AVT^;UR DU T0NIL1K
sacrifices ont été sa^s retour* Plus nou$ avons effacé Aotre poIit^^iW 4^?iit celle de nos «lUiés, moins ils ont compté avec nous. A Tavenir, il fuAU mre une ligt^ de conduite opposée. 9
Pour en revenir ^ Luai^ig-Prabang, nous y avons uo vice-consul, ou plutôt un ageot, car il n'a pas Yex^qMicUur. Entouré d'uae douzaine d'interprètas, avec les moyens dont il dispose, il arrive à des résultats é,ton<nftats ; mais, manquant la plupart du temps d'a#*gent et obligé souvent d emprunter aux SiiuQois pow payer le personnel , n'ayant pas d'appui supérieur, quel pouvoir antr-il pour sauvegarder les intérêts des Français ? Tout au plus peu tri 1 ^ous coRserv^jr dans le pays quelques aws gagnés par sa bienveillance ou sa bonne grâce personnelle. Son titre d'agent français jae pèse presque pour rien dans la balance, à côté de sa propre personnalité ; aussi estil supporté, mais non craint ; on sait qu'il ne peut parler haut, que ses menaces seront sans effet, qu'il n'est pas soutenu, que le quai d'Orsay semble se désintéresser des affaires du Mékong. A notre manière de faire, comparons celle des Anglais dans un Etat laotien voisin de la Birmanie, Xieng-Mai, analogue par sa situation à celui de
Luang-Prabang : à Xieng-Ma! est établi un consul, qui a Vexequaturj c'est-è-dire est reconnu du gouvernement indigène et du sien propre, bien payé, et appuyé par ceux qui l'ont envoyé ; il a sous ses ordres plusieurs milliers de prot^és britanniques et joue sensiblement le même rôle que le commissaire siamois ici ; ce dernier est tout, et nous, rien.
Sous le contrôle du commissaire fonctionne le gouvernement indigène; à la tête, deux rois, Tun pour la paix, l'autre pour la guerre, régnant de concert. La royauté est héréditaire; la famille royale par suite de la polygamie est nombreuse, et alliée à toutes les familles de la ville. Les deux rois^ actuels portent les noms de Ghao Rham Souck et Chao Boune Khong (appelé maintenant par les Siamois : Ghao Ratchapha Khinaî). Leur père Ghao Houne Kham, après vingt années de règne, a abdiqué; Agé de quatre-vingt-deux ans,
1. Selon Halett (p. 32) les rois de Luang-Prabang, comme ceux de Lakon, Lopoon, Peh, Teru, n'ont que le titre de Chao Huan^' (grand prince), tandis que ceux de Xieng-Maî et de Nan seraient Chou Ghe Wit (ortog. anglais) ou seigneur de vie (Lord of life). Les premiers ne pourraient tuer les criminels qu'en faisant percer le cœur avec une lance, tandis que les seconds auraient le droit de faire décapiter.
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il est devenu maintenant un personnage sacré, uoe sorte de demi-dieu.
Au-dessous du trône, cinq ministres :
Premier ministre : Phya Muong Sène ;
Deuxième — Phya Huong Ghane;
Troisième — Phya Maha Séna;
Quatrième — Phya Muong Koua;
Cinquième — Phya Muong Sal nommés par les rois.
Auprès d'eux une Assemblée appelée Séna, dont iont partie les membres de certaines familles, la dignité est héréditaire ; le roi peut créer de nouveaux membres, mais n'en révoque pas; le Séna est une sorte de Chambre des pairs qui a droit de loi faire des remontrances. Les actes du gouvernement portent : le Séna et le roi. (L'ordre est à remarquer.)
Les fonctionnaires administratifs, les juges, sont nommés par le roi (toute nomination devant toujours être approuvée par le commissaire siamois.)
La justice a recours aux jugements de Dieu '
on prête serment sur une coupe d'argent et sur
un sabre; on boit l'eau sacrée; si Taccusé s'est
déclaré à tort innocent, l'eau l'empoisonnera, ou le
glaive porté par un génie le frappera dans la nuit.
390 ÀUToea d4J tov^ik
Il va saa$ dire que les juges ne se oDBteDtenl pas de cette garantie, et qu'avant le jugement, iU ont bien soin de s'ejfiquérir de la fortune de Tinculpé et se laisseidty dit-on, facilieinent influeiicei par les pots-de-vin.
