‹ Autour du Tonkin (volume 2)Chapitre 17 sur 36 · MiiODg (littéral) proyinciaux · texte numérisé non relu

MiiODg (littéral) proyinciaux

relie y aurait fort à faire ; je remarque déjà. sans sortir du poste, une cage remplie de petit-

\ nyclicèbes (appelés ici singes dormeurs), suspendus au grillage et roulés en boule; ils ont une mine

' vraiment curieuse, lorsqu'on les réveille et qu'ils vous regardent d'un air effaré avec leurs gr<»> yeux ronds. Malgré leur petite taille (à peine celh' d'un ouistiti), leur fourrure est estimée au moins quinze piastres dans le pays, parce que le< poils, nous dit-on, servent à fermer les plaies. Il est curieux de rapprocher de cette opinion une croyance analogue en cours chez les nègres <in Gabon.

On nous parle d'une antilope à crinière habi-

tant les rochers et qui me semble bien être nn nemorrhaedus.

En fait d'oiseaux, je vois des euplocomès. eti M. Vacle m'affirme avoir eu des échantillons du

célèbre et rarissime faisan de M. Rheinart, doni la zone d'habitation s'étendrait jusqu'ici. On iiu' promet de se mettre en campagne pour en obtt*nir une dépouille.

Assurément, à en juger par ce que je vois v\ ce que j'entends dire, la faune des montagnes en-| vironnantes doit être des plus curieuses, d^autaut

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plQS qu'elle n'a pas été étudiée. J'ai hâte de me mettre au travail. Aussi l'idée que me communique M. Vacle d'une excursion de quelques jours, m attendant l'arrivée des pirogues, est-elle acceptée avec empressement. Charles restera à collectionner sur place avec Baptiste et Thou, qui déjà est initié aux secrets de la chasse aux papillons. Le 26 au matin, nous nous entassons tant bien que mal dans un grand sampan, M. Vacle, M. Bonnain, son second, quelques boys, deux interprètes annamites, moi et Yao. Un drôle de petit personnage que ce Yao, et qui mérite d'être présenté : figurez-vous un gamin de neuf ans pîis plus haut que ma botte, déjà bien précoce, marchant comme deux et fumant comme quatre, portant sur les épaules une tète ronde, malicieuse, <?hinoise, nous dit-on, que surmonte élégamment une petite toque rouge. Adorant son second père (M. Vacle l'a payé seize piastres à des pirates du haut pays), et malin comme un singe, le petit Yao lui rend toute sorte de services, dont le moindi-e n'est pas de faire à merveille le métier d'espion. Déjà grand voyageur et polyglotte sans le savoir, notre homme (il serait froissé d'être traité autrement) écoute tout, entend tout et redit tout à vson

patron, dans quelle langue, je n'ai guère enonre ' pu m'en rendre compte : qu'importe 1 maître et élève se servent et se comprennent, c'est l'essentiel, et sans s'en douter, M. Yao rend peut-être de plus importants services à la République française qu'aucun des interprètes du poste ; nous le verrons à l'oÊuvre.

Quatre heures au-dessous dé Cho-Bo, nous nous arrêtons sur la rive droite à Phuong-Lam. Nos chevaux y ont été envoyés d'avance avec des tirailleurs en sampan. Quelques chefs sont venus au-devant de nous; vêtus d'un manteau de soie brune, ils marchent pieds nus ; de taille assez grande, le teint clair, ils ont les pommettes saillanteis, mais le visage moins fuyant que chez les Annamites ; la plupart portent une barbiche qui contribue à leur donner un aspect plus énergique.

A Phuong-Lam, nous dit M. Vacle, le chef est célèbre par ses chiens particulièrement bien dres- ^iés. Deux d'entre eux gardent les autres ; à heure fixe, des écuelles sont disposées pour la meute; un coup de tam-tam range chaque animal devant sa portion, mais ce n^est qu'au second coup qu'il est autorisé à y toucher. Il ne nous est pas donné d'assister à ce spectacle ; nous ne pouvons attendre.

