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COMMERCE, ROUTES ET VOIES DE COMMUNICATION

Avant tout, le commerce devrait avoir pris déjà une plus grande importance. Nous aurons à compléter plus loin ce que nous avons exposé au sujet ‘ d’Haï-Pliong, lorsque nous parlerons des débouchés commerciaux. Qu’il nous suffise ici de dire deux mots des voies de communications : le pays est naturellement pourvu d’un admirable réseau de canaux et de rivières, dont la Compagnie des Messageries fluviales tire un très bon parti ; des travaux restent cependant à faire pour améliorer le cours supérieur des rivières; mais en admettant que la navigation soit facilitée autant qu’elle pourra l’être, les transports par eau ne suffiront encore pas ; il faut des routes et des chemins de fer. M. de Lanessan a déjà mis à exécution le projet qu’il avait développé dans ses conférences : en cinquante jours

1. Il a été traité dans le chapitre précédent de la question des tarifs douaniers et de la marine marchande.

il a fait établir trois cents kilomètres de route ; à ce travail ont été employés les indigènes, à qui on avait laissé le choix entre cette manière d’acquitter la corvée et le rachat en argent ; un dixième à peine a préféré le second mode. La voie est large de onze mètres, exhaussée au-dessus des marais, prête à recevoir les rails d’un tramway. Bien qu’utiles les travaux n’ont pas été sans faire l’objet de nombreuses critiques : laissons la parole à un vieux colon, dont la lettre m’est parvenue, il y a environ trois mois.

« Je vous parlais tout à l’heure, m’écrit-il, des routes de onze mètres : rien n’est plus navrant 1... Mais cela a produit ou plutôt devait produire de l’effet en France, et l’on n’a pas hésité à sacrifier à une besogne inutile sur deux cent cinquante kilomètres où les routes existaient déjà, les trois cent soixante-dix mille piastres de l’impôt de rachat des corvées. A cette somme, qui représente près de un million cinq cent mille francs, si l’on ajoute les déprédations commises par les mandarins sur tout le parcours de ces routes aujourd’hui en ruine, crevassées ou affaissées dans les rizières et la perte subie par les indigènes auxquels on a pris leur bien sans la

moindre compensation, vous devez juger à combien doit s’élever le prix d’un kilomètre, soit pour nous, soit pour l’indigène I I I »

De pareilles considérations sont, à mon avis, trop pessimistes; on pourrait en dire de même de celles qui reprochent au nouveau système de faciliter la circulation des pirates. Si imparfaites qu’elles soient encore, il me semble que les nouvelles routes serviront le commerce, la culture, et, finalement, la pacification.

J’ai été invité à l’inauguration de la route de Haïd-Zuong; la tète est sur la rive gauche du fleuve un peu au-dessus de Hanoï. A peine terminée la route est bonne, elle n’a pas encore été soumise à l’épreuve des pluies d’été ; la région parcourue est toute de marécages déserts qui, dans une année, seront remplacés par des rizières fertiles. De pareils résultats ont été déjà atteints entre Phu-Lang-Thuong et Kep. Au point de vue militaire ces voies sont plus profitables à nos troupes qu’aux pirates, ceux-ci préfèrent en efl'et voir nos postes isolés les uns des autres; de simples sentiers étroits, difficiles, connus des indigènes, servent mieux ceux qui font une guerre

d’embûches et de guérillas, que des voies larges, où l’on peut avancer facilement autrement qu’en fde indienne : dans ces nouvelles conditions nos ennemis perdent une bonne partie de leurs avantages; c’est ainsi que la route, maintenant achevée, je le crois, de Tien-Yen à Lang-Son, traversant la région orientale du pays, parallèlement à la frontière ouverte de Chine, a une grande importance stratégique.

Le système des routes à voie de onze mètres, capables au bout d’un certain temps de porter des tramways est assurément un progrès; ce n’est pas la perfection. Des chemins de fer seraient préférables; l’exemple donné par les Anglais dans leurs colonies devrait nous guider. La haute Birmanie était prise en 1885; en 1887 une voie ferrée atteignait Mandalay. Malgré la concurrence que lui faisait la navigation facile de l’Iraouaddy, elle rapportait promptement plus qu’aucun chemin de fer des Indes. Au Tonkin une seule voie ferrée^ a été encore décidée devant relier Phu-Lang-Thuong à Lang-Son et à la frontière de Chine; nous aurons à examiner ailleurs son importance stratégique ou commerciale. Il ne m’ap-

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