Les punition sont les amendes, les leoups dt^ rotin, les travaux forcés, et renchatmement ; la torture n'est pas pratiquée.
 côté des corvées ont été établis, avonft-nou» dit, r impôt de capitation, la taxe de l'opium, la ferme du tchoum tcboum ; celle des jeux, sourœ de grands revenus d^ns le Siam même, a été supprimée ici, nous raconte-t-on, par les Siamois comme immorale. Il en est d^ même de la spéculation sur la monnaie, qui n'est pas encore pratiquée à Luang-Prab^ng. Dans la vallée de la Ménam en particulier on se sert de jetons eu faïence, dont le cours est suspen4i^ QU la valeur changée par un décret dp govvernement, réalisant ainsi à la faveur de l'arbitraire d'importanls bénéfices. Une autre source de rapports pour l«' trésor de Luang-Prabang est le produit des douanes : trois pour cent de t^xe sur les marchandises et un panier de sel par pirogue venant du sud, chargée de celle denrée,
L'armée laotienne est entretenue à peu de frais : eu dehors des troupes du Siam, il n'y a qu'une mijice royale habillée à l'européenne et armée de fusils à tir rapide; les autres hommes, en cas de guerre, sont fournis par les villages avec leur propre armement indigène. De longtemps ils ne seront pas dangereux ; la fuitf giénérale des habitants de Luang-Prabang devant les soldats de Deo Van Tri a prouvé le peu de valeur guerrière des premiers ; l'effectif, quoique minime» est dif-^ fieile à calculer.
Le territoire n'est pas grand. Bien que ses frontières se trouvent souvent imparfaitement marquées, on peut les fixer approximativement ainsi : à l'est on entre dans l'État de Luancr- Prgjbang, lorsqu'on redescend le Nam-Ou, environ trois ou quatre jours avant le confluent de cette rivière avec le Mékong ; le grand fleuve au-^ dessous de la ville coule trois jours au sud dans son territoire, et au-dessus en remontant on trouverait la limite à six journées, séparant Luang- Prabang de l'Etat de Xieng-Sen; à l'ouest elle est plus rapprochée et se confond sensiblement avec la ligne de partage des eaux du Mékong et de la Hénam, bordant la princi^ auté de Nan. Si nous
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évaluons les distances sur les cartes, je crois qu'en représentant le royaume de Luang-Prabang par un carré dont le côté serait de cent dix à cent trente kilomètres, on ne ferait pas une erreur grave sur la superficie totale.
La population de la ville elle-même évaluée par Mac Leod à cinq mille &mes, diaprés les renseignements reçus en 1836, par Pallegoix à quatrevingt mille, par Mouhot à sept ou huit mille, par Garnier à quinze mille, me semble se rapprocher de ce dernier chiffre. Voici comment je suis arrivé à une évaluation approximative : du haut de la colline qui domine la ville, je Tai partagée mentalement, en prenant des points de repère en douze ou quatorze carrés à peu près semblables ; or, dans un de ces carrés, j'ai compté près de cent dix maisons ; en donnant à chacune une moyenne de huit habitants, on n'arrive pour toute la ville qu'à un maximum de douze mille âmes. Nous ne devons pas être loin du chiffre exact, car le colonel siamois, d'après les listes des contribuables, nous indique onze mille habitants.
Quant à la population totale de l'État estimée par Mac Leod à cinquante mille, elle a été évaluée par Garnier au triple, il semble que le
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chiffre de cent cinquante mille doive être le plus •' près de la vérité.
Les habitants sont Kas, Laotiens, Lus, Méos ; on compte quelques Chinois commerçants. Les Kas répartis en sept tribus d'après les renseignements de Holt Halett, et ceux antérieurs de Néis, sont quatre fois plus nombreux que les Laotiens.
Généralement de petite taille^ les Kas ont le teint très foncé, et la môme coloration sur tout le corps ; les jambes sont grêles et le ventre généralement gonflé; le nez est large et épaté; les yeux assez fendus ; les lèvres grosses ; la mâchoire avance, tandis que le front étroit est fuyant; Tangle facial semble indiquer une racer inférieure, et en réalité ils ont Tair de sauvages à côté des Laotiens ; les Kas ont les cheveux plats et longs tombant sur le front, parfois serrés par une bandelette, ou séparés par une raie sur la tête et réunis derrière en chignon. Les hommes ont un large anneau percé dans le lobe de l'oreille et bouchent le trou avec un morceau de bois ou un bouquet de fleurs. Leur costume la plupart du
1 • Ceux que nous mesnroDs ont une taille moyenne de un mètre cioquante-cinq centimètres; les femmes sont plus petites.
3i4 AUTOUR DU TOKKIlf
temps ne se campose .que duo pagne, c'est-à-dire d'une pièce d'étoffe gros bleu passée entre les jambes et serrée autour de ja ^Ue les fenunes ont une sorte de turban, i^ne veste floittante et une petite jupe. Les l^as de Luang-Prabang paraissent timides ; ils ne peuvent se résoudre, malgré les récompeases ppon;iises^ à venir poser devant mon appareil ; pour les y déterjniner il faut un ordre du colonel siamois ; et lorsqu'ils sont devant nous, ils sotot si intimidés que nous trouvons à leur pouls plus de qu^ttre-vingts pulsations. Dans les rues ils s avancent avec <jl(éiiance et semblent craindre qu'on leur fasse mal ; moins instruits mais ^lus laborieux que lies Laotiens, ils sont utilisés par ces derniers pour travailler les métaux, garder les bestiaux, cultiver la terre; aussi jouent-Us un peu ici le rôle des ilotes de Lacédémone, moijos dijgremeat traités que ceux-ci, mais pourtant exploiftés.
Jadis les hommes de la race conquérante faisaient des incursions dans les villages lias, el opéraient de véritables razzias pour prendre dos esclaves ; les mâles étaient de meilleure prise que les femelles, tandis que chez les populations de la plaine c'était l'inverse.
