NICOLE
Publiciste
Décédé en iSSS
La mission Pavie reconnaissante.
Je me découvre devant la tombe d'un de ces nombreux Français, presque inconnus, qui ont été au loin, sans chercher ni gloire ni récompense, faire connaître le drapeau du pays. Du moins celui-là a-t-il la consolation dernière de reposer sur un sol français.
Nous approchons d'ailleurs d'un posie ; une pirogue, que nous rencontrons, porte un sergent et quelques linhs descendus depuis onze heures de Van-Bou ; ils vont chercher à Van-Yen un
convoi de piastres. Le sous-officier, débarqué il y trois mois au Tonkin, nous raconte qœ pendant sa première nuit à Van-Bou, quatre tigres sont entrés dans le poste et ont dévoré une chèvre et plusieurs cochons.
11 févriei
Le temps est toujours beau et pas trop chaud dans la journée; la lumière, douce et comme tamisée, éclaire les collines sans fatiguer la vue ; les arbres semblent vouloir se fondre par leurs extrémités avec Tazur ; le regard éprouve ici une sensation de douceur, de moelleux qui repose. Qu'on est loin de ces contrastes du sol africain où, à côté d'un or resplendissant, on est brusquement surpris par la profondeur des ombres qui se heurtent à la lumière pleine. Ici, le soleil est traître ; avec ses apparences innocentes et ses rayons affaiblis, il est plus à craindre que lorsqu'il éblouit en Afrique; nous sommes obligés de nous couvrir d'un casque; bon nombre d'hommes, accoutumés au képi en Algérie, ont appris à leurs dépens à ne pas se contenter au Tonkin d'une coiffure aussi l^ère.
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Quand nous déjeunons, la paillotte d'une pirogue, appuyée par son extrémité sur deux bfttons, nous sert d'abri ; nous choisissons pour Tarrèt un banc de sable à portée d'un bois autant que possiblCy afin de pouvoir chasser.
Nous trouvons aujourd'hui un compagnon de launch, je dirais plutôt un spectateur, car il ne daigne pas se déranger à notre vue ; c'est un petit vieux à la peau noire ratatinée qu'à première vue je prends pour un sorcier. Mon erreur est d'autant plus excusable qu'il porte un bracelet de graines aux chevilles et qu'il est accroupi devant un énorme tas d'herbes brûlées d'où sort une épaisse fumée. Les bateliers m'expliquent qu'on fait tout bonnement du charbon de bois.
Après déjeuner^ cinq heures d'une marche fatigante, faite de montées et de descentes continuelles, nous mènent à un petit village (sur la rive droite) qu'on nous dit être le Van-Bou chinois. Bien qu'accidentée, la route est bonne ici, complètement débroussaillée, les obstacles sont enlevés ou contournés; deux chevaux peuvent souvent y marcher de front ; voilà longtemps que nous n'avions trouvé quelque chose approchant d'un chemin. On sent ici une main française et,
eii effet, une demi-heure au delà du village» la ruute tracée d'abord au milieu des bois à une (inquantaine de mètres au-dessus de la rivière s'engage dans une forêt de roseaux, traverse une petite vallée, puis redescend sur la rive en face du poste. Le soleil couchant vient éclairer les constructions élevées sur un terrain de quelques centaines de mètres, dégagé des bois. Une palissade Tentoure, des mamelons couverts de forêts le séparent des montagnes formant le dernier plan, dont les crêtes rosées se perdent dans la brume. Quelques coups de fusils avertissent nos ujinpatriotes de notre arrivée ; une embarcation nous est envoyée et, cinq minutes après, nous avons le plaisir de serrer la main du colonel Pennequin.
CUAPITRE V
Van-Bou. — Habitants de la région : Thaïs, Mans, Méos. — Tih* Tîsite aux Iléoa. — Excursions au gÎBement aorifôre de Uo-Lou.
— Départ de Van-Bou. — Sur la rivière Noire. — Arrivée à Laï-Chau. — Deo Van Tri (son origine, — 5a vie, — sa famiHe>. - Excursions an plateau de Tafine (Les Sas, les laosetles Yafi>;-
— A Laï-<Chau rencontre de MM. Massie et Gassouin. — BapporU avec Deo Van Tri. — Renseignements sur la contrée. — Impart.
Ayant séjourné plusieurs années au Tonkin, après avoir été à la Guyane, au Sénégal et à Madagascar, le colonel Pennequin a été mis TaniuV dernière à la tète du territoire militaire qui correspond à peu près au bassin de la rivière Xoire. Nous sommes ici chez un administrateur hors ligno, les résultats obtenus nous étonnent à chaque |»a>. Partout en remontant la rivière et au delà jusqu'aux frontières laotiennes, nous trouverons son œuvre et les chefs indigènes se chargeront
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«ux-mèmes, chaque jour, de nous la mieux faire apprécier.
