Probablement le bos gaurus
On tue pour leur plumage les paons, les faisans argentés, les guêpiers, très nombreux, et pour leur bec extraordinaire les grands buceros, aux cris discordants. En général, les membres de la famille de Deo Van Tri chassent toute la journée et tirent presque tout ce qu’ils trouvent à leur portée. A ce compte, ils sont souvent au bout de leurs munitions; et notre passage, pour eux, a été une aubaine; je leur avais distribué plusieurs boîtes de poudre, à condition qu’ils nous apportent leur butin.
Au point de vue de la variété, la flore n’a rien à envier à la faune. Les forêts renferment les espèces les plus diverses. Certaines, lorsque les moyens de communication seront améliorés et que l’esprit d’entreprise aura fourni quelques capitaux jusque dans les hautes régions, pourront être utilisées. Le teck croît en face de Laï, m’affirme Deo Van Tri; on l’appelle ici tiet-tao ; le benjoin manque; la cardamome est rare; le cunao est très commun; on en envoie à Hanoï, mais, me dit-on, le commerce de ces tubercules est d’un mauvais rapport.
Il en est des mines comme des bois ; les transports sont encore trop coûteux pour que
leur exploitation puisse donner grand profit; et pourtant il y aurait à faire. Le cuivre se trouve en abondance ; des gisements sont connus sur la rive droite de la rivière Noire, à quelques heures au-dessus de rembouchure du Nam-Ma. Des échantillons que j’ai vu m’ont paru très riches et infiniment supérieurs à ceux de la mine Deloustal. Un indigène m’a apporté à Laï un minerai de cuivre presque pur, provenant de Tafine, et pouvant peser une quinzaine de kilos. Selon Deo Van Tri, de ce côté, on trouvait jadis des blocs beaucoup plus importants. Cinq mines d’argent sont connues. Le plomb se rencontre très fréquemment; les pirates en extraient suffisamment pour faire des balles. Jamais les mines n’ont donné lieu à une grande exploitation dans la région de la haute rivière Noire; les travailleurs étaient jadis trop imposés, maintenant on craint les pirates.
Aux travaux hasardeux et d’un profit aléatoire, on préfère la culture, la navigation (presque tous les habitants de Laï sont bateliers) et le commerce ; chaque hiver, arrive de Chine une cara- A'ane de cent à deux cents mulets; ils restent jusqu’au printemps, se séparant par groupes de
deux, trois ou quatre, pour aller de village en village, à droite ou à gauche; les Chinois vendent du fer, du sucre, de l’huile, des poêles, des marmites, du vermicelle, de l’opium, etc... Ils achètent surtout des bois de cerf, des ingrédients pour médecines et du coton. Autrefois, la province de Laï-Chau rendait annuellement quatre à cinq cents piculs de coton ; maintenant, le chiffre est descendu à cent. Cette diminution, d’après Deo Van Tri, serait due à la concurrence faite à Mong-Tse par les cotons filés venus de Chang-Hai ou de Pakoï.
Je n’insisterai pas plus ici sur la situation commerciale de Laï-Chau que sur le trafic possible de la rivière Noire, me réservant de m’étendre sur ces questions dans le dernier chapitre.
Nous n’avons donc plus, ayant laissé nos collections et nos gros bagages qui seront descendus à Hanoï, qu’à charger le strict nécessaire à dos d’hommes, à remercier Deo Van Tri de ses bons services, et à mettre le cap sur l’ouest, en route pour le Mékong.