Maintettant le roi a aboli 1 esclavage, en théorie du moins, car de fait il subsiste encore*, mais les rafles à main arm^ée sont plus rares; ici, à l'instar de certaines nations européennes, qui sur la côte d^ Afrique prétentfertt luttei* pour la liberté, à lesclavage même on substitue rengagement forcé ; le terme est moins dur, le résultat est identique. Je si^is loin de voiiîoir critiquer les sentiments généï*eux qiie les idées humanitaires font rtaître contre l'eselavage; mais je rtie dematlde si, tout bien considéré, celte condition n'est pas souvent pï*éférable, poui* des gens de i*ace inférieure, à la libfertié sans moyen de travail.
J'ai causé avec un jéurie esclave acheté par la belle-mère d'un de nos int^erprètes; il lie semblait guère manifester le désir d'être affranchi; ses parents, trop pauvres pour le garder, l'avaient vendu ; il était bien nourri et hiôureuîi chez ses maîtres, et ne demandait rien de plus.
A fAté des Kas, avobs^iiou^ dit, les Laotiens
1. L'esclavage pratiqué à Tégard des Kas existe légalement chez MsLaotieas mêmes; un père patfvi^ et cHargê d'une trop nombreuse famille vend souvent un ou deux de ses fils, à raison de quinze roupies par tête s'ils sont jeunes, de vingt à quarante roupies pour les adultes ; où les emploie alors comme bateliers.
d96 AUTOUR DU TONKIIT
représentent la race supérieure; plus grands en effet que les premiers, le teint plus clair, les hommes n*ont pas dans les épaules et la poitrine la pureté de lignes, Télégance de formes, qu^on retrouve chez les sauvages ; ils sont généralement tête nue, les cheveux en brosse, vêtus d'un simple sampot. Les femmes n'ont qu'une petite jupe; une écharpe de soie jaune ou rouge leur sert parfois à cacher leurs seins ; leur poitrine est ordinairement bien faite; les cheveux, ramenés en arrière, sont maintenus en un petit chignon; malgré un nez légèrement épaté, une bouche trop grande, quelques jeunes filles paraissent jolies. Gomme dans le midi et dans Torient, elles vieillissent de bonne heure; elles aiment les bijoux et portent généralement des boucles d'oreilles en forme d'un long clou d'or rouge et des bracelets de la même matière.
Dans leur manière de faire, de parler, de vivre, les Laotiens de Luang-Prabang me donnent assez ridée de ce que pouvaient être jadis les citoyens d'une petite république grecque; je me figure ainsi, le sentiment esthétique à part, les Athéniens paresseux, bavards, flftnant avec plaisir, aimant les fleurs, les femmes et la musique.
AUTOUR DU TONKIN 3i)7
Ici les hommes travaillent peu ; les métiers de forgerons et la culture de la terre sont laissés aux Kas. En ville, on se livre à peine à quelque industrie artistique, telle que la confection des bijoux ou la ciselure de Targent; encore ceux qui ont une besogne s'y livrent-ils rarement plus de de sept heures par jour; les femmes font vivre le ménage, tissent la soie, confectionnent des étoffes, vont au marché, sans toutefois se fatiguer outre mesure. Quand on est à bout de ressources dans un ménage, les hommes deviennent bateliers, et ils sont très adroits; ils font le grand commerce, allant s'établir pour un ou deux mois, au débouché d'une vallée, ils vendent ou éï'hangent contre d'autres produits leur pacotille aux Kas; puis reviennent chez eux ayant assez gagné pour pouvoir se reposer pendant un an. A ce compte-là, me direz-vous, peu doivent s'enrichir; c*est vrai. Les fortunes sont sensiblement %ales, mais les habitants ayant de quoi se loger, se vêtir, se nourrir, préfèrent encore la liberté et la tranquillité à un excès de travail qui n'aurait pour but que de procurer le superflu. Ont-ils d'ailleurs acquis ou épargné une somme respectable qu'ils vont aussitôt la dépensera la pagode;
ils acquittent un vœu ou paient une fête religieuse; c'est leur seul luxe, encore n'est-il pas inutile à leurs yeux puisqu'ils comptent en tirer profit dans l'autre monde.
Les ouvriers auraient peu à faire ici, on ne s en sert pas ; on compte plutôt sur l'aide mutuelle pavée en nature. Une famille veut-elle bâtir une maison? elle achète et réunit peu à peu les matériaux nécessaires; tout étant prêt, on convoque les voisins et on élève la construction en un jour; la crémaillère est pendue le soir même; tous ceux qui ont travaillé prennent part au festin et à la fête.
Ainsi les Laotiens sont paresseux, n'ont pas de métier, travaillent peu ; que font-ils donc de leur temps? Question facile à résoudre : deux genres d'occupation surtout prennent la majeure partie de leurs journées et même de leurs nuits : la cour aux jeimes filles ou le service dans les pagodes.