Pour nous c'est une chance de l'avoir rencontré; sa connaissaoee parfaite de la région et de ses habitants facilitera singulièrement noire voyage, et duraut mon séjour ici je profilerai de la bonne hospitalité qui nous est offerte et de Taccoeil cordial qu'on nous fait, pour Taccabler de questions ; cest donc un simple devoir de reconnaissance que j'accomplis en priant le lecteur de bien vouloir reporter au colonel Pennequiti le mérite d'une bonne partie des renseignements que je vais exposer.
Situé jadis à deux jours de la rivière, à Son-La sur la rive droite, au milieu d'une )>laine plus élevée et plus saine, le poste a été récemment transporté ici dans une position plus centrale et de communications plus faciles. Les constructions en terre battue blanchie à la chaux, et portant un toit de chaume, sont assez distantes les unes des autres pour laisser à tous la pi u;^ grande liberté; elles comprennent les logements et mess du colonel, des officiers, des sous-officiers, des agents des postes et télégraphes, les magasins et même un cabinet photographique. Les £amill^s
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des tirailleurs habitent dans des cases muongs sur pilotis; les portes de la palissade en baroboti sont fermées le soir et des miradors permettent aux sentinelles de surveiller les abords.
Les installations ne sont encore que provisoires; des briqueteries et des fours à chaux viennent d*ètre créés, et le temps est proche où sur remplacement des anciens logements s'élèveront des maisons de briques, plus hautes, plus spacieuses, plus saines. Deux jardins potagers bien irrigués approvisionnent la garnison de légumes frais et de salades; des essais de cultures nouvelles y sont tentés; les caféiers vont être plantés, et trois cents plants d'eucalyptus sortent déjà de terre.
En dehors du poste, un village indigène s'est établi; par sa position, Yan-Bou est peut-être appelé à devenir un centre important. Pour attirer le monde, le colonel a dispensé les Annamites «les corvées et de l'impôt de capitation les Chinois qui s'y fixent. Plusieurs commerçants tiennent déjà boutique; des caravanes se rendent ici de Mong-Tse et de Mang-Hao, sans passer par Lao-Kal; elles apportent l'opium qu'elles vendent quatre fois moins cher que dans le Delta
(noos avons dit plus haut que la ferme d*opium n'a pas de contrôle au-dessus de Gho-Bo), et les bons résultats de cette liberté commerciale ne peuvent tarder à se faire sentir.
Les mines sont nombreuses dans la contrée, les gisements aurifères sont célèbres ; nous tâcherons d*en visiter quelques-uns. Maintenant ils rapportent peu; depuis la guerre et la venue des Pavillons-Noirs sur la rivière, les ouvriers chinois ont quitté le pays et ne sont pas encore revenus, et les races indigènes ne se livrent guère aux exploitations minières.
Au point de vue de la population, on peut diviser la contrée en trois zones limitées selon Taltilude : en bas, les Thaïs; à mi-côte, les Mans; en haut, les Méos; toutes races ayant le plus profond mépris Tune pour Tautre.
Frères des Laotiens et des Siamois, cousins des Chinois, les Thaïs (hommes libres, ou laboureurs Je la montagne, Pou-Thaï), se retrouvent sous les noms de Thou, Thou-jen, Pan, Pal, Shan, Lao, etc., disséminés sur un vaste espace dont les limites approximatives seraient : au nord le Su-Tchuen, à l'est le Kouang-Toung, à Touest riraouaddy et au sud le Cambodge et le golfe do
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Sisfln. Venus selon toute probabilité du nord, il y a bien des siècles, comme envahisseurs, représentant les débris d'un ancien empire, ils semblent avoir plus d'un point commun avec les races thibétaines et les tribus qui peuplent les rives du haut Mékong au-dessus du Yunnan. Ils ont un alphabet et, comme les Til)étains, écrivent de gauche à droite. Dans certaines de leurs légendes, je trouve des ressemblances avec des contes tibétains, le lièvre, par exemple, jouant chez les deux peuples le rôle malin du renard de nos fables.
