron passait sa journée H déguster ses marchandises. C'était lui qui nettoyait les verres.
Si bien qu'au bout de sept ans d'apprentissage, je n'avais rien appris.
Ah! pardon! cette dernière fois, j'avais appris quelque chose.
J'avais appris à ne rien faire.
Alors, mes parents me placèrent dans l'Administration.
Si bien que je ne fais rien.
Eh bien! je ne m'en porte porte pas plus mal.
Mes parents ont même découvert que c'était la profession pour laquelle j'avais le plus d'aptitudes.
Ce qui m'étonne, c'est qu'ils aient mis vingtcin(| ans à s'en ajiercevoir.
TON VIEUX TYPE
TON VIEUX TYPE
Musique de Eug. LEMEr.ciEn.
A Osca7' Mélénier.
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TON VIEUX TYPE 111
Ecout' moi bien, ma p'tit' Julie,
J' suis pas jaloux d' ton vieux casqueur.
Je sais qu' tu m' gob's à la folie,
A preuv' que j' suis ton amant d' cœur.
Mais y a quèqu' chos' qui m' turlupine
Depuis que je sais, qu' tout récemment,
Comm' l'autre en pinc' pour ta bobine,
Y t'a mis' sur son testament.
Y va donc pas casser sa pipe,
Ton vieux type !
Comme il est aussi laid qu'un singe,
J' sais qu'y a pas plan qu' tu puiss's l'aimer,
Mais, quand j' pcns' qu'y froiss' ton beau linge,
Y a des moments qu' ça m' fait groumer; Comme il n'a plus d' poil sur la nuque, Pour des postich's y s' met en frais :
Il n'aurait pas besoin d' perruque
S'il avait tous les cli'vcux (ju' je m' fais.
Y va donc pas casser sa pipe.
Ton vieux type!
Quoiqu' tu sois presque mon épouse, C'est pour lui V deuxième oreiller; Moi qui n' suis pas d'humeur jalouse, Vlà qu' ça m'empêch' de roupiller.
Pourtant, tel que 1' chien d' mon aïeule, Le vieux raseur est aujourd'hui :
Comm' Turc n'a plus d' crocs dans la gueule, On laiss' le lard à cote d' lui.
Y va donc pas casser sa pipe, Ton vieux type!
Si r bonhomme, avalant sa chique, V'nait à nous lâcher son atout, Comm' je chatouili' la dam' de pique, J' s'rais capabl' de t' boulotter tout. Tout bien juge, ma chère amie, Il a de l'ordre et d' la raison Et fait, par son économie.
Durer 1' bien-être d' la maison.
Faut p't'-êtr' mieux qui n' cass' pas sa pipe, Ton vieux type!
NOr COCHON EST PLUS MALIN QU'TOL
i\OT' COCHON EST PLUS MALIN QU'TOI!