Jadis une loi dispensait les jeunes gens du service militaire et de l'impôt, alléguant qu'ils s^ devaient avant tout aux jeunes filles ; cet article. maintenant aboli de droit, sert pourtant encore do règle à la conduite des hommes ; il révèle Tétat d'esprit du peuple»
Les hommes causent avec les filles, leur donnent des fleurs, leur font de la musique, leur récitent des vers, leur disent des chansons, ils jouent avec elles aux cartes, mais ne dansent jamais. Hommes et femmes se promènent en chantant dans les rues, par bandes où les sexes sont >éparés, ou s'asseoient les uns en face des autres à rentrée des pagodes. Nous aurons occasion d'assister à ces entretiens amoureux et d'eR reparler. Généralement, au rebours de ce que j'ai vu en Orient, ce sont les jeunes filles qui mènent leà hommes par le bout du nez, qui feignent de les battre, au besoin, qui daignent leur décocher une œillade ou répondre d'un mot à leurs compliments.
Certains flirts sont durables; un jeune homme ayant fait une longue cour et s'étant attaché à sa belle, il s'ensuit la plupart du temps qu'elle devient sa maîtresse; mais cette situation n'a rien <!<• déshonorant, les filles-mères sont nombreuses, et aussi même parfois plus considérées que d'autpfîs; très souvent leur amant les épouse. D'ailleurs, si la fille prévient ses parents et nomme le coupable, celui-ci doit une amende (environ quinze roupies), ou le mariage. Toutes les ofienses faites
400 AUTOUU DU TOiNKIN
aux femmes sont taxées et varient suivant Timportance ; le baiser sur la bouche ou sur le bras, le viol avec cris ou sans cris de la part de la victime sont cotés à différents prix. Une amende très forte (deux cents roupies) punit Tadultère avec une femme mariée; le cas est rare. Après avoir été tous deux coureurs pendant leur jeunesse, les époux généralement se rangent; le mari se rattrape alors parfois sur la l^itime des dédains de la maîtresse. J*ai assisté, un malin que je me promenais en ville, à une de ces petites scènes de famille. Une femme criait et pleurait parce que son époux venait de la battre; nous nous approchons et les interrc^eons : Thomme se plaint que sa femme, ayant été au marché, n*est pas rentrée au coup de gong de neuf heures, il avait faim et le déjeuner n'était pas prêt ; l'accusée a dû bavarder en route. Celle-ci répond qu'elle n'a pas entendu l'heure, qu'elle a été droit sans s'arrêter, et qu'il n'y a pas de quoi la battre. Tout finit par s'arranger, sans qu'il soit besoin d'avoir recours au divorce; bien qu'il existe, on l'emploia rarement.
Les mœurs, on le voit, sont très libres, elled n'empochent pas pourtant l'amour des enfanta
AUTOUR DU TONKIH 401
«fêlre très développé. Rarement j'ai vu les marmots aussi choyés, aussi caressés, aussi adorés <le leurs parents qu'ici ; nulle part autant de soins d de précautions. Quel drôle de peuple I
Tous les hommes ne sont pas admis à courtiser les demoiselles; une classe est écartée : celle des boozes et des bonzillons.
La religion est le bouddhisme, à peu près le même qu'en Birmanie et au Siam. A part quelques rares libres-penseurs qui sont considérés comme voués aux flammes de l'enfer, le peuple est religieux, c'est-à-dire qu'il va dans les pagodes à certaines fêtes, qu'il fait des présents, et qu'il nourrit les bonzes. Luang-Prabang et les fauboui^ ont environ quatre-vingts pagodes, divisées fi) quatre paroisses; à la tète de chacune, une ^orte d'évôque qui se distingue des autres religieux par une petite jupe en soie violacée; les simples piètres sont invariablement vêtus de jaune : jupon et draperie rejetée sur 1 épaule à la manière des Lamas du Tibet; tous ont la tète rasée; leur hié- Tctrchie comprend en partant du bas :
Les Tioua (frères); ce sont les bonzillons ou étudiants, placés par leur famille à la pagode souvent pour un simple stage;
402 AUTOUH DU TONRIN
Les Tiamônne, prêtres; ceux-ci ont déjà fail \œu. de célibat;
Les Satouk, vénérables;
Les Satoak Krou, vénérables mattres.
On devient Satouk à Télection da peuple <]ui «oHvSacre son choix en versant Teau lustrale ^iii l'élu.
Le roi seul fait les Satouk Krou; il les noiuine en les arrosant de l'eau royale pendant une des grandes fêtes où on lave les idoles.
Tout le personnel religieux vit dans des bâtiments auprès des pagodes; il comprend plus du dizième de la population, une partie se renouvelant fréquemment; des femmes vêtues de blanc, ordinairement vieilles filles ou veuves, se rasent aussi les cheveux et deviennent bonzesse^^, faisant alors surtout le métier de quêteuses*
Le signal des principaux exercices est donné par une grosse cloche placée sur le haut de la colline; elle sert aussi de tocsin en cas d'incendie: on sonne alors d'une manière différente.
Les bonzes instruisent leurs élèves, président <îLTtaines fêtes à jours fixes et prêchent le peuple; ils lisent des livres sacrés, enseignent la charité, et recommandent surtout aux fidèles de faire
beaucoup de présents à la pagode pour se rendre agréables au ciel et mériter la vie éternelle.