Sur la rivière Noire, on distingue les Thaïs noirs et les Thaïs blancs, ces derniers occupant surtout la haute région depuis Van-Bou jusqu'à la frontière de Chine, à l'exclusion des premi^s qu'on rencontre plutôt en dessous. Les différences d'ailleurs minimes se trouvent dans le costume, le patois et l'écriture ; notre interprète comprend les deux, mais prétend ne pouvoir lire les ma* nuscrits des Thaïs noirs. Il est si paresseux, que je ne sais si je puis m'en rapporter à ses renseignements ou s'il évoque simplement c& prétexte pour s'éviter une besogne de plus.
Les Thaïs se mêlent parfois aux races autoch*
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tones; en dehors même des caractères ethiK^raphiques, cette facilité d^assimilation les distiii^'ue netleoieot des Annamites, plus orgueilleux et maiDs façonnables. Des colonies annamites fond(^ sar le Mékong, il y a soixante ans, n*ont rien pris à leurs voisins les Laotiens^ mais sont toujours restées mêmes; les Chinois^au contraire, établis dans le Tonkin,. se façonnent et se transforment au contact de la race dominante.
Les Thaïs vivent sous un régime assez doux;: ou compte trois unités administratives; en commençant par en haut ; le c/iau, ou canton; le sa ou commune; le soin ou hameau.
Chaque année rassemblée des notables du *ow partage les terres à cultiver entre les habi-* taots, déterminant le lot de chacun, suivant les moyens dont il dispose, les bras qu'il peut utî- ;*• l^er, le travail qu'il donne, le nombre de bullles quil possède; si des contestations surgissent, on en réfère à trois magistrats pris au choix. Le [ irtage des terres réglé, la production n'est pas divisée; chacun peut jouir librement de ce qu'il . ^obtenu. Les chefs ont un lot plus important et emploient une partie de la population à leur service. S'ils grugent un peu leurs ouvriers, en «
revanche, ils ont des greniers, font des provisions et nourrissent les laboureurs qui, ayant vendu trop tôt leur récolte, se trouvent privés de leurs moyens d'existence. Ce système a l'avantage d'égaliser les fortunes; il produit rarement la richesse individuelle, mais évite les misères. Chez les Thaïs de cette région la religion n'est pas nettement caractérisée. Plus haut nous trouverons des tendances bouddhistes, importées de Chine ou de Birmanie. Ici rien de précis; ni divinités, ni pagodes, ni livres, ni prêtres; le culte des ancêtres d'un côté, et de l'autre la croyance aux esprits, qui personnifient les forces de la nature, les maladies, en un mot les causes ignorées de phénomènes tangibles. N'en est-il pas généralement de même dans les religions primitives et sur quelque point du globe que nous nous transportions, ne voyons-nous pas le surnaturel naître de Tinconnu et se confondre avec lui? Les esprits sont combattus ou invoqués par des bâtonnets odorants, des oITrandes, de petits autels élevés sur quatre poleaux et tapissés de papier rouge, des ornements sur les maisons, des triangles ou des carres en bambous, et le recours aux sorciers. Ceux-ci ont une
grande influence. Souvent au nombre de deux, ils représentent l'un le principe du Bien et l*au(re celui du Mal; ils doivent alors éviter de se rencontrer, et si malgré les précautions prises ils se trouvent en présence, ils lutteront Tun contre Tautre; si le combat n'amène pas de sang, c'est un mauvais présage. Parfois on les invite tous deux à une cérémonie; l'un reste alors à l'extérieur pendant que l'autre se tient dans la maison et vice versa.
Généralement les morts sont brûlés sur un bûcher, dont un petit autel de bois marque ensuite la placé; les cendres, enfermées dans un pot, sont enfouies dans quelque lieu éloigné auquel mène un sentier détourné.
Devant continuer notre voyage parmi les Thaïs, nous aurons à parler quotidiennement de leurs habitations, de leurs ressources, de leur manière de vivre. Les détails que je pourrais donner sur ces sujets trouveront place au cours de mon récit.
Quant au Mam^ je les ai peu rencontrés; habitant des localités souvent éloignées l'une de l'autre, ils sont peu nombreux entre le fleuve Houge et la rivière Noire. Leur type se rapprochant de
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celui des Moïs, et leur costume, surtout celui des femmes, les distinguent pourtant nellement des au lies races : leur origine esl-elle thibétaine comme on Ta dit? Le problème n'est pas résolu; ils semblent, comme d'autres, ûlre venus des plateaux du Nord.