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A cheval, et en marche 1 Le temps est superbe; !(* soleil chaud, sans être méchant, le thermomètre ne marque que vingt-cinq degrés à l'ombre. Nous n'avons pas même art>oré de casques; de grands feutres avec un grand mouchoir en dessous suffisent à nous abriter. Pour ma part, je me trouve bien en selle; avec mes sacoches garnies des quelques objets qui peuvent servir en route, mon fusil en bandoulière, mon revolver, ma boussole, mon baromètre et mon thermomètre, je crt}is me retrouver en pays de connaissance ; tout !*emb!e me devenir jdus familier, et il me prend envie d'appeler mes anciens compagnons du Tibet pour leur demander si nous ne sommes pas encore en un coin de l'Asie centrale.

Une maison d'un nouveau genre pour moi^ demnt laquelle nous nous arrêtons, me rappelle à la réalité : c'est la construction que nous retrouvtTons partout en Indo-Chine (sauf dans les deltas). Un seul étage, auquel on parvient par une échelle ou un escalier extérieur, est élevé sur pilotis, à une hauteur variant généralement de un iûètre soixante à deux mètres. Cette disposition permet aux habitants d'établir leur étable et leur poulailler, d'attacher même leurs chevaux au-

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dessous d'eux ; ils sont ainsi plus facilement protégés contre les attaques des fauves. Au point de vue hygiénique, l'élévation au-dessus du sol les défend en partie contre les miasmes fiévreux, provenant souvent de l'humidité. La construction est rectangulaire ou formée de bâtiments semblables, disposés suivant les trois côtés d'un carré.

Le toit est de chaume; les parois, de planches ou de bambous tressés très finement, maintenus par des poutres; le plancher de bois, recouvert de nattes de bambous. Chez les chefs, une partie légèrement surélevée en estrade porte une petite table sur laquelle le thé est servi aux visiteui-îf. A l'autre bout de l'appartement, un espace carré recouvert de dalles cimentées ou de terre battui* sert de foyer ; la fumée va se perdre dans le toit dont elle noircît les traverses. Ici les côtés, au lieu d'être perpendiculaires entre eux et avec le plancher, forment souvent des angles légèrement obtus, la partie supérieure se trouvant ainsi un peu plus large que l'inférieure; des recoins sont formés dans lesquels on dépose ou accroche des provisions de toutes sortes sans empiéter sur l'espace disponible. Au premier coup d'œil on distingue ainsi

les maisons thâl des maisons siamoises, qui sont toutes à angle droit.

Une tasse de thé prise chez notre hôte, et nous i*epartons. Nous formons une longue caravane; outre nos boys, les interprètes et quelques tirailleurs que nous avons amenés, des chefs nous précèdent à cheval. Nos bagages sont portés par (les gens du pays, à Taide de longs bambous qu'ils tiennent deux à deux sur leurs épaules, l'un marchant devant l'autre. Une vingtaine d'indigènes armés nous suivent; ils portent la veste flottante jusqu'à la ceinture, rappelant le makouazeu chinoia, (les pantalons larges coupés aux genoux, un demiturban autour de la tète ; les pieds sont nus et les jarrets entourés de bandes de toile. Dans la ceinture est passé un coupe-coupe à étui de bois, rappelant par la forme les sabres japonais; leurs fusils sont longs et légers avec un canon étroit, brillant; la crosse courte; on ne l'épaule pas, niais on l'appuie contre la joue; la mèche roulé*: autour du bras en bracelet est allumée à l'extréluité, qui se consume lentement. Malgré l'imperfection de l'arme, ils sont bons tireurs.

Piétons et cavaliers contournent en longue file un lac entouré de roseaux au milieu desquels est

tracé un étroit sentier ; sur les bords courent un grand nombre de poules d'eau bleues à pattes rouges ; elles se domestiquent facilement, et laissées auprès des maisons font, à Tinstar des oies du Capitole, très bien la garde.