Dans une petite chapelle, devant les pagodes, ooe cloche de bronze sonne tous les jours à quatre heures du soir, et les dimanches et jours de fête à une heure du matin.
Les bonzes ne doivent faire que deux repas par jour, le matin et à midi; leurs élèves ne sont pas tenus à ce régime.
A partir du second degré on est astreint au célibat; la règle est parfois violée;. le prêtre libertin, la nuit venue, met un turban, change de vêtements et court la prétentaine. Si ses supérieurs le surprennent, il est condamné avec sa complice à quelque ouvrage dur comme de fournir des briques à la pagode. Au Cambodge, on est plus sévère, on fait fermer la pagode.
Les vœux ne sont pas nécessairement éternels; si un Tiamônne ne se sent plus aucune vocation, s(jn supérieur peut le relever, après certaines formalités et sur la demande de ses parents; Je cas est rare.
Le grand développement du culte bouddhique n'exclut pas dans la, foule certaines croyances superstitieuses d'an autre ordre, dont les traces
se reconnaissent parfois dans les grandes fêles. Elles se rattachent toujours à des traditions anciennes ou à la crainte des esprits. Les maladies sont personnifiées. Le choléra ayant fait Tan passé des ravages id, un mandarin fit le tour de la ville à la tète de soldats qui exécutaient des décharges aux portes pour expulser Tennemi. Mais le chef indigène ne fut pas récompensé de son zèle; deux jours après, raconte-t-on, le choléra lui apparut en rêve, et lui reprocha de vouloir le chasser. En venant à Luang-Prabang, le génie prétendait ne faire que son devoir ; en punition de la conduite du mandarin, il lui annonçait sa mort prochaine. Au réveil, Thomme fut effraye du songe et mourut trois jours après.
A côté du respect pour les esprits, il semble qu'on ait encore gardé ici certains cultes pour lai nature ou ses forces. On honore la lune; à chaquei changement, les femmes parcourent les rues en criant; parfois on tire sur Tastre; des salves retentissent pendant les éclipses; on dit alors que la lune est mangée, et on ne cherche pas d'autre» explications du phénomène.
C'est qu'ils ne sont guère savants, les Laotiens, en dépit de l'instruction religieuse que la plupart
ont reçue ; en revanche, ils connaissent bien leur pays, sont assez ferrés sur la géographie, retenant les distances ; ils ont aussi de la mémoire pour Thistoire; leurs annales sont en ordre et bien tenues En somme, je ne puis que répéter ce que j'ai dit plus haut, c*est un drôle de peuple que ce |)euple laotien : paresseux, sans être sot ; de forlune généralement égale, sans grande richesse ni grande misère ; d'humeur plutôt pacifique ; accueillant bien les étrangers sans montrer à leur égard Tinsupportable curiosité des Chinois ; très religieux, par habitude peut-être plus que par croyance; et, chose extraordinaire en Orient, sabaissant devant la femme et la jeune fille; tout en gardant la plus grande liberté de mœurs ; instituant des duels de vers, donnant des aubades, formant des cours d'amour, en un mot faisant vivre au milieu de Tlndo-Chine des pratiques
qu'on eût été plutôt tenté de chercher dans TËurope du moyen âge. H y a quelque chose de poétique, de chevaleresque, de français, ou, en remontant plus loin, d'athénien, dans Thomnie du Laos. Le voyez-vous sur le Forum, bourrant sa pipe ou roulant sa chique de bétel, devisant avec d'autres citoyens du commerce ou des affaires
106 AUTOUR DU TONKIlf
publiques? et attendant que la tombée de la nuit lui amène les jeunes filles enguirlandées et parées de fleurs qui écouteront ses chansons ou répondront à ses compliments ? S'il lui manque le sentiment artistique du Grec, il prend sa revanche d'un autre côté: il ne désire pas, ne connaît pas encore le luxe ; ayant peu à gagner, il a peu à travailler, sa vie est plus libre. Au point de vue du bonheur matériel, n'est-il i>as plus heureux que la grande majorité de nos ouvriers, dont le labeur eflFréné doit profiter à la jouissance raffinée de quelques-uns et dont l'individualité se perd dans le rouage de quelque grande machine, souvent remplaçable par une tige de fer?
Quant à l'avenir de la race laotienne, on ne peut en prévoir déjà avec certitude qu'un côté: elle est fatalement condamnée à subir le sort qu'elle a fait éprouver aux Kas moins intelligents; elle sera conquise ou asservie par une race supérieure. Mais aura-t-elle alors la résistance de vivre en dessous, en travaillant comme les négritos qu'elle a dominées? Se fondra-t-elle avec le conquérant? ou finira-t-elle par disparaître? La postérité répondra dans quelques siècles.
En parlant des habitants de la principauté de Luang-Prabang, j'ai mentionné les Lus, les Méos et les Chinois. Je n'ai que quelques lignes à écrire à leur sujet.