Plus récente, peut-être, a été l'inva^^ion des Méos. Les Miao-lsé, ainsi qu'on les appelle en chinois, avec leurs frères les Yaos et les Lolos, occupent encore les sommets du Yunnan, du Su- Tchuen,et môme du Kouang-Si, jusqu'au Kouan- Toung qui, selon certains auteurs, serait le berceau de leur race. Ce sont des montagnards grands, aux formes élégantes, à la démarche ferme, facilement reconnaissables de loin. Leur figure est ouverte, blanche, énergique. De caractère gai et d'humeur généralement pacifique, ils ont été, en Chine, refoulés sur les hauleurs par les conquérants du sol ; ils se venaient en faisant des incursions dans les vallées, d'où ils essaient en vain de chasser ceux qui les ont dépouillés. Les Chinois les traitent de barbares^ nom générique qu'ils accordetit d'ailleurs à tous ceux qui n'appartiennent pas à l'estimable race des porte-queue. Dans le Haut-Tonkio, les Méos sont tranquilles
et virent en bonne intelligenoe avec les autres populations, en évitant le plus possible tout con* tact étranger. Rarement descendent-ils dans la plaine pour les besoins du conunerce ou des échanges; ils se suffisent à eux-mêmes et prétendent que Tair d'en bas est empesté et les tue- Divisés en plusieurs tribus d'après la couleur de leurs vêtements, ils paient aux chefs de canton un imi)ôt minime par l'intermédiaire de leurs « liefs. Nous les ferons mieux connaître au lecteur en lui proposant de nous suivre dans un village niéo situé derrière Van-Bou.
Le lieutenant Didelot veut bien nous servir de guide dans cette excursion, qui se fait (aller et retour) en une journée; mais la montre est rapide et fatigante. A une certaine hauteur, les tlancs des collines sont débroussaillés. On y cultive le riz de montagne gluant, il n'exige ni irrigation ni aucun soin particulier; la cendre des bois brûlés sert d'engrais à la terre; d'ailleurs, les indigènes ne le sèment pas deux fois de suite sar le même espace.
Bientôt nous entrons dans les nuages, pour en ressortir presque ausï^itôt et ne plus voir à DOS pieds qu'une mer blanche s'éte!Ud;int à
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porte de vue d*où émergent quelques sommets dénudés. Encore un dernier raidillon dans la terre rouge, et nous sommes arrivés. Le col où nous nous arrêtons a onze cent cinquante mètres d'ail itude; les sommets les p!us élevés en ont mille huit cents; je trouve des bambous poussant encore ici, et des conifères assez semblables à nos sapins.
Des deux côtés du col, quelques cases en bois, se dressant de terre et recouvertes de chaume, abritent des familles méos. On compte ici environ quatre-vingts habitants, bien qu'à nous ils ne s'avouent être que trente-cinq; ils craignent que nous ne venions pour vérifier Timpôt.
A notre arrivée, tout le monde vient à notre rencontre. A première vue, la race semble belle et forte, surtout à qui vient du delta du Tonkin. Les hommes, généralement grands, ont la figure blanche, ouverte, les yeux peu fendus; le nez. souvent busqué, se détachant nettement entre les yeux; les pommettes saillantes, la bouche petite, les dents blanches, le menton bien fait et énergique^; leur démarche est assurée : en
I. Ils ont une dolichooéphalie prononcée, au contraire des autres euples de rindo-Chine, généralement bracbycéphales.
posant le pied, ils semblent s'arrêter, un moment pour mieux Tappuyer; on reconnaît là des gQns habitués à courir la montagne. Les femmes, plus petites, sont gentilles ; leurs bouches s'entr*ouvent en un sourire continuel qui laisse voir une rangée de belles dents blanches; leur nez est presque droit, leur menton fin, tout le bas de la figure d'une régularité parfaite et les yeux juste assez fendus pour indiquer qu'ils sont enchâssés dans des visages orientaux. Séduisantes et gaies, elles ont un cachet à part et reposent agréablement de la vue des Annamites et des Thaïs du bas.
Par leurs costumes, comme par leurs types et leurs coutumes, les Méos me rappellent beaucoup les Lolos que j'ai rencontrés au Su-Tchuen. Chez les hommes, même manière de ramener les cheveux en avant qui, là-bas, les fait surnommer des missionnaires les licornes; ici, ils entourent cette coiffure d'un turban noir ; même petite veste flottante gros bleu, même pantalon large ; chez les femmes, même jupon très plissé, si caractéristique que je n'ai vu nulle part ailleurs; leur veste croisée par devant, serrée par une ceinture et portant derrière un grand col marin
se retrouve dans les montagnes qui avoisinent Yunnan-Fou. Tandis que les messieurs ont les jambes nues, les danses entourent leurs mollets de bandes gros bleu lorsqu'elles sont en tenue d'npparat. Les chefs, en grand costume, ont des babouches, le pantalon ordinaire, un petit tablier de plusieurs couleurs, une ceinture étroite faisant plusieurs tours et laissant pendre ses franges de côlé, et sur la poitrine un carré d'étofife brodée. Plus voyants et plus variés que ceux des Thaïs, ces vêlements sont très pittoresques; les couleurs dominantes sont le blanc et le gros bleu. On emploie un procédé fort ingénieux .pour obtenir sans broderie les dessins les plus variés; sur une étoffe blanche, par exemple, au moyen d'un petit instrument de cuivre on trace à la cire les arabesques voulues ; ainsi enduite, Tf lofTe est plongée dans un bain de teinture, puis lorsqu'elle e.st Colorée, mise dans Teau chaude qui fond la cire et découvre les dessins.