JVous arrivons au pied des collines; il faut alors se livrer à une véritable escakde très pénible, sous bois, dans la boue et sur des rochers glissants, où les chevaux, débarrassés de leurs cavaliers et laissés à eux-mêmes, accomplissent de vraies acrobaties. La végétation puissante intercepte la lu* niière ; les caoutchoucs gigantesques dominent, chargés de parasites : fougères, lycopodes, orchidées. On se sent petit sous ces géants des tropiques qui semblent peser sur vous de toute leur hauteur, et nous avons hâte d'être arrivés au sommet après avoir sué, soufiQé, peiné durant une heure. Une ascension pareille suffit à expliquer la force des pirates; que voudriez-vous, en effet, que fît ici une colonne contre dix hommes connaissant le pays et bien embusqués? Pour être maître de la région il n'y a qu'un procédé, celui qu'emploie M. Vacle : avoir les chefs avec soi, les diviser entre eux et les tenir l'un par l'autre.

Le plateau sur lequel nous débouchons à travers

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une forêt de roseaux atteignant parfois quatre mètres de haut, coorprend tantôt d'immenses régions incultes, des ondulations de terrain couvertes d'herbages souvent demi-brùlés, tantôt des rizières. Celles^ se trouyent surtout dans les cuvettes formées par les falaise» calcaires qui altei^ Qentavec les monticules arrondis de mémo for^mation. Les cultures sont établies près des villages ; des bouquets d'arbres se dressent sur les éniinences, taudis que les parois se fendillent en longues ouvertures qui rappellent l'oreille de Denys de Syracuse.

C'est la région nue et déserte que nous traversons d'abord ; la route s'élargit et est bonne ; poor devenir carrossable, elle exigerait peu de travaux.

M. Vacle croit qu'un élevage de bestiaux pourrait être tenté ici avec succès; je suis de son avis; Tespace ne manque pas et les pâturages semblent tons.

Sur la hauteur on a établi un petit poste indigène. La défense convient au pays. Derrière la palissade, aux extrémités aiguisées, est creusé un fossé, traversé lui-même de bambous qui débouchent à l'extérieur et servent de meurtrières;

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alentour, sont placés des chevaux de frise en bambous durcis, pointus; au centre, un mirador élevé sur quatre poteaux et muni d*une échelle.

Nous ne faisons qu'une courte halte; il est tanl.

Pendant la dernière partie de la route, je m'amuse à regarder le manège du petit Yao qui, avec une vingtaine de kilomètres dans les jambes, trouve encore moyen de courir en avant, faisant tinter le grelot attaché à sa queue. Quand il a gagné une certaine avance, il s'asseoit, prend la pipe à eau, faite d'un tube de bambou, qu'il porte en bandoulière, met une prise de tabac et aspire jusqu'au ventre, comme font les Chinois, puis repart au petit trot, lâchant sa fumée par bouffées, pour recommencer la même opération un peu plus loin.

Le manège de Yao n'est pas, d'ailleurs, le seul spectacle intéressant que nous ayons à observer. A qui se donne la peine de regarder, aucune étape en pays et chez des gens nouveaux n'est ennuyeuse. Un des mandarins, le chel couvert d'un chapeau de paille en forme de cloche, se croit très civilisé en prenant une serviette de bain pour manteau; derrière lui, son porte-cadouilles me fait songer aux licteurs de l'antiquité; un

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canjuois qu'il lient eu baudoulière renferme les ver^, signe du commandenient, et les petits ^Irapeaux qui serviront à transmettre les ordres.

Voilà Cao-Phong, notre étape.

Nous sommes conduits à la maison du chef qui nous donne Thospitalité. L'intérieur est propre. Nous sommes installés sur l'estrade, où un repas ntius est servi dans une quantité de petits plats. Eîi face de nous, un autel couvert de pots penferniant des plumes de paon et des bâtonnets odorants est dressé devant de longues inscriptions (iiinoises : c'est l'autel des ancêtres. Les prières ^11 l'honneur des parents et des pratiques relatives aux esprits constituent ici tout le culte des indigènes; le bouddhisme n'y a pas encore pénétré.