Les premiers, sous le rapport ethnographique me paraissent très voisins des Laotiens, dont ils parlent la langue avec quelques légères différences de dialecte, mais ils sont plus petits, plus chétifs, plus misérables. Nous avons vu un de leurs villages derrière Luang-Prabang ; rien de particulier i signaler ; ce sont des gens pauvres. Venus des Sibsongpannas, où ils forment le principal élément de la population, ils ont été poussés au sud par des guerres ou des invasions chinoises, beaucoup me disent ne pas avoir les moyens de retourner chez eux. D'ailleurs, ils n^ont pas à se plaindre ici, et, comme les Kas, cultivent la terre, font surtout des rizières pour le compte des Laotiens proprement dits. Leurs vêtements sont moins brillants que ceux de ces derniers ; les hommes ont.de petites culottes bleues, et les femmes des jupes à raies longitudinales. La coiffure de celles-ci est un petit chignon relevé, souvent couvert par une écharpe gros bleu dont la frange brodée pend de côté; les individus des
deux sexes portent un petit veston bleu flottant. Au marché, on les distingue facilement.
Les Méos vivent à la frontière orientale du royaume sur le rebord du plateau des Pouôns. Je n'en ai pas rencontré en ville, mais ai eu la chance d'en pouvoir interroger un au service de M. Counillon, au consulat; de petite taille, mais bien fait, il a le teint pâle et les traits réguliers. Selon lui, les Méos sont jadis venus de Chine, et se font comprendre des caravaniers du Yunoan. Le lexique que je note sous sa dictée se rapproche beaucoup de celui de ses frères de Yan-Bou. Le mot Méos dont on les désigne serait l'appellation laotienne; eux-mêmes se nommeraient Mongs. Je ne sais si ce nom a quelque rapports avec celui de l'ancien empire des Mongs et des Môns de Birmanie. Au dire de mon interlocucuteur, les tribus auxquelles il appartient n'auraient ni religion, ni croyances ; pourtant, un mot de sa langue traduit Tidée de Dieu. Les mariages se font au choix des parents ; la jeune fille est payée trente-six roupies, et, aussitôt mariée, conduite au domicile de son époux. Les morts sont enterrés trois jours après le décès.
Quant aux Chinois, très peu nombreux, ils
forment une colonie à part à Luang-Prabang, ne s'occupant que du commerce du riz, du sel et de la pacotille européenne apportée de Bangkok. Les caravanes du Yunnan ne viennent plus ici.
En arrivant à Luang-Prabang, j'ai cru nécessaire de donner au lecteur quelques renseignements sur le royaume, ses limites, ses habitants, son administration, les influences qui se disputent son territoire, son avenir ; il me reste maintenant à lui faire connaître la ville; qu'il veuille bien jeter un coup d'œil sur le plan et simpleme t nous suivre dans nos promenades.
Durant les quinze jours que nous restons à Luang- Prabang, nos occupations sont les mêmes : dans la matinée et pendant une partie de la journée, nous allons sur la rive gauche, levant un plan, «visitant tout, le plus minutieusement possible, prenant des notes, ou faisant des photographies ; dans la soirée, parfois, une course à cheval, aux environs; le temps passe très vite, beaucoup trop : vite. II y a tant à voir ici, nous n'avons pas un moment de libre.
En effet, sitôt rentrés, nous sommes envahis par un peuple de marchandes qui s'installent tout
autour de la galerie ; accroupies les unes à côté des autres, elles étalent gaiement leur pacotille devant elles. Leur costume est le même : une jupe, et parfois une écharpe de soie; quelquesunes portent les cheveux rasés, pour suivre la mode siamoise; c'est fort laid. Au bout de quelques jours, nous nous trouvons en pays de connaissance, les noms de ces demoiselles nous deviennent familiers. Elles sont désignées par le mot indiquant le sexe qu'on fait suivre d'un qualificatif : petit, joli, ou tout autre ; ou bien on leur donne le nom d'une vertu, d'une opialité, un substantif la plupart du temps abstrait : paix, bonheur, prospérité, bijou. Ce sont les mêmes vendeuses que nous revoyons chaque jour; elles indiquent pour le moindre objet un prix exorbitant et ne paraissent pas décidées à céder. Au moins, dans la discussion, metteot-elles de la bonne grâce et semblent-elles aussi satisfaites quand elles n'ont pas fait d'affaires, que lorsqu'elles ont écoulé un bibelot; ce qui n'arrive qu'après une série de discussions, de pourparlers et de concessions mutuelles. On ne manque pourtant pas de tentations ; l'étalage est varié et intéressant; ce sont des jupes avec fil d*or, travail
AUTOUR DU TONKIN 4ii
des Lus ; des vestes de brocart du Siam ; des monnaies d'argent anciennes en forme de pirogues; des bracelets de bronze kas; des haches et des armes de bronze anciennes. Ces dernières sont difficiles à acquérir, parce qu'on les garde dans les familles avec une idée superstitieuse; des armes de pierre taillée ou polie, provenant de fouilles dans les environs. Les deux formes de haches, droites ou à angles rentrant, sont très caractéristiques; les couteaux à manche d'ivoire représentent des Yaks, génies de la religion bouddhiste, semblables à ceux qu'on trouve dans le centre de Bornéo; des amulettes : défenses de sangliers, pyrites, fossiles enveloppés dans un petit filet d'argent; certaines ont des vertus fécondantes, ou bien leurs formes évoquent une idée obscène, et les jeunes filles se les passent de mains en mains en riant; la pudeur n aurait pas son compte id.