Peu de bijoux : das boucles aux oreilles des dames, et, chez les hommes, autour du cou un cerble d'argent auquel ils attachent un grand prix. Nous ne pouvons en acheter ; s'ils s'en séparaient, nous disent-ils, ce serait pour eux la mort rapide.
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On nous fait ici bon accueil; les officiers sont coiinus et la p pulation n'est pas défiante ; aussi nous laisse-t-on tout visiter librement et répondon volonliers à nos questions.
L'inlérieur des huttes est assez sale. Des nattes tres^ces posées sur quatre piquets servent de lits; dans un coin, un grand plat de cuivre, venu de Lio-Kaï, sert à préparer le repas des cochons; ci^ animaux sont nombreux ici et d'une autre race que ceux du Tonkin. Au plafond sont suspendus des épis de maïs et de millets; je vois aii?îsi du riz, et, dans des cuves, des grains de maïs et des larmes de Job dont on tire une mauvaise eau de-vie. Les Méos tissent avec un mélier très simple le chanvre qu'ils cultivent; font du l^apier avec de la paille de riz; travaillent le fer avec une forge primitive, faite d'un tronc d'arbre '•reux bouché avec du ciment, dans lequel un pistun dépla;ant deux peaux joue le rôle de >ou(net. Près de leurs cases, des greniers à maïs "îoril élevés sur quatre piquets pour être à l'abri •les animaux; sur des cordes sèchent des feuilles •le tabac; leurs jardins sont entourés de petites plissadrs et bien tenus; on y voit quelques arbres fruitiers: un pêcher, un mandarinier.
Plus industrieux que les Muongs, ils font des seaux en bois cerclé qu'on porte avec une sorte de crochet placé sur le prolongement d'une des planchettes; ils ont des houlettes, des bêches, des sarcloirs.
Le DQaîs est moulu dans une meule de trois pierres ; celle du milieu est percée de part en part, en son axe, d'un trou par où passe le grain; et elle tourne au moyen d'un excentrique de bois qu'on n'a qu'à pousser ou tirer.
Gomme armes, des fusils à crosses plus courtes encore et à canons plus longs que ceux des Thaïs. Us ont aussi des arcs à gâchette, sortes d'arbalètes. On me montre comment sont tendus des pièges aux grands animaux au moyen de deux arcs posés horizontalement sur des bambous, l'un servant de déclanchemenl à l'autre ; une ficelle, tendue sur le passage de l'animal, met tout le système en mouvement. Les flèches sont courtes, la pointe de fer enduite à sa base d'une résine qui, nous dit-on, est un poison violent.
Les hommes chassent, fument, boivent, et laissent les travaux du ménage aux femmes, qui n ont pourtant pas Tair trop malheureuses. Elles portent les fardeaux dans une hotte de baml)0us
tressés, maintenue sur les épaules au moyen de bretelles. Les Kas, qui se servent de hottes également, prennent la nuque pour point d*appui en employant un bandeau maintenu sur le front. Marcheurs extraordinaires, les Méos trottent dans la montagne comme des chèvres ; mais il ne faut pas gêner leurs habitudes; veut-on se servir d'un convoi de coolies, on doit diviser les fardeaux de façon qu'ils puissent les placer dans les hottes; ils ne savent pas porter à deux au moyen d'un bambou.
Au point de vue intellectuel, ils ne semblent guère avancés; leurs traditions remontent à soixante ans lorsque, poussés par la famine, ils ont quitté les montagnes du Yunnan ; euxmêmes se prétendent divisés en Méos blancs et Méos noirs. On peut rapprocher ces groupements de la distinction analogue des Lolos du Su-Tchuen (os blancs, os noirs).
Leur dialecte, dont un officier, M. Tralboux, a bien voulu me communiquer un vocabulaires semble différer fort peu de celui des Méos du Tra- Ninh dont j'ai pu relever quelques mots; mais je ne trouve aucun rapport entre leur langage