Notre hôte est un quanlong ou chet de village. Le pays est soumis à un régime féodal, les quanlonga étant indépendants les uns des autres ; mais [presque tous se reconnaissent une sorte de vassalité à l'égard des Linhs, dont l'ancienne famille gouvernait jadis le Tonkin. Les tributs payés à l'Ânnam étaient très minimes; la cour de Hué faisait à peine sentir son joug, ne demandant aux Muongs que des soldats, très redoutés avant qu'on connût l'usage de nos fusils à longue portée. Cette

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année, nous avons dispensé les chefs de Timpôt, À condition qu'ils fissent des routes, et ils semblent avoir pris leur tâche à cosur, malgré les difficultés de tous genres qu'ils rencontrent sans cesse.

Le terme de Muong par lequel on les désigne est impropre, nous l'avons vu plus haut, puisqu'à vrai dire il signifie province, provinciaux; mais il n'est pas injurieux comme celui de Mois (sauvages). Ce dernier nom semble réservé à certaines tribus répandues de diiTéi*ents côtés du Tonkin et qu'on trouve surtout à mi-K^te dans les montagnes. Les indigènes, ici, s'appellent euxmêmes ThoS'dSn (prononcez djang), à proprement parler, habitants de la terre (tho;. Souvent on les nomme Thos tout court. Ce nom mériterait d'être rapproché de celui de Hos dont on désigne les Ghi* nois du haut pays, et du mot Thdi^ Thou, l^houjen, dénomination de toute une race. Nous aurons occasion de revenir plus longuement sur cette question encore si obscure des races indo-chinoises.

Interrogés par nous, les chefs thos prétendent que leur peuple a été de tous temps ici et qu'il n'est pas venu par migrations. < Les Annamites, ajoute notre interprète, que je soupçonne fort de

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n'être pas, pour sa part, issu d'un sang très pur^ sont un produit des Chinois et des Moïs. » Je ne sais si cette opinion qui porterait atteinte à leur orjîueil national serait très goûtée de nos boys. D'ailleurs, les renseignements historiques donnés par les indigènes n'ont qu'une valeur scientifique bien relative, à moins que des preuves d'un autre ordre ne viennent les corroborer. Il ne faut pourtant rien laisser de rôté; questionnons le plus possible, un jour viendra où, des documents accumulés de tous côtés et comparés attentivement, la lumière jaillira.

Tandis que nous cherchons en vain la solution des problèmes ethnographiques les plus intéressants, nos hommes devisent autour du feu, parmi les femmes qui vaquent aux soins du ménage. Guère jolies, les dames muongs, avec leurs grosses tètes rondes dont le hàle tranche sur la blancheur des bras et de la poitrine. Au lieu des turbans annamites, elles se couvrent les cheveux d'un foularrl sombre; la robe est maintenue par une large ceinture brodée qui monte sous la gorge; le^ seins, souvent découverts, sont parfois cachés par une petite tunique courte. Elles se retirent bientôt à l'autre bout de la maison, tandis que nous

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cherchons dans le sommeil des forces pour le lendemain

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' Nous continuons notre marche sur le mônie plateau, où les espaces incultes alternent avec les rizières, que dominent çà et là les blocs calcaires. La route, nouvellement élargie, en certains passages n'est pas assez battue, et, malgré des claies (le bambous posées à la surface, nos chevaux enfoncent jusqu'au poitrail. Plusieurs chefs viennent au-devant de nous. Leur visage pâle, orné de quelques poils, est assez ouvert; ils ont les denb laquées en noir; leur costume est toujours le même : robe de soie violette et pantalon large en toile blanche; leurs soldats les suivent; quelquesuns portent la crosse renversée en signe de soumission.

Chaque fois que nous passons devant un village, nous devons nous arrêter à la maison du quanlang et descendre prendre le Ihé qu'il nous offre en des godets minuscules. Il nous fait auparavant une série de laïs *, s'inclinant à plu-

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