Les industries spéciales au pays sont représentées par : les travaux d'argent, coupes pour temples I pots à tabac, appareils pour bétel, manches de couteau ; les grands personnages font exécuter ces objets en or, mais seulement sur commande.
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Les écharpes célèbres en Indo-Chine, brodées à la main avec un choix de dessins et une harmonie de couleurs, dénotent un goût particulier.
Notre inspection terminée, les choix faits et les derniers prix indiqués , les marchandes enveloppent leurs objets dans un carré d'étoffe el repartent pour revenir le lendemain ; quelquesunes restent en arrière et nous font dire qu'elles sont elles-mêmes à vendre pour vingt-cinq ou trente roupies.
Aux dames succèdent, ou en même temps qu'elles, des bonzes en visite.
L'un d'eux, un gros homme fort, orné d'une poitrine bombée comme une gorge de femme, est un grand personnage, ainsi que le dénote soq petit jupon violet. SatoukCamdi, ainsi se nommet-il, a la figure franche, l'aspect gai et énergique, la voix forte ; et il s'en sert de sa voix, ce bavard, pour nous accabler de questions. Installé chez nous, ses bonzillons l'entourent, porteurs qui d'une ombrelle, qui d'un éventail, qui d'un livre; il ne semble plus vouloir partir. Je lui offre pour son plus grand plaisir de faire sa photographie, et il fait aussitôt venir pour prendre
AUTOUB DU rOffKIN 413
place après lui, devant l'appareil, les membres de sa famille, un de ses frères, bonze, et sa sœur,
bonzease.
Dans les premiers jours, nous reœvions un vieux bonze, haut placé également, et depuis des années, grand ami des Français. « Ce sont pour moi, disait-il, des pères et des frères. » Pendant la seconde moitié de notre séjour, il est tombé malade d'épuisement et d'anémie. Nous allons souvent chez lui ; un des interprètes du consulat enseigne le français à ses élèves ; ils ma paraissent intelligents ; je regarde leurs cahiers, qui, ma foi, sont fort bien tenus.
Nous faisons connaissance avec les autorités siamoises dans les personnes du colonel et du commandant. Le premier, vêtu d'une petite jaquette blanche, d'une culotte de soie bleue, portant casque, bas et souliers, est un homme intelligent, et, au demeurant, fort aimable. Le Prah Sada ^ a été décoré par le gouvernement français sur l'instance de M. Pavie dont il nous parle souvent ; Durant notre séjour, nous trouverons auprès de lui une aide très utile pour les renseignements à
1. Par abréviation pour Prah Pa La Sa Da. Son titre exact est: chef de mille hommes.
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réunir et les photographies à faire; il cultive, d'ailleurs, lui-même cet art, et obtient des résultais satisfaisants.
Nous recevons les frères des rois ; les souv^ rains eux-mêmes nous font dire qu'ils seront heureux de nous voir, et nous acceptons avec plaisir leur invitation.
Traversons donc le fleuve et profitons de cette excursion pour jeter, chemin faisant, un coup d'œil à droite et à gauche, et retenir ce qui nous semblera digne d'être noté. Ici, nous n'avons que l'embarras du choix, car dès qu'on quitte le consulat, et au consulat même, il ne se passe pas d'instant où l'appareil ne doive être armé ou mis sur pied, et le calepin ouvert pour consigner une observation.
Sur les bancs de sable de la rive droite, près de l'eau, sont plantées des rangées de perches que des femmes, un panier au bras, viennent examiner et paraissent essuyer de temps à autre. La manœuvre nous intrigue ; nous en avons l'explication en nous rapprochant; des sortes de cigales dont les larves sont aquatiques viennent se coller sur la glu dont les piquets sont enduits ; on n'a plus qu'à les ramasser pour
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aller les vendre- au marché ; c est, nous dit-on, un excellent aliment.
Sur le fleuve même on pécha à l'aide de grandes sennes maintenues à la surface par des courges. On prend de beaux poissons ; mais ce n'est que plus tard que commence la pêche du frabeuc, grand poisson rappelant Testurgeon ; à époques fixes il remonte en troupes ne dépassant guère le confluent du Nam-^u. Sa capture est une source de richesse pour les habitants ; jusqu'à Xieng-Maî on expédie des œufs (qui, frais, sont un excellent caviar), sa chair conservée, et sa peau dont on tire de la colle.
En débarquant sur la rive gauche nous remarquons des gens accroupis, les pieds dans 1 eau, occupés à laver du sable dans de simples sébiles ; ce sont des orpailleurs ; leurs bénéiiees sont très maigres; parfois trouvent-ils, à côté des rares pépites, une vieille pièce de monnaie entraînée dans les détritus de la ville.
Une quinzaine de mètres à gravir par un mauvais escalier, en été sous Teau, nous voilà en ville. Immédiatement à notre gauche, une petite pagode, Ouate Poune Saï, ne se remarque que par la fresque peinte au-dessus de la porte d'entrée ;
un gros homme, appelé Kop, la bouche garnie de crocs formidables, mord dans un cercle blanc au centre duquel est une petite pagode rouge avec deux personnages ; Kop est le soleil, il mange la lune ; c'est une éclipse qu'on a voulu représenter. Devant nous, une large allée droite, bordée de beaux arbres, tracée dans Talignement du consulat, situé en face, perpendiculairement au fleuve, est coupée, au bout de cent pas, d'une route transversale, par conséquent parallèle au Mékong ; nous sommes dans la grande rue de Luang-Prabang. Des deux côtés se tient, matin et soir, le marché; c'est dans la matinée qu'il est le plus animé ; sur une distance de huit à neuf cents mètres se succèdent les petites boutiques, les unes surélevées et couvertes d'un loit de bambou, les autres simplement EL terre ; dans le milieu, flâne ou se presse, achète ou vend, cause, prend des rendezvous, s'informe des nouvelles, la population variée des gens de la ville, des montagnards, des villageois, des bourgeois, des lettrés, des bonz&«;, des travailleurs, quesais-je? Ici, des demoiselles, le torse nu, les seins au vent, le sourire aux lèvres, les bras encerclés de bracelets d'or, an gardénia dans les cheveux ; à côté, plus cbétive,
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une femme Ka, un turban sur la tète, une hotte sur le dos, appuyée par une lanière au front; des bandes de dix à douze Kas, marchant ensemble d'une allure timide et défiante, se dérobant devant mon appareil ; quelques-uns ont des dessins rouges sur la figure. Faisant cliqueter leurs chaînes, passent des prisonniers, les mollets entourés de guêtres noires, pour éviter le frottement des anneaux ; ils marchent en se dandinant comme des canards. Derrière eux, des soldats siamois en culotte de soie, veste de toile, portant chapeau de feutre ou canotiers européens. Tout dans leur aspect, dans leur sourire, dans leur allure, dénote le rastaquouérisme (qu'on me pardonne le mot) des parvenus, l'insolence des nouveaux maîtres ; de gros bonzes, drapés de jaune, escortés de leurs petits élèves, s'avancent d'un pas plus assuré, laissant deviner par leur attitude calme et digne la satisfaction qu'ils ont de vivre.
Et, dans cette foule, peu de bruit, peu de bousculades, peu de querelles; chacun va son chemin, vaque à ses affaires, cause ou regarde, sans déranger le voisin; à peine s'écarte- t-on pour laisser passer un éléphant royal marchant lentement, balançant sa trompe de droite et de
gauche, comme pour serrer la main à des connaissances, ou la voiture
ft fxirva licet oompcmcpre magms^
pour ne pas dire la brouette d'un ministre se rendant au Conseil de son souverain. Avec ce dernier, le ministre est seul à posséder un véhicule.
Aux étalages : des productions du pays^ objets d'alimentation, tranches de porc, poissons qu'on hache et dont on fait une pâtée assaisonnée de condiments forts, patates, légumes; des douceurs, gâteaux au riz, confitures, boulettes à la mélasse, apportés par des enfants dans des plateaux suspendus aux extrémités d'un bambou; tout ce qui est nécessaire à confectionner des chiques de bétel, pots de chaux, feuilles, quartiers de noix d'arec enfilés en grappes, écorce d'un bois rouge, tubes en cuivre dans lesquels on pile la chique pour les vieillards sans dents ; cire jaune en disques, soie brute, fils bleus et blancs teints en paquets serrés au moyen d'un cordon qu'on enlève après le bain et qui laisse la marque blanche; jupes et écharpes indigènes ; fleurs pour les pagodes, gardénias et orchidées^
marmites de terre arrondies; instruments de fer (les montagnes; saumons de plomb ^ minuscules (les Kas, etc.
Ac6té de toutes ces marchandises locales, les objets d'importation venus du Nord ou du Sud. De Chine : l'opium, le musc, le thé en rondelles, le vermicelle et ces lapis de feutre rouge à dessins blancs qui viennent de Tali et que nous avons déjà vus chez les chefs de Lhaça. De Birmanie : des bottes laquées vertes ou rouges comme on en voit aux Indes. De Bangkok ou de Xieng-Maî : toute la pacotille d'origine européenne, les étoffes blanches ou les indiennes, les soieries rouges avec cette marque : Manufactured in Lyon France; les calicots blancs vendus une roupie les trois mètres, les boîtes rondes à glaces, les bijoux faux, les boutons de manchettes, jarretières, fil, aiguilles, les allumettes du Japon vendues les unes dix sous les dix boîtes, les autres huit sous, le papier écolier, les crayons grossiers (anglais) quatre sous pièce, le lait de conserve (condensed milh' un tical les deux boîtes, et mille autres objets, lou> invariablement de fabrication anglaise ou allc-
1. Venant de Ban-Latiiàae (à un ou deux jonrs en remontant le